‹ Études sur le PéloponnèseChapitre 28 sur 40 · AveixrjTOç · texte numérisé non relu

AveixrjTOç

3o rpa{ii|AaTS^ç 'EpfjLYJç.

Ligne V^. — La partie supérieure de la pierre a été brisée; de sorte que la couronne olympique et les bandelettes ont disparu, et, des huit lettres qui doivent former le titre, les trois premières, 5io, sont seules restées.

La restitution de Aio< îepdt ou plutôt Awp tepà (sacrifices, culte de Jupiter ) n'a rien de hasardé : je copie simplement ces mots sur la troisièûie inscription que j'ai vue à l'Olympie. Quand je la citerai plus loin, l'explication du p substitué au ff trouvera mieux sa place.

Ligne 2®. — Le mot Ixixtipov, ( pour ixé;^eipov que nous retrouverons aussi dans une autre inscription) n'est employé par aucun des auteurs

anciens qui nous sont parvenus , du moins dans le sens d^ixi^cip^ot» trêve, stcspension (Tarmes. Selon Hésychius , il était synonyme d'tipTnîptov, argent. Mais cette interprétation semble avoir été inspirée par un jeu de mots d'Aristophane ^ pris au sérieux.

Chez les Éléens , le mot lxrx«»p^« n'avait pas seulement le sens que lui donnaient les autres Grecs ; c'était , de plus , le nom d'une divinité, la Trêve sacrée. Iphitus avait établi le culte à^Ékêchiria. En entrant dans le temple de Jupiter par les portes de bronze, on apercevait à droite, devant une colonne, un groupe représentant Iphitus couronné par une femme : c'était la déesse Ékéchiria.

Il était donc naturel qu'au moyen d'une terminaison différente, les Éléens distinguassent la chose et la divinité. Il se pourrait, de plus, que le neutre fût une forme archaïque , qui ne s'était conservée qu'en Élide et sur les tables sacrées.

Les conditions de la trêve olympique avaient été réglées par Iphitus, de concert avec Lycurgue , et gravées sur un disque gardé religieusement dans le temple. Il serait à désirer que Fausanias, qui nous apprend que l'inscription était de forme circulaire , en eût rappelé en même temps les principaux articles.

238 ÉLIDK.

Les seules conditions qui nous soient connues d'autre part sont : 1® la nécessité pour tout corps de troupes étrangères de déposer ses armes en entrant sur le territoire éléen ; 2*^ la suspension des hostilités , obligatoire pour tous les peuples du Péloponnèse, aussitôt que les ambassadeurs éléens leur avaient annoncé le commencement da mois sacré.

Du reste, cette loi bienfaisante fut unanimement repoussée dans le principe par les Péloponnésiens ; il fallut une peste , avertissement des dieux , et la voix toute-puissante de l'oracle de Delphes , pour qu'ils consentissent à s'y soumettre. Lycurgue, en l'établissant , n'avait pa^ été inspiré seulement par l'égoïsme national et le désir d'assurer à son peuple une paix favorable à l'affermissement des nouvelles lois. Il chercha en même temps à mettre aux guerres qui déchiraient la Grèce, non pas un terme , mais des limites, n espérait, en désarmant les bras pour quelques jours, en réunissant tous les peuples dans une grande fête nationale, que les haines s'adouciraient, que les préjugés tomberaient, que le plaisir et la joie conduiraient insensiblement les cœurs vers la concorde et la paix, qu'ils se dégoûteraient de la victoire sanglante, à force d'applaudir à Olympie la victoire pacifique. Ce

ftit lui qui fit parler Toracle de Delphes, complice assuré des législateurs et des sages. Lui-même^ suivant Aristote , traça les lois de la suspension d'armes , véritable trêve de Dieu , qui devançait le christianisme, mais qui n'eut pas les heureux résultats qu'on pouvait en attendre : l'histoire ne le prouve que trop.

Quant au sens de la préposition (Attdf, le génitif qu'elle régit n'en permet qu'un seul, celui de coïncidence, de simultanéité. On disait |aô* ^jfjiépa;, avec le jour, à l'arrivée du jour, au point du jour; de même jait' m^tipou signifie, je crois, avec la trêve, à P arrivée de la trêve* L'ellipse de l'article surprend assurément ; mais le mot ^xi}^itpov ne se trouve que chez les Éléens et désignait uniquement la trêve sacrée, la trêve olympique. De même, les ministres chargés d'aller annoncer cette trêve à toute la Grèce s'appelaient Ixe^tipo^opoi,

Il était naturel qu'on choisît les fêtes qui servaient de date à toute la Grèce, la dernière heure et la plus mémorable du sacerdoce , pour en conserver le souvenir. Ce qui semblerait prouver que ces deux mots ne sont qu'une formule et ne s'appliquent qu'au moment où l'inscription a été gravée , c'est qu'ils sont jetés en tête et séparés par un trait. Ensuite, la pre-

mière ligne précise le temps pendant lequel les ministres ont exercé leurs fonctions.

Ligne 3* : tÇ icpb ttj; a' v' Ç' 8XujAitia5oç, dans le temps, dans l'intervalle qui a précédé la 257® olympiade.

Si quelques-unes des charges sacrées étaient temporaires, comme on le verra tout à l'heure, leur durée se trouvait naturellement fixée par l'intervalle de deux olympiades. Les nouveaux ministres étaient nommés, je suppose, immédiatement après la célébration des jeux, pour se préparer par une longue pratique aux solennités de l'olympiade suivante. Après avoir exercé silencieusement leurs fonctions pendant quatre années, ils les remplissaient une dernière fois au milieu des pompes les plus magnifiques, en présence de la Grèce entière assemblée, et emportaient, en rentrant dans la vie privée, ce glorieux souvenir.

Ce fiit donc pendant les quatre années qui précédèrent la 257® olympiade ( de l'an 248 après J. C. à l'an 252), que les personnages nommés dans l'inscription forent attachés au culte de Jupiter. Trois empereurs se succédaient à Eome pendant ce temps : M. JuHus Philipptis , sous lequel on célébra les jeux séculaires, l'an 1000 de la fondation de Rome, C Memus

QuintîiS Trujanus Decitis et C. Vibius Trebotàm GaUus , qui régnait encore lorsque commença la 257* olympiade.

Lignes 4-8 : BcoxAoi ^XupticixoC. — Les théocoles étaient les grands prêtres d'Olympie. OtoxoXoç ou 6eT)X9X<K était un des noms si variés que les Grecs donnaient aux ministres des autels.

Adopté à Olympie, on le retrouve dans les pays voisins , par exemple à Dymé , ville d' Achaïe.qui touchait à l'Élide.

Les premiers théocoles furent les cinq. Curetés du mont Ida qui apportèrent de Crète Jupiter enfant, Hercule, Pœonœus, Épimédès, Jasius, Ida s. Ils avaient su faire accepter la nouvelle religion aux Éléens ; les jeux qu'ils avaient célébrés à Olympie n'avaient pas peu contribué à la rendre aimable et populaire, et à la répandre dans l'ouest du Péloponnèse.

A Delphes, les grands prêtres étaient choisis parmi les descendants de Deucalion. On ne peut dire si , de même , à Olympie les petits-fils des Cretois étaient restés en possession des autels. Mais cette dignité était temporaire ; Archélaûs lui-même en est la preuve. Il était, dit la première table sacrée , théocole pour la troisième fois pendant la 256* olympiade. On verra plus loin, sur la seconde table, que la261*6lym-

piade le trouva théocole pour la quatrième fois. Il y eut donc seize années d'intervalle entre son troisième et son quatrième sacerdoce. Mainte* nant l'élection avait-elle pour arbitre le sénat olympique ou le sort? L'élection avait quelque chose de plus flatteur ; l'on conçoit que les inscriptions rappelassent cet honneur répété. Mais comment le sénat eût-il failli quatre olympiades de suite à nommer Archélaûs ^ le bienfaiteur des Éléens y celui à qui il votait une statue ? En outre , je ne sais si les idées religieuses remettaient volontiers le choix des minisires saints au caprice des mortels. Le sort semblait préférable et manifestait directement la volonté des dieux. A Delphes, c'était le sort qui désignait les grands prêtres.

Il y avait trois théocoles qui habitaient dans l'enceinte sacrée, dans l'Altis. Un édifice spécial, le Théocolion, leur était réservé. Chacun d'eux était de service à tour de rôle pendant un mois, soit pour qu'ils pussent revenir de temps en temps à Élis , au milieu de leur far mille et de leurs concitoyens , soit pour qu'ils se Imposassent des fatigues de leurs fonctions , singulièrement actives.

« Tous les mois, » dit Pausanias, c( lès « Éléens Sacrifient une fois sur chacun des au-

a tels que j'ai énumérés. » Or Paosanias en nomme, si j'ai bien compté, soixante-six.

« Même en temps ordinaire, il n'est pas de jour « où les Éléens, sans compter les sacrifices a particuliers, ne sacrifient à Jupiter. Us ofa frent des libations , non-seulement aux dieux « de la Grèce , mais à ceux de la Libye , à Ju- « non Ammonienne et à Parammon, en outre ce aux demi-dieux et à leurs fournies, tant à a ceux de l'Élide qu'à ceux de l'Étolie. »

Si l'on ajoute à ces devoirs journaliers les pèlerinages pieux des étrangers, les vœux que l'on venait accomplir, les sacrifices que chaque visiteur offrait à Jupiter Olympien ou à sa divinité protectrice, et pour lesquels le ministère des théocoles était nécessaire, on comprend qu'après un mois si bien rempli ils eussent besoin de repos.

Les théocoles observaient dans leurs sacrifices un rite particulier, que Pausanias dit être fort ancien. Ils brûlaient de l'encens mêlé à de la farine d'orge pétrie avec du miel, parfum des plus équivoques , en effet ; de plus , ils ornaient les autels de branches d'olivier, et se servaient de vin pour les libations.

n paratt que les prières qu'ils récitaient et les hynmes qu'ils chantaient s'éloignaient éga-

lement des coutumes générales de la Grèce ; malheureusement Pausanias ne juge pas à propos de les rapporter,

Aùpi^Xioç BaaiXe(5riç, Aùpi^Xioç 'iouXwvoc — Sous les

empereurs 9 les Orecs considérables ajoutaient à leur nom des noms romains. Les inscriptions de cette époque en fournissent mille exemples : c'était un privilège acquis avec le titre de citoyen ; c'était un témoignage de reconnaissance envers l'empereur ou le personnage puissant qui avait accordé le droit de cité : on prenait son nom de famille ^ et on le transmettait à ses enfants. Quant aux surnoms ^ comme Yégétus, Niger, Sabinus , ils n'ont d'autre origine que le caprice des parents. C'était une affaire de mode, comme les noms de baptême aujourd'hui.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le nom d'Aurélius se retrouve si souvent à l'époque qui nous occupe. Dans le siècle qui avait précédé, sept empereurs l'avaient porté. L. Aurélius Vérus doit être surtout cité, parce qu'il passa une grande partie de son règne en Orient.

Lignes 8 à 12 : 2wov8oçopoi. — Les spondophores étaient les ministres les plus élevés en dignité après les thiéocoles. En temps ordinaire , ils les assistaient dans les sacrifices et étaient chargés des libations , selon l'usage des autres

pays. Seulement y ils se servaient constamment de vin , excepté sur les autels des Nymphes , de Gérés et de Proserpine.

MaiS; lorsque l'époque des jeux approchait, ils devenaient ambassadeurs , messagers de Jupiter et allaient annoncer dans toute la Grèce le commencement du mois sacré* et le jour fixé pour les fêtes, précaution fort nécessaire, puisque les Éléens comptaient les mois et les jours diflféremment des autres Grecs. Ils proclamaient surtout la trêve sacrée , et invitaient tous les peuples à déposer les armes. C'est pourquoi on les nommait

aussi 'Exeyevpoçopoi. •

La religion et la nature même de leur mission les revêtaient d'un caractère inviolable. Comment n'eussent-ils pas trouvé partout l'accueil le plus hospitalier, eux qui apportaient la paix et la concorde , eux qui conviaient aux plaisirs ?

Le nombre des spondophores , comme celui des théocoles, était de trois. On choisissait de préférence des hommes jeunes, parce qu'ils

* C'était un des mois lunaires que les Éléens appelaient Apollonios et Parthénios, Les jeux se célébraient du onzième au quinzième jour, à l'époque de la pleine Itme. Ainsi les joies publiques n'étaient point interrompues , et les délices de la Tallée d'Olympie n'étaient point enseyelies dans les ténèbres. Les nuits n'étaient que des jours plus mollement éclairés.

246 ELIDB.

étaient plus capables de supporter les fatigues du voyage. Ces fonctions revenaient de droit aux fils des grands prêtres , quand les grands prêtres avaient des fils en âge de les remplir ; sinon ^ je suppose, à leurs plus proches pajrents. Pendant la 256® olympiade, Basilidès seul eut son fils Néoclès pour spondophore. Les enfants d'Archélaûs étaient trop jeunes encore ; seize ans plus tard nous les retrouverons.

Lignes 12 à 17 : MavTciç K>.uTià5ifiç 'lafAiSriç. — Les devins éleens étaient célèbres dans toute la Grèce. On les voit en égal honneur & toutes les époques conmie chez tous les peuples , en Élide, en Arcadie, en Messénie, à Sparte, en Phocide, en Sicile, en Italie, jusque dans le camp des Perses, auprès de Mardonius. Ils appartenaient à trois familles d'origine ancienne et illustre , où Ton croyait que la faveur des dieux était héréditaire , le génie prophétique se transmettant avec le sang. C'étaient les Telliades, les Clytiades et les lamides.

Les Telliades sont cités rarement dans l'histoire, et ne semblent pas avoir eu la destinée la plus brillante. Tellias , l'un d'enixe eux , servait de devin aux généraux phocéens dans leur guerre contre la Thessalie. Il tenait auprès d'eux la place la plus considérable ; toutes les espérances

des Phocéens reposaient sur loi. Son e&prit, plein de ressources et de rase ^ leur inspirait autant de confiance que ses prédictions leur donnaient de courage. Ce fut lui , en effet y qui imagina dé blanchir avec du plâtre le corps et les armes de cinq cents Phocéens. Pendant la nuit^ au moment où la lune brillait de tout son éclat y ils se précipitèrent sur le camp ennemi. Les Thessaliens crarent à une vision surnaturelle et se laissèrent égorger sans résistance. Pour reconnaître les services du devin, les Phocéens lui élevèrent une statue dans le temple de Delphes. Un autre Telliade , Hégésistrate y était le plus remarquable de sa race, d'après le témoignage d'Hérodote. S. ne se recommandait , en tout cas, ni par ses vertus, ni par son patriotisme. Convaincu de plusieurs crimes, il avait été condamné à une mort cruelle par les Lacédémoniens. Mais ce furieux , ne pouvant briser ses entraves, se coupa l'extrémité du pied qui le retenait enchaîné, perça le mur de sa prison, et, sanglant, mutilé, se traîna jusqu'à Tégée, fuyant pendant la nuit, se cachant le jour, pour échapper aux poursuites des Lacédémoniens. A Tégée , il se fit guérir et ajuster un pied de bois, jurant aux Lacédémoniens une haine irréconciliable. Pour la satisfaire, il prêta à Mardonius,

qui, du reste, le payait fort cher, le secours de son art, et servit de devin aux Perses à la bataille de Platées. Après leur défaite, il se réfugia à Zacynthe, banni du Péloponnèse par le mépris et l'exécration générale. Mais sa destinée était d'avoir tôt ou tard les Lacédémoniens pour bourreaux. Pris par eux dans son dernier asile, il fat mis à mort.

H est vraisemblable qu'un tel personnage ne contribua pas peu à jeter dans le discrédit la famille à laquelle il appartenait.

. Les Clytiades comptaient parmi leurs ancêtres Amythaon, Mélampus, Ampbiaraûs, roi et devin, Alcméon, son fils, Clytus, son petit-fils, dont ils portaient le nom. Clytus, après la mort d' Alcméon, abandonna Thèbes, ne pouvant supporter la présence de ses oncles , assassins . de son père. Il passa en Élide, et y fut accueilli avec les plus grands honneurs. Sa voix, que l'on croyait inspirée des dieux , était écoutée à l'égal d'un oracle. Il transmit à ses descendants, avec le sang d'Amphiaraûs, l'autorité religieuse que révérait sa nouvelle patrie.

Deux Clvtiades seulement nous sont connus :

Théogonus et son fils Épérastus , dont on voyait la statue à Olympie. Une inscription rappelait qu'il avait été vainqueur à la course armée :

car le caractère sacré des devins ne semblait point compromis lorsqu'ils prenaient part aux luttes glorieuses du stade ou aux batailles plus sanglantes. On remarquait ces deux vers à la fin de l'inscription :

Tb>v iepoYX(099(i>v KXuTiSSfv Ytvo< iu^o(x«t cTvoti, MocvTtc ait* looO^uiv alpLX MiXapLitooiSSv.

La famille des lamides était de beaucoup la plus illustre : c'est celle dont le nom est le plus souvent cité par l'histoire ; elle a inspiré à Pindare, qui a immortalisé ses origines, d'admirables vers.

Évadné, « la jeune fille aux cheveux plus bruns que la violette ^, » était née sur les bords de l'Eurotas , des amours de Neptune et de Pitana. Confiée par sa mère à Épytus, roi des Arcadiens, elle fut élevée à Phésana près de l'Alphée. « C'est là, qu'aimée d'Apollon, elle « goûta pour la première fois les douces amours. »

Épytus , plein de courroux , part pour consulter l'oracle de Delphes. Pendant son absence , un jour qu'Évadné puisait de l'eau à l'Alphée,

* naï5' lo66(7Tpuxov. Cette épithète n'est qu'une première allusion au nom d'Iamus , que Pindare fait dériver dtov, violette. . -

« elle dépose sa ceinture de pourpre, son vase a d'argent, et, sous les ombrages azurés comme « les flots , met au monde un fils qui lira dans <c les secrets du ciel. Le dieu à la blonde che- « velure a envoyé près d'elle Ilitbyie, qui (( adoucit les souffrances, et les Parques. L'en- « faut de ses entrailles et de ses chères douce leurs , lamus , paraît aussitôt à la lumière. Le (i cœur déchiré, elle le laisse à terre ; mais , par a Tordre des dieux, deux serpents aux yeux verts « veillent sur lui et le nourrissent du suc abon- « dant des abeilles. Ils Font caché dans des « joncs et des buissons impénétrables ; son corps « délicat baigne dans les rayons dorés des vio- « lettes éclatantes. C'est pourquoi sa mère lui (( donna le nom d' lamus... »

« Quand la brillante jeunesse Teut couronné c< de doux fruits, il descendit sur les bords de c< l'Alphée, et invoqua son aïeul, Neptune qui « soulève les vastes mers, et le dieu qui protège ft de son arc l'immobile Délos. Il leur demande « pour son front une bandelette révérée des peu- « pies. C'était la nuit : aussitôt la voix de son « père lui répond et l'appelle : « Viens, mon fils , « suis-moi dans une contrée où s'assemblera la c( Grèce entière ; la gloire t'y précède. — Ils arec rivent aux rochers escarpés du mont Kronius.

c< Là, Apollon donne à son fils nn double trésor a de science prophétique. Seul, il entendra sa <c voix qui ne sait point mentir; et plus tard, i< quand l'auguste rejeton des Alcides, l'invincible a Hercule, instituera en l'honneur de son père la o fête où se pressent les peuples , et les plus cé- « lèbres de tous les jeux, c'est lui encore qui préce dura l'avenir sur le grand autel de Jupiter.

« D'Iamus descend la famille des lamides, il- « lustre parmi les Grecs. »

Ce magnifique récit, dans lequel la tradition doit tant au génie du poëte, fut composé en l'honneur d'Agésias, vainqueur aux jeux Olympiques. Il comptait parmi ses ancêtres un devin lamide qu'Archias le Corinthien avait amené avec lui en Sicile, lorsqu'il y vint fonder Syracuse. C'est probablement à cette branche sicilienne qu'appartenait Callias, lamide qui vivait en Italie au commencement du cinquième siècle. Il avait d'abord exercé son art auprès de Télys, roi des Sybarites. Un jour, ce prince oflfrait im sacrifice : au moment d'entrer en campagne contre les Crotoniates, CalUas déclara que les auspices n'étaient pas favorables. Contraint de s'enfuir pour se dérober à la colère de Télys, il se réfugia à Crotone et reçut des terres considérables.

que ses descendants possédaient encore au temps d'Hérodote.

Vers la même époque, d'autres lamides étaient appelés d'Élide par les Spartiates. Ils recevaient dans cette ville, si hostile aux étrangers, des honneurs inouïs : le titre de citoyen et un tombeau public.

Les dieux avaient promis à'Tisamènequ'il serait vainqueur dans cinq mémorables combats.

Sa pensée se porta naturellement vers les jeux Olympiques et leurs pacifiques victoires, les plus glorieuses qu'un homme pût rêver. Il disputa le prix du pentathle, dont les cinq épreuves semblaient désignées par la prédiction divine. Vainqueur dans les quatre premières, il fut vaincu à la lutte. Ses espéi:ances, déçues de ce côté, se reportèrent sur des combats plus sanglants, et il attendit qu'une armée le prît pour chef, résolu de mettre un haut prix à ses services. Les Lacédéinoniens, superstitieux par ambition, s'empressèrent de lui faire les offres les plus avantageuses; mais il exigea, avant tout, le titre.de citoyen de Sparte, prétention exorbitante, que les lois de Lycurgue défendaient de satisfaire. Aussi les Lacédémoniens avaientrils d'abord renoncé au l)énéfice de l'oracle ; mais, à l'approche des

Perses, la crainte fut plus forte que le respect des lois : ils cédèrent. Tisamëne, en habile homme, profita de leur faiblesse pour devenir plus exigeant, et il fallut accorder la même faveur à son frère Agias. « Ce sont les seuls hommes, » ajoute Hérodote, « qui aient jamais été admis au nombre des citoyens de Sparte. »

Du reste, un si grand sacrifice ne fut point inutile : l'oracle fut justifié de point en point. Les cinq grandes victoires que Sparte dut & Tisamène furent Platées, où, par une singulière rencontre, deux devins éléens suivaient chacune des armées, Tisamène celle des Grecs, Hégésistrate celle des Perses ; — Tégée ; — Dipéa, contre tous les Àrcadiens confédérés ; — Ithome ; — enfin Tanagre, contre les Athéniens et les Argiens.

Quand Tisamène mourut , entouré d'honneurs par la reconnaissance publique , ses descendants héritèrent de son crédit. Son fils Agélochus, puis son petit-fils Agias, présidèrent aux sacrifices et aux armées. Agias procura même aux Lacédémoniens le plus précieux de leurs triomphes. Ce fut lui qui prédit à Lysàndre qu'il s'emparerait de la flotte athénienne près d'iEgos-Potamos, à l'exception de dix galères, qui, en effet, se réfugièrent & Chypre. Dans leur joie, les Lacédémoniens

lui élevèrent une statue de bronze, sur la place publique. Ils avaient également consacré un tombeau commun à la famille de Tisamëne. Il était situé à l'extrémité de la rue Aphétaïs. On dirait que ce sont les Lacédémoniens qui, pour justifier l'admission des lamides dans leur cité, avaient inventé la tradition chantée par Pindare, et fait naître la mère d'Iamus sur les bords de TEurotas.

Les lamides, du reste, ne se croyaient nullement enchaînés par oette fabuleuse parenté, et n'en prêtaient pas moins leurs services aux peuples ennemis de Sparte contre Sparte elle-même, notanmient aux Messéniens et aux Arcadiens.

Cresphonte, un des princes héraclides, en venant prendre possession de la Messénie, avait amené avec lui un devin de cette famille, Eumantis. Pendant son séjour en Arcadie, où le retint son mariage avec Mérope, il avait apprécié le talent des devins éléens. Les descendants d'Eumantis restèrent auprès des descendants de Cresphonte, et furent fidèles à leur nouvelle patrie jusqu'à son dernier jour, Théoclus , le seul qui soit nommé par l'histoire, exerçait son art auprès d'Aristomène. Ce fut lui, on se le rappelle, qui reconnut le premier que la ruine d'Ira ap-

prochait, et que l'oracle d'Apollon allait s'accomplir:

Dans leur guerre contre Sparte , les Mantinéens, déjà membres de la ligue achéenne, avaient aussi à leur tête un lamide, Thrasybule, fils d'.^ née, qui contribua à la victoire par sa valeur autant que par ses prédietions.

Le rôle de tous ces devins était plutôt politique que religieux, et demandait plus d'habileté que d'inspiration. Appelés par les rois et les généraux pour donner à leurs projets une sanction divine, ils devenaient leurs confidents et leurs complices ; ils les aidaient à conduire les peuples, à la victoire par l'enthousiasme, à la soumission par la crédulité. Il est fort indifférent de savoir jusqu'à quel point la conviction était compatible avec ces fonctions, et si l'art s'accommodait aux nécessités politiques par ses règles vagues et obscures, ou par sa complaisance. Ceux-là étaient, sinon les plus sincères, au moins les plus habiles, qui sauvaient aux yeux des chefs eux-mêmes la dignité de la religion, et commandaient à leur foi tout en servant leurs espérances.

Du reste, ce n'était pas seulement à l'autel et devant les entrailles palpitantes des victimes, que la voix des devins illustres était toute-puis-

256 ÉUDE.

santé : elle était écoutée dans les conseils ; après avoir parlé au nom des dieux, ils avaient encore de l'autorité quand ils parlaient en leur propre nom. Tantôt, comme Tellias, ils inventaient des stratagèmes que les généraux leur enviaient; tantôt, comme Tisamène, ils exhortaient les vainqueurs & la modération et à de sages concessions. Ce fut, en effet, par l'avis de Tisamène que les Lacédémoniens permirent aux Messéniens révoltés de se retirer où ils voudraient, au lieu de les réduire à un dangereux désespoir. Théoclus était le conseiller d'Aristomène, Agias celui de Lysandre, dont l'ambition bâtissait une royauté sur un faux oracle. L'ascendant qu'ils exerçaient sur la foule par leur caractère sacré, les devins le conquéraient sur les chefs les moins crédules par leur habileté, leurs lumières et l'autorité de leurs services.

On comprend que des fonctions aussi importantes ne pouvaient pas être confiées au premier venu, et qu'il ne suffisait pas de savoir mettre à nu les entrailles des victimes pour être placé à la tête des armées et des républiques. C'était le privilège de certaines familles, dont l'illustration remontait si haut^ qu'elles pouvaient rattacher leur origine à un dieu. Elles prophétisaient

de droit divin ; la foule ne doutait pas qu'avec un sang révéré ne se transmit le don fatidique. En même temps, Téducation avait préparé leurs membres les plus intelligents au rôle qu'ils pouvaient être appelés à jouer, et ils attendaient Toccasion, prêts & briller, dans les conseils par leur sagesse, dans les combats par leur courage. Ce n'était pas seulement en Élide que l'hérédité religieuse était consacrée. A Eleusis, les Eumolpides et les Céryces ; à Athènes, les Étéobutades ; à Thèbes , les égides ; & Sparte, à Sicyone , à Çyrène, les prêtres d'Apollon Carnien ; à Delphes, les descendants de Deucalion, étaient en possession des mystères , du sacerdoce , des oracles. Vraisemblablement, si les ténèbres et les fables n'entouraient pas le berceau de leur race, on trouverait que la plupart de ces familles, comme les Eumolpides, remontaient à d'anciennes théocraties qui furent peu à peu dépouillées de leur pouvoir temporel.

Mais, attachées à un temple, à une ville, elles n'avaient toutes qu'un crédit local, et ne voyaient pas, comme les Clytiades et les lamides, leurs représentants les plus habiles appelés par les peuples étrangers, comblés de biens et d'honneurs. Il semble qu'Olympie communiquât à ses de-

vins son caractère national, et quUls fassent de droit les devins de tonte la Grèce, de même qn'Olympie en était le commun territoire.

Du reste, pendant que quelques-uns cherchaient au dehors la richesse et la puissance, la famille n'avait pas moins son centre, sa résidence à Olympie. A l'époque qui nous occupe, la race des Telliades s'était éteinte ; mais les Glytiades et les lamides étaient encore, après treize sièdes, en posseasion des autels. La prédiction de Pindare s'était réalisée. La voix d'Apollon leur révélait toujours l'avenir, soit qu'ils le consultassent sur les intérêts de leur patrie, soit qu'ils l'interrogeassent au nom des particuUers, Éléens ou étrangers; qui venaient toujours admirer le sanctuaire d'Olympie et sacrifier à ses divinités.

C'était dans les entrailles des chevreaux et des agneaux qu'ils cherchaient l'avenir. Mais quelques esprits, désireux d'attirer l'attention publique par des nouveautés, s'écartaient volontiers de la tradition. C'est ainsi que le devin Thrasybule, lamide, s'était créé un genre particulier de divination, en choisissant des chiens pour victimes. C'est par là sans doute qu'il gagna la confiance des Mantinéens et devint illustre parmi ses concitoyens ; car la statue qui lui fut élevée à

Olympie le représentait avec un lézard sur Tépaule droite, et l'on voyait auprès de lui un chien qu'il venait d'offrir en sacrifice : le corps étail séparé par le milieu, et le foie mis à nu. Ces innovations avaient dû se multiplier avec les siècles. A une époque où le paganisme penchait vers sa ruine, il fallait bien rajeunir la curiosité et la superstition, pour suppléer aux croyances qui s'affaiblissaient.

Une des fonctions des devins était de travailler à l'entretien, ou plutôt à l'accroissement du Grand autel de Jupiter. Quand les cuisses de la victime avaient été brûlées sur la partie supérieure de l'autel, les cendres étaient emportées au Prytanée et conservées soigneusement. Chaque année, le 10 du mois élaphion, les devins les enlevaient, les délayaient avec l'eau de l'Alphée, et en enduisaient le grand autel. Ce singulier mode de construction, pratiqué pendant tant de siècles , avait fini par donner & l'autel des proportions gigantesques. Au temps de Pausanias, il avait cent vingfc-cinq pieds de circonférence et vingt-deux pieds de haut.

Ligne 13* : 2^<iaio; STiçavo;. — Les quatre lettres 2oaa. ne peuvent évidemment appartenir à un nom grec : leur position, la ponctuation du mot

interrompu, l'usage dont cette inscription et toutes celles de Fépoque romaine fournissent mille exemples, tout porte à penser qu'elles sont le conmiencement d'un nom romain. On trouve à Eome une famille consulaire, du nom de S(h sites j nom que Plutarque écrit en grec Soaato;

Liffne 14*. -^ 4>au<jT«viavoç est le nom latin Faustinianus, dont on trouve de nombreux exemples et qui est régulièrement dérivé. Faustus, Faustinus, Faustinianus, comme Justus, Justinus , Justinianus ; Valens , Valentinus , Valentinianus, etc.

Liffne 16*. — On voit que le nom de Tisamène s'était religieusement conservé dans la famille des lamides.

Lignes 17-20 : 'Eî^îY^xai. — Il y avait des exégètes dans tous les temples considérables de la Grèce. C'étaient les gardiens des traditions et des coutumes sacrées, les instructeurs des jeunes prêtres et des sacrificateurs novices , les grands maîtres des cérémonies. Quelquefois même les exégètes étaient, en même temps, les interprètes des lois civiles , tels que l'étaient les Eupatrides à Athènes. Mais, comme les Éléens avaient d'autres magistrats chargés d'enseigner aux Hellanodices et les lois du pays et les usages des jeux

Olympiques, le rôle des exégètes était purement religieux. Us habitaient Olympie. Après avoir formé les ministres nouvellement élus, ils assistaient à tous les sacrifices , veillant à ce qu'on ne violât aucune règle, à ce qu'on n'omît aucune formalité.

Lorsqu'un étranger visitait le temple, l'exégëte lui montrait les choses dignes d'attention , lui racontait les traditions et les fables, récitait les oracles , les vers, les inscriptions , expliquait le sujet des statues et des tableaux, nommait les artistes , etc. ; en un mot il devenait cicérone , et ne différait en rien des exégètes civils, qui montraient les curiosités de la ville et du pays. Ils avaient même , comme eux et comme les guides de tous les temps , cette impitoyable mémoire qui met à de si rudes épreuves la patience du voyageur. Dans un dialogue de Plutarque , des étrangers qui ont visité le temple de Delphes se plaignent de la prolixité des exégètes et de la conscience qu'ils mettent à réciter leur leçon. « Leurs explications, » disent-ils, « allaient leur « train ordinaire, et ils se souciaient fort peu « de nos instances , quand nous les suppliions « d'abréger leurs récits, et de nous faire grâce a de la plupart des inscriptions, p

Selon les principes éternels de cette profession^ ils débitaient aussi parfois d'innocents mensonges et s'amusaient de la crédulité des gens. C'est ainsi qu'Aristarque, exégète d'Olympie, racontait à Pausanias qu'on avait trouvé dans la charpente du temple de Junon le corps d'un guerrier éléen, blessé pendant le combat que s'étaient livré , dnq siècles auparavant , les Éléens et les Lacédémoniens ; il s'était traîné jusqu'au sommet du temple, s'était glissé sous les tuiles , et y avait rendu l'âme. Son corps s'était admirablement conservé , à l'abri du froid pendant l'hiver, du chaud pendant l'été , et on ne l'avait découvert que du temps d'Aristarque. Comment douter d'un fait attesté par un témoin oculaire? Aussi Pausanias a-t-il grand soin de le noter sur ses tablettes. Au reste, son ouvrage oflfre cent exemples de ce genre , où l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, de sa crédulité ou de l'audace des exégètes qu'il écoute. Que dire , entre autres, de celui de Clitor, en Arcadie, qui le faisait rest^ sur les bords du fleuve jusqu'au coucher du soleil, pour entendre chanter les poissons? L'ûnagination des Grecs, qui a créé un monde si riche de fables religieuses et poétiques , se plaisait à ces mystifications. C'était

un jeu pour leur esprit railleur, un besoin pour leur nature fine et ingénieuse , qui aimait à embellir la réalité jusqu'au mensonge.

Mais il ne faut pas tenir un compte trop rigoureux de ces écarts. Après tout , la relation de Pausanias, si précieuse pour les modernes, où l'on retrouve l'antiquité vivante, ses villes et ses temples debout, ses croyances dans toutes les &mes, ses traditions dans toutes les bouches, à qui la devons-nous, si ce n'est aux exégètes de tous les pays qu'il a parcourus ? Pausanias est un voyageur comme tant d'autres, qui juge peu, s'émeut encore moins , et n'a pour lui que deux qualités : la crédulité et la conscience. Sa crédulité accueille tous les renseignements ; sa conscience en tient note avec la plus minutieuse exactitude. Il voyageait avec les oreilles plutôt qu'avec les yeux , compilait plus encore qu'il ne décrivait. Je ne puis me le figurer autrement que ses tablettes à la main , écrivant sans cesse sous la dictée de ses guides. Ses deux livres sur Olympie , par exemple , ce trésor où l'on ne se lasse pas de puiser, et pour la connaissance de ces jeux si célèbres, et pour l'histoire de l'art, ne sont le plus souvent, en donnant à ces deux mots le sens le plus élevé , qu'un mamiel de ce-

rémonies et qu'un livret de musée. Tous œs détails sur les fêtes olympiques, sur leurs vicissitudes , sur les ritep sacrés et les règles des combats, toutes ces particularités sur les vainqueurs et les vaincus de neuf siècles, leur nom, leur patrie, leurs exploits , leurs chutes , leurs intrigues , de qui les tenaît-il? Des exégètes. Les innombrables statues qu'il cite , qui lui a dit à quelle époque, dans quelles circonstances elles avaient été élevées , quels personnages elles représentaient , quels artistes les avaient sculptées ? Les exégètes. Les inscriptions , de quelque secours qu'elles ftissent, ne pouvaient contenir de si complets renseignements, et Pausanias lui-même, en nommant de temps en temps les exégètes , quand il craint que son témoignage n'ait pas assez d'autorité , nous rappelle ainsi qu'ils sont toujours à ses côtés.

Si le volume de Pausanias sur Olympie n'est, comme il est vraisemblable , qu'un résumé de la science des exégètes, s'ils aimaient à dérouler devant les voyageurs toutes les richesses de leur mémoire , on comprend les plaintes quelque peu railleuses de Plutarque. Mais les modernes, pour qui ces longs récits ont un bien autre intérêt, ne doivent que de la reconnaissance à ces archives

vivantes, qui, sons le nom de Pausanias, ont passé à la postérité, et lui servent encore de guides.

Lignes 20-24 : Twoffitovîoîpopoi. — Je suis réduit à ne présenter que des conjectures sur les fonctions d'Hypospondophore. Non-seulement les textes anciens ne donnent aucun éclaircissement sur ce sujet , mais le mot lui-même n'est pas une seule fois cité par les lexiques. Sa composition est claire ; le sens peut être interprété de deux manières différentes.

Ou bien c'étaient des spondophores en second (6wo), des suppléants qui remplissaient les fonctions des grands spondophores, pendant que ceux-ci parcouraient la Grèce et annonçaient la trêve sacrée.

Ou bien ( et cette interprétation est peut-être préférable) c'étaient des jeunes gens, des enfants qui portaient la coupe et le vin destinés aux libations, assistaient simplement les prêtres, leur présentaient l'encens et les vases sacrés ; en un mot, ils faisaient le service des autels, comme les camilles à Eome.

Les spondophores avaient acquis en Élide une importance religieuse et politique qui ne pouvait plus s'allier avec ces humbles attributions. H est

266 ÉLIDB.

croyable qu'oir les avait détachées et confiées à des spondophores siibaltemeSj que Ton choisissait, ainsi que le montrent les trois noms de cette inscription, parmi les plus jeunes fils des trois théocoles. Comme les aînés étaient spondophores, les fonctions, quoique divisées, ne sortaient point de la famille. Si les théocoles étaient des vieillards , on nommait hypospondophores leurs pe- • tits-fils, les fils des spondophores.

Sur les autres tables sacrées, le mot 6ito<T7cov Sospopoi est remplacé par uiroçTrov$op}^y,ffTal et iicioicôv- 8oç>/iri(Txa(. Ces mots composés iiidiquent la difficulté que l'on trouvait à distinguer par un titre différent deux charges primitivement réunies. Elles nous apprennent, de plus, que les hypospondophores dansaient pendant les sacrifices , et probablement aussi chantaient ces hymnes dont Pausanias fait mention. Je suppose encore que c'était un d'entre eux qui était chargé de couper avec un couteau d'or les branches de l'olivier atix belles couronnes j destinées à couronner les vainqueurs.

Ces fils et ces petits-fils des théocoles, qui gro&dissent à l'ombre des autels et s'initient dès l'enmnce au recueillement et à la. piété, rappellent la tragédie d'Euripide, et ce jeune enfant,

Ion y éleyé dans le temple de Delphes, qui n'a d'autres joies que d'orner de guirlandes l'entrée du temple 9 d'en balayer le sol avec des branches de laurier, de puiser de l'eau à la fontaine Castalie , et de chasser à coups de flèche les oiseaux du Parnasse , avant qu'ils ne profanent les offi*andes.

Lignes 24-28 : 2irov8auX«t. — C'étaient les musiciens qui jouaient de la double, flûte ayant les libations et pendant les sacrifices. Ils accompagnaient les chœurs et les danses. On voit, dans le tableau du Musée dé Naples qu'on désigne sous le nom de Sacrée à Isis, un awovSauXiic assis

près de l'autel et jouant de la flûte , pendant que le prêtre et la foule semblent chanter un chœur ou réciter des prières communes. Le airovSauXrjç^ que Pausanias appelle aOXviTi^c, était tenu d'assister à toutes les cérémonies avec le théocole. Ce n'était donc pas seulement aux jours de fête qu'il contribuait à l'éclat du culte ; il habitait Olympie , et , comme les autres ministres, voyait revenir avec chaque journée une série non interrompue de devoirs.

Quant au mot At^c, sa position ne permet pas de supposer que ce soit un nominatif; ce ne peut être que le génitif de Zeu<. A ce sujet, M. Le

Bas, mon savant maître, veut bien me communiquer une conjecture. Les Grecs , lorsqu'ils affranchissaient un esclave, avaient coutume de le vendre à un dieu. Awç ne serait-il pas un titre donné à un esclave affi*anclii, au lieu du nom par tronymique qui lui manque nécessairement? Le musicien ne rappelait-il pas l'origine de sa liberté?

Lignes 28-30 : SuXeuc. — On appelait ainsi un des serviteurs du dieu chargé de fournir, tant aux villes qu'aux particuliers, le bois nécessaire aux sacrifices. Ce bois était du peuplier blanc, le seul qu'on pût brûler sur les autels de Jupiter Olympien. Il était en si grand honneur parce qu'Hercule l'avait apporté le premier de la Thesprotie et planté sur les bords de l'Alphée. Le prix était fixé par un tarif, probablement assez élevé ; car il est clair que les profits de cette vente entraient dans le trésor sacré. L'affluence des pieux visiteurs , qui avait donné lieu à cette spéculation, devait la rendre fort productive. Que devait-ce être à l'époque de la célébration des jeux?

Le fournisseur de bois était en même temps ministre du temple ; on le retrouve dans le personnel des sacrifices, dont la partie matérielle

lui était vraisemblablement confiée. Allumer le bois sur Tautel, entretenir la flamme, était son Tôle naturel. Dans le tableau du Musée de Naples que j'ai déjà cité, on voit un des sacrificateurs activer la flamme avec un éventail : tel Ton peut se représenter le xyleus pendant la eérémonie. C'était encore à lui que revenait , ce me semble , le droit d'entretenir jour et nuit le feu sacré dans le Prytanée. Il était , de plus , en possession d'un privilège assez équivoque.

Chaque année, les magistrats venaient offrir un sacrifice solennel à Pélops, héros national, que les Éléens estimaient supérieur aux autres demi-dieux, autant que Jupiter l'est à toutes les divinités. On immolait un bélier noir, dont personne ne pouvait manger, pas même le devin , sous peine de se voir interdire l'entrée du temple de Jupiter. Seul, le xyleus recevait une part de la victime : il est vrai que c'était uniquement le cou.

Cet usage, qui remontait très-loin, Pausanias n'en donne pas la moindre explication. Il lui paraissait peut-être fort clair. J'entends , h la rigueur, que le sacrifice n'était qu'un symbole ; il représentait le festin de Tantale. Le bélier était Pélops ; l'abstinence des assistants rappelait celle

270 ÉUDE.

des dieux ; l'entrée du temple interdite y c'était le courroux de Jupiter contre ceux qui mangeraient de son petit-fils. Précisément par crainte de ce couiToux, personne n'avait voulu se charger du rôle de Cérès ; on l'avait imposé d'office au plus infime des serviteurs du dieu. Jusqu'ici, les rapprochements se font sans trop d'effort et de subtilité. Mais pourquoi était-ce le cou, et non pas l'épaule du bélier, qui était destiné au repas du xyleus? Voilà ce que l'exégète d'Olympie aurait pu expliquer à Pausanias.

Ligne 30 : rpajxfxaiguç. — Je n'Ai trouvé aucun renseignement sur le greffier d'Olympie. Comme Pausanias n'en parle pas lorsqu'il énumère les différents ministres des autels , on peut croire que ses fonctions n'avaient aucun caractère sacerdotal ; mais elles n'en avaient pas pour cela moins d'importance, si toutefois elles étaient aussi étendues que leur nom permet de le supposer.

C'était lui qui tenait les registres sacrés, où étaient consignés les olympiades et les noms des vainqueurs, les événements et les particularités dignes de remarque qui avaient accompagné la célébration des jeux.

Pendant quelques jours c'était un Aistorùh graphe. En temps ordinaire, il rédigeait et con

seryalt les délibérations et décrets du sénat olympique , tenait les comptes de l'argent qui entrait dans le trésor sacré ( offrandes des villes et des particuliers, amendes auxquelles avaient été condamnés par les hellanodices les athlètes qui avaient enfreint les règlements, récompenses des complaisantes explications données aux étrangers par les exégètes, prix du bois vendu par le xyleus, etc. ) : c'était alors le trésorier, ToifjiCa; twv IspcÂv /pr,îi.aTwv, dont parle Aristote.

ÉUDE.

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