‹ Études sur le rituel funéraire des anciens ÉgyptiensChapitre 4 sur 12 · HIT · texte numérisé non relu

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J'ai dit qu'après une reconnaissance générale des diverses parties du Rituel funéraire, je m'étais tout d'abord attaché à la traduction du chapitre 47, parce qu'il m'avait semblé contenir une sorte de résumé des doctrines que l'initiation enseignait aux Égypliens. Le sacerdoce des temps les plus reculés me paraissait avoir EXPOsé, dans celte partie du livre sacré, sous les voiles de symboles malheureusement obscurs pour nous, ses croyances sur la Genèse du monde et sur l’origine, la vie, la mort et la résurrection finale de l’homme. La première condition d’un travail fructueux consistait à s'assurer d'un texte authentique et complet : j'ai atteint ce but en établissant une comparaison perpétuelle entre les leçons de douze manuscrits de diverses époques appartenant au musée du Louvre; un grand nombre de variantes recueillies dans les autres collections européennes ont servi de contrôle au texte ainsi déterminé. Mais la recherche des variantes est une mine qu'on ne doit jamais considérer comme épuisée, et il suffirait de la découverte d'un manuscrit remontant à une plus haute antiquité, pour apporter de nouveaux Secours à l'intelligence du texte. Cependant le chapitre 47 ne paraît pas avoir subi de notables remaniements pendant la longue suite de siècles que Sup pose l’âge relatif de nos différents manuscrits, et les variantes s réduisent au changement d'un mot ou d'un membre de phrase. Le:

différences de rédaction qu'on peut remarquer, dans d’autres portions du Rituel, entre les manuscrits les plus récents et les papyrus d'ancien style, n’ont donc pas atteint le chapitre 17, dont la teneur a élé religieusement conservée. J'ai pu vérifier, au Louvre même, la sincérité de l’exemplaire hiéroglyphique de Turin, lithographié sous la direction de M. Lepsius, sur deux manuscrits de très-ancien style. L'un d’entre eux est célèbre dans la science par la singularité de son aspect. [Il a été écrit avec une encre blanche qui se détachait sur le fond brun du papyrus, mais que l’action du temps a noircie presque partout. La correction de son texte, rédigé en hiéroglyphes linéaires, le rend aussi précieux que la beauté de ses vignettes, coloriées avec soin ; le type des caractères est très-ancien.

Le manuscrit de Leyde, décrit par M. Leemans, sous le numéro T, 2 (page 229 du catalogue), est jugé avec raison ,par le savant directeur du musée néerlandais, comme appartenant au style de la dixhuitième dynastie ; il contient également une excellente version du chapitre 17, accompagnée de tableaux d’une finesse remarquable. Les musées de Londres et de Dublin en possèdent aussi des exemplaires du même style; il est donc permis d'affirmer que ce texle, si précieux pour nous, appartient à la plus ancienne rédaction du Rituel funéraire qui nous soit aujourd'hui connue, c’est-à-dire celle de l'époque de la dix-huitièôme dynastie. En continuant à énumérer les principaux matériaux de mon travail, j'indiquerai, comme un modèle de la plus ancienne variété des Rituels en écriture hiératique, le manuscrit du Louvre n° 3,132. Parmi les papyrus hiératiques écrits depuis le règne d’Amasis jusqu'au temps des empereurs. je cilerai les Rituels de Peberer, de Taho, de Ouahpra et de Scheschonk, comme les plus corrects de notre collection.

Un troisième élément de comparaison m'a été fourni par les manuscrits en hiéroglyphes linéaires de style récent; cette classe est particulièrement représentée ici par le Rituel de Turin (Todtenbuch) et par le papyrus Cadet publié par la commission d'Égypte, dont l’original appartient à la bibliothèque impériale.

Si le texte qui nous occupe reste sensiblement identique dans les manuscrits de tous les temps, je ne crois pas néanmoins qu'on soit autorisé à en conclure que toutes ses parties remontent à une égale antiquité ; et les formes de sa rédaction elle-même semblent recommander une autre opinion. En effet, il est divisé d’un bout à l’autre en formules et en gloses explicatives. On peut faire deux conjectures sur la composition d’un livre ainsi conçu ; ou les formules représentaient à elles seules un ouvrage qui aurait été morcelé par un com-

mentaire ajouté postérieurement, ou bien ces textes fondamentaux auront été inventés ou réunis par l’auteur, qui les aura combinés immédiatement avec les commentaires dans la leçon que nous avons aujourd’hui sous les yeux. Je n'oserais pas décider entre ces deux conjectures, il faudrait pour cela posséder des notions critiques bien plus étendues sur l’âge comparatif des doctrines et des symboles successivement adoptés par le sacerdoce égyptien ; or tout est encore à faire dans cette direction. Je regarde néanmoins comme probable qu’une partie des formules fondamentales appartient à un âge encore plus reculé que la rédaction du chapitre 17. Deux remarques me paraissent favoriser cette manière de voir : Premièrement la glose hésite souvent sur le sens des symboles exposés, elle en propose quelquefois plusieurs explications contradictoires, elle semble même parfois détourner le discours de sa signification la plus naturelle; ceci tendrait à faire reconnaître l’antériorité des formules. Secondement, nous verrons que si l’on essaye de lire le chapitre en faisant une abstraction complète des commentaires, les idées semblent se suivre dans un ordre logique. qui disparaît au premier coup d'œil dans le dédale des gloses. Je serais donc tenté d’en conclure que le commentaire a réellement morcelé un livre antérieurement composé. Quelle que soit la valeur de cet aperçu, il est certain qu'aucun manuscrit ne nous a encore apporté les formules du chapitre 17 séparées de leurs commentaires.

Quelques mots tracés à l'encre rouge introduisent chacune des gloses, et ces rubriques ont servi de base à Champollion et à M. Lepsius pour définir matériellement les divisions du chapitre. Je crois néanmoins qu'il est impossible de conserver dans la traduction cette seule méthode de division. La véritable coupure des versets doit évidemment se placer à l’endroit où cesse le commentaire et où la formule suivante s'introduit. Ceci me force à employer deux ordres de divisions. Les premières sont certaines, parce qu'elles suivent les rubriques des manuscrits; les autres restent sujettes à discussion, puisqu'elles résultent de mon interprétation.

Le texte égyptien du chapitre 17 sera reproduit, dans la Chrestomathie dont je prépare la publication, avec les caractères hiéroglvphiques de l'imprimerie impériale; il sera accompagné d’une transcription et (l’une traduction latine interlinéaire, ainsi que d’un ‘commentaire perpétuel servant de justification à la traduction que je propose. C'est une étude toute spéciale qui ne saurait convenir qu'à un petit nombre d’archéologues.

Pour ne pas faliguer l'attention des lecteurs de la Revue, je me

berneral à quelques indications philologiques indispensables (1) ; mais après la glose égyptienne de chaque verset, j'ajouterai le résul-* tat de mes propres efforts pour en éclaircir le sens.

(1) Je crois néanmoins nécessaire d’expliquer dans une note le groupe qui introduit les gloses et qui est constamment tracé à l’encre rouge. Il est ainsi composé :

in { 4) tu Ÿ et se lit plar-rew-su. Le thème PTaR reçoit pour détermi- = LEE

natifs, premièrement { la pousse du palmier, qui n’a ici d’autre fonction que celle d'indiquer par pléonasme la syllabe far; secondement 4) signe de la pa-

role, ou bien encore des sentiments et des pensées. Le verbe pfar, pris au sens propre, signifie voir, apercevoir; il est alors déterminé par un œil æ >

son sens exact est apercevoir ; regarder S’exprimait par le terme corrélatif naw. Au sens tropique, ptar signifiait comprendre ou, activement, expliquer; il prend alors le déterminatif des pensées.

= é + —4"— Le dernier groupe Jh su, auquel les manuscrits donnent pour variante , \

st est le pronom féminin de la troisième personne, remplaçant le neutre ; il sert aussi quelquefois pour exprimer le pronom réfléchi.

L'élément rew, qui l’unit au verbe, peut se considérer de deux façons : Premièrement, ReK, ReW, etc., composent une forme de pronoms personnels qui remplacent les suffixes ordinaires K, W, etc. Exemples : am-rek pour am-ek, comedis(a); ma-i-rek,veni (by; ha-arek, surge (c). Cette forme un peu emphatique convient

#Æ 1 À = Ç . = surtout à l’impératif. Secondement, ReW, ou la variante AReW | se comportent quelquefois avec les suffixes de telle sorte que le <= W n'y

semble plus jouer que le rôle de voyelle; exemple : sem-arew-ten, audite (d). Je pense qu’il s’agit ici du premier cas, et que rew représente le suffixe sujet du verbe; je traduis ptar-rew-su, par explanat ille hoc. On pourrait penser à l'impératif, mais on n’aperçoit aucun interlocuteur dans le chapitre, et le défunt est censé réciter le texte tout entier.

(a) Scha en sinsin, S III (manuscrit du Louvre). (b) Ibidem.

(e) Todtenbuch, ch. 8, L.s.

(d) Leps. Denkmaeler, LIL, pl, 13, a.

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