‹ Etudes sur le système nerveuxChapitre 11 sur 28 · IV · texte numérisé non relu

IV

Des mouvemens volontaires et involontaires.

Tout mouvement volontaire exige pour avoir lieu une impulsion venue du cerveau ; pour qu’il y ait mouvement involontaire, il suffit qu’il y ait action sur la moelle épinière et sur les nerfs qui en partent. En un mot, il ne faut qu’un excitant quelconque pour donner lieu à ce dernier : il est donc toujours nécessaire d’un agent pour déterminer les contractions dans les muscles, et cela ne souffre aucune exception, pas même pour le diaphragme , pas même pour le cœur ; car le premier muscle ne se contracterait pas si les poumons ne se remplissaient et ne se vidaient d’air : subordonné, en effet, à ces organes, le dia-

phragme est forcé de s’abaisser quand ils s’emplissent et de s’élever lorsqu’ils se vident. Toutefois la volonté , jusqu’à un certain point, peut empêcher son action, comme on peut facilement en faire l’essai sur soi-même en suspendant la respiration. Ainsi le diaphragme a besoin de deux forces, de l’une qui le fait mouvoir, de l’autre qui l’entretient dans des mouvemens égaux : la première est représentée par l’entrée de l’air dans les poumons et par sa sortie ; la seconde réside dans la moelle épinière.

Les mouvemens involontaires, ainsi quela propriété qui donne aux muscles la faculté, de se contracter, ont-ils donc bien leur siège dans la moelle épinière? C’est ce qu’on peut affirmer; et, en effet, on détermine des mouvemens dans les membres , quand , après avoir coupé en deux la moelle épinière, on excite seulement le bout inférieur qui n’a plus de communication avec le cerveau : or, cette propriété réside dans la partie postérieure du prolongement rachidien. Enfin existe-t-il un cordon dans ce dernier organe qui sert à conduire les décisions du cerveau? La chose ne me parait nullement douteuse, et le cerveau est en conséquence l’organe qui commande aux mouvemens réguliers; et ce qui le démontre d’une manière patente , ce sont ces irrégularités dans les mouvemens qui s’accomplissent sous l’influence du cerveau, et <jui perdent leur régularité lorsque celui-ci est malade.

Quel est donc ce cordon qui sert à conduire les intentions secrètes du cerveau? Nous l’avons déjà dit ailleurs, et nous avons cité les expériences à l’appui

de notre opinion ; répéterons-nous que c’est le cordon antérieur de la moelle qui s’épanouit pour former le cerveau? En effet, essayez à le couper en ayant soin de laisser le postérieur intact ; aussitôt la volonté deviendra impuissante pour mouvoir les membres situés au dessous de la section, et le nerf sciatique irrité, dans le même cas , l’impression ne sera pas transmise au cerveau, et il n’y aura pas de douleur. Tout mouvement volontaire a donc sa source dans le cerveau , et sans le cordon antérieur de la moelle , il ne peut pas être produit, tandis que les mouvemens involontaires peuvent exister sans la participation du premier et même en l’absence de l’état normal du second.

Les faits que j’ai établis précédemment démontrent la vérité des propositions qui deviennent tout à fait rigoureuses devant les considérations qui suivent :

Un chien sur lequel la moelle épinière fut mise à découvert à la région lombaire n’en marcha pas moins. La sensibilité, très vive quand on irritait cet organe à sa partie postérieure, était nulle si on répétait l’expérience sur sa partie antérieure. Déjà, après cette expérimentation , l’animal marchait avec plus de difficulté ; mais il éprouva de vives douleurs , et il fut paralysé du train postérieur lorsqu’on eut intéressé la moelle sur la ligne médiane. L’irritation de cette même partie postérieure de la moelle produisit des contractions et des convulsions dans les pattes de derrière.

Il est des mouvemens involontaires, et qui sont par conséquent hors de l’influence du cerveau et desa

domination ; ce sont ceux des intestins, du cœur, de l’œsophage et de l’iris , ce qui a été expliqué par l’absence des nerfs de la vie animale, et pour nous ils sont dus seulement au défaut de rapport direct des nerfs de ces organes avec le cordon antérieur de la moelle et du cerveau , et aussi à leur structure particulière , comme nous le dirons plus loin. L’intestin grêle se contracte en effet , sans l’influence de la volonté*, il est peu sensible, comme on s’en est assuré , et comme aussi je fai démontré par plusieurs expériences qui consistaient à le piquer, à le déchirer, et tout cela sans manifestation de douleur; et on peut dire que si une douleur violente s’y développe pendant l’inflammation , cette vive sensibilité est due aux nerfs voisins, qui ont des rapports directs avec la moelle épinière. Ils sont donc insensibles et non soumis à la volonté, parce que les nerfs qui le reçoivent ne vont pas directement à la moelle. Leurs contractions sont dues au fluide nerveux et à l’irritant qui les traverse continuellement. Il en est de même pour le cœur et l’iris.

Il est donc déjà prouvé par ce que nous venons de dire, que les anastomoses nerveuses ne peuvent donner la sensibilité et le mouvement volontaire, car les intestins et le cœur auraient été douloureux aux excitans , et se seraient mus sous l’influence du cerveau.

Dans le chapitre qui suit nous trouverons sur les anastomoses nerveuses des expériences qui viendront encore confirmer ce que j’ai dit dans le dernier paragraphe.

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