CHAPITRE IV
Nerf facial.
Le nerf facial est sans contredit un des plus importans sous le rapport de ses usages, de son mode de distribution. Il a été souvent l’objet particulier de l’étude des physiologistes. C’est lui qui préside à la plupart des mouvemens de la face : c’est à lui qu’il faut rapporter l’expression diverse delà physionomie sur laquelle est fondé l’ingénieux système de Lavater. C’est surtout dans l’observation attentive et rigoureuse du jeu des muscles de la face que cet illustre philosophe a trouvé ces applications souvent si séduisantes, ces rapprochemens si fins et si piquans ; c’est par elle qu’il est parvenu à retrouver sur la physionomie l’usage des penchans du cœur, l’empreinte des impressions de l’ame. Son rôle était donc celui d’observateur. Mais il était réservé aux physiologistes modernes de faire connaître l’agent de ces mouvemens, de démontrer par des expériences quel était le nerf qui préside à ces changemens variés par lesquels les sensations intérieures se traduisent sur la physionomie.
Avant de parler des fonctions du nerf facial , je veux dire d’abord quelques mots de sa disposition anatomique , de sa structure et de son mode de terminaison.
Origine. — C’est à tort que Je nerf facial , dé-
signé sous le nom de septième paire, de portion duie,a é(é appelé petit sympathique. Sa distribution, en effet , ne ressemble en rien à celle du grand sympathique, puisqu’il est vrai qu’il ne se répand pas dans tous les organes qui composent la face, et puisqu il n y a aucun doute sur son origine ou son extrémité crânienne.
Dans ces derniers temps, Ch. Bell en a fait un nerf i espii ateur , et lui a assigne une origine pareille aux autres nerfs de ce nom qui , suivant lui, naissent d une colonne particulière de la moelle épinière qu’il a nommée respiratoire. Avant d’aller plus loin, je dirai que Ch. Bell s’est trompé en le faisant naître de la même colonne que les nerfs glosso-pharyngien , pneumo-gastrique et spinal , et on peut démontrer que son origine est tout à fait séparée de celle des nerfs précédens.
Le nerf facial naît de la partie moyenne et postérieure du quatrième ventricule, par des filets, dont les uns en petit nombre naissent du milieu même du sillon qui sépare les cordons gris du calamus scriptovius , et dont les autres passent du côté opposé , et se croisent par conséquent. Les filets dessinés à la surface intérieure du ventricule sont surtout évidens lorsqu’on a fait bouillir à petit feu le cerveau dans l’huile.
Suivant Ch. Bell , le nerf facial sort de la partie supérieure latérale de la moelle alongée, près de la protubérance annulaire, et précisément à l’endroit ouïes pédoncules du cervelet se joignent à la moelle alongée. Il ajoute que les nerfs respirateurs naissent
sur la même ligne que lui ; c’est une erreur : il ne naît pas des points qu’il indique, mais bien de la face postérieure de l’extrémité céphalique de la moelle épinière , par de nombreux filets, qui tantôt sillonnent superficiellement la substance grise du calamus scriptorius, et tantôt viennent profondément de son épaisseur. Toujours est-il que les filets droits passent du côté gauche, et que les filets gauches passent du côté droit.
En conséquence , il est évident que ce nerf naît d’une partie sensible et du cordon conducteur, représenté par la partie antérieure de la moelle épinière, qui se renfle elle-même pour donner naissance aux pyramides, aux éminences olivaires et aux corps restiformes.
Le nerf facial naît de la partie postérieure de la moelle, des corps restiformes, puisqu’il en reçoit de la substance blanche, et enfin des pyramides. Il est donc vrai que ses filets d’origine se croisent, et que le nerf facial du côté droit est constitué dans sa plus grande partie par les filets qui naissent du cordon postérieur gauche. Sans névrilème à son origine , il est bientôt entouré par une membrane névrilématique qui lui donne de la résistance.
Il est formé de filets très serrés , très rapprochés , auxquels l’enveloppe générale ne permet guère de s’éloigner les uns des autres.
Le mode de terminaison du nerf facial n’est pas moins curieux à étudier que son origine. Je crois que les physiologistes ont passé trop légèrement sur son mode de distribution. Ch. bell en a fait un nerf des-
liné exclusivement aux muscles de la face, et c’est pour cela qu’il l’a appelé moteur. Comment se fail-il que cet auteur, qui reproche tant à certains physiologistes leur peu de connaissances anatomiques, ait si inexactement apprécié le mode de distribution de ce nerf? Le plus grand nombre de ses blanches viennent se perdre, il est vrai , dans les muscles de la face, mais le nerf facial envoie de nombreux rameaux à la parotide et à la peau du visage , comme je le prouverai par une expérience que je rapporterai plus loin. J’ai suivi plusieurs de ses branches qui étaient volumineuses et qui venaient se perdre à la face interne du derme facial.
Le nerf facial, qui se répand dans les muscles orbiculaires des paupières , le frontal , le zygomatique , les élévateurs des lèvres et de l’aile du nez, les carrés, Je triangulaire, le muscle de la houppe du menton, lepeaucier, est appelé à juste titre le nerf de l’expression de la face. D’après cela , il est évident qu’il pourrait être appelé nerf superficiel de la face, par opposition à la disposition du nerf trifacial.
Chez aucun animal, on ne trouve un nerf facial aussi volumineux que chez l’homme : c’est que chez aucun d’eux il n’y a un jeu de physionomie pareil. Aussi dans beaucoup de classes d’animaux , ce nerf est-il à l’état rudimentaire. Le volume d’un nerf est donc en rapport avec l’énergie d'action des organes.
Chez le cheval , chez l’âne , chez les ruminans , le nerf facial est formé par un grand nombre de filets qui viennent se confondre avec les filets très nombreux et volumineux de Ja cinquième paire , qui ,
après avoir contourné le condyle de la mâchoire , se confondent avec le nerf facial et augmentent son volume.
Ch. Bell avoue qu’il n’est pas sûr que le nerf facial envoie des filets à la peau. Il suffit, pour lui répondre, de rappeler que tous les auteurs ont démontré qu’il envoyait des filets à la peau de la face et du cou, ainsi qu’à la glande parotide. Pour le démontrer, il faut disséquer la peau de l’angle de la mâchoire vers la commissure des lèvres. Chez l’homme comme chez les animaux, j’ai constamment retrouvé ces branches nerveuses. Il n’est alors pas exact qu’il soit exclusivement destiné aux muscles, bien que ceux-ci en reçoivent évidemment un nombre plus considérable que la peau.
Ch. Bell compare le nerf pneumo-gastrique pour la structure au nerf facial , et non pas à la cinquième paire. Cette comparaison est au moins inexacte, et je pense que si l’on pouvait comparer le nerf pneumogastrique à un autre nerf, cë serait aux trijumeaux , puisque, comme ces derniers, il se distribue à de nombreux organes , à des muscles et à des membranes, et enfin puisqu’il présente sur son trajet une sorte de plexus que l’on observe aussi pour la cinquième paire.
Cela posé, les connaissances anatomiques indispensables établies , je puis passer à l’étude des fonctions du nerf facial.
Diverses expériences ont été successivement tentées sur ce nerf par Ch. Bell, Magendie, Bellingeri, Mayo, Schaw, Lund , Bischoff, Backer, etc. On ne peut refuser à Bellingeri d’avoir, en 1818, c’est-à-dire plu-
sieurs années avant la publication des travaux de Ch. Bell , déterminé la différence qui existe entre les fonctions de la cinquième paire et celles du nerf facial.
Mais quoique celte priorité soit établie de fait d’une manière évidente, il n’en est pas moins vrai, suivant le professeur Bérard, que c’est aux expériences plus claires et surtout plus précises de Ch. Bell que l’on doit d’avoir tranché la question d’une manière positive. En effet, ce physiologiste a le premier assigné à ce nerf comme fonction la puissance motrice, et a attribué à la cinquième paire la qualité spéciale de nerf sensitif. S’il faut ensuite attacher un résultat aux travaux de Magendie et des autres auteurs cités plus haut, nous devons déclarer qu’ils n’ont fait que répéter les expériences tentées par le physiologiste anglais et sanctionner de leurs lumières les vérités que Charles Bell avait signalées. Nous verrons cependant que Mayo a relevé certaines erreurs qui étaient échappées au savant anglais.
La question ainsi posée se précisera mieux encore si nous examinons les expériences de Charles Bell , et celles des physiologistes qui ont fait progresser la science, en éclairant la physiologie sur ce point important.
Charles Bell, dirigeant ses recherches expérimentales sur un âne jeté à terre, avait d'abord excité les narines pour les faire dilater avec force ; il coupa ensuite le nerf facial d’un côté de la face, et à l’instant même le mouvement cessa dans la narine correspondante. Celle du côté opposé resta en harmonie
avec les mouvemens de la poitrine, conservant sa dilatation et son resserrement isochrone à l’inspiration et à l’expiration. Charles Bell ajoute que l’animal ne témoigna aucune douleur, et ne lit aucun mouvement pour s’opposer «à l'opération. L’animal mangea sans difficulté du foin et de l’avoine qui lui furent présentés. Dans une note- à part Charles Bell se reproche de n’avoir pas coupé le nerf facial opposé, pour s’assurer , dit-il, combien le mouvement était dérangé.
Charles Bell expérimentant sur un autre âne mit à découvert une des branches de la cinquième paire, le maxillaire supérieur, et l’animal témoignait de vives souffrances toutes les fois que l'on touchait ce nerf. La section en ayant été faite, il ne se manifesta aucune altération dans le mouvement des narines. On observait au contraire de la régularité dans la dilatation et le resserrement. On remarqua cependant qu une partie de la lèvre était entraînée du côté opposé. La section du même nerf ayant été opérée du côté opposé , 1 animal ne put plus saisir son avoine ; il n existait par conséquent plus d’élévation et de projection de la lèvre en avant. L’animal était obligé, pour écarter ies lèvres , de presser la terre avec la bouche ; et il ne pouvait plus saisir l’avoine qu'en la léchant avec la langue. Charles Bell, recherchant les causes de ce phénomène , dit que , dans ce dernier cas, il n’y avait pas perle du mouvement, mais seulement extinction de la sensibilité 5 d’où, résultait, suivant lui , l’impossibilité où était l’animal de saisir son avoine. Charles Bell a confondu évidemment le
tact , c’est-à-dire l’impression produite par un corps sur un organe sensible, avec la volonté , qui, quand elle est unieàla puissance d’action, fait mouvoir l’organe malgré l’insensibilité dont il est frappé. Chez l’animal dont il est question , les lèvres n’étaient qu’un instrument de tact , propre à établir des distinctions entre les corps qui doivent être saisis et livrés à la mastication : mais cette faculté qui distingue l’organe sensitif étant perdue, l’animal conservait la vue pour s’assurer du lieu où était l'avoine; et dans cette position , si la sensibilité avait été seule éteinte, la volonté eût suffi pour produire le mouvement des lèvres.
Charles Bell , ayant répété plusieurs fois sur l’àne et sur le chien l’expérience précédente , reconnut constamment l’absence presque complète de la douleur.
Ce physiologiste coupa sur un singe le nerf facial d’un côté de la tête. Les paupières et le sourcil cessèrent aussitôt leurs mouvemens , et quand l’animal était en colère les lèvres étaient entraînées. Chez un homme, dont le nerf facial avait été lésé par un abcès formé devant l’oreille, la bouche était, pendant le sourire , portée du côté opposée ; s’il sifflait , cet homme faisait une grimace étrange; le côté lésé demeurait immobile pendant l’eternument.
Ch. Bell avoue enfin qu’un homme, sur lequel il avait incisé une tumeur au devant de l’oreille, se trouva dans l’impossibilité de siffler ses chevaux, parce qu’un des filets du nerf facial avait été offensé. Il conclut de là que ce nerf est le principal nerf
musculaire, et qu’il porte la faculté motrice aux narines , aux paupières et aux lèvres.
MM. Magendie, Schaw et Mayo , répétant les expériences de Cli. Bell, se sont convaincus après lui que la section du nerf facial entraîne immédiatement la paralysie des muscles de la face.
En 1831 , M. Montault publia, après l’avoir prise sur lui-même, une observation de paralysie du nerf facial , survenue pendant son internat dans les hôpitaux. En 1834, un autre élève non moins distingué , M. B. Desmortiers, publia des recherches intéressantes sur le même sujet. Du reste, on devait déjà à MM. Descot et Pichonnière , ainsi qu'à d’autres médecins, des faits remarquables de paralysie du nerf facial.
Venant à l’aide des expériences, les opérations faites sur l’homme , l’anatomie pathologique , les lésions accidentelles et la pathologie, sont venues démontrer que la paralysie suit de bien près l’altération du neif facial. La section de ce nerf, comme résultat de l’extirpation de la glande parotide, détermine d’une manière certaine la paralysie , en même temps qu’elle entraîne la déformation de la face du meme côte. M. Berard a , dans les Archives généj'üles (le médecine (t. IV, p. 60), démontré, en décrivant l’état de la face après l’extirpation de cette glande, combien la physionomie avait été altérée dans son harmonie après la section du nerf facial.
M. Roux a obtenu le même résultat par une opération du même genre. Si nous embrassons d’un coup d’œil les phénomènes que peuvent entraîner les
Jésions de ce nerf, nous voyons que son enlèvement partiel produit du même côté une paralysie incomplète ; qu’une contusion grave dirigée sur le trajet du nerf a entraîné une paralysie incurable du même côté de la face; que, suivant M. Bérard , un jeune homme frappé d’un coup de timon de voiture a été affecté d’une paralysie de ce genre, qu’il conservait depuis son enfance. M. Montault a consigné des faits qui viennent à l’appui de ce que nous venons de dire.
La carie du rocher, les tumeurs développées dans le crâne ou à l’extérieur de cette cavité, ont pu produire la paralysie de la face , en s’opposant à la communication qui existe entre les renflemens nerveux et la distribution musculaire du nerf facial. M. Bérard rapporte qu’une tumeur encéphaloïde , qui avait fait disparaître le nerf facial , avait aussi produit la perte du mouvement. On comprend que des abcès peuvent amener le même résultat. M. Billard d’Angers cite le fait d’un abcès chronique qui avait été la cause du même phénomène morbide. Il n’est plus permis de douter maintenant que le rhumatisme ne produise aussi la paralysie de la face, et c’est celte paralysie partielle, qui a été prise à tort pour une altération des renflemens nerveux, et que l’on rencontre quelquefois dans les membres. Le fait que M. Montault a observé sur lui-même, et beaucoup d’autres , viennent démontrer la vérité de cette assertion. Voilà pour le mouvement. Il reste maintenant à savoir s’il n’y a rien à ajouter à ce qui a été dit sur les fonctions de ce nerf par les habiles expérimentateurs précé-
demment cités : cela nous conduira à réduire toutes ces expériences à une valeur aussi mathématique que possible. Aidés de l’expérimentation et de l’anatomie , nous nous efforcerons d’éclaircir une question qui est loin d’être résolue d’une manière précise.
Nous verrons se dérouler une série de questions qui nous conduiront à examiner : 1° si ce nerf n’est pas sensible et s’il est purement moteur ; 2° s’il est au contraire doué de la sensibilité et du mouvement; 3° s’il mérite le nom de nerf respiratoire, et s’il est un nerf d’expression ; 4° si la paralysie de ce nerf est croisée ; 5° s’il préside aux sécrétions ; si la sensibilité dont il pourrait être doué est due à l’anastomose de la cinquième paire ou à ce nerf lui-même.
La première de ces questions a été résolue par Bellingeri, qui est arrivé à conclure que ce nerf est destiné au sentiment, fondant son opinion sur le mode de distribution du nerf, qui est non seulement propre aux muscles, mais encore à la peau de la face et du cou. M. Gædeschen a reproduit les mêmes idées dans sa thèse. M. le professeur Bérard réfute l’opinion de ces deux observateurs, et prétend qu’âpres la section de la cinquième paire on ne détermine aucune douleur en déchirant ou en coupant le nerf facial , concluant de là que celui-ci est destiné à d’autres fonctions et qu’il n’est pas sensible par luimême.
L’expérience répond à celte objection que la destruction de la cinquième paire est loin d’éteindre la sensibilité dans le nerf facial , puisqu’il est vrai de
dire que si , même dans ce cas , on le met à découvert et qu’on l’irrite, on verra de vives douleurs se manifester sur son trajet. La sensibilité est seulement moins vive dans ce nerf que dans le trifacial, et cette différence résulte des raisons anatomiques que nous avons déjà déduites.
Si nous arrivons à l’opinion de Charles Bell , qui regarde ce nerf comme purement moteur, il nous sera plus facile encore de la réfuter. Si en effet on irrite le nerf facial mis à découvert sur un âne, la sensibilité n’est pas obscure , comme le prétend le physiologiste anglais, mais se manifeste au contraire vive et intolérable. L’animal témoigne dans cette circonstance la souffrance la plus violente , par les efforts qu’il fait pour se soustraire à l’opération. La même expérience , tentée sur le cheval , sur la chèvre , sur le lapin, etc., a déterminé les douleurs les plus aiguës. Ce phénomène , dont rien ne peut détruire la réalité , peut s’expliquer en partie , si l’on considère que la branche de la cinquième paire qui vient s’anastomoser avec le nerf facial offre un volume considérable , et qu’il doit dès lors en résulter pour ce nerf un degré plus intense de sensibilité. Un fait important vient confirmer ce résultat anatomique , et cette observation s’est reproduite dans toutes les expériences que j’ai tentées, c’est que j’ai rencontré une sensibilité d’autant plus exquise que cette branche de la cinquième paire était plus considérable. Comment se fait-il donc que des faits si importans aient pu échappera Charles Bell? Pourquoi a-t-il voulu frapper le nerf facial d’une insensibilité absolue ,
quand il pouvait demander à cette branche de la cinquième paire, qui vient s’anastomoser avec lui, la cause de ce grand phénomène, la douleur que produit toujours son irritation ?
Mais non , ce physiologiste voulait tout attribuer dans ce nerf au mouvement, et rien au sentiment. D’abord on peut couper séparément les filets qui composent ce nerf, et toujours inutilement sous le rapport d’une idée exclusive , puisqu’ils affluent tous de la sensibilité annoncée par la douleur. Au reste , pour prouver que le nerf facial est aussi bien destiné au sentiment qu’au mouvement , il suffira de considérer sa double origine non douteuse. En effet, constamment j’ai trouvé plusieurs racines postérieures qui avaient déjà été notées par Gædeschen, qui croit que cette racine forme le petit renflement du nerf facial à l’endroit où le nerf vidien se réunit à lui.
Comme nous l’avons déjà pensé, ce nerf, naissant d’un point sensible et d’un point insensible, a cette double propriété : 1° d’être sensible ; 2° de porter l’influx de la volonté et de rapporlerles impressions. Mais je ne pense pas, comme M. Gædeschen, que ce nerf soit sensible par lui-même, je crois au contraire qu’il tire sa sensibilité de la moelle épinière; et, comme nous l’avons déjà dit , tout nerf sensible est aussi nerf du mouvement, puisque, suivant nous, ces deux propriétés sont une , et qu’elles sont dépendantes l’une de l’autre, comme l’expérimentation nous l’a prouvé.
C’est en vain qu’on invoque les anastomoses pour expliquer la sensibilité, et c’est à tort que Magendie,
Lund, Backer, affirment que ce nerf ne montre aucune espèce de sensibilité après la section de la cinquième paire; j’ai été mieux favorisé que ces observateurs, et, après la destruction de la cinquième paire, j’ai, en mettant le nerf à découvert, démontré qu’il était douloureux.
Avant de passer outre , parlons des fonctions de ce nerf relativement à la transmission des impressions reçues , et de la volonté émanée du cerveau : il est évident que par son mode d’origine on peut expliquer la transmission non directe des impressions reçues et leur transport au lobe du côté opposé; comme, par exemple, l’influence de la volonté s’exerce d’un lobe du cerveau , au côté opposé de la moelle épinière. Je ne répéterai pas ce que j’ai dit du croisement de ses racines postérieures et de l’origine profonde antérieure de ce nerf. Il me reste seulement à démontrer son entrecroisement à l’aide de la pathologie. Le fait que je vais rapporter est un exemple de paralysie croisée de la face, il servira à établir d’une manière plus précise ce que je viens d’avancer. Il est bien entendu qu’il s’agit ici de l’action d’un lobe du cerveau , qui s’exerce par transmission à la moelle épinière, sur le nerf facial qui y prend naissance ; si en effet ce nerf se trouvait détruit sous l’influence d’une cause directe, la paralysie devrait nécessairement exister du côté du nerf lésé.
Ham..., âgé de 30 ans, maçon, d’une taille moyenne, enlraà l’hôpital Saint- Louisle 1 3 mai 1 835. Il venait de faire une chute de la hauteur d’un 2° étage environ; il avait perdu connaissance sur le champ ,
l'avait recouvrée bientôt, et n’avait pas rendu de sang par les oreilles. A son arrivée à l'hôpital il offrit quelques contusions à la face, à l’œil et sur le côté gauche du corps. Sur le côté correspondant de la tête existe une plaie longue de 3 à 4 pouces, placée entre les sutures écailleuse et sagittale , s’étendant depuis le niveau de la suture fronto-pariétale jusque vers l’occipital. Dans sa moitié antérieure, cette plaie a des bords réguliers non déchirés, séparés l’un de l’autre par un écartement d’un travers de doigt. Dans le reste de son étendue les bords sont irréguliers , inégaux , contus et largement écartés ; nulle part on ne voit les os à nu, et partout l'aponévrose occipito- frontale a été respectée; on ne sent pas de saillie ni d’enfoncement qui puisse faire croire à l’existence d'une fracture du crâne. Les sens sont intacts , la sensibilité et la motilité générales sont bien conservées; le malade a perdu une quantité médiocre de sang , il souffre peu.
Deux points de suture réunissent et maintiennent en contact les bords de la moitié antérieure de la plaie; quelques bandelettes agglutinatives sont placées sur la moitié postérieure; un morceau d’agaric enduit de cérat , quelques compresses et une bande, servent à achever le pansement. ( Saignée du bras de trois 'palettes; petit-lait émétisé. )
Le lendemain malin, le malade souffrait peu; il avait dormi , il ne ressentait pas de céphalalgie; il n’existait aucun phénomène morbide apparent du côté de l’encéphale. Les bords de la plaie ne sont ni gonflés, ni douloureux. J’enlève les points de suture, et je
fais appliquer sur la partie malade de la charpie qu’on trempe de temps en temps dans l’eau froide.
Quelques jours après le péricrâne était décollé et détruit ; on voyait les os à nu dans une grande étendue; la suppuration était peu abondante, de bonne nature : on continua le pansement avec de la charpie imbibée d’eau froide.
Vers le quinzième jour je remarquai que quelques portions osseuses offraient plus de vascularité dans certains points que dans d’autres : il suffit de les frapper légèrement pour en faire suinter quelques gouttelettes de sang; cependant il n’existe encore aucun bourgeon charnu , aucune exfoliation sensible. Le malade va bien ; la suppuration est très peu abondante ; les os et la plaie paraissent secs; mais celte sécheresse pouvait être due au renouvellement fréquent de la charpie.
Cet homme était dans cet état, lorsque, sans cause connue, il commença le 30 mai à avoir un peu de délire : il perdit presque complètement la connaissance des objets qui l’entouraient; il ne répondait plus aux questions qu’on lui adressait; il se levait sur son séant et agitait alors fortement ses quatre membres ; il les remuait volontairement.
Le lendemain il y eut encore du délire , mais plus tranquille ; l’agitation dura tout le jour sans aucune trace de paralysie : pas de selles, pas d’urines involontaires.
Le 1er juin, au milieu de la nuit, il survint un très grand calme , le malade avait perdu l’usage de tout le côté droit du corps.
Examiné le matin , il offrait une hémiplégie complète à droite , s’étendant sur tout le côté correspondant de la face. L’intelligence est très obtuse; le malade exécute des mouvemens volontaires du côté gauche, il a l’air hébété , semble ne rien comprendre de ce qu’on lui dit. Il n’y a pas de tendance à l’assoupissement.
L’ouïe semble être nulle. La vue est intacte , car le malade fuit la présence d’objets placés trop près de la conjonctive. On n’a pas cherché à savoir si le goût et l’odorat étaient conservés. Le malade ne pouvait tirer la langue hors de la bouche; il ne prononçait aucun mot. Le toucher était entièrement éteint à droite. La sensibilité de la peau était généralement nulle dans le côté droit. Néanmoins, si l’on enfonçait une épingle à quelques lignes dans la profondeur de la peau, et à la plante des pieds, la figure indiquait un sentiment de souffrance et il se manifestait dans la jambe des agitations musculaires qui témoignaient de la sensibilité du malade. Enfin , lorsqu’on venait à chatouiller l’intérieur du nez surtout, il y portait la main, quelle que fut la narine qu’on excitât.
Tous les muscles qui servent à donner de l’expression à la face étaient sans action du côté droit. La contraction de l’orbiculaire et de l’élévateur de la paupière supérieure était seule conservée ; mais en comparant entre elles les forces avec lesquelles le malade fermait chaque œil , il était facile d’apercevoir que celle du côté droit était beaucoup moindre. Du reste, la joue de ce côté était affaissée, la com-
missure des lèvres inclinée en bas et sans aucun mouvement dans les diverses agitations que le malade imprimait à la bouche qui était tirée à gauche. L’aile droite du nez, était affaissée et sans mouvement pendant la respiration ; les muscles inspirateurs et expirateurs semblaient se contracter aussi facilement d’un côté que de l’autre. Quant aux membres droits, thoracique et abdominal , ils étaient complètement dans la résolution , sans aucun mouvement volontaire; il n’existait pas non plus de contracture.
Les pupilles étaient complètement dilatées; elles étaient peu sensibles à l’action de la lumière.
Le cœur donnait \ 20 pulsations par minute ; il y avait 40 inspirations dans le même espace de temps.
Il n’y avait pas de différence appréciable dans la température des deux côtés du corps.
Pensant que les symptômes signalés ci-dessus étaient produits par la compression du cerveau , j’appliquai une couronne de trépan vers la partie moyenne du pariétal gauche, dans un endroit où cet os était dénudé. La rondelle osseuse enlevée , il s’échappa de suite un peu de pus placé dans le tissu extérieur à la dure - mère. Celle - ci offrit ensuite de la résistance : j’y sentis de la fluctuation ; j’y fis une ponction qui donna issue à une cuillerée de pus environ. Le malade put alors, à force d’excitation , tirer un peu la langue , la respiration sembla s’animer ; mais les autres symptômes ne parurent pas modifiés. Cependant le malade, qui n’avait pu boire depuis plusieurs heures, porta lui-même son verre à la bouche avec la main gauche, et la déglutition s’o-
péra librement. ( Lavemens purgatifs, selle abondante et urines involontaires dans la journée. )
Le lendemain 2 juin, le malade présente le même état qu’avant l’application de la première couronne du trépan ; il semble ne pas y voir de l’œil droit, car on peut menacer cet organe de très près sans exciter de contraction dans le muscle orbiculaire. Deux autres couronnes de trépan sont appliquées , l’une en avant, l’autre en arrière de la première; les ponts osseux qui les séparent sont enlevés; la dure-mère est incisée dans toute cette longueur: alors on voit s’écouler une petite quantité de pus qui ne sort qu’en comprimant légèrement le cerveau; les mouvernens d’élévation et d’abaissement de cet organe sont très marqués, ils sont isochrones aux batlemens du pouls. Avant d’appliquer la troisième couronne de trépan j’aperçus une fracture simple du crâne, sans enfoncement, et je trépanai sur ce point. Quelques branches secondaires de l'artère méningée moyenne ayant été coupées fournirent une assez grande quantité de sang; les symptômes persistèrent sans aucun changement appréciable.
Le 3 juin, même état, nouvelle application de deux couronnes de trépan. Les paupières du côté droit, qui étaient privées de tout mouvement, purent s’élever et s’abaisser immédiatement après cette dernière opération. Du reste, les symptômes dont nous avons parlé persistèrent : l’état général s’aggrava ; il y eut des sueurs abondantes; le pouls, qui dans le principe s’était un peu relevé , devint très petit, presque insensible, sa fréquence ne dimi-
nua pas ; le malade succomba à sept heures du soir, après une assez longue agonie.
A l’autopsie, faite 56 heures après la mort, je trouvai un commencement de putréfaction ; une raideur cadavérique à peine sensible dans les membres , et nulle pour la mâchoire inférieure.
A un demi-pouce au dessus de la suture écailleuse, il y avait cinq ouvertures arrondies , communiquant les unes avec les autres, et décrivantune courbure à peu près parallèle à cette suture En enlevant le péricrâne , je remarquai une infiltration sanguine occupant tout le tissu cellulaire sous - jacent au muscle frontal du côté droit : le sang avait une couleur rouge très vive. Le périoste se détacha facilement au pourtour des couronnes de trépan : le crâne étant mis entièrement à découvert , on vit une fracture linéaire qui s’étendait depuis le voisinage de l’angle antéro-supérieur du pariétal gauche jusqu’à un demi-pouce au dessus de l’orbite droite; là elle se bifurquait , et une de ses branches allait gagner l’apophyse orbitaire externe du coronal, et l’autre occupait le milieu de la paroi supérieure de l’orbite.
La voûte du crâne fut sciée et enlevée avec soin : la dure-mère était jaunâtre, épaissie, recouverte d’une pseudo-membrane peu épaisse, plastique et se détachant par lambeaux. Ces altérations étaient remarquables sur toute la partie moyenne du côté gauche de la dure-mère et se prolongeaient sur le même côté de la faux du cerveau et sur le trajet de la fracture. Le sinus longitudinal supérieur contenait quel-
ques caillots sanguins , il renfermait un peu de pus semi-liquide , et présentait quelques petites ulcérations à sa face interne ; l’arachnoïde et la pie-mère étaient considérablement épaissies, d’un aspect jaunâtre , infiltrées de pus , molles, peu adhérentes à la surface du cerveau dont on les détachait avec assez de facilité. Ces altérations avaient la même étendue que celles qui ont été signalées pour la dure-mère ; elles existaient à un moindre degré dans les anfractuosités du cerveau.
Les parties supérieure et externe des lobes moyen et postérieur du côté gauche avaient une couleur gris-ardoise très manifeste ; cette couleur n’existait que dans le fond des anfractuosités : à la surface de ces mêmes portions du cerveau, je remarquai une foule de petits abcès superficiels, peu étendus, à contour inégal et irrégulier, déchiquetés sur leurs bords, entourés d’une petite auréole rosée, et dont le fond était plus blanc que les parties environnantes ; tous ces petits abcès étaient creusés dans la substance corticale. Sur les points du cerveau qui correspondaient aux couronnes de trépan , on voyait une foule de petits mamelons grisâtres , de petits bourgeons mollasses qui lui donnaient un aspect granuleux. A la partie inférieure du lobe moyen gauche il y avait du pus réuni en foyer et en quantité assez notable (une cuillerée à café environ), et quelques petits abcès tout à fait semblables à ceux déjà indiqués.
Le cerveau examiné dans les autres parties n’a pas présenté d’altération appréciable; il avait sa consi-
stance et sa couleur habituelles; il était très peu injecté.
Le poumon gauche était sain , libre d’adhérences. Le droit au contraire adhérait fortement à la paroi externe de la poitrine par le moyen de brides celluleuses, fortes et anciennes; son aspect se rapprochait de celui de la rate; il renfermait, à sa partie postérieure et moyenne, trois petits abcès métastatiques. Le cœur et les vaisseaux qui en partent , les veines principales, ont été examinés, ils nous ont paru sains , et nous n’avons rencontré dans leur cavité aucune trace de pus.
Le lobe gauche du foie avait une couleur grisâtre, plus foncée que le reste de cet organe; de plus, il était ramolli , se déchirait sous le doigt, et offrait quelques crevasses à sa face supérieure.
Les autres organes nous ont paru sains.
Il est inutile de faire remarqner que, dans cette observation , la paralysie locale du côté opposé à l’épanchement, dépendait de ce même épanchement bien franchement circonscrit ; que la paralysie de la face existait du même côté que celle des membres thoracique et abdominal correspondans ; que l’œil du même côté ne possédait pas la même facilité dans les mouvemens que l’œil opposé.
Jusqu’ici je crois avoir démontré que les nerfs sensibles jouissent de la faculté de produire le mouvement. Je vais maintenant exposer quelques expériences tentées sur le nerf facial , dans le but de faire comprendre pourquoi ce nerf est surtout destiné à la motilité.
Le30juin 1834 j’ai fait sur un lapin la section des deux nerfs faciaux; celte opération a été très douloureuse , et en pinçant ces nerfs, j’ai déterminé une souffrance non moins vive. A l’instant même de l’opération, tout mouvement a cessé dans le lobule du nez et dans les narines ; ces dernières se sont tellement aplaties, que l’ouverture des fosses nasales paraissait fermée. Pour expliquer la douleur qui s'était' manifestée chez cet animal, je ferai remarquer que la disposition peu serrée des filets des nerfs faciaux leur donne quelque analogie avec l’arrangement du trifacial , et qu’on peut dès lors trouver dans cette circonstance la raison de cette sensibilité vive que la section avait excitée. J’ai , sur le même lapin , coupé les nerfs sous-orbitaires, à l’endroit où ils sortent du canal du même nom, et la lèvre supérieure est devenue très pendante. L’animal a succombé dans l’espace de 24 heures. À l’autopsie j’ai pu me convaincre que des nerfs maxillaires avaient été coupés à la sortie de leur tronc , ainsi que les nerfs faciaux. Les parties molles environnantes étaient infiltrées , et les bouts des nerfs étaient rouges. La mort avait été évidemment le résultat de l’excès de la douleur et de l’écoulement du sang.
On ne s’étonne pas de cette absence de mouvement que l’on remarque dans le lobule du nez, dans les narines et dans la lèvre supérieure , et du relâchement de celles-ci, si l’on fait attention h la section des nerfs et à leur mode de distribution. Si je ne parle pas de la mobilité qu’avaient conservée les paupières, c’est que la conservation du mouvement y était due au
ménagement des filets qui viennent s’y distribuer. On peut conclure de là que la section du nerf facial entraîne des changemens plus ou moins variés , et cette différence dépend de l’endroit où la division a été opérée. Ainsi la section de ce nerf à la sortie du crâne amène de grandes altérations dans les mouvemens de la face, et abolit le mouvement, complètement dans quelques parties, d’une manière plus ou moins étendue dans les autres.
Le 12 juin 1834, j’ai sur un lapin coupé le nerf facial du côté gauche , en le suivant dans l’épaisseur de la parotide. L’animal , qui avait souffert patiemment l’opération jusqu’à ce que j’aie rencontré le nerf facial, s’est agité violemment et a poussé des cris au moment de la section. L’aile du nez et une partie du lobule du même côté ont cessé de posséder le mouvement, tandis que du côté opposé les fonctions du nerf n’avaient subi aucune altération.
Le 15 juin, j’ai sur le même animal fait la section du nerf facial du côté droit. A l’instant même, la narine et le lobule du nez ont perdu toute faculté de se mouvoir, ce qui a entraîné l’affaissement des narines et la gêne dans la respiration. Les lèvres n’ont pas paru frappées de paralysie; les joues, sans avoir cessé de se mouvoir, avaient cependant perdu un peu de leur mobilité.
Le 1 5 juin 1 834, j’ai, sur un jeune chevreau, coupé les deux nerfs faciaux dans l’épaisseur de la parotide. Après cette opération qui a été douloureuse, les ailes du nez se sont affaissées , la respiration est devenue
un peu difficile; le lobule a perdu le mouvement. L’air ne paraissait pas entrer par les narines, mais l’effort qu il faisait pour sortir des fosses nasales lui suffisait nécessairement pour vaincre toute résistance. Une bougie allumée et approchée des narines n’a pas présenté de changement dans la direction de sa flamme. Les lèvres n’avaient pas changé de position, et elles avaient cessé de se mouvoir.
J’ai , sur beaucoup d’autres lapins, coupé ce nerf, et j’ai produit la paralysie de la paupière et de la partie antérieure de l’oreille, puisque celle-ci tombait sur le dos de l’animal , entraînée qu’elle était par les muscles qui, s’insérant sur le pavillon de l’oreille, reçoivent des branches nerveuses des nerfs cervicaux.
Il est évident que sur aucun de ces animaux l'influence nerveuse ne s’est rétablie du côté où elle avait été complètement abolie, et que les anastomoses nerveuses, établies entre le nerf sous-orbitaire et le facial, n’ont pu remédier à l’interruption du dernier. Je suis encore très convaincu que l’afflux nerveux ne se rétablit jamais dans le nerf facial , toutes les fois que les branches de celui-ci ont été complètement coupées. Il n’en est pas des nerfs comme des os, qui , à l’aide de leur périoste , forment de toute pièce un nouvel os, et le névrilème , au contraire, espèce d’enveloppe cellulaire, ne fait que se cicatriser à la manière du tissu cellulaire divisé , ou exhaler une lymphe propre à rétablir la continuité entre les deux bouts du nerf.
Chez les animaux timides , comme les lapins, les lièvres , etc., il existe, comme je l’ai déjà dit, autour
de l’oreille , des muscles extrinsèques volumineux qui reçoivent des filets nerveux du facial, et un muscle extrinsèque qui , s’insérant «à la partie postérieure du pavillon de l’oreille, se continue avec Je trapèze et reçoit des filets des nerfs cervicaux. Aussi, quand le nerf facial a été coupé, l’oreille tombe-t-elle sur le cou de l’animal , entraînée par le muscle que nous venons de nommer. Il est digne de remarque que chez les chèvres, les lièvres , etc. , etc. , les lèvres peu considérables offrent peu de développement, et que la langue alongée et peu pesante sert d’organe d’appréhension aussi bien que les lèvres. Il résulte de cette disposition anatomique que la section du nerf facial n’entraîne pas de grands changemens dans la position des lèvres ; il leur faut en effet peu de résistance pour être maintenues en place , à cause de leur peu de pesanteur et du peu de tendance qu’elles ont à abandonner les mâchoires, auxquelles d’ailleurs elles tiennent par des replis muqueux qui suppléent heureusement à l’absence de l’influx nerveux du facial.
Nous devons ajouter pourtant que, chez les herbivores , les lèvres ont non seulement perdu une partie de leur mouvement , mais qu’elles sont un peu alongées , d’où il résulte qu’entre elles et le bord alvéolaire il reste toujours du bol alimentaire; aussi ai-je toujours rencontré des herbes entre l’arcade dentaire et les lèvres.
Ainsi la destruction incomplète du nerf facial laisse persister le mouvement, ou plutôt celui-ci a diminué, et il a disparu dans les points qui correspondent aux
lilets qui se terminent ail point divisé. On peut conclure aussi des expériences précédentes que le mouvement n’a persisté qu’à un très faible degré dans le lobule du nez, qu’il a persisté davantage dans les lèvres, et un peu dans les narines. Ces assertions ont trouvé leurs preuves quand nous avons parlé des expériences sur la cinquième paire.
L’expérience tentée sur un chevreau, le 15 juin 1834, vient confirmer ce que nous venons de dire sur l’impossibilité du rétablissement des fonctions du nerf, quand elles ont été abolies par sa section. Après les changemens que l’expérience a produits et que nous avons décrits plus haut, le chevreau a eu constamment l’œil du même côté injecté , la conjonctive boursouflée , la paupière supérieure tirée en haut par son élévateur, et le globe de l’œil constamment à découvert. La sensibilité de la peau de ce même côté n’était pas aussi parfaite qu’avant l’expérience. La commissure des lèvres est restée toujours tirée un peu à droite; l’aile du nez était affaissée, et enfin des abcès se sont développés sur le trajet du nerf divisé, à la parotide, au cou; ce dernier phénomène entraîna pendant quelque temps l’amaigrissement de l’animal.
Le 29 janvier 1835, j’ai coupé le nerf facial du côté droit, ma première expérience ayant eu pour but la division du gauche, pratiquée avec le plus grand soin. Dans cette circonstance, l’aile du nez s’est affaissée; le mouvement a cessé en partie dans le lobule; l’air n’entrait plus qu’en petite quan-
tité dans les narines, et il en sortait avec difficulté et bruit.
Le 6 mars 1835, j’ai sacrifié l’animal, et l’autopsie m’a révélé les altérations suivantes : en devant de la parotide et au milieu d’un tissu cellulaire dense et serré, on distinguait aux deux bouts du nerf facial une teinte d’un blanc grisâtre, et la substance intermédiaire ne présentait aucune trace de stiucture nerveuse. L’extrémité qui correspond à la partie faciale du nerf était atrophiée, et cette atrophie s’étendait à tous les rameaux amaigris , qui sont ses branches de terminaison. Cette extrémité était confondue avec le tissu cellulaire, devenu dense par l’effet même de l’inflammation. L’extrémité dite cérébrale était gangliforme , épaisse , arrondie , augmentée de volume, présentait une couleur grisâtre, et elle était dense, remarquable par son épaisseur,
qui était d’une ou deux lignes.
Ayant suivi sur cette chèvre les anastomoses établies entre le sous-orbitaire et le mentonnier , j’ai pu m’assurer aussi que la muqueuse et la peau recevaient de nombreux filets de ces nerfs.
Les filets du nerf facial se distribuaient dans les muscles peaucier, alvéolo - labial , buccaux, nasaux et élévateurs. De ce nerf partaient des rameaux qui allaient pénétrer au niveau du point fixe de chaque muscle , au milieu et à son point mobile.
Ayant disséqué avec soin le nerf mentonnier du maxillaire inférieur , je l’ai d’abord trouvé caché sous l’alvéole labiale; puis, le suivant dans les parties molles du menton à la commissure des lèvres , je l’ai
vu fournir des rameaux qui se perdaient, dans la peau et les fibres musculaires, à la muqueuse buccale , puis étendre ses filets nombreux jusque dans les papilles rangées sur le bord libre des lèvres inférieure et supérieure. Ainsi du nerf mentonnier partent des rameaux qui vont aux muscles , à la peau , à la muqueuse surtout, et aux papilles qui s’élèvent de cette membrane.
Le sous-orbitaire , qui est d’un volume considérable, fournit des filets à l’alvéolo- labia l , aux muscles de l'aile du nez, à la peau, aux papilles et à la muqueuse du nez; or, tous ces filets viennent s’anastomoser ensemble , après avoir décrit des espèces de demi- cercles de chaque côté de la lèvre supérieure.
Il résulte de ce mode de distribution du nerf facial et des branches des trijumeaux que, pour le premier, les filets vont surtout se rendre dans le trajet des muscles servant à l’élévation des lèvres, à la contraction des paupières, à la dilatation des narines, disposition que d’ailleurs on retrouve chez l’homme; tandis que, pour le second, ils vont se perdre à la peau, dans les membranes cutanées, les muqueuses, les fibres musculaires terminales de plusieurs muscles, aboutissant en grand nombre dans quelques uns, les buccinateurs par exemple. Il résulte encore de là que le nerf facial envoie des rameaux dans le muscle abaisseur des lèvres.
Chez cette chèvre , la blancheur et le volume des nerfs mentonnier et sous-orbitaire contrastaient sin-
eulièrement avec le volume et la couleur du nerf facial , qui était gris , maigre et atrophié.
L’œil gauche présentait à la cornée une tache qui occupait en partie l’épaisseur de celte membrane, après avoir commencé par un point opaque sans profondeur. A la longue, les couches superficielles s’étaient ramollies ; la rétine du côté gauche, rouge et injectée , avait perdu de sa consistance , ainsi que la choroïde. Ainsi la lumière avait évidemment une action morbide sur le globe oculaire , constamment à découvert par l’écartement des paupières.
Le nerf facial du côté droit présentait un petit rendement à l’extrémité de la division qui correspond au cerveau. Le tissu cellulaire était dense, mais l’œil du même côté ne présentait presque aucune trace d’inflammation; ce qui s’explique par la conservation des filets du nerf facial qui vont se rendre aux paupières du même côté. Enfin, et malgré le long espace de temps écoulé depuis la première expérience , les fonctions des narines et des paupières gauches ne s’étaient pas rétablies après leur abolissement : pourtant , si des anastomoses avaient pu se former, si la substance nerveuse avait pu se reproduire entre les deux bouts du nerf, certes il s’était écoulé assez de temps pour que le mouvement, qui avait cessé d’exister par l’efl'et même de la section , pût se rétablir.
Il est donc vrai que la substance nerveuse ne se reforme pas , et que les anastomoses ne peuvent servir au rétablissement du mouvement, quand celui-
ci a été détruit par la section du nerf qui se perd dans les muscles.
Action du nerf facial sur les parties constituantes de la face dans V état de repos.
Dans l’état habituel , le nerf facial agit-il sur l’ensemble des parties molles de la face , des vaisseaux , des tissus, des conduits et des muscles? La solution de cette question aussi grave qu’intéressante ne saurait présenter de difficultés.
L’absence de finflux nerveux fait perdre aux parties organiques l’état qu’il leur donne par la circulation. Le nerf facial, ne communiquant plus avec les renflemens nerveux, enlève à la peau sa forme vitale , sa fermeté, sa résistance, son élasticité ; enfin, elle a pour ainsi dire moins de vie, parce que le cours du flui de nerveux est interrompu : elle n’est plus que comme un corps brillant dont l’éclat a disparu avec celui de la lumière. Ce qui arrive pour la peau arrive aussi pour les muscles, les conduits et les vaisseaux sanguins.
11 y a dans les parties organiques au repos un certain ressort qui cesse après la section du nerf. Les muscles, dans le moment où la contraction n est ni active ni volontaire, ont encore un certain degré de tonicité fort remarquable, entretenu par l’afflux continuel du fluide nerveux. Ainsi, pendant le sommeil , alors que les rides du front ont disparu, que toute contraction a cessé , il est évident que si , dans ces momens de repos extrême , le nerf n’agissait
plus , il y aurait dans tous les organes un relâchement plus marqué encore. Le fluide nerveux semble circuler comme le sang dans ses canaux.
Les expériences auront surtout pour but de démontrer Tindispensable action de ce nerf sur la physionomie , et vont tout à l’heure confirmer ce que nous venons de dire.
La physionomie, qui représente l’ensemble des traits , tire son expression du nerf facial en grande partie, et un peu des trijumeaux. La coupe de la tête, la régularité des traits et le volume du nerf facial dans l’homme lui donnent cette supériorité si remarquable qu’il a sur tous les autres animaux : sa physionomie est animée de ce jeu harmonique des traits qui s’identifie si bien avec les sensations intimes et les impressions reçues. C’est donc au nerf facial que sont dus ces changemens incroyables qui se passent sur notre visage, et qui viennent révéler des mystères qu’une volonté ferme veut en vain dissimuler. Faut-il s’étonner maintenant qu’un grand homme, Lavater, ait voulu se servir de l’ensemble de la physionomie pour lire dans les replis cachés de l’aine , et qu’il ait donné à ce système le nom de physiognomonie? Cette manière d’étudier le cœur est sans doute sujette à erreur, puisque la dissimulation est quelquefois plus forte que l’impression physionomique. Elle peut pourtant trouver souvent une juste application : en effet , un homme affecté tristement pendant de longues années voudrait en vain donner à sa physionomie l’empreinte de la gaité ; ses efforts seraient vains. Quelques expériences vont démontrer
combien le nerf facial peut être nommé avec raison le nerf de f expression.
Ch. Bell, dans l'intention d’examiner l’influence qu’avait la septième paire sur la physionomie, la coupa sur un Ane. Celte expérience n’ayant pas été complètement satisfaisante, Schaw la renouvela sur un animal plus expressif, un singe. A l’instant même la physionomie éprouva un changement si brusque et si étrange, qu’il fit rire ceux qui le regardaient, par cela seul qu’il avait quelque ressemblance avec un acteur anglais qui avait depuis long-temps le privilège d’égayer les spectateurs par la singulière faculté qu’il possédait de laisser en repos un des côtés de la face , tandis que l’autre était très mobile.
Chez les animaux qui ont proportionnellement le nerf facial moins volumineux que l’homme et le singe, les changemens qui surviennent dans la prosopose ou le jeu du visage ne sont pas moins remarquables.
Le 31 janvier 1835, sur un cheval noir, vif, bien portant, j’ai mis le nerf facial à découvert. Sa physionomie prenait un air remarquable quand on lui présentait de l’avoine ; elle était alors expressive, élevée, et aucun trait n’était dans l’abattement. Le nerf facial , mis à découvert des deux côtés par une petite incision transversale, s’est présenté alors sous la forme rubanée; il était gros, gris, blanchâtre.
La section du nerf, faite au devant de l’oreille , a excité de vives douleurs , et les filets facilement isolables qui le composent se sont légèrement écartés
les uns des autres. La piqûre de la face, faite à l’aide d’un scalpel, causait des souffrances vives, mais surtout très aiguës dans la portion de peau qui suit le trajet du nerf, avant l’expérience. Les deux lèvres sont devenues flasques , pendantes, et ne présentaient plus de résistance. La lèvre inférieure était lourde, tombante, plisséeet renversée légèrement en dehors, ce qui permettait d’apercevoir les dents, mises à découvert. La lèvre supérieure recouvrait bien encore les dents de la mâchoire à laquelle elle correspond, mais elle était sans mouvement et prolongée au devant de cette dernière; frappée enfin d’une immobilité effrayante, elle s’abandonnait à son propre poids. L'animal se trouva hors d’état de saisir le bol alimentaire, et la présence de l'avoine n'a plus animé sa physionomie, qui a conservé son calme repoussant. La peau avait perdu ce brillant, naturel dans l’état de santé. La chute de la lèvre supérieure donnait au cheval une apparence de stupidité, produite surtout par l’absence de toute action musculaire. Les yeux seuls avaient conservé leur éclat , mais il n’était plus possible d’y reconnaître les impressions et les sentimens que l’animal pouvait ressentir.
Les narines étaient affaissées; les lèvres inutiles 11e pouvaient plus saisir l’avoine ; le cheval tendait vainement la langue pour s’en emparer, et cet organe , mal disposé pour servir de moyen de préhension , ne lui était alors d’aucun secours.
Si maintenant l’on se demande pourquoi, dans cet animal , les lèvres étaient ainsi pendantes, il faudra chercher la cause de ce phénomène dans leur vo-
lume et leur pesanteur, qui l'ont que la cinquième paire n’est alors que d’une faible ressource dans la contraction musculaire.
Il résulte de cette expérience que le nerf facial est l’organe de l’expression de Paine ; que, sans lui, plus de physionomie, et dès lors plus de possibilité de reconnaître les impressions intimes par le jeu des traits du visage.
Action du nerf facial sur les sécrétions .
La section du nerf facial n’empêche pas la sécrétion des larmes; mais l’œil étant continuellement découvert, il en résulte la vaporisation incessante des larmes par l’air; ce qui entraîne bientôt une sécheresse de la conjonctive, une inflammation qui ne doit plus disparaître : malheur qu’il faut attribuer au défaut de clignement des paupières qui protège la muqueuse dont elles sont tapissées. La congestion inflammatoire qui peut survenir est alors inévitablement le résultat de l’impossibilité du clignement.
Ce fait admis ne prouve cependant pas que le nerf facial ait une action directe sur la sécrétion des larmes : d’ailleurs l’anatomie a jeté assez de lumière sur ce point physiologique, pour nous épargner de plus amples détails.
Je ne pense pas que ce nerf soit de même dépourvu de toute influence sur les autres glandes, et, pour partager cette conviction, il suffit de suivre son trajet dans la glande parotide , d’accompagner les filets qui la traversent et qui s’y perdent: cet examen
ne peut manquer d’aider à résoudre les problèmes que peut soulever la question de l’influence des nerfs sur les sécrétions. Il demeure évident que les conduits parotidiens et les vaisseaux sanguins sont aussi sous la domination du nerf facial. En effet, on remarque après la section de ce nerf ce qui arrive après la division du pneumo-gastrique, c’est-à-dire que, dans la glande parotide, comme dans le poumon , du sang est déposé , et sans doute versé par exhalation. Si les fonctions du nerf facial ont été détruites, toute communication cessant entre le cerveau et la parotide , la salive coule involontairement de la bouche, et cet épanchement, toujours égal, ne se montre jamais plus abondant dans un moment quedans un autre. Dans cette circonstance la volonté est impuissante sur les fonctions de cette glande; et si celle-ci continue à élaborer la salive, ce produit ne peut devoir au système nerveux aucun changement dans sa quantité, et sur ce point n’est soumis qu’au jeu des mâchoires , qui , comme l’a démontré Bordeu, excitent la parotide, et en expriment la salive. On demandera peut-être à quelle cause il faut attribuer les abcès qui se développent sur le trajet du nerf coupé et dans la parotide. Ce fait, que j’ai pu observer plusieurs fois , m’a paru tirer sa source de l’abolition des fonctions des nerfs sur les vaisseaux que parcourt le sang. On pourra reprocher a cette théorie de n’être pas l’expression exacte de tous les faits, puisque la paralysie d’un côté de la face ne présente aucun phénomène semblable: mais à cette objection on peut répondre que si le résultat n’est pas
le même, c’est que les causes naturelles ne sont pas identiques, puisque, dans le cas dont il s’agit , il n’y a pas d’interruption entre le cerveau et les organes auxquels il vient se distribuer.
Accord entre le nerf facial et les neifs qui président aux fonctions mécaniques de la respiration.
Tout concourt au même but dans l’accomplissement d’une fonction. Tantôt tous les organes, dans un accord harmonique parfait , accomplissent à la fois leur travail, comme dans le grand phénomène de l’inspiration, où tous les rouages agissent dans un ensemble merveilleux 5 tantôt , au contraire, ils agissent bien dans la même intention, pour le même résultat, mais les uns après les autres , comme dans la digestion par exemple. Ainsi les voies aériennes, le larynx, la poitrine, sont dans un équilibre parfait : sans cela , il n’y aurait bientôt plus de résistance possible aux agens de destruction , et la vie ne tarderait pas à s’éteindre. Tout est dans une harmonie parfaite dans l’acte de la respiration: la glotte se dilate en même temps que les narines s’écartent , et elles s’élargissent au moment où la poitrine se soulève. Voilà pourquoi l’air circule d’un trait de l’extérieur dans la profondeur du poumon.
Charles Bell a voulu, d’après cela, donner au nerf facial le nom impropre de nerf respirateur.
Charles Bell a étudié avec un soin extrême l’influence qu’exerce ce nerf sur l’expression de la face,
non seulement chez, l’homme, mais encore clans les diverses classes d’animaux.
Nous devons lui accorder hautement cette justice que cette fois il a réellement, comme il l’a pensé, éclairé la pathologie de ce nerf par ses recherches intéressantes. Il nous a appris en effet que, lorsque l’expression du visage était modifiée, cela indiquait une altération quelconque dans la structure du nerf, et il a nécessairement beaucoup éclairé les médecins sur la paralysie de la face, qui avant lui était généralement regardée comme une conséquence de l’altération du cerveau. C’était assurément faire avancer la science que de montrer au monde médical qu’il ne fallait pas toujours placer dans le cerveau le point de départ de cette paralysie de la face , et qu’il importait dans ce cas de diriger ses regards vers le nerf devenu malade.
Ajoutons qu’il est surprenant qu’aujourd’hui encore quelques médecins recommandables s’obstinent à ne pas admettre cette paralysie locale.
Le physiologiste anglais a aussi éclairé les chirurgiens, en leur signalant les dangers qui pourraient résulter de la blessure de ce nerf dans une opération.
Un parent de Charles Bell, M. Shaw , a voulu retrouver dans l’organe de préhension de l’éléphant, dans sa trompe , le nerf de l’expression. Il remarqua en effet que cet organe, en outre de la cinquième paire décrite par Cuvier, recevait une grosse branche de la portion dure de la septième. Celle-ci , en sortant de la parotide , fournissait des rameaux à
l’oreille , à un petit muscle qui correspond au peaucier , ainsi qu’aux muscles de l’œil.
Bientôt il vit cette branche se joindre à la branche sous-orbitaire des trijumeaux. Il les suivit toutesdeux dans l’épaisseur de !a trompe. Il eut alors la satisfaction de voir cette branche se distribuer aux muscles, et diminuer promptement de grosseur à mesure qu’elle fournissait des filets, tandis que le sous-orbitaire conservait son volume presque jusqu’à la terminaison de la trompe.
Shaw a conclu de son mode de distribution qu’il était le nerf moteur de la trompe.
Il me reste maintenant à examiner si le nerf facial a de l’influence sur l’audition ; l’expérimentation et l’anatomie me serviront encore de guides.
Par cela même que le nerf facial communiquait à son origine avec le nerf auditif et suivait le même trajet que lui, on a cru qu’il devait jouer un rôle dans l’audition. Bien qu’aujourd’hui l’anastomose, que n’admettait pas Haller, soit bien démontrée, et que personne ne doute de la communication de ces deux nerfs, la part plus ou moins grande que le nerf facial pourrait avoir à l'audition n’en est pas moins encore une hypothèse. Shaw dit avoir découvert une autre anastomose entre ces deux nerfs, au fond du conduit auditif.
C’est à tort, suivant nous, qu’il a avancé bien gratuitement que les ondes sonores étaient transmises par le nerf facial , lesquelles tombaient sur un des points du visage; car alors elles seraient bien plutôt transmises, comme nous le démontre la physique T
par les parties dures de la face et du crâne. Enfin, s’il croyait au nerf facial la faculté de recevoir les impressions sonores et de les transmettre au nerf acoustique, il n’appuyait assurément sa théorie sur aucune espèce de preuves.
Enfin il est démontré que ce n’est même pas le nerf facial, comme l’avait pensé Sœmmerring, qui l’a figuré dans un travail remarquable sur l’oreille , qui envoie au seul muscle interne du marteau des filets nerveux, qui lui arrivent au contraire d’une autre source.
Maintenant il reste à savoir si la corde du tympan sert à l’audition. D’abord il y a des doutes sur le mode d’origine de ce cordon nerveux. On a écrit généralement que le nerf vidien lui donne naissance après s’être accolé un instant au nerf facial , et qu’ensuite prenant le nom de corde du tympan , elle vient suivre le nerf lingual, pour se jeter dans le ganglion sous-inaxillaire, c’est l’opinion de MM. H. Cloquet et Ribes : Meckel, Arnold et M. Bérard, qui sont d’un avis différent, pensent qu’il est impossible de suivre le nerf vidien jusqu’à la corde du tympan : ce qui ferait croire que celle-ci est fournie par le nerf facial. Je suis de l’avis de ces derniers anatomistes , et la corde du tympan ne me semble pas plus que le nerf facial destinée à l’audition.
Ch. Bell fut bien plus trompé encore, quand il a cru que cette branche nerveuse donnait le mouvement au voile du palais, puisqu’elle ne lui envoie aucun filet nerveux. Bellingeri le regardait comme destiné à transmettre l’impression des saveurs , et par
conséquent comme ie nerf spécial du goût. Assurément, suivant son état d’intégrité ou de maladie, elle doit modifier le goût, puisqu’elle apporte du fluide nerveux à la muqueuse buccale.
C’est ce que viennent confirmer les observations curieuses de M. Montault et de M. le professeur Roux. Le premier a cité trois cas d’hémiplégie faciale où le goût avait singulièrement perdu de sa perfection. Le second a observé sur lui-même une diminution de la sensibilité de la langue du même côté que l’hémiplégie faciale. Cela prouve, comme nous l’avons dit dans le commencement de cet article, que le nerf facial est tout aussi bien nerf de sensibilité que nerf de mouvement.
Au nerf acoustique appartient donc spécialement la faculté de transmettre les ondes sonores, comme nous l’avons vu plus haut.
Conclusions. On peut tirer de ce qui précède les corollaires suivans :
1° Le nerf facial naît d’un point sensible de la moelle épinière , et de la colonne qui conduit les impressions et la volonté ;
2° Il naît par plusieurs racines qui se croisent avec celles du côté opposé ;
3° Cette origine croisée explique suffisamment la paralysie du côté gauche , quand l’épanchement est à droite 5
4° Les expériences que nous avons décrites démontrent suffisamment que le facial est à la fois nerf du sentiment et du mouvement ;
5° Il est le nerf de l’expression faciale dans
l’homme et dans les animaux, parce qu’il se rend dans les muscles qui meuvent la peau, et qu’il se distribue dans le trajet de chaque muscle , tandis que les branches de la cinquième 'paire se rendent à leur point mobile ;
6° Ce nerf n^a sur la vision qu’une influence très indirecte; en effet, paralysant le clignement des paupières, il expose l’œil h l’action incessante de la lumière , et , par l’action constante des rayons lumineux , peut entraîner l’inflammation des membranes ;
7° Il n’a aussi qu’une action indirecte sur l’audition , puisqu’il paralyse en partie les muscles de l’oreille ;
8° Il semble diminuer la sensibilité de la muqueuse du côté correspondant à la corde du tympan ;
9° Son influence sur la sécrétion de la parotide ne saurait être mise en doute.
Il donne réellement la sensibilité à quelques points de la peau , ainsi qu’il résulte des expériences que nous avons citées;
1 1 0 Une fois coupé , il ne recouvre jamais ses fonctions par les anastomoses nerveuses ;
12° Après la section de ce nerf, la substance nerveuse ne se reproduit pas ;
13° Enfin ce nerf est l’agent suprême dont le jeu trahit les secrets de l’ame , la tristesse , la gaîté , les préoccupations, les chagrins, les soucis, etc., etc., par l’afflux du fluide nerveux dont il est le conducteur.
Ce nerf agit en même temps que les nerls respira-
toires; et, quand ceux-ci sont en désordre, le facial ne tarde pas à participer à cet état , car si la respiration est difficile, les narines se dilatent largement.