‹ Études sur le PéloponèseChapitre 61 sur 66 · L'ECOLE DE SCULPTURE · texte numérisé non relu

L'ECOLE DE SCULPTURE

geui' un peu carrée.\ comme disaient les anciens, étaient heu reuses pou rie développement, soit delà force, soit de la grâce! Combien il était plus facile d'y répandie la beauté et d'y pétrii-, en cjuelque sorte, le sentiment plastique! Les œuvres des écoles réalistes auront toujours plus de popularité, parce que leui- mérite est surtout extérieur et saisit les regards les plus grossiers. Mais, si la beauté des œuvres idéales n'est accessible qu'à un petit nombre déjuges, si elle demande, pour être saisie, une contemplation plus sérieuse et plus réfléchie, elle n'en mérite que mieux d'occuper le premier rang. Là est la grandeur de l'art , là est son avenir.

Je parlais tout a l'heure de la fécondité de Lysippe. On se demande comment elle peut se concilier avec la perfection de ses ouvrages, si universellement reconnue qu'on prétendait qu'une seule de ses statues était un titre suffisant à l'immortalité'*. Et ce n'était pas une perfection d'ensemble; mais on lelrouvait dans les plus petits détails le même fini, la même délicatesse^; si bien

" Quadrillas veteriim staturas.

' Omnia lantae artis iit c-laritateiii posst-nt dare vcl >,irii,Mila.

(Tlin., XXXIV, 17.) ^ Propria» tiujris videntiir cssc aigulix opcr uni, nisloditap in minimis (pioqne irbiis. [ Pliii., XXXIV, i;). )

iOf) SICYONE.

(|ue Pétrone fait nioiiiir l.ysippe d't'puisemeiil , peiulaiit (|u'il s'acliaiiiait à donner et à redonner encore le dernier fini à une seule statue '.

Mais on cesse de s'étonner du chiffre prodigieux (lu'atteignent les statues de Lysippe, lorscpie Ton sait que toutes étaient en bronze. Autant le travail du niarhre est long, difficile, autant la fonte du bronze est lapide. Le seul travail, c'est le modèle en terre, qui se prête, du reste, si lieuieusement aux inspiiations du génie et à ses caprices. En même temps, comme si cette facilité de production ne se fût pas suffi à elle-même, une découverte nouvelle, le moulage, lui vint en aide pour uudti plier ses œuvres.

Ce fut Lysistratc , frère de I.ysippe et sculpteur connue lui, (pii eut d'abord l'idée de mouler avec du plaire le mascpie humain, et ((ui obtint ainsi des ressemblances dont on n'avait point encore l'idée^. Car auparavant, je le faisais remartpier à propos des maîtres qui précèdent Lysippe, on ne s'étudiait qu'à faire les portraits

' Lysippimi statiKv uniiis liucameiitis iiihaerenteni iiiopia extinxit.

( Petion., Satyr. 88. )

' llomiiiis autem iinagiiicm gypso e facie ipsa priinus omnium expressif, ceraque in eam formain gypsi infusa emenilaie instituit Lysisfratus Sicyonius, frater Lysippi de quo diximiis.

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aussi beaux que possible '. Le nom iuscril sur le piédestal einpècbail toute coniusioii. On conçoit de (|uel secours cette découverte lïit pour Lysippf, et combien peut-être elle cjjntribua à le porter vers l'imitation exacte des types individuels. Apiès avoir moulé des visages humains, il était tout naturel de mouler des statues. C'est ce que lit Lysistrate ^. On ne cite de lui, du reste, fju'une statue : celle de Mélanippe ■*.

IJœtutidas et Mcne.cknie étaient contemporains del.ysippe. Le premier, fils d'un certain Moscliion fpii prit part à l'exjjédition d'Ab^xandre contre Darius, fil la statue deTbéotime, alblèle éléen '^. Le second était écrivain, encore plus (jue sculpteur; cai' il composa un traité sur la toreutique et une bistoire d'Alexandie. (Cependant on vanlait son jeune taureau qu'un homme pressait du genou et dont la tète était renversée^. C'est à ()eu près la disposition des bas-reliefs consacrés au dieu Milhra.

F^ysippe eut trois fils qui, tous les trois, end)ias-

' Hic et siiiiililiulinetn reddere instituit : aiite »uin (juain pulcherrimas facere stud»?bant.

' Idfiii cl (11- sigriis efliyicm cxpriinere invenil.

( Plin., Ijh. fit.] ' Tatiaiiiis, .4di>. ;,v. 5/|, p. i 17, <•{]. W'ctrtli. ^ Ihius. , K/id., IL c. Wll.

' l>liii., XXIV, 19.

sèrenl son ail et furent ses élèves; mais leur mérite, comme leur succès, fut inégal. On cite de Bédas une seule statue, de Daïppus quelques athlètes '. Euthycrale fut de beaucoup le plus célèbie. L'antiquité signale avec éloge, parmi ses œuvres, l'Hercule de Delphes, l'Alexandre, le chasseur Thespis, les ïhespiades, un Combat de cavaliers, Trophonius, des quadriges, des chevaux, des chiens de chasse^.

Eulhycrate ne se proposa d'imiter ni la grâce ni la délicatesse de son père. Il ne prit de son style que la fermeté, préférant l'austérité au charme^, 11 semble avoir subi, encore plus que Lysippe, l'influence de l'école de peinture, qui affectait alors une manière si sévère , avec Mélanthe d'abord , puis avec Aristolaûs. On se souvient même qu'Arlstolaùs représente, vis-à-vis de son père Pausias, cette sorte de réaction dont Euthycrale est le représentant dans l'école de Lysippe ; tendance d'autant plus remarquable que les élèves exagèrent d'ordinaire les principes de leur maître. Aussi serait-on tenté de reconnaître dans celte double léaction l'esprit do-

' Paus., £//rf„ 1. II, c. XII et XVI. ' Plin., XXXIV, 19.

3 Is constantiam patris potins aemulatus quam eleganliam, austero nialuit génère quam jncnndo placeie. ( ihid. )

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rien, qui maintient le goût public et (jui pèse sur les deux écoles, au moment où des génies trop libres pourraient les égarer.

Paimi la foule de disciples que forma Lysippe, les Sicvoniens ne fuient ni les moins zélés ni les moins habiles. Après sa mort, l'ait se maintint dans sa perfection, à une époque où les lettres et la poésie étaient arrivées à leur décadence. Tisic/v^^e surprit même si heureusement la méthode de Lysippe que l'on confondait ses meilleures statues avec celles du maître, par exemple son Vieillard thébain , son Démétrius, son Peucestès '; gloire suprême pour le tlisciple, mais secrète condam nation du maître qui se laissait imiter ou égaler. Je doute que rien de pareil fut arrivé à Foiyclète. La reproduction des types individuels est à la portée des divers talents : l'idéal est moins accessible, et les œuvres qu'il inspire sont inimitables.

C'était à la fécondité de Lysippe, au contraire, que Xénocrate , élève de Tisicrate, s'efforçait d'atteindre, et, quelque considérable que fût le nombre de ses statues, il trouvait encore le ten)ps d'écrire des traités sur son art^. INÎénechme l'a-

' ... Ut complura si^^iia vix disceriii possent, scii seiiex thebanus, Demetrius rex, Peucestès Alexanclri IVlagni scivator... (Plii.., XXXIV, .g.)

' Tisiriatis, aut nt alii, Kuthycratis discipuliis, qui iilros-

UO SlCYONi:.

vait fait avant lui; en sorle cjue l'école de sciilp-

liire ne voulul point rester en arrière de l'école

de peinture et offrit le niéme caractère didac-

ti(jue.

Eutycliidh ^ un autre élève de Lysippe, se présente avec une œuvre assez rare dans les ateliers de Sicyone à cette époque, une statue en marbre. Car nous sommes loin des traditions de Dipœnus et de Scyllis; tous les artistes (pii viennent d'être nommés travaillèrent le bronze. Si parfois ils taillèrent le marbre, ce fut une exception, et les auteurs ne citent que leurs bronzes. La statue d'Eutycbidès fut tiansportée plus tard à Rome; elle ap|)ailenail à Asinius Pollion^ Son liurotas, en bronze, était apprécié par les critiques grecs, qui poussaient le raffinement de leur admiration juscpi'au jeu de mots : « L'Eurolas , » disaient-ils, tf révélait un art plus limpide, plus coulant que M le fleuve lui-même^.» 11 fit, pour Olympie, rimostbène, enfant éléen , vainqueur à la course, et pour les Syriens des bords de l'Oronte, la Tortune, œuvre où il put s'inspirer de l'Occasion de Lysippe.

(jue copia siguoiimi vicit et de sua arte coniposiiit volii- III i lia. ( ïhid. )

' Plin., XXXVI, ',.

' l'Vi-it Eurotam in (|uo aiieiu ipso amnr lii[ui(lioiein plii-

iiini (lixeruiit. Plin., .\X.\1V. i<). ^

L'ÉCOLli DE SGCLITL'Hb:. ill

Eulychidès eut pour élève Oitilluirus ^ Sicyoiiien, (|iii (il siirlouL des statues d'alhlèles, et (jui , en outre, était liabile à ciseler l'argent. Pline le classe parmi les artistes (|ui se soutinrent à un certain niveau, sans pioduire aucune œuvre reniai ({uahle.

On arrive avec lui à ces temps d'obscurité où l'art n'a plus d'autre centre, d'autre patrie cpie la cour des rois (pii le payent, des Ptolémées, des Séleucides, des rois de Peigame, plus tard des empereurs romains.

Telle est la nombreuse pléiade de peintres et de sculpteurs qui répandit sur Sicyone tant d'éclat et en fil une seconde Alliènes. Quoicjue Sicyone fût un Etat dorien, l'élément coiupiérant avait été intioduil sans violence par l'adoption d'un prince liéraclide. La faible aristocratie (jui suivit d'Argos le roi Phalcès périt peu à peu dans les guerres civiles. Avec elle disparut la sévérité de la constitution dorienne; les noms mêmes des tribus, noms doriens, furent abolis ^ Située à l'extrême limite du Péloponèse, en contact avec Athènes et les îles, Sicyone était comme le point de fusion du génie dorien et du génie ionien; elle unissait les principes et la solidité de l'un avec la liberté et la grâce de l'autre. Sparte de-

■ IMiit., lie d Ainlu.%^ II. — II.i<m)., V, 67, 'iH.

mandait des leçons à ses sculpteurs ' ; Athènes demandait des tableaux à ses peintres^. Sous cette double empreinte de la conquête et de la civilisation, il faudrait pouvoir démêler le caractère national, cVst-à-dire le caractère de la race piimitive : léger, insouciant, amoureux du changement, de l'agitation, des troubles populaires; aniouieux surtout du beau et des jouissances élevées qu'il procure. A côté de la puissante Corintlie qui écrasait leur commerce et leur défendait tout espoir d'accroissement , les Sicyoniens étaient condamnés à une modeste destinée. Ils tournèrent vers les arts leur esprit naturellement actif et industrieux, et leur durent l'or qui leur !nan([uait, les plaisirs qu'ils aimaient, l'affluence (les étrangers qui venaient admirer, des artistes (|ui venaient s'instruire, la gloire surtout, ce mot si cher à toute âme grecque.

' DoryclidaSjMédon, Dontas, Ttiéoclès étudièrent à Sicyone.

* Pamphile peignit pour les Athéniens une bataille. Aristo-

laiis fit pour eux son Thésée, son Périclès, son Peuple athénien.

CORINÏHE.

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