CHAPITRE IV
DESCRIPTION DK LA VILLF..
« Si quelque jour, » dit Thucydide, « Lacédé'- « mone devenait déserte, et qu'il ne restât que « les temples et l'espace occupé par les édifices, « la postérité croirait difficilement à la puissance
«tant vantée du peuple Spartiate En effet,
« c'est moins une ville qu'une réunion de bourgs, « et l'on n'a cherché la magnificence ni pour ses « temples ni pour ses autres monuments; tandis « qu'Athènes..., etc. '. »
C'est ainsi que s'exprimait un Athénien, en comparant la ville de Lycurgue ^ avec la ville de Ci-
' Thucyd., I , lo.
' Sparte n'avait pas tic forlilications, et son circuit était lic r|uarante-hiiit stades (doux lieues environ). Les puissantes
mon el de Périclès, avec sa patrie réceninienl décorée des cliefs-d'œnvre du grand siècle, brillanle de marbres, de statues d'or et d'ivoire, de peintures innombialîles et présentant à l'admiration des siècles les Propylées et le Partliénon.
Spai'te était-elle, en effet, si pauvre et d'un aspect si misérable? Lycurgue, en ordonnant de ne travailler la charpente des maisons qu'avec la hache et les portes qu'avec la scie ', avait-il défendu de construire pour les dieux, les rois, le sénat, des demeures un peu moins grossières? En d'autres termes, l'architecture avait-elle été condamnée par un législateur qui admettait la poésie, la musique, la danse? Cet art d'utilité, j'allais dire de nécessité publique , avait-il été proscrit avec les arts superflus et dangereux qui excitent le luxe ou flattent la mollesse?
Il n'en est rien, et il est aisé de montrer que Spaite avait autant de temples que la plupart des grandes villes grecques, qu'elle avait aussi ses places décorées de portiques et de statues, ses monuments curieux qui, attiraient par leur oiigitialité l'attention du voyageur. Nous verrons qu'il
murailles d'Athènes, avec les longs murs (jui les reliaient au Pirée, avaient cent quarante-huit stades de tour (plus de six lieues).
' "Ottwç olxîa uSda tviv i/iv ôpo'^r|V àno TZBkéy.toiç EÎpYafffxÉvviv E/r, , Ta; oï (Jopa; ol-ko -reptovo; ao'vo'j. (Plut., f^ie de Lrc., W\\.)
bESCRIPTION l)K LA VILLE. 51
V a en dans cette république un art , si siinj)le (|u'on le suppose, des archilecles, étrangers et laconiens. Les anciens eux-mêmes étaient loin de voir Sparte d'un œil aussi dédaigneux que Thucydide, puis(|ue Polémon, le célèbre périégète ', avait éci'it un ouvrage spécial sui' ses monuments. Pausanias, bien qu'il annonce en arrivant ne vouloir déciire que les choses les plus lemarquables, ne consacre pas moins de huit chapitres à cette rapide énuinéralion.
C'est à lui que nous devons de pouvoir nous faire une idée de ce qu'était une ville dont les débris mêmes ont aujourd'hui disparu. Tandis qu'Athènes a conservé ses plus magnifiques monuments, tandis que les plus grands noms de la Gièce sont encore signalés par quehpie belle ruine ou par tant de fiagments épars, Sparte a péri tout entière. Car je ne compte ni les fondations d'un théâtre refait en partie par les Komains, ni un débris de pont, ni quelques murs d'époque romaine. Seul , un grand toud)eau survit à l'ancienne Sparte, comme pour laisser à l'imagination le plaisir d'évoquer le nom de Léonidas.
On [>eut essayei-, toutefois, de reconstruire, avec l'aide de Pausanias, une ville qui ne méritait
eiV)|xaT(.)v. (Atlu-ii., Mil )
'rî L'ART A SPARTi:.
j)oint d'elle effacée du monde. Nous distin£;nelons, autaiil (|ue le permettront ses paroles, les monuments antérieurs à la décadence des institutions et des mœurs : ceux-là seuls, évidemment construits pendant les beaux siècles de l'art dorique, particulièrement les vi*^et v*' siècles, nous apprendront jusqu'à quel point la législation et la politique Spartiate avaient laissé l'architecture décorer la cité deLycurgue. Athènes, rasée par Xerxès, Corinihe, détruite par Mummius, s'étaient relevées, l'une dans un âge de perfection pour l'art, l'autre dans un âge de décadence, mais toutes deux renouvelées; la plupart de leurs vieux monuments avaient disparu, Sparte n'avait point connu ces désastres; elle se présenta complète au voyageur Pausanias. De plus, les richesses introduites par Lysandre et Agésilas ne servirent qu'aux jouissances des particuliers, et furent stériles pour la grandeur publique; car le mouvement que semble avoir provoqué Lysandre ne fut que l'empressement d'artistes salariés, qui devaient immortaliser l'image et les actions d'un seul homme. Les Romains, de leur côté, témoignèrent peu de faveur à Sparte, et ne s'appliquèrent point à l'embellir comme Athènes. De sorte que la ville dorienne conservait encore le caractère que lui avait imprimé son gouvernement tombé depuis plusieurs siècles. Quelques temples, quelques au-