CHAPITRE VI
Des fonctions des ne?' fs des membres.
Des auteurs ont, comme on le sait , admis des racines motrices et des racines sensitives , qui toutes naissent de la moelle épinière. Ainsi MM. Ch. Bell et Magendie ont cru que le sentiment avait son siège dans la racine postérieure , et que la racine antérieure, au contraire, possédait la faculté de déterminer le mouvement. Ces habiles et laborieux physiologistes ont pensé que les nerfs des membres sont composés de filets moteurs et de filets sensitifs.
Si nous avons clairement démontré que dans les racines , soit antérieures , soit postérieures , des nerfs rachidiens, il existe des filets doués à la fois et de la sensibilité et du mouvement, et d’autres au contraire qui manquent de ces deux facultés , ce phénomène se retrouve-t-il dans les nerfs des membres ? Nous n’hésiterons pas à répondre que non. On peut réduire les propriétés de tous les filets nerveux qui composent les nerfs des membres à une seule : mouvement et sentiment; car ces deux facultés, distinctes d’ailleurs , existent simultanément dans chacun de leurs filets nerveux. Leur différence résulte du mode de distribution des filets, qui donnent aux tégumens la sensibilité lorsqu’ils y aboutissent , et le mouvement aux muscles quand ils se perdent dans ces derniers.
C’est ici le lieu de démontrer par l’anatomie qu’évidemmenl les racines postérieures et les racines antérieures ont des usages différais; que les premières sont destinées au sentiment et au mouvement, pendant que les secondes apportent les impressions au cerveau, et qu’enfin réunies elles n’ont plus qu’un seul et même usage.
Dans leur origine, elles sont bien distinctes, puisque les unes naissent de la face antérieure de la moelle, et les autres de la face postérieure; puisqu’elles sont séparées par le ligament dentelé qui les isole, puisque aucun lilet n’établit de communication entre elles , puisque enfin chacune sort isolément du canal vertébral par des trous que présente la dure-mère.
On pourrait conclure de ces dispositions anatomiques, quand même l’expérimentation ne serait pas venue les fortifier, que les usages doivent être différais pour ces racines si différentes ; mais les vivisections ont donné sur ce point des preuves qui ne laissent aucun doute. La même épreuve, tentée sur des animaux différais, a toujours amené le même résultat : ainsi, après avoir ouvert le canal vertébral , que l’on irrite la racine postérieure, l’animal poussera des cris, et la contraction agitera les muscles; que l’on irrite au contraire la racine antérieure, le même effet ne se reproduira pas : il n’y a plus ni contraction ni souffrance. Pourquoi l’opinion des physiologistes a-t-elle varié sur ce point? Il faut attribuer cette divergence à la manière d’expérimenter. Pour peu que le stylet ébranle la racine postérieure, il y a douleur et mouvement : il faut donc éviter de loucher le
ligament dentelé, et d’atteindre, en passant le stylet, la racine postérieure ou les enveloppes.
Les usages respectifs de chacune de ces racines sont conservés jusqu’au moment où elles s’approchent et se réunissent. Cette proposition va trouver sa preuve dans l’anatomie.
Le névrilème , dans l’homme et dans les animaux , entoure dès leur origine les nerfs rachidiens : il se
continue avec la membrane propre de la moelle , et se distingue tout à fait de l’arachnoïde qui le recouvre dans une petite partie de son trajet. Il est blanc , transparent, et se comporte d’une manière bien différente à l’égard des racines de ces mêmes nerfs , et des branches qui en partent. Prenant pour exemple la racine postérieure , nous avons trouvé que le névrilème entoure chaque faisceau composé ; qu’il se prolonge ensuite à l’extérieur du ganglion développe sur cette racine, servant ainsi à celui-ci d’enveloppe protectrice. Le névrilemme n’accompagne pas chacun des cordons de la racine postérieure dans l’épaisseur du ganglion, puisque alors qu’ils y entrent, il cesse de les entourer : quand ils en sortent au contraire , le névrilème vient de nouveau leur servir d’enveloppe, et c’est ici qu’il faut signaler un phénomène vraiment remarquable : avant la formation du ganglion , le névrilème entoure chaque cordon d’une gaine générale , mais ne forme pas entre les filets dont ces cordons sont composés des cloisons secondaires, bien que celles-ci aient pu apparaître incomplètement à l’endroit où le cordon pénètre dans le ganglion ; mais quand il en sort, le névrilemme ne
se comporte plus ainsi. Non seulement les cordons ont alors une gaine générale , mais tous les filets qui les composent en reçoivent une qui leur est propre, ce qui leur permet de marcher contigus sans se confondre. Il résulte de là deux dispositions anatomiques contraires. En effet, les cordons qui composent la racine postérieure sont formés d’un grand nombre de filets dont la substance nerveuse se touche, et qui, communiquant entre eux par des anastomoses transverses sur des angles variés , peuvent simuler de petites îles au moyen des espaces qui les circonscrivent.
Ces cordons, dépourvus de leur enveloppe, présentent à la vue des filets merveilleusement disséqués , d’une blancheur éclatante comme celle de l’albâtre. Ces filets , après avoir communiqué un grand nombre de fois entre eux , et confondu leur substance nerveuse , arrivent au ganglion qu’ils traversent, et s’isolent au moyen de la substance grisrougeâtre dont celui-ci est composé. Ces filets s’anastomosent une seconde fois dans l’épaisseur du ganglion , et c’est en en sortant qu’ils reçoivent d’un autre cordon des filets nouveaux.
La racine antérieure est tout à fait distincte de la postérieure : étant composée d’un nombre de filets moins considérable , elle présente un volume bien moindre que celui de la dernière. Quoi qu’il en soit de leur disposition, toutes les deux se joignent après la formation du ganglion, mais a des distances variables. Il importe maintenant d’examiner comment se comportent ces racines, pour donner naissance
aux branches antérieures et aux branches postérieures des nerfs de l’épine. Leurs filets se confondent-ils , ou bien se croisent-ils seulement? se nattent-ils, ou , en d’autres termes, existe-t-il, comme le disent les anatomistes, échange de filets entre les deux racines?
La branche postérieure est formée, en totalité, par la racine postérieure , excepté pourtant un mince filet qui vient de la racine antérieure; enfin, la branche antérieure est formée en grande partie par la racine postérieure qui ajoute ses filets à ceux moins nombreux de la racine antérieure. Le mince filet qui vient se rendre dans la branche postérieure s’anastomose avec quelques uns des filets de cette branche. Quant à la branche antérieure, il est évident qu’il n’y a pas seulement échange de filets, mais que ces filets se confondent par des rameaux qui traversent le névrilème, pour communiquer avec la substance nerveuse.
Le nerf grand sympathique communique avec la branche antérieure par un mince cordon composé de plusieurs filets qui viennent se jeter dans chaque ganglion de ce nerf. M. Panyzza a eu le bonheur de retrouver un filet naissant de chaque racine , et venant se terminer l’un et l’autre dans un même ganglion; il a bien voulu , pendant mon séjour à Pavie , me montrer ces deux filets sur des préparations nombreuses. Il résulte de ce que nous venons de dire , que les nerfs qui sont produits par les racines antérieures et postérieures appartiennent surtout à ces dernières; que le nerf grand sympathique
reçoit des filets de l’une et de l’autre racine; que les filets qui composent la racine postérieure communiquent souvent entre eux avant d’être parvenus au ganglion développé dans leur trajet ; qu’ils se joignent encore dans le ganglion, et même quand ils en sortent ; qu’enfin la branche postérieure appartient tout entière, à l’exception d’un seul filet, à la racine postérieure, et qu’encore ce filet se confond , s’anastomose avec les autres filets de cette branche ; qu’enfin la branche antérieure reçoit plus de filets de la racine postérieure que de l’antérieure, et qu’ils finissent par s’anastomoser substance contre substance.
L’observation démontre que la dure-mère s’avance sur le névrilème en mourant, au lieu de se terminer brusquement, comme on l’a cru, autour des trous de conjugaison. Cette disposition existe chez les animaux aussi bien que chez l’homme.
Le ganglion placé sur la racine postérieure est renflé au milieu , et recouvert par un même prolongement de la dure-mère. Sur celui-ci est appliquée immédiatement une autre gaine qui , dépendante du névrilème, entoure de toutes parts le ganglion, et se prolonge sur les filets qui en sortent.
Ces points établis, examinons quels sont les usages des nerfs qui naissent de ces racines, et voyons comment s’opère le grand phénomène de l’innervation.
Tous les nerfs sont les vivificateurs des muscles et de la peau. Ils donnent à ceux-là la faculté de transporter le corps d’un lieu à un autre , a celle-ci la propriété de réunir les impressions, veillant ainsi à la
conservation de l’individu. Ainsi le mouvement et la sensibilité dérivent de la moelle épinière, comme le démontrent la section d’un nerf et l’anatomie pathologique. S’il est évident que les nerfs servent à apporter le fluide nécessaire à l’animation des membranes et des muscles , on s’est encore convaincu par. l’expérimentation et par l’anatomie qu’ils apportent l’impression aux renflemens nerveux. N’est-ce pas en vain qu'on irrite ces organes , quand on a coupé un nerf qui s’y distribue? En effet, le rapport du nerf avec la moelle épinière cesse , et toute sensation devient impossible.
Dans la fonction d’un nerf, on distingue l’impression , la perception et le trajet que parcourt celte impression : voilà trois propriétés qui peuvent se réduire en une seule, la sensibilité. En effet, dépendantes l’une de l’autre , elles ne peuvent exister réellement , puisqu’il n’y a pas de perception sans impression, ni d’impression sans perception. Toutes les fois qu’on dit que l’impression a été perçue, cela veut dire qu’on a senti ce qui s’est passé à l’extérieur du corps, qu’on en a eu conscience , et tout cela ne peut avoir lieu sans l’intervention des nerfs. Nous concluons de là qu’aucun organe n’est sensible par lui-même , mais qu’il tient cette propriété du système nerveux, et que sous ce rapport on ne peut établir de différence entre l’état morbide et l’état hygide de l’organe. C’est donc à tort qu’on a dit que les ligamens sont douloureux dans l’entorse, puisque c’est dans les nerfs qui entourent l’articulation qu’existe la douleur, parce qu’ils ont été eux-mêmes distendus. A côté de cette erreur,
il faut placer l'opinion de ce pathologiste qui a prétendu que certains organes , dépouillés de nerfs , devenaient douloureux par l'inflammation, et qui, pour appuyer cette hypothèse, a cité la péritonite, comme si l’inflammation n’avait pas une influence terrible sur les nerfs qui viennent immédiatement de la moelle , et sur le système nerveux ganglionnaire qui, en réalité, apporte les impressions internes aux renflemens nerveux , comme les nerfs des membres leur apportent les impressions externes.
M. Rostan, dont le savoir est si estimable d’ailleurs, n’a pas, quand il traite cette partie de la science, assez, fait attention aux dispositions anatomiques du nerf grand sympathique, à son mode de distribution, et au rôle qu’il joue dans l’action des organes des cavités splanchniques.
L’impression est reçue par la peau et par les muqueuses. Mais que se passe-t-il au moment où un corps étranger est ainsi approché des légumens ? Quel est le changement qui s’opère alors? Est- ce un ébranlement? Est-ce une modification dans le cours du fluide? Ce qu’il y a de certain , c’est le degré variable dans l’intensité de l'impression : peu considérable sur le trajet des nerfs, elle est beaucoup plus vive là où ils sont nombreux et s’épanouissent en réseau, comme aux mains et aux pieds. On peut s’en convaincre par des agacemens qui , dirigés sur le trajet des nerfs, déterminent un chatouillement limité, mais qui peuvent pousser cette sensation jusqu’au délire, s’ils sont essayés à la paume des mains ou à la plante des pieds.
Est-ce ensuite par le même cordon nerveux qui a apporté le fluide, que l’impression est portée aux renflemens nerveux ? Ou faut-il, avec MM. Prévôt et Dumas, expliquer ce phénomène par un double courant au moyen d’une anse nerveuse dont les deux extrémités toucheraient à la moelie épinière? Cette dernière hypothèse, si ingénieuse qu’elle paraisse, a été détruite par l’anatomie; et comme il est évident maintenant que ce double courant n’existe pas, il faut revenir à l’explication première , et admettre que le même cordon, conducteur du fluide, reporte l’impression par un changement opéré sans doute dans son cours.
Maintenant l’impression est-elle transmise par un cordon moteur ou par un cordon sensitif? L’anatomie et l’expérimentation peuvent résoudre cette question d’une manière convaincante.
Nous avons déjà prouvé qu’il ne peut exister deux sortes de filets , les uns moteurs , les autres sensibles , mais qu’au contraire le même filet possède les deux propriétés , et que, s’il existe quelque différence dans l’une ou l’autre , cette différence est due au mode de terminaison du filet, ou à sa destination. Cette doctrine , qui peut paraître plus spécieuse que vraie , devient plus claire par les vivisections et par les opérations. Que l’on pince un filet de nerf, ou tous les autres filets , dans tous les cas on excitera de la douleur. Que l’on mette à découvert tel ou tel nerf sortant de la moelle épinière ; qu’on le pince , qu’on le torde , la souffrance de l’animal se trahira par des cris. Mais ce phénomène ne peut
être produit pour la branche antérieure, qu’à dater du moment où les blets des deux racines se confondent par des anastomoses. En effet , avant cette fusion, les filets qui composent la branche antérieure sont visibles , et la sensibilité réside exclusivement dans la postérieure.
Il résulte de là une condition essentielle à celte unité de sensibilité, c’est l’anastomose pour les branches antérieures.
L’impression est donc apportée indistinctement par tous les blets qui jouissent de la même propriété jusqu’aux nerfs rachidiens. Mais là, quelle est la racine qui lui sert de conducteur? Toutes les deux ont-elles celte faculté , ou bien une seule est-elle destinée à cette action ? Je pense que l’agent de ce phénomène est la racine antérieure, qui n’est ni motrice ni sensible, et qui sert à porter aux organes le pouvoir, la volonté. En effet, si l’on incise le cordon qui lui donne naissance , il n’est plus possible de faire parvenir l’impression, ni de transmettre la volonté.
Nous croyons devoir , dès à présent , poser ces principes pour y revenir plus tard , que les blets de communication établis entre les racines postérieure et antérieure, elles ganglions du nerf trisplanchnique, ainsi que les blets fournis par la branche antérieure, servent à apporter le fluide , et sont destinés à rapporter aux renbemens nerveux les impressions internes , telles que la satiété, la soif, la faim, le besoin de défécation , etc.
Il faut, à l’appui des vérités que nous venons de poser , appeler le secours de l’expérimentation.
En bas de la région dorsale et à l’origine de la région lombaire , j’ai suivi une des branches postérieures de la moelle épinière , jusqu’au ganglion rachidien d’où elle venait, en enlevant les apophyses épineuses et les portions osseuses qui s’opposaient à l’isolement de ce ganglion. Ce rameau nerveux m’a ainsi servi de guide jusqu’au ganglion lui-même , et j’ai pu alors m’assurer combien il était sensible à la pression exercée avec des pinces , et me convaincre aussi qu’il n’était pas, comme je l’avais d’abord pensé, un organe d’isolement.
Cette expérience est devenue plus curieuse encore, lorsque les membranes qui entourent la moelle, ayant été incisées, ont laissé écouler le liquide arachnoïdien ; alors l’animal a donné des preuves d’un affaiblissement marqué dans les organes du mouvement et du sentiment. Ainsi, la marche était chancelante et mal assurée, et la sensibilité des tégumens presque nulle. Mais si l’on touchait la face postérieure de la moelle , l’animal poussait des cris de douleur, et l’intensité de la souffrance augmentait d’une manière sensible quand l’attouchement avait lieu avec uu corps métallique irrégulier et rugueux. Dans cet état de choses , la pulpe du doigt , promenée cà la surface de la moelle, ne produisait que peu d’effet, en même temps que l’insensibilité de la peau contrastait avec la souffrance déterminée par le pincement du nerf sciatique.
Sur le même animal j’ai incisé la moelle épinière, après l’avoir légèrement soulevée en avant, à droite et à gauche. Dès ce moment, bien que j’aie pincé le
nerf sciatique , l’animal n’a plus montré aucun symptôme de douleur; mais chaque pincement déterminait des contractions involontaires dans les muscles du membre inférieur. S’il faut attribuer ces mouvemens à l’excitation du nerf, l’explication de ce phénomène est facile, puisqu’il résulte évidemment de la communication qui existe encore entre le nerf et la moelle épinière , organe générateur du mouvement et de la sensibilité.
Cette expérience nous prouve donc : 1° qu’en suivant une des branches postérieures de la moelle épinière, on arrive aux ganglions rachidiens, qui sont sensibles; 2° que le cordon antérieur est le conducteur des impressions et de la volonté, et qu’ainsi il porte au cerveau l’impression qui devient sensibilité , et transmet ensuite la volonté qui émane du dernier organe ; 3° que la section incomplète et superficielle de la moelle épinière en arrière n’enlève pas la faculté contractile des muscles ; 4° que l’irritation de la moelle épinière épuise la sensibilité dans la peau, et ne l’éteint pas dans le nerf sciatique ; 5° que l’épuisement nerveux est la conséquence d’irritations fréquentes et prolongées de la moelle , et le résultat des douleurs, parce que sans doute on empêche la formation du fluide animateur des organes, en rompant ainsi l’équilibre de toutes les fonctions. N’est-ce pas ainsi qu’il faut expliquer la mort dans le tétanos, qui paraît avoir son siège dans le névrilème des nerfs, ou dans les enveloppes des renflemens nerveux.
J’ai choisi , pour expérimenter sur les ganglions rachidiens , les animaux d’une sensibilité exquise ,
des chèvres jeunes, et j’ai observé qu’ils étaient sensibles à la pression et au pincement. L’anatomie nous expliquera sans doute ce phénomène par les rapports de ces ganglions avec les racines postérieures des nerfs rachidiens. Mais peut-on en dire autant du ganglion de Meckel, qui semble être formé par le nerf maxillaire supérieur , et du ganglion ophthalmique? Je le pense, quoique l’expérimentation ne soit pas encore venue confirmer ce qui semble prouvé déjà par l’analogie , la raison et l’anatomie.
Ces ganglions ne serviraient-ils pas à la concentration du fluide nerveux, comme les renflemens nerveux accidentellement formés à la suite d'une amputation semblent destinés à cen centrer le fluide , et à réparer par là l’étendue qu’il parcourait primitivement? Cette opinion est purement hypothétique , et je n’y attache pas assez d’importance pour la défendre davantage.
Si, dans des expériences qui étaient loin d’être fondamentales et décisives , les ganglions rachidiens et vertébraux ne m’ont pas d’abord paru sensibles , il faut attribuer ce résultat à la longueur de l’expérience , à l’épuisement de la sensibilité du sujet par les tortures qu’il avait déjà subies dans d’autres épreuves ; il faut l’attribuer surtout à ce que j’avais expérimenté sur la racine postérieure , avant de diriger mes recherches sur le ganglion qu’elle produit. Mais toutes les fois que, procédant par une voie plus directe, j’ai mis le ganglion à découvert et sans avoir expérimenté sur la moelle épinière, ou sur d’autres points du système nerveux , j’ai acquis la preuve cer-
laine de sa sensibilité ; elle s’est manifestée d’une manière évidente quand j’ai pincé le ganglion vertébral, après être parvenu jusqu’à lui, en suivant avec palience et par une dissection rétroactive des branches qui y conduisent : car alors j’agissais directement sur le ganglion et sans avoir fait subir à l’animal des tortures préalables qui , affaiblissant la sensibilité, ne permettaient à l’observateur que de recueillir des phénomènes incomplets, l’empêchaient de porter un jugement sûr et de tirer de son expérimentation des conclusions rigoureuses.
Cette même expérience m’a prouvé encore qu’après le point de contact des racines antérieures et postérieures il n’existe plus de distinction entre les filets, et qu’il n’y en a pas qui soient spécialement doués du sentiment ou du mouvement, puisqu’alors on ne trouve plus qu’un grand phénomène, la sensibilité : là ces deux belles facultés des corps vivans se confondent, sentiment et mouvement qui naissent d’un même filet, et là commence enfin l’unité indestructible du système nerveux. Quelques mots suffiront pour nous démontrer l’analogie qui existe entre les ganglions vertébraux et ceux dont nous avons parlé précédemment. D’abord ces ganglions sont formés sur le trajet d’une branche sensitive , et communiquent avec d’autres nerfs, ou fournissent des branches plus ou moins nombreuses qui vont se distribuer à des membranes muqueuses ou à des organes plus complexes. Ensuite ces rameaux qui en naissent ont une structure entièrement nerveuse qui est analogue aux nerfs de la vie animale. Enfin, tous ces ganglions sont disposés de
telle sorte, qu’ils communiquent avec les centres nerveux par les nerfs de l’épine, établissant ainsi des courans nerveux qui donnent aux muscles la faculté contractile, d’où résulte pour les tissus une sorte de tonicité, de résistance, et la sensibilité.
Enfin, les ganglions du grand sympathique communiquent avec les nerfs de la moelle , dans l’espace intercostal, avec un gros rameau fourni par la branche antérieure des nerfs dorsaux; et de plus, comme l’a démontré Panyzza, et comme je l’ai vu moi-même dans les préparations de ce professeur de Pavie, on voit naître des racines antérieure et postérieure des nerfs rachidiens un filet qui vient se perdre dans les ganglions du grand sympathique. Cette disposition anatomique éclaire la physiologie, et jette un nouveau jour sur les usages communs à toutes les parties constituantes du système nerveux.