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CHAPITRE V

De l'action du système nerveux sur les muscles.

Les muscles qui obéissent à l’action de la volonté, et que Bichat a désignés sous le nom de muscles de la vie animale , sont-ils placés sous l’influence du système nerveux? ou bien les muscles placés en dehors de l’action du sensorium commune , et qui ont été appelés muscles de la vie organique , obéissent-ils à la même influence nerveuse que les premiers? Faut-il au contraire chercher la cause de leurs mouvemens dans l’irritabilité hallérienne ? Il est. évident pour nous que les uns comme les autres reçoivent du centre nerveux le fluide qui produit leurs contractions.

Pour les muscles de la vie animale , cette question n’en est plus une : elle est résolue par l’expérimentation qui a démontré qu’aucun muscle de la vie animale ne se meut, dès que les nerfs qui viennent y aboutir ont été coupés. Mais les mouvemens rapprochés et nombreux du canal intestinal , et ceux du cœur, la persistance de la contraction après la mort, ont fait douter de l’existence de cette action nerveuse sur les muscles de la vie organique : ils ont fait croire mal à propos à quelques physiologistes que l’irritabilité était leur caractère spécial. Nous verrons tout à l’heure que si, sur ce point, il existe une différence entre les muscles de la vie animale et ceux de la vie organique , cette différence réside

entièrement dans l’arrangement anatomique des fibres musculaires.

Il y a long-temps que l’on n’admet plus l’irritabilité liallérienne; je n’en parlerai pas plus longuement.

Quelle est donc la cause qui préside aux contractions de l’intestin, même après la mort? Quelle est donc celle qui fait encore battre le cœur quand la vie est éteinte? Pourquoi enfin tout mouvement cesse-t-il dans les muscles de la vie animale après la cessation de la vie?

Pour résoudre ces questions , il faut encore en appeler à l’anatomie. Elle nous démontre que le sang agace le cœur, que les liquides et les matières accumulées dans l’intestin l’irritent; que, dans cet état, le fluide nerveux apporté à ces organes leur permet de se contracter et de se mouvoir ; qu’enfin , tant que la chaleur persiste, cette agitation peut ainsi se manifester sous l’influence du système nerveux et du principe irritant dont les organes étaient animés. Voilà pourquoi l’oreillette droite meurt la dernière.

Au contraire, et dès que la vie est éteinte, les muscles de la vie animale, n’étant plus dirigés par la volonté , demeurent en repos, quoiqu’ils reçoivent encore le fluide nerveux ; à moins toutefois qu’un irritant , tel qu’un scalpel , ne vienne remplacer faction du cerveau; mais dès que la chaleur a abandonné tous les muscles , les uns comme les autres présentent la physionomie cadavérique plus ou moins caractérisée. L’expérimentation m’a démontré que le cœur est mû d’une manière constante, tant que persistent la liquidité du sang et la chaleur; qu’enfin un peu

plus tard, mais sans que Ton puisse fixer le moment où se manifeste ce phénomène, la rigidité cadavérique s’empare de cet organe comme des autres muscles, en même temps que le sang se coagule. Cependant cette rigidité ne peut pas toujours persister; mais elle cesse plus tôt dans les cavités splanchniques que dans les muscles de la vie animale : procédant de l’extérieur à l’intérieur , elle affecte une durée variable. La connaissance de ces phénomènes est de la plus haute importance pour le médecin légiste, comme l’a déjà dit M. le professeur Orfila; il faut encore examiner si cette rigidité est un reste de contraction?

Après les altérations profondes de la moelle épinière , les muscles placés au-dessous ne présentent aucune trace de rig idité, et ce phénomène ne se manifeste jamais dans un muscle dont le nerf a été coupé. Nous sommes donc arrêtés sur ce point : que les muscles tiennent du système nerveux la faculté de se contracter. Mais existe-t-il deux systèmes nerveux distincts , agissant l’un sur les muscles de la vie animale, et l’autre sur ceux de la vie organique? Enfin le grand sympathique agit -il sur les muscles membraneux des viscères, d’une manière différente que les nerfs qui partent de la moelle épinière? ou bien le mode de contraction des muscles de la vie animale, et de ceux de la vie organique, s’exerce-t-il d’une manière dissemblable? Il est évident que ces deux ordres de muscles sont animés d’un même fluide qui découle du centre nerveux, et qu’aucune différence n’existe entre les muscles membraneux et ceux de la vie animale , puisque dans tous les cas où

la contraction a lieu , les libres musculaires se rapprochent des extrémités. Ce phénomène se manifeste pendant la flexion de l’avant-bras sur le bras, par l’action du muscle brachial antérieur, et par la diminution des diamètres du canal intestinal.

En établissant une différence dans l’action musculaire, on trouve qu’elle résulte seulement des dispositions anatomiques, ce qui nous amène à conclure qu’il existe une contraction volontaire et une contraction involontaire. La première a lieu d’une manière constante, toutes les fois que les muscles prennent des points fixes sur les surfaces osseuses; la seconde se manifeste dans les muscles doués d’une grande activité , là enfin où l’on ne retrouve ni os ni cartilages, comme dans le canal intestinal et le cœur. Cela est si vrai que le pharynx , qui commence le tube digestif, est sous l’influence de la volonté, que l’extrémité inférieure du rectum et le sphincter se meuvent sous l’action du même principe, et que celte puissance s’exerce aussi sur les muscles les plus minces qui s’insèrent sur des aponévroses.

Au contraire le cœur et les intestins , ainsi que l’estomac et l’œsophage, n’ayant pas de point fixe et n’étant pas soumis à la puissance du cerveau , sont agités de mouvemens involontaires. La contraction pour ces organes résulte de la présence de certains excitans qui semblent alors remplacer la volonté , et animer continuellement la fibre musculaire : ce sont des liquides souvent de nature et d’usages différens qui parcourent les cavités de ces organes. On pourrait croire, d’après ce que je viens de dire , que

le repos n’existe pas pour eux ; mais si l’on considère que la contraction cesse , on verra qu’à ce moment commence le repos de l’organe.

On verra ailleurs que le cœur obéit aussi bien à l’influence des nerfs qui viennent de la moelle , qu’à celle du grand sympathique, et qu’après leur destruction , tout mouvement cesse dans cet organe. Les intestins grêles reçoivent seuls leur faculté contractile du grand sympathique, où aboutit le fluide venant de la moelle épinière. Du reste, les recherches anatomiques de M. Panyzza ont démontré que les ganglions du nerf grand sympathique communiquent avec les racines antérieure et postérieure de la moelle épinière , et l’influence que ce nerf en reçoit est évidente , quoiqu’on ait prétendu qu’il existe par lui-même. Les cas de monstruosités , où l’on a eu occasion d’observer l’absence des renflemens nerveux , et l’existence du grand sympathique , sont loin d’établir l’influence de ce nerf par lui - même sur les autres organes. En effet, la vie embryonnaire peut se manifester sans qu’il existe de système nerveux , pourvu qu’il y ait des artères et des veines ( recherches de M. Serres ); mais dès que la vie extérieure commence dans de telles conditions, elle devient impossible , puisqu’il ne peut pas y avoir de respiration ni de mouvemens du cœur.

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