LE LADON
un des plus fertiles de l'Arcadie. On remarquait dans la ville un temple de Junon, qui vraisemblablement lui a plutôt donné son nom qu'-Hi?rœuB, un de ces innombrables fils de Lycaon qui semblent inventés pour justifier les noms de toiites les villes arcadiennes. Quelques fondations, quelques pierres helléniques dispersées, marquent seules remplacement d'Hérœa.
Non loin, se trouvait le tombeau de Corœbus, sur la limite de l'Elide ; une inscription attestait, qu'il avait inauguré l'ère des Olympiades.
Remonter le Ladon depuis Hérœa j usqu'à ses sources, c'est entreprendre un voyage délicieux, et pour ceux qui cherchent les beautés de la nature autant que les traces de l'antiquité, et pour le peintre qui veut des sujets d'étude neufs et émouvants, et pour le touriste qui, av^c ses préjugés romanesques, cherche en vain l'Arcadie qu'il s'est figurée. Là vous trouvez le cadre obligé des bergeries les plus élégantes : les héros manquent, il est vrai, et quelques pauvres pâtres ou laboureurs vêtus de peaux -prêtent peu à l'illusion ; mais la scène est prête et les décors sont enchanteurs. Beau fleuve, sources fraîches, forêts touff'ues, vertes prairies, douces collines, chèvres bondissantes , fleurs et parfums à souhait : l'imagination n'a rien à désirer, et, quelque ,
prévenu que l'on soit contre les fadeurs trar ditionnelles^ on se laisse désarmer à tant de charmes, et l'on reconnaît l'Arcadie des poëtes. Pausanias n'a pu s'empêcher lui-même d'être touché, à ce qu'il semble, par cette douce nature : •
« Le Ladoh, » dit-il avec sa sécheresse ordinaire, « est de tous les fleuves du Péloponnèse « celui qui a les plus beUes eaux. » — « Il ne « le cède, » répète-t-il dans un autre passage, a pour la beauté, à aucun des fleuves de la « Grèce ou des pays barbares. »*
Au printemps, ses eaux sont encore troublées par la fonte des neiges, impétueuses, et, malheureusement, nous ne pûmes admirer leur pureté tant vantée. Mais, en échange, la nature est plus séduisante que jamais, et l'âme captivée voudrait animer ce pays par des noms célèbres et des souvenirs précis.*
Les aspects sont variés et changent à chaque détour. Tantôt le fleuve parcourt de belles prairies, des champs fertiles, encaissé par des collines ombragées de pins; par contraste, au-dessus de ce riant paysage, on voit se dresser dans le lointain les sommets neigeux de YOlonos. Tantôt, sur des coteaux nus, se rencontre une chapelle grecque avec quelques pierres helléniques.