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CHAPITRE V

Du nerf auditif.

Le nerf acoustique , portion molle de la septième paire , vient se distribuer aux parties vestibulienne et limacienne , ainsi qu’aux canaux demi-circulaires de l’oreille interne. Remarquable par le court trajet qu’il parcourt, par le peu de consistance dont il est doue , par l’espece de gouttière qu'il forme au nerf facial , il naît de la bandelette transversale du calamus scriptorius , derrière le facial , puis contourne le corps restiforme et l’éminence olivaire qui lui envoient des fibres de renforcement comme il en reçoit du facial , avec lequel il communique par une bandelette transversale. Gagnant bientôt le fond du conduit auditif, il communique encore là avec la portion dure de la septième paire. Ses nombreux filets traversent ensuite des conduits osseux pour arriver, les uns dans le vestibule, les autres dans les canaux demi-circulaires , et la plupart dans le limaçon , en se répandant tous sur les membranes fines, lubulées, qui remplissent incomplètement les cavités de l’oreille interne, et en se ramifiant sur elles à

l’infini. Il existe entre les os et ces membranes un espace qui, comme les cavités que ces dernières représentent, est rempli d’un liquide que l'on a appelé lymphe de Cotugno qui produit une humidité continuelle des ramifications du nerf.

La structure de ce cordon nerveux est si molle que les ébranlemens peuvent en détruire la racine et amener la surdité.

Fonctions du nerf auditif Ce nerf a été considéré comme nerf de sensation , c’est-à-dire qu’on ne luii attribuait qu’une seule qualité, celle de conduire les; sons au cerveau. Cette opinion n’est pas la nôtre, et nous en appellerons de celte destination exclusive à l’anatomie et à la physiologie expérimentale.

Ce nerf naît d’une partie des renflemens nerveux ,. laquelle possède au plus haut degré la sensibilité . der plus , il prend aussi son origine des fibres nerveuses, qui sont destinées à conduire les impressions au cerveau. Il résulte de là que le nerf auditif, ne diftéram en rien par son origine du facial et de ceux dont nous, avons précédemment parlé , doit posséder des propriétés identiques, et qu’il ne peut exister de dissemblance que celle résultant du mode de terminai son. Il se répand, en eflèt, sur des membranes, dam lesquelles il se ramifie , et se trouve placé entre deui: colonnes de liquide, qui sont nécessaires à l’accom plissement des fonctions de l’audition. Il sembli évident que ce nerf, qui se ramifie sur la menu brane dont nous avons parlé, doit servir à sa nutr:i tion , à son développement, et a la circulation. Niu autre agent ne peut présider a ce derniei phénol

mène, qui indique un courant nerveux. IJ a d’ailleurs été démontré par nous que tout nerf naissant d’un point sensible doit posséder la sensibilité sans exception. Cette déduction peut, donc s’appliquer au nerf auditif, sans qu'il soit besoin de la discuter.

Ce nerf peut-il , indépendamment de la faculté de nerf sensible , servir à conduire les sons au cerveau , et avoir ainsi deux fonctions bien distinctes , l’une destinée à la sensibilité proprement dite des membranes de l’oreille interne, l’autre le faisant servir de conducteur aux sons? Cette question peut être résolue par l’analogie , l’anatomie et l’expérimentation directe. Mais c’est spécialement sur les deux premières qu’il faut en appeler, puisqu’il est très difficile de faire des expériences sur le nerf luimême.

Le nerf auditif naît d’un point sensible, et d’un cordon que l’on peut appeler volontaire (conducteur), et cette origine suffit, telle est notre opinion du moins , pour expliquer tout à la fois et sa sensibilité et sa faculté conductrice.

Si l’on consulte l’analogie , on verra que le trifacial , quoique nerf de sensibilité , n’en possède pas moins la faculté de conduire les saveurs.

Qu’il soit démontré maintenant que ce nerf peut servir à la fois d’organe de sensibilité et de transmission , et il ne sera plus difficile de prouver qu’il est seul destiné à l’audition.

Si l’on examine la disposition de l’oreille interne , l’arrangement des conduits, des trous, de la caisse du

tympan et du vestibule; si l’on fait attention à sa terminaison curieuse , on restera convaincu comme nous , que tout est là merveilleusement disposé , pour que les sons traversent cette fdière de parties qui communiquent les unes avec les autres, afin d’atteindre le nerf qui se termine dans l’une d’elles. Ce nerf se trouve ainsi ébranlé par le mouvement imprimé au liquide qui l’entoure de toutes parts : si l’on demande à l’expérimentation les preuves , on verra qu’elle concourt à prouver qu’il est exclusivement destiné à l’audition. Les expériences de M. Flourens ont singulièrement éclairé cette partie de la physiologie.

M. Flourens a choisi , pour sujet de ses expériences , les oiseaux , sur l’oreille desquels on peut agir sans trop de difficultés , et chez lesquels on peut assez aisément mettre à découvert, les unes après les autres , les diverses parties qui composent cet organe. Il a successivement attaqué : 1 0 le court conduit qui se rend à la membrane du tympan ; 2° cette membrane elle-même à laquelle adhère la chaîne des osselets ; 3° le vestibule; 4° les canaux demi- circulaires , et le limaçon , qui n’est qu’à l’état rudimentaire chez ces animaux.

Chez les pigeons , M. Flourens a successivement enlevé la peau et les diverses parties molles pour mettre à découvert la membrane du tympan , puis ensuite cette membrane elle-même : et cependant l’ouie est restée intacte. Celte expérience confirme ce que l’expérimentation nous a tant de fois mis à même d’observer. Combien de vieux soldats n’avons-

nous pas vus, en effet, dont la membrane du tympan avait été rompue par la force d’explosion du canon, qui conservent cependant la faculté d’entendre! L’air paraît alors passer librement de l’oreille dans l’arrière-bouche et vice versa : quand l’explosion avait été plus forte, il est vrai, l'audition avait été complètement détruite , mais c'est qu’alors il y avait paralysie des nerfs.

M. Flourens a poussé plus loin ses recherches. Il a détruit les osselets, il les a enlevés, et l’animal a conservé le pouvoir d’entendre. Il faut remarquer toutefois que l’ouie était plus dure. La perforation des membranes qui bouchent les fenêtres ronde et ovale n’a pas produit l’abolition complète de l’audition. La section des canaux demi-circulaires a été l’occasion d’un phénomène remarquable: l’animal a témoigné une sensibilité générale très vive; le bruit le fatiguait, et le mettait dans une agitation extrême. L’ouie était moins nette , bien que l’animal eût la connaissance du bruit, qui était perçu et était senti d’une manière plus vive, plus douloureuse. Lors de la section de ces canaux , l’animal a témoigné une grande douleur qui ne peut être expliquée, suivant moi , que parla lésion du nerf auditif. Et en effet, si l’impression du bruit est si douloureuse , c’est le résultat du choc du son sur l’extrémité du nerf divisé correspondant au cerveau.

Sur un pigeon, M. Flourens, profitant de l’ouverture dans laquelle s’enchâsse l’étrier , ouvrit le vestibule, et cependant l’audition fut conservée; il porta un stylet plus profondément , et l’ouie dimi-

nuait à mesure qu'il détruisait l'expansion nerveuse. Ainsi canaux , membranes , conduits aériens de l’oreille , vestibule , limaçon , ne sont dans l’audition que des parties accessoires ; et ce ne sont pas les parties molles ou dures de cet organe qui servent à transmettre le son , c’est le nerf auditif qui est chargé de le conduire au cerveau. Cependant nous devons dire que ces différentes parties ne sont pas tout à fait inertes dans l’accomplissement de l’audition ; car leur lésion fait que le son n’est plus transmis qu’incomplètement, et que dès lors l’ouie devient imparfaite. Nous avons dit déjà que l’on trouve la raison de l’exagération de la sensibilité après la section des canaux demi-circulaires dans l’ébranlement produit sur le nerf divisé. Et en effet on sait que , quand les diverses parties qui composent l’oreille sont enflammées , il survient des douleurs atroces par le simple voisinage des nerfs , et sans doute aussi par celui des renflemens nerveux. Il y a ici analogie avec les douleurs affreuses que l’on détermine en promenant un instrumentaux environs de la moelle épinière encore enveloppée de ses membranes.

Il résulte de ce qui précède que pour ses usages le nerf auditif ne diffère pas des autres nerfs que nous avons déjà étudiés ; que, né de la moelle alongée, il tire son origine d’une colonne sensitive et d’une colonne conductrice , et que par cela même il est doué de sensibilité. J’ajouterai que les expériences du physiologiste que je viens de citer fortifient encore le principe que j’ai émis au sujet des fonctions des nerfs.

11 a été mis hors de doute que le nerf auditif est le

conducteur des sons , puisque la destruction des autres parties molles et osseuses n’empêche pas l’audition , tandis que la sienne seule entraîne la perte totale de l’ouie. Enfin il est encore bien démontré que la terminaison du nerf auditif sur la membrane de l’oreille interne entourée d’un liquide est une condition nécessaire à l’ébranlement de la pulpe nerveuse et à la transmission des sons au cerveau, absolument comme la lumière vient , sous forme de cônes lumineux , frapper la rétine , prolongation du nerf optique qui transmet l’impression de ce fluide au sensorium commune.

Pour finir ce qui a rapport aux nerfs crâniens , il me reste à passer rapidement en revue les nerfs grand hypoglosse, spinal, glosso-pharyn gien et pneumogastrique.

Les deux premiers nerfs ont été regardés par Charles Bell comme étant exclusivement destinés au mouvement, l’un appartenant à la langue, l’autre à des muscles de la respiration.

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