‹ Etudes sur le système nerveuxChapitre 19 sur 28 · GO · texte numérisé non relu

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mollesse remarquable; qu’il est en partie dépourvu de névrilème; que sur son trajet on rencontre des espèces de ganglions : c’est sur son mode d’origine que nous baserons nos aperçus physiologiques.

Si l’on veut éprouver les facultés de ce nerf, et qu’il soit ou coupé, ou piqué, ou déchiré, l’animal ne manifeste aucune douleur; il ne se présente aucun phénomène qui puisse faire croire qu’il appartienne à aucun des caractères des nerfs sensitifs. Il est donc évidemment un simple conducteur des impressions odorantes, et alors il ressemble aux cordons anterieurs de la moelle épinière et aux racines des nerfs qui en naissent, puisque, comme nous bavons dit plus haut, ceux-ci ne jouent qu’un rôle passif dans les fonctions du système nerveux.

A une époque éloignée , quand la physiologie était dans l’enfance et n’était pas éclairée par l’anatomie, on regardait le nerf olfactif comme un éinonctoire. Basée sur de vaines hypothèses, cette théorie a cessé d’exister dès que la structure du nerf a été l’objet d’une appréciation rigoureuse et vraie; car on a pu se convaincre qu’au lieu de présenter une espèce de canal , il était exactement plein. A une époque plus rapprochée , on a vu que ce nerf était destiné cà l’olfaction, et on fondait cette opinion 1° sur le siège où est produite l’impression des odeurs , 2° sur son mode de terminaison à la membrane pituitaire. Mais on sait que, pour l’accomplissement de l’olfaction, il n;est pas seulement nécessaire que l’air ou le corps odorant traverse les fosses nasales, qu’il faut encore que les principes odorans soient dirigés vers la voûte

de ces fosses, où se trouve le nerf elhmoïdal. Ne sait-on pasqu’après l’ablalion de la plus grande partie du nez, la puissance olfactive n’est, que suspendue; qu’il suffit, connue l’a démontré Béclard, d’adapter un nez artificiel pour diriger de nouveau les odeurs vers la voûte, et pour que l’olfaction s’accomplisse. On a vu, d’un autre côté, que cette faculté est d’autant plus parfaite que le nerf olfactif est plus développé : ainsi, la puissance olfactive existe au plus haut point chez les ruminans et les carnivores, car, chez eux et chez les derniers surtout, le nerf olfactif a un développement remarquable. Ici la fonction est donc en rapport avec l’étendue du nerf, comme la perfection du jeu des autres organes est en rapport avec leurs proportions.

En établissant une échelle analytique, on verra que cette faculté baissera à mesure que le volume de ce nerf diminuera.

Quant au mode de terminaison du nerf lui-même, tout le monde s’accorde à admettre qu’il se perd dans la membrane muqueuse de la voûte des fosses nasales et dans celle qui recouvre les cornets supérieurs.

Plus tard l’expérimentation a voulu dépouiller ce nerf de ses vieilles prérogatives , on l’a regardé comme nul dans l’olfaction, et l’on a attribué l’impression des odeurs à la cinquième paire. Or, ce nerf envoie aux fosses nasales le rameau elhmoïdal, le nerf sphéno - palatin. C’est M. Magendie qui le premier a émis cette opinion sur les usages de ce nerf, et qui a voulu la fortifier par un fait rapporté par Béclard : celui de la destruction du nerf olfactif

chez «n homme qui, dit-on, avait la conscience des odeurs.

Ce fait ne mérite pas toute la confiance que I on serait disposé à lui accorder tout d’abord, parce qu’il n’a pas été observé par Béclard lui-même, mais bien par les voisins du malade , qui ont pu confondre l’habitude que celui - ci avait de prendre du tabac , avec l’olfaction proprement dite. Au reste , on peut comprendre , à la rigueur, que l’on trouve un certain plaisir dans l’inspiration du tabac, comme corps excitant et produisant le chatouillement de la membrane pituitaire , sans que pour cela l’olfaction existe. Cela est si vrai que souvent l’éternuement a lieu sans que l’on ait pour cela apprécié si le corps qui le détermine est odorant ou non. En résumé, les nerfs delà cinquième paire qui viennent se distribuer à la membrane pituitaire, ont été regardés comme donnant la sensibilité à cette membrane, et maintenant M. Magendie, auquel la physiologie est redevable de curieuses expériences ,est presque seul de son avis sur ce point.

Voici d’ailleurs en quoi consiste l’expérience de M. Magendie. Il a fait la section de la première paire, et approchant alors du nez de l’animal une allumette enflammée, celui-ci a éternué. Voilà ce que M. Magendie appelle un effet de l’olfaction. Pour nous, c’est tout simplement une excitation de la membrane pituitaire qui réagit sur le diaphragme , qui à son tour chasse brusquement l’air contenu dans les poumons. Ch. Bell a très-bien expliqué l’expérience de M. Magendie , dont il regarde les

conclusions comme complètement erronées. Mais s» M. Magendie a donné de cette expérience une explication qui ne nous parait pas exacte, le physiologiste anglais a eu tort de critiquer avec tan) d’amertume un fait qui était bon à observer en lui — même.

M. Magendie a détruit le nerf olfactif et l’animal a continué à sentir. M. Magendie avoue qu’il n’a pas été aussi heureux pour constater ce que les animaux éprouvent pour l’appréciation des alimens à l’odorat.

En résumé, parce que l’animal éternue par l’action excitante de l’ammoniaque sur la pituitaire, après la section des deux nerfs olfactifs, est-il juste de conclure qu’il y ait eu olfaction ? Est-il également raisonnable de penser que ces nerfs ne sont pas les nerfs de l’olfaction, parce que ce phénomène a été la conséquence de l’action directe du même agent irritant sur les rameaux de la cinquième paire, qui se rendent aux parois des fosses nasales? Non certes. La seule sensibilité exquise dont jouit cette membrane, comme celle du larynx, explique ce phénomène. L’éternuement , dans ce cas , dépend des relations de la pituitaire avec l'appareil respiratoire, et ne prouve nullement que l’animal ait jugé la qualité du gaz irritant.

L’état des narines influe singulièrement sur la perfection de l’olfaction. L’affaissement des ailes du nez, par vice de conformation ou par cessation d’action des muscles qui les rendent mobiles, empêche l’entrée d’un volume d’air assez considérable et s’oppose à ce que cette colonne arrive directement vers la voûte des fosses nasales.

Sur un chien , j’ai coupé la septième paire. La na-

rine du même côté s’est affaissée et a cessé d’être mobile. Chez» cet animal , j’ai en vain approché de l'ammoniaque de l’entrée des narines : d’une part, aucun effet n’a trahi son action sur la membrane pituitaire, tandis que de l’autre, l’animal a donné des signes non équivoques de l’influence délétère de la respiration de ce gaz irritant.

Chez un homme qui avait une paralysie d’un côté de la face , j’ai observé les mêmes résultats.

Dans l’acte ordinaire de la respiration, l’air est porté directement en arrière; aussi, quand on veut avoir la jouissance des corps odorants , attire— t-on l’air vers les fosses nasales, dans une forte inspiration, et c’est alors que le nerf olfactif est vivement frappé par les matières odorantes et. que l’olfaction s’accomplit.

Quoique l’air passe encore par la narine paralysée, il n’est pas moins vrai que l’olfaction sera imparfaite.

Une observation recueillie par nous va prouver que le nerf olfactif préside réellement au phénomène de l’olfaction.

Le nommé Mestre (Pierre), militaire, âgé de vingtsept ans, reçut, dans les journées de juin, un coup de feu qui, allant de la partie interne de l’œil droit vers le gauche, traversait la racine du nez , sans donner à cet endroit lieu à aucune plaie. Les tissus qui entouraient l’ouverture d’entrée du projectile, et ceux qui se trouvaient sur le trajet, comme les paupières, les sourcils, étaient tous infiltrés de sang, plus ou moins contus, meurtris et triplés de volume par les liquides qui les abreuvaient. L’introduction du doigt dans Tunique ouverture, fit reconnaître la

fracture des os de l’orbite droit. La plaie fut agrandie; je cherchai le corps étranger, mais ignorant l’endroit où il s’était logé , je renonçai bientôt à mes tentatives dans la crainte d’augmenter par des recherches multipliées la commotion cérébrale, qui, chez ce malade, était déjà portée au plus haut degré. Cet accident ne fut pas de longue durée, et bientôt le blessé recouvra toute sa raison. Dans la prévision de phénomènes inflammatoires, qui n’étaient que trop à craindre, on avait pratiqué de copieuses saignées, qui n’eurent pour résultat que de prévenir l’inflammation , presque inévitable et probablement mortelle. Dès les premiers jours, cet homme désirait avec ardeur desalimens; c’était son idée dominante; les désirs se traduisaient par des demandes presque continuelles de nourriture. Tout à coup la scène changea : un délire furieux s’empara de ce malheureux; le pouls devint plein et fréquent; la physionomie sè gonfla, les muscles se contractèrent avec force , se raidirent ; les articulations devinrent difficiles à mouvoir; la respiration s’embarrassa et le malade succomba enfin malgré les applications nombreuses de sangsues à la base du crâne , malgré les saignées et l’usage non interrompu de la glace appliquée sur la tête.

L’autopsie, faite avec soin, nous révéla des altérations curieuses et importantes: les paupières, les sourcils , le tissu graisseux de l’œil , toutes les parties enfin qui se trouvaient sur le trajet de la balle , étaient infiltrés d’un sang noir et abondant : l’apophyse orbitaire externe droite était brisée; l'œil du même côté était désorganisé et la cornée coupée en

plusieurs lambeaux; la racine du nez était traversée; les os qui forment celle espèce de voûte avaient été fracturés ; l’ethmoïde était détruit, et la longue apophyse, connue sous le nom de cnsta gcdli , intéressée; enfin les nerfs olfactifs étaient déchirés. Les lobes antérieurs du cerveau n’avaient pas moins soulfert, puisqu’ils étaient enflammés et ramollis.

Cette observation est intéressante sous plusieurs aspects: 1° sous le rapport de la direction de la balle; 2° 50 u s celui de l’apparente simplicité de la blessure; 3U enfin sous le point de vue physiologique. C’est sous cet aspect seulement que nous nous en occuperons.

L’épanchement de sang, apparent à l’extérieur, nous ayant annoncé une fracture dans la région nasale, nous fîmes respirer au malade, dans le moment où il avait encore toute son intelligence , de l’ammoniaque liquide , et d’autres substances trèsodorantes: et pourtant le blessé, loin de pouvoir établir des distinctions entre ces substances , ne put rien sentir, quoique les fosses nasales eussent été parfaitement libres.

J’ai fait une expérience contradictoire à celle de M. Magendie, et j’ai obtenu des résultats tout-à-fait différen s.

Sur un lapin j’ai détruit la cinquième paire, et le premier jour après cette opération , quand la conjonctive était en pleine suppuration, quand la narine du même côté a exhalé du pus, et lorsque l’aile correspondante a été complètement affaissée, j’ai approché une allumette enflammée de ce même côté,

après avoir oblitéré l’autre narine : à l’instant même l’animal a éternué.

Là se termine ce que j’avais à dire sur le nerf olfactif, que Galien n’a pas mieux connu sous le point de vue anatomique , que sous le rapport fonctionnel ; nous pouvons conclure de cette série d’expériences et de raisonnemens : 1 0 que ce nerf est un produit des pyramides antérieures , et que dès lors il nous semble être la continuation du cordon antérieur de la moelle ; 2° que son volume est en rapport avec le degré d’olfaclion ; 3° que ce volume est considérable dans les carnivores et dans les chiens chasseurs ; 4° que ce nerf tire, chez tous les animaux sans exception , son origine du même point, et qu’il n’est pas, comme on l’a prétendu , le produit d’une circonvolution ; 5° que cette circonvolution l’accompagne , le fortifie , mais ne le forme pas ; G0 que ce nerf est insensible, soit qu’on le pique, soit qu’on le déchire ; 7° qu’il est conducteur des impressions olfactives; 8° que ces usages sont pleinement confirmés par l’expérimentation et par la pathologie .

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