CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Dans cette organisation si admirable de l’homme, où la vie est l’expression de l’harmonie des organes , il y a cependant entre les divers appareils une espèce de hiérarchie, basée non seulement sur leur structure intime, mais aussi sur leur influence physiologique. A ce double titre, le premier rang appartient indubitablement au système nerveux.
Objet de nombreuses recherches, l’étude du système nerveux a été le but d’efforts inouis. Malgré l’observation persévérante et attentive de la pathologie, malgré l’investigation infatigable de l’anatomie, malgré l’habileté de la physiologie expérimentale , l’histoire des nerfs et des masses nerveuses est restée enveloppée d’un voile épais, que je cherche à mon tour à soulever aujourd’hui.
Le système nerveux , dans sa disposition remarquable, représente des masses contenues dans des cavités osseuses, et des cordons qui semblent au pre-
mier abord être des prolongemens de ses renfleinens, dont cependant les savantes recherches de MM. Serres et Tiedemann ont démontré le développement plus tardif.
Les nerfs représentent des cordons blancs , grisâtres, qui se divisent à l’infini, pour former un beau réseau dans les enveloppes tégumentaires et d’innombrables ramifications dans l’épaisseur des organes , surtout dans les muscles où ils répandent leur fluide, en constituant, pour ainsi dire, une atmosphère électrique.
Lesrenflemens nerveux, d’une structure très complexe, reçoivent de toutes parts de nombreuses artères qui les arrosent et pénètrent leur épaisseur en se ramifiant partout et en se perdant dans la substance grise qu’elles forment en grande partie : aussi cette substance grise est-elle peu consistante, à cause des liquides quila baignent, eltrès sujette à l’inflammation.
Les injections y démontrent de nombreuses veines qui imitent des lacis à leur surface , après avoir parcouru leur épaisseur.
Il n'y a pas d’organes qui soient mieux enveloppés que les cordons et les renflemens nerveux ; une membrane commune les entoure, appelée pie-mère poulies uns, et névrilemme pour les autres; une autre, lisse et polie , facilite leurs mouvemens en les tapissant ainsi que la cavité ou le canal qui les contient. Enfin un liquide albumineux en quantité variable , suivant les âges, est répandu à leur surface extérieure et pénètre quelquefois profondément.
Ces vaisseaux et ces membranes sont destinés à
nourrir et à entretenir les deux substances , grise et blanche , qui composent les renflemens et les nerfs.
La première , la substance grise , disposée irrégulièrement sur les masses nerveuses et qu’on ne retrouve jamais sur les nerfs, représente une sorte d’enveloppe pour le cerveau et pour le cervelet. Elle s’étend en couches à l’extérieur, au centre du cerveau , sur les corps striés , ou bien elle forme des cordons situés à l’intérieur, comme dans la moelle épinière , par exemple.
L’absence de la substance grise dans les nerfs semble indiquer qu’elle a moins d’importance que la substance blanche. Celle-ci, en effet, est généralement répandue; elle représente tantôt un canal, tantôt des cordons qui parcourent un long trajet, à la moelle, et s’épanouissent pour former les pédoncules du cerveau, le cervelet et surtout le premier. Cette substance est réellement fibreuse , partout identique ; sur les nerfs comme dans les masses nerveuses , elle paraît destinée à être conductrice des impressions reçues et de la volonté. On peut se représenter l’appareil nerveux, en comparant la disposition toute fibreuse de la substance blanche qui compose les nerfs et qui enveloppe la moelle épinière, à une réunion de fils, placés les uns à côté des autres, toujours continus, mais formant dans un point des cordons , et dans un autre un grand canal. Cette comparaison vulgaire peut donner une idée assez exacte de la disposition des nerfs et de la moelle épinière.
Aucun système n’a peut-être attiré l’attention des anatomistes d’une manière aussi particulière que le
système nerveux. Il a été l’occasion de plusieurs travaux importans que chaque pays peut citer avec orgueil. En Allemagne, un ouvrage remarquable sur le développement des renflemens et des cordons nerveux est venu ajouter encore à la célébrité de Tiedemann.
L’Angleterre a vu paraître les ingénieuses recherches de Charles Bell et de Shaw. Faut-il rappeler Rolando et Bellingeri parmi les auteurs qui ont honoré lTtalie par leurs productions sur cette matière. La France enfin est loin d’être restée en arrière. Parmi les savans dont les travaux ont jeté une brillante lumière sur des points encore obscurs de la physiologie des nerfs, elle peut proclamer les noms de MM. Flourens, Serres, de Blainville , de Legallois, de Gall , et aussi celui du malheureux Béclard qui lui a été enlevé trop tôt.
Je n’ai pas l’intention de passer ici en revue les différens travaux qui ont été faits sur le système nerveux. Je veux seulement examiner ceux de Charles Bell, d’une part, parce que ce sont ceux qui dans ces derniers temps ont acquis le plus d’importance , et de l’autre , parce que ce sont ceux qui s’éloignent le plus des résultats auxquels j’ai été conduit par de nombreuses et patientes recherches. Je veux démontrer que cet auteur, fort ingénieux d’ailleurs, a le plus souvent fait plier l’anatomie au gré de son imagination , en l’appelant à son aide pour donner à sa théorie une base solide, et faire connaître que seul il avait compris les secrets de la nature, et interprété les grands phénomènes de la vie. Et ce n’est point en
effet l’anatomie, comme nous le verrons, qui sert de base réelle à ses recherches; on lui demanderait en vain l’explication de ses expériences. Elle prouve ordinairement le contraire de ce qu’il a avancé. Or, un pareil travail est loin par conséquent d’être de nature à répandre de la clarté sur des questions si obscures. Dans cet ouvrage où le langage sévère des faits cède trop souvent la place à la passion, Charles Bell, on Je voit très bien, a été trop préoccupé de l’envie qu’il avait de prou ver combien ses travaux élaientsupérieurs à ceux de ses devanciers et de ses contemporains, et de faire voir qu’il connaissait mieux l’origine des nerfs que Bichat , M. Magendie , etc. Sans lui donner raison coin plètemen t sur ce dernier physiologiste , don t il croit avoir à se plaindre , on éprouve avant tout le besoin de repousser ses inconcevables attaques contre Bichat. Si la France le revendique avec un noble orgueil, Bichat, homme de science, homme supérieur, est de tous les pays , et si son titre de savant ne lui suffisait pas pour le mettre à l’abri des attaques d’une nationalité envieuse, la juste célébrité de son nom aurait dû l’en défendre. Elle commandait l’admiration et le respect.
Charles Bell admet quatre ordres de nerfs, outre ceux de la vision , de l’odorat et de l’ouïe, répandus dans tout le corps : il les divise en nerfs du sentiment, du mouvement volontaire, du mouvement respiratoire, et enfin en nerfs qui , privés des propriétés attribuées aux précédons , semblent être destinés à l’accomplissement de la nutrition, de l’accroissement de l’animal.
Les nerfs marchent quelquefois isolés, d’autres fois réunis; ils ne participent point aux mêmes actes.
Charles Bell examine la composition d’un nerf et les filets qui le constituent, et bien qu’il convienne que l’investigation la plus attentive ne peut faire présumer les usages différens de ces filets, il n’en conclut pas moins que l’un est destiné .à la sensation, l’autre aux mouvemens musculaires , celui-là à la combinaison de la puissance des muscles avec leurs actes dans la respiration. Il pense que si l’on ne peut suivre de l'œil les destinations si variées et si différentes de ces filets , on en découvrira le but par une appréciation intelligente de leurs relations , et particulièrement de leur origine dans le cerveau ou la moelle épinière. Enfin, après avoir étudié leur structure, après avoir reconnu qu’il n’y a aucune différence dans la quantité de substance nerveuse, dans sa nature, dons l’enveloppe qui la protège , il est curieux de l’entendre s’écrier tout triomphant, qu’avant lui on regardait les filets d’un nerf comme les branches tout à fait semblables de la même racine, conducteurs du mouvement et du sentiment. Pour lui, au contraire, et c’est là Ja base de son système, chaque filet nerveux jouit d’une propriété non analogue et entièrement indépendante de celle des filets qui sont accolés ou réunis à lui. Cette faculté est toujours la même dans tout son trajet. Ainsi (pl. 'lr0, fîg. 1re), il poursuit un filet destiné à porter la sensibilité et il dit que, dans tous les points de son trajet, au pied, à la jambe, à la cuisse, à l’épine, au cerveau, si on l’irrite , il trahira toujours sa propriété par une sen-
sibilité excessive : il y aura au point touché , douleur, sensation et non mouvement. Pour une pareille démonstration, l'auteur aurait pu, sans inconvénient pour son livre , se dispenser de ces figures qui , par le fait , ne représentent rien.
Je ne suivrai pas plus loin Charles Bell dans ses répétitions. Je rappellerai seulement que l’anatomiste anglais appelle colonnes ou baguettes les nerfs qui présentent une saillie ou convexité externe, les distinguant en outre par leur couleur ou leur direction. Lorsqu’une colonne forme des filets distincts , ceux-ci sont des cordons qui deviennent eux-mêmes des faisceaux en se combinant entre eux. Enfin , pour Charles Bell , un nerf est dit composé quand il est formé de deux racines qui s’élèvent sur deux rangs d’une colonne différente de substance nerveuse; il est simple quand il est constitué par une seule racine, dont les filets ou cordons paraissent sur une même ligne, à la surface du cerveau ou de la moelle épinière. Il donne pour exemple de l’un le nerf delà neuvième paire, et pour les autres , les nerfs de l’épine.
L’auteur se résume en disant qu’un nerf est une corde formée de substance nerveuse, de tissu cellulaire, et qu’il est divisé en filets qui possèdent des propriétés tout à fait dissemblables. Là, donnant un libre essor à son imagination , il poursuit sérieusement , mais sans scalpel , il est vrai , un filet nerveux des organes au renflement , en le faisant passer dans différens nerfs et arriver enfin à la colonne antérieure de la moelle épinière. Or, ce filet quel est-il? Il est facile de le deviner , il est un filet moteur. Pour moi,
je l’avoue, je repousse ces investigations faites à l’avance et dans lesquelles on n’a point pris l’anatomie pour guide.
La moelle épinière ne pouvait échapper à l’attention de Charles Bell , aussi a-t-il trouvé en elle l’élément de ses explications physiologiques. Il la regarde comme formée de plusieurs colonnes de substances nerveuses , et de trois faisceaux de chaque côté: l’un destiné au mouvement volontaire , un second destiné au sentiment, un troisième chargé de présider à l’accomplissement de la respiration. Les deux colonnes motrices antérieures montent jusqu’au cerveau , et les deux colonnes latérales ou respiratoires se perdent , d'après le physiologiste anglais , dans la moelle alongée ; et suivant lui ces dispositions anatomiques démontrent que les premières ont des rapports avec le sensorium , et que les dernières n’en ont aucune avec la volonté.
Plus loin , l’auteur compare les nerfs de la moelle avec ceux de l’encéphale : il établit que la parfaite intelligence et la révélation des phénomènes mystérieux et peu compréhensibles, jusqu’à lui, de l’innervation , sont dues à l’exacte comparaison des nerfs qui tirent leur origine du cerveau avec ceux qui apparaissent à la surface de la moelle épinière. Il croit avoir trouvé la différence dans la régularité des nerfs de la moelle et l’extrême irrégularité au contraire de ceux que l’on rencontre à la base du cerveau.
Enfin Charles Bell s’est dit : si les nerfs tirent leurs propriétés de leur mode d’origine , alors les racines
doivent indiquer les véritables distinctions entre ceux qui naissent de la moelle épinière et ceux qui naissent de la base du cerveau.
Les nerfs qui naissent de la moelle épinière sont, suivant lui , formés de deux racines; l’une appartient à la colonne antérieure, l’autre à la colonne postérieure. Les racines antérieures offrent moins de régularité que les postérieures.
Charles Bell suit la colonne antérieure jusque dans le cerveau , et il ne manque pas de trouver que tous les nerfs qui naissent de celte colonne et par une seule racine sont les nerfs musculaires ou moteurs ; exemple: la neuvième paire ou le nerf grand hypoglosse; la sixième, la troisième paire.
Autrefois, ajoute- t-il , on regardait les ganglions placés sur le trajet des nerfs comme étant destinés à arrêter la sensibilité, et cependant il fait remarquer que tous ceux qui en sont pourvus sont doués de cette grande propriété. Pénétré de celte vérité expérimentale , Bell fît des expériences sur le nerf facial et sur la cinquième paire d’un àne , et il obtint des résultats entièrement opposés. Après la section de l’un , la sensibilité fut éteinte dans les parties où va se distribuer le nerf de la cinquième paire ; la section de l’autre abolit complètement les mouvemens dans les régions qui reçoivent le nerf facial. Ainsi, d’après moi , Charles Bell a conclu d’une manière peu logique que le nerf de la cinquième paire qui possède ce ganglion est par cela même doué de sensibilité. C’est avec aussi peu de raison qu’il s’est cru parla autorisé à conclure de même pour les racines postérieures des
nerfs de la moelle épinière, et au contraire à établir que l’absence de ce même ganglion indiquait que les racines antérieures étaient destinées au mouvement. Nous verrons plus loin h quoi nous en tenir sur ces théories que l’auteur appelle anatomiques. Tout naturellement, les nerfs de la troisième, de la sixième et de la neuvième paire, qui sont sans ganglions, sont devenus pour lui des nerfs moteurs.
Dans un autre chapitre , Charles Bell parle de l’origine des nerfs qu’il appelle respiratoires , et il établit qu’ils naissent d’une colonne spéciale de la moelle épinière, que leurs racines sont distinctes des nerfs vertébraux à deux racines , que chacun de ces nerfs respiratoires est formé d’une seule racine, à filets régulièrement disposés sur le même plan; il en conclut que ces nerfs ont une destination différente des nerfs vertébraux , et il se demande quelle fonction leur est plus probablement dévolue que celle qu’indiquent leur trajet et leur mode de distribution ; l’influence en un mot qu’ils doivent avoir sur la respiration. Il entrevoit par des expériences que le spinal , la paire vague , le glosso -pharyngien et le facial pourraient démontrer qu’ils établissent un commun accord entre les parties éloignées où ils viennent se rendre dans l’acte important de la respiration. Pour prouver sa théorie , et faire voir à quel juste titre ces cinq nerfs méritent le nom de respiratoires, il les suit dans leur trajet, il appelle les expériences cà son aide; il trouve un argument dans la section de ces mêmes nerfs, qui paralyse le mouvement des muscles auxquels ils se distribuent , et dans la faiblesse de
l’acte respiratoire qui suit cette section. Il insiste sur l’absence du mouvement des paupières , des narines , par suite de la division du nerf facial.
Les nerfs de l’épine suffisent bien , il l’avoue , dans la respiration ordinaire; mais, dans les actes plus compliqués de cette même fonction , l’influence des nerfs respiratoires est nécessaire. En effet , lorsque l’animal crie, quand l’homme chante, les muscles de la poitrine ne suffisent plus , mais les narines , mais les joues, les lèvres, les muscles du larynx, entrent en mouvement; il en est de même du muscle trapèze, qui est excité par le nerf spinal.
Avant d’aller plus loin , qu’il me soit permis d’ajouter que Charles Bell abuse du langage et des choses quand il appelle nerfs du mouvement les nerfs moteurs oculaires externe et commun , grand hypoglosse , qui en tout sont semblables par leurs fonctions à ceux auxquels il donne le nom de respiratoires, par cela seul qu’ils viennent se distribuer à des muscles placés sur le trajet de l’air, et disons avec franchise que la découverte de Charles Bell est loin d’être en rapport avec les éloges qu’il a cru devoir lui donner.
Pour ceux qui veulent voir, à l’instar de Charles Bell , autant de fonctions différentes qu’il y a de prétendus changemens à l’extérieur des organes , qu’il y a de saillies ou de bosselures, la moelle épinière et les nerfs paraissent offrir un exemple précieux. Mais que deviennent les théories spécieuses devant une expérimentation, devant une anatomie positives?
Après avoir mis la moelle épinière dans de l’esprit-
de-vin et l’avoir fait macérer quelque temps dans ce liquide , j’ai observé :
1° A la face postérieure, un sillon qui , nullement marqué en bas et au milieu de la moelle épinière, semble plus distinct en haut, dans une petite étendue, à l’endroit où il se continue avec le calamus scriptorius. Cet espace est mesuré par l’éloignement que laissent entre elles les pyramides postérieures. Mais ce sillon ne paraît être autre chose qu’une simple dépression déterminée par l’artère spinale postérieure.
2° A la face antérieure, un sillon profond , situé entre les cordons antérieurs. Les éminences olivaires sont une dépendance des pyramides antérieures, qui, par leur adossement, laissent entre elles un espace qui constitue le sillon dont je viens de parler. En écartant ces cordons nerveux et en regardant au fond du sillon, on aperçoit des fibres nerveuses, blanches, transversales, qui les réunissent et représentent une espèce de commissure , comme criblée d’un grand nombre d’ouvertures pour le passage des vaisseaux et des prolongemens membraneux.
La moelle épinière forme donc un tout continu à sa face postérieure, et ce sillon , qu’on s’est tant occupé à décrire, à proprement parler n’existe pas : il n’y a là qu’une lame nerveuse, une longue bandelette de même substance, sans division. Il n’y a de sillon marqué qu’à la partie antérieure : aussi est-ce dans l’étendue de cette surface que l’on retrouve les cordons antérieurs de la moelle épinière qui se renflent
supérieurement pour donner naissance à ce que l’on appelle les pyramides antérieures.
En résumé, la moelle épinière est formée à l’extérieur par une longue bande nerveuse blanche, qui se recourbe sur elle-même , pour s’adosser en avant et venir se perdre sur la commissure , de manière à former la partie postérieure, les côtés et la région antérieure de cet organe. Cet étui (écorce blanche) , est tellement disposé, que les deux parties qui s’adossent en avant viennent rejoindre presque la face intérieure de la région postérieure de la moelle. C’est ainsi qu’une très petite quantité de substance grise est déposée dans cet endroit, tandis que celle-ci remplit, au contraire, deux canaux latéraux que représente cette lame blanche , en se recourbant sur les côtés et en s’adossant. La moelle épinière , coupée verticalement de l’extrémité céphalique à l’extrémité caudale, représente deux portions de cylindre aplaties en arrière.
La moelle épinière est donc plus simple dans l’arrangement de ses parties nerveuses composantes qu’on ne l’avait pensé. Si elle paraît offrir des saillies à l’extérieur, celles-ci sont dues à une plus grande quantité de substance blanche ou grise, ce qui ne suffit pas pour distinguer autant d’usages différens qu’il y a d’éminences. Il en est de la moelle épinière comme de la corne d’Ammon , dont on ne connaît pas les usages , mais entre les saillies de laquelle on ne cherche pas à établir des rapports différentiels.
La lame nerveuse postérieure, que les modernes ont appelée cordon postérieur, est la source de la sen-
sibililé et du mouvement , et les cordons antérieurs servent à conduire l’impression au cerveau, et à rapporter aux organes le principe de tout mouvement et de toute volonté. Je rapporterai plus loin les expériences qui appuient la probabilité de celte opinion.
J’ai porté aussi mon attention sur les nerfs de la moelle épinière et sur les ganglions.
J’ai enlevé les nerfs avec précaution, et après les avoir arrachés , j’ai vu qu’ils aboutissent à la substance nerveuse blanche seulement, et qu’ils en naissent par des filets très fins ; que , par conséquent, ils ne dépassent pas cette substance et ne viennent pas, comme on l’avait dit à tort, de la substance grise.
J’ai dû étudier ensuite l’origine différentielle et le volume des racines des nerfs de la moelle épinière, et voici ce que j’ai observé:
Les racines antérieures des nerfs rachidiens naissent par des filets nombreux, fins et multipliés, qui communiquent souvent ensemble depuis la partie supérieure de la moelle épinière jusqu’à son extrémité caudale; tous les filets s’implantent, s’insèrent sur chaque cordon antérieur et sur les côtés du sillon médio-antérieur. Les racines postérieures sont beaucoup plus volumineuses que les précédentes. C’est ce que M. Blandin, chef des travaux anatomiques, a prouvé depuis long-temps. C’est un fait constant qu’on peut observer avec la moindre attention.
Les filets par lesquels elles naissent sont peu nombreux et parfaitement séparés les uns des autres. Toutes ces racines postérieures diffèrent des antérieures en ce qu’elles naissent d’une portion mem-
braneuse , blanche, qui ne présente pas de division. Aussi, la moelle étant parfaitement continue dans ce sens , si Ton fait une incision médiane dans la région postérieure , on produit une paralysie complète de la moitié inférieure du corps , tandis que l’on peut au contraire paralyser seulement un des membres inférieurs, en lésant un des cordons antérieurs de la moelle.
Les nerfs moteurs oculaire commun , oculaire externe, hypoglosse , naissent tous sur la même ligne, c’est-à-dire sur celle qui se prolongerait entre les éminences olivaires et pyramidales antérieures.
Les nerfs facial, acoustique, glosso-pharyngien, sont situés sur la ligne qui sépare les corps restiformes des éminences olivaires, et correspondent aux racines postérieures de la moelle épinière, tandis que les nerfs oculaire et hypoglosse correspondent aux racines antérieures.
Ce point anatomique est donc tout à fait contraire à la théorie de Charles Bell sur le mode d’origine de ces nerfs qu’il appelle respiratoires , qui , suivant lui, naîtraient sur un sillon distinct.
De toutes les dissections auxquelles je me suis livré pour l’étude des racines antérieures et postérieures des nerfs de la moelle épinière, il résulte que le ganglion constamment placé sur la racine postérieure est d’un volume et d’une couleur variables, mais d’une consistance presque toujours la même.
Les deux racines de nerfs sont formées chacune d’un nombre de filets variable, mais ces filets ne se rapprochent et ne se réunissent que lorsque ceux qui
constituent la racine postérieure ont rencontré et dépassé le ganglion.
La racine antérieure offre donc un fort petit volume, et le nombre de ses filets est peu considérable : aussi , comme partie intégrante d’un nerf, elle entre pour peu dans sa composition.
La racine postérieure est formée d'un grand nombre de filets , qui s’aplatissent en arrivant au ganglion , et se divisent pour traverser son épaisseur, ou pour cheminer à la surface. Pour bien apercevoir cette disposition anatomique , il faut racler le ganglion , et enlever la matière qui le compose , autrement on ne pourrait reconnaître les filets nerveux qui le traversent.
Les racines antérieures et postérieures échangent , dit-on, des filets entre elles. C’est une erreur. Après la formation du ganglion , les deux racines se rapprochent, s’accolent; mais on n’aperçoit pas cet échange dont on a tant parlé, car souvent elles continuent leur chemin isolément, ou bien finissent par se confondre sur divers points.
La racine postérieure forme la presque totalité de chaque nerf, et l’antérieure entre pour très peu de chose dans sa structure : ceci est très évident sur l’homme, les animaux et principalement sur les chèvres.
Tous les filets nerveux, venant des racines des nerfs de la moelle épinière , forment des angles aux points où ils constituent les nerfs des membres. C’est bien gratuitement que MM. Prévost et Dumas ont décrit une anse nerveuse qui jouerait un grand rôle dans
k contraction musculaire, de manière à établir un courant descendant et un courant ascendant; j’ai constamment vu au contraire tous les filets qui ne marchent pas en ligne directe , et qui forment des angles plus ou moins marqués, descendre vers la terminaison périphérique du nerf, ou se perdre par une marche rétrograde à une faible distance de l’endroit où le filet avait changé de direction.
Tout ce que j’ai dit sur la structure de la moelle épinière dans l’homme , sur son mode de terminaison dans les renflemens crâniens, tout ce que j’ai dit aussi de la protubérance annulaire, estdémontré clairement par les recherches d’anatomie comparée auxquelles je me suis livré sur les animaux de toute espèce, sur les mammifères comme sur les oiseaux , sur les poissons comme sur les reptiles. Dans les hommes comme dans les animaux, tout prouve, surtout quand on étudie attentivement l’embryon, que la moelle épinière subit un développement ascensionnel et non pas progressif de haut en bas , comme le voulait Rolando , et que , dans tous , ce prolongement nerveux offre une substance blanche , qui sert d’enveloppe à une substance ordinairement grisâtre , mais se présentant très fréquemment avec une couleur jaunâtre.
Il nous est encore démontré que la moelle épinière ne présente dans aucune espèce d’animaux celte série de ganglions dont Gall prétendait qu’elle est formée : en effet on n’a jamais pu rencontrer de ces renflemens , réunis les uns aux autres, égaux en nombre aux paires de nerfs: et d’ailleurs,
on n’a jamais vu dans le fœtus de ces renfleniens de substance grise , substance qui manque complètement à celle époque de la vie.
La moelle épinière représente donc un cylindre, véritable tout continu , dont on ne peut rien soustraire, chacun des tissus qui entrent dans sa structure faisant partie de l’ensemble, et non d’un des points de ce prolongement. Dans les animaux, pas plus que dans l’homme , nous ne trouvons ces cordons dessinés, suivant quelques anatomistes ou physiologistes, à la surface de la moelle épinière , et auxquels on a voulu faire jouer le rôle que le bon plaisir leur avait dévolu : s’il existe en effet des renflemens sur différens points de la moelle épinière, ceux-ci n’indiquent nullement des différences d’usages et de fonctions , mais ils démontrent seulement une vascularité plus grande, et par conséquent une nutrition plus active , une plus grande quantité de matière nerveuse. Ils indiquent aussi sur ces points l’origine de nerfs plus volumineux et d’une émission plus grande de fluide. Cette substance grise , développée tardivement dans toute l’échelle animale , annonce seulement, quand elle est déposée dans tel ou tel endroit, un surcroît de vie , un afflux plus considérable de sang pour nourrir les nerfs, les membranes, etc. Sur ce point les recherches de Tiedemann n’ont laissé aucun doute.
Dans les animaux comme dans l’homme, la partie qui apparaît la première est la substance blanche, ce qui semble établir déjà son degré de supériorité sur la substance grise dans l’exercice des fonctions
du système nerveux : cette dernière en effet paraît surtout destinée à la nutrition, par le grand nombre de vaisseaux qui s’y ramifient. Tous ces faits se révèlent par le développement de la moelle épinière , de la protubérance angulaire, du cervelet et du cerveau , qui ne se recouvrent que plus tard de substance grise.
Peut-on maintenant juger des facultés intellectuelles par le volume des masses nerveuses , ou par les différences de quantité des deux substances qui entrent dans leur composition? Il n’est pas douteux que le poids des masses nerveuses suffise le plus ordinairement pour faire apprécier le champ ( si l’on peut parler ainsi ), la variété et l’étendue des facultés intellectuelles, du génie! Mais, suivant moi , ce résultat ne saurait être exact que comme déduction des différences établies entre les rangs; et si l’on cherche la raison des variétés de facultés que l’on signale dans chaque genre, on pourrait la trouver dans l’examen différentiel de la substance grise et de la blanche.
Je sais que j’agite ici une question neuve qui peut soulever de graves débats , et qui sans doute ne sera pas résolue sans contestation ni sans critique. Cependant si l’on examine ces organes, le cerveau et le cervelet , que Reil regardait comme une efflorescence de la moelle épinière , on verra que l’intelligence se trouve en quelque sorte proportionnelle à la quantité de l’une des deux substances dont je viens de parler.
J’ai suivi toute l’échelle des êtres, j’ai examiné
le système nerveux dans les classes, je l’ai comparé dans une foule de genres , et j’ai cru pouvoir établir comme une vérité que , lorsque la substance grise l’emportait dans les masses crâniennes sur la substance blanche , l’intelligence avait moins d’élévation et moins d étendue , et que, lorsque la première existait presque seule dans le cerveau et le cervelet , les facultés étaient presque nulles ou complètement annihilées ; qu’alors enfin le système nerveux paraissait destiné , dans ces animaux , aux mouvemens et à la sensibilité des organes, puisqu’il suffit de la moelle épinière et de la protubérance annulaire, qui n’en est qu’une dépendance , pour donner aux organes la faculté de se mouvoir et de sentir, sans la faculté de perception.
J’ai cru m’être assuré au contraire que, lorsque la substance blanche domine la substance grise, ou existe en grande quantité dans le cerveau ou le cervelet, alors à la sensibilité perçue s’ajoute un développement des sens , des instincts , des penchans et des facultés intellectuelles, plus ou moins perfectionné. On se rend compte de ce phénomène, si l’on considère que les impressions reçues par la peau et par les autres organes des sens arrivent sur une surface étendue, le cerveau , où viennent aboutir, pour le former, les fibres rayonnantes qui se détachent de la moelle épinière. Nous pourrions encore tirer d’autres conséquences de ces dispositions anatomiques, établir, par exemple , que la perfection de l’intelligence , que les facultés animales sont aussi en rapport avec le développement de cette substance, etc.
La physiologie a démontré encore que la substance grise peut être déchirée, coupée ou enlevée, sans que les facultés en soufflent, et qu’au contraire le déchirement ou une lésion quelconque de la substance blanche entraîne des changemensnon seulement dans l’intelligence , mais encore dans les mouvemens et les impressions. Ces vérités sont encore fortifiées par l’expérimentation , puisque chez certains animaux on peut enlever couche par couche le cerveau, sans qu’il se manifeste aucune altération dans les sens ou dans l’intellect; puisque, chez quelques oiseaux, le cerveau offre une prédominance remarquable de la substance grise sur la substance blanche , terminée presque à la base de ces organes , les phénomènes d’altération ne se déclarant que lorsque la substance blanche a été intéressée.
L’homme, dont les facultés sont les plus vastes, les plus nobles et les plus élevées , l’homme qui possède l’imagination dont les animaux sont dépourvus , et le jugement, cette autre faculté si précieuse, l’homme offre pour ainsi dire en lui l’explication de cette intelligence supérieure. Son cerveau est formé d’une masse nerveuse blanche considérable , plissée un grand nombre de fois sur elle-même pour former les circonvolutions , et d’une faible quantité de substance grise , déposée à la surface et dans l’épaisseur de cet organe , comme pour favoriser la nutrition de la première , en y laissant pénétrer le sang sous une forme capillaire extrêmement fine : circonstance remarquable, qui semble nous révéler qu’une quantité plus considérable de sang péné-
tranl dans cet organe par des vaisseaux d’un plus gros calibre , y gênerait le libre exercice de ses mystérieux travaux.
Il m’a semblé aussi que dans les animaux courageux , ayant la conscience de leur force , la substance blanche existe en plus grande quantité dans le cerveau , le cervelet , et la protubérance annulaire.
De l’examen du système nerveux il m’a semblé résulter que les facultés motrices et la sensibilité des organes sont en rapport avec le volume de la moelle épinière , de la protubérance annulaire et des nerfs qui en partent ; qu’enfin le développement de la substance blancheetsa quantité se trouvent aussi en rapport avec le genre de vie, les habitudes et les organes des animaux. C’est ainsi que chez les animaux timides , tels que la tourterelle , le rossignol , l’ortolan, on trouve la moelle épinière volumineuse, relativement à la grosseur de l’animal et à ses mouvemens , et la substance blanche peu abondante pour le cerveau ; c’est ainsi que chez les animaux voraces, l’aigle, le vautour , le crabier , le héron , l’épervier , la pie, etc. , la moelle épinière et la protubérance annulaire sont remarquables parleur volume, quand, d’autre part, les nerfs qui en partent et la quantité de# substance blanche qu’on rencontre dans le cerveau fortifient encore l’opinion que nous exposons ici ; comme si la nature voulait, dans ces animaux, mettre l’organe qui commande à ceux qui donnent les facultés motrice et sensitive , en harmonie avec les organes de défense et de nutrition. Nous verrons que
dans certains animaux les puissances génératrice , motrice et sensitive, sont en rapport avec le volume de la moelle épinière et de la protubérance annulaire : chez quelques passereaux , le moineau , etc., chez certains gallinacés, le coq , etc.
C’est une chose curieuse de jeter un coup d’œil sur le système nerveux de certains animaux pour en faire l’application à la phrénologie.
Si l’on examine le système nerveux dans les passereaux , on voit qu’il est proportionné aux fonctions actives de ces animaux : la moelle épinière, entourée d’un mince étui osseux , olfre beaucoup de volume , ainsi que la moelle alongée : la substance blanche forme à ces deux organes une enveloppe épaisse, qui contient pour la moelle épinière un filet délié de substance grise. Le cerveau, dépourvu de circonvolutions et recouvert d’unefrêle coque osseuse , offre un volume considérable , proportionnellement au cervelet.
Dans l’épaisseur de ses lobes, on voit pénétrer au sein de la substance grise des filamens nerveux blancs , venus des pyramides antérieures , et qui se prolongent dans tous les sens des lobes. Le cervelet est foliacé , formé d’un seul lobe , et on retrouve dans son épaisseur de la substance blanche détachée des corps restiformes et de la moelle alongée. La rapidité des mouvemens et leur multiplicité sont évidemment en rapport avec le volume de la moelle épinière et de la moelle alongée, ainsi que les fonctions de la génération , car on sait que ces animaux sont très portés au rapprochement et très
féconds- L’intelligence dont en outre ils sont doués trouve son explication, suivant nous, dans la quantité de substance blanche, qui, pénétrant le cerveau, leur apporte les impressions de diverse nature, et rend ainsi raison de la finesse et de la mémoire de ces animaux 5 car on sait qu’ils n’oublient pas les pièges qu'on leur a tendus , et les lieux où ils ont été bien ou mal traités.
Voici quels ont été pour la tourterelle et le serin , oiseaux timides, les résultats de l’examen du cerveau. J’ai rencontré dans le dernier les dispositions à peu près les mêmes que dans la première. La moelle épinière et la moelle allongée sont assez, volumineuses. Le cervelet est à un seul lobe, foliacé, présentant à son centre de la substance blanche. Le cerveau est volumineux, formé en majeure partie par de la substance grise: si l’on fait une coupe d’arrière en avant, on voit cette dernière substance parcourue par des lignes blanches, plus ou moins épaisses , qui gagnent la circonférence des lobes, et par deux lames médianes qui pénètrent dans la commissure interlobaire, pour se confondre bientôt. Enfin des lames de substance blanche venant des tubercules optiques gagnent la face inférieure du cerveau et les parties latérales postérieures. Toutes ces fibres blanches partent des courts pédoncules du cerveau.
Dans la tourterelle la moelle épinière est volumineuse , et formée par un étui de substance blanche qui contient peu de matière grise au centre. Le cervelet a un seul lobe , foliacé et formé de substance blanche et grise, avec prédominance de cette dernière. La
moelle alongée , volumineuse relativement au corps de l’animal , envoie une lame qui recouvre les tubercules optiques , ainsi que la face inférieure et les côtés des lobes cérébraux. Ceux-ci sont remarquables par leurs dimensions latérales et par la petitesse de leur diamètre antéro-postérieure; ils ne présentent pas de cavité dans leur centre , et sont formés de beaucoup de substance grise, et d’une très faible quantité de substance blanche, que leur envoient les courts pédoncules du cerveau. De cet examen anatomique il résulterait phrénologiquement que la tourterelle devrait être un animal essentiellement destructeur , et cependant nul n’est plus doux ni plus timide; il devrait encore en résulter qu’elle aime peu sa progéniture, et cependant quel animal montre plus de sollicitude pour ses petits ?
Si l’on étudie le système nerveux des oiseaux carnivores , on trouve les mêmes rapprochemens à faire sous le rapport de leurs facultés et de leurs fonctions; et si on applique ces résultats à la phrénologie, on voit qu’ils ne leur sont pas plus favorables dans ces espèces.
Parmi les oiseaux nocturnes , la chouette offre une moelle épinière volumineuse, un cervelet à un seul lobe, qui présente dans son épaisseur de la substance blanche et de la substance grise à l’extérieur. Le cerveau affecte des dimensions considérables relativement au volume de l’animal , et l’on peut voir que beaucoup de substance grise entre dans sa structure, pendant que sa masse est pénétrée par trois bandelettes de substance blanche , l’une médiane qui est
large , les deux autres latérales , et par une quatrième antérieure. Les tubercules optiques n’offrent pas un volume proportionné aux renflemens nerveux. La quantité de substance blanche nous paraît rendre compte de la finesse et de l’expression physionomique de cet animal. Mais nous n’avons pas pu retrouver dans le cerveau la raison qui le pousse à se nourrir de matières animales.
Si nous passons ensuite aux oiseaux carnassiers diurnes, l’épervier, lecrabier, la cigogne, voici quels ont été les résultats de l’examen de leur structure cérébrale.
Chez l’épervier, le cerveau est, relativement au corps de l’animal , assez volumineux ; le cervelet est à un seul lobe et foliacé. De la substance blanche , venue des courts pédoncules du cerveau , se prolonge dans l’épaisseur de ce dernier organe , et occupe un espace assez considérable. La moelle alongée et les tubercules quadrijumeaux sont volumineux. De la substance grise existe dans l’épaisseur de la moelle, et sa quantité est considérable aux renflemens crural et brachial.
Chez le crabier, sorte d’oiseau de proie extrêmement vorace qui ressemble au héron, j’ai trouvé la moelle épinière volumineuse ; les deux cordons antérieurs sont remarquables par leur volume et le développement de leur extrémité céphalique; ce sont les pyramides antérieures. Les conduits postérieurs de la moelle existent aussi, et se renflent à l’extrémité céphalique. Si l’on examine maintenant comment se comporte la substance blanche nerveuse de cet animal
à l’égard des renflemens nerveux , on voit qu’elle forme une enveloppe épaisse à la moelle épinière et à la moelle alongée : elle enveloppe aussi les tubercules optiques, ainsi que les nerfs optiques qui paraissent en être la continuation. J’ai pu, sur cet animal , suivre avec beaucoup de facilité l’entrecroisement des nerfs optiques , et les fibres qui passent du côté droit au côté gauche sans se confondre. On voit dans Je cerveau les pyramides antérieures se perdre, sous forme de rayons, en quantité assez considérable, relativement à la quantité de substance grise. La pyramide postérieure se continue avec les tubercules quadrijumeaux et avec le cervelet, qui est formé aussi de substance grise à l’extérieur et de substance blanche à l’intérieur.
Comme on le voit, le cerveau et le cervelet offrent dans toutes les classes d’animaux les plus grands rapports par la constante situation de substance grise à l’extérieur, et de substance blanche à l’intérieur; et, dans le crabier spécialement, on explique la rapidité de ses mouvemens par le volume de la moelle épinière , et son intelligence par la quantité de substance blanche qui pénètre ses renflemens nerveux. Du reste , il n’existe à l’extérieur du cerveau aucune circonvolution , aucun renflement remarquable qui puisse expliquer la voracité de cet animal. Les phrénologistes eux-mêmes seraient embarrassés de trouver dans cet organe l’explication du désir qui pousse cet animal à détruire pour se nourrir de chairs, s’ils la cherchaient ailleurs que dans la conformation de son bec, de son estomac, et de ses voies digestives.
Parmi les mammifères, il en esl plusieurs que j’ai étudiés avec un soin scrupuleux , et j’ai été étonné du développement de certains renflemens, quand je le comparais au reste du système nerveux : ainsi , dans la chauve-souris, le cerveau et le cervelet, qui ne pèsent que quelques grains, sont disproportionnés avec la moelle épinière et avec la protubérance annulaire, qui affecte un volume considérable, et qui est en rapport avec les mouvemens et le peu de facultés intellectuelles de cet animal. Mais, explorant la conformation du cerveau , on y cherche en vain logiquement la raison du genre de nourriture dont se sert la chauve-souris, c’est-à-dire d’insectes et de matières animales.
Chez d autres mammifères, j’ai retrouvé de notables différences dans la quantité de substance blanche que Ion rencontre dans le cerveau et le cervelet, suivant tel ou tel genre. Il est important de noter ici, sans rapporter d’ailleurs toutes les recherches que j ai faites , que l’étendue des facultés m’a toujours paru être en rapport avec la disposition de la sub- ' stance blanche et avec sa quantité. C’est ainsi que dans le furet, qui se nourrit du sang du lapin, on trouve des facultés peu étendues, en rapport avec le volume du cerveau, dont les deux lobes représentent un cône à base postérieure , ce qui est inverse dans l’homme. Le plus grand diamètre des hémisphères est dirigé d’arrière en avant ; aussi le diamètre transversal est-il beaucoup moins considérable. Les lobes du cerveau sont formés par de la substance grise et par de la substance blanche, qui, sous forme
de rayons très apparens, va former la voûte et le corps calleux, mais qui, en raison de sa minceur et de la petite étendue qu’elle occupe , m’a paru peu considérable relativement au volume de l’animal. Il existe des circonvolutions rares et sans importance, et un lobe cérébral médian de peu d’étendue. La moelle alongée est considérable ; elle renferme dans son centre beaucoup de substance grise, et se continue avec les pédoncules du cerveau et les tubercules quadrijumeaux, remarquables, les premiers par leurs dimensions étendues , et les seconds par leur faible développement. Le cervelet est foliacé, composé d’un certain nombre de lobules , et formé de substance grise à l’extérieur et de substance blanche à l’intérieur.
Le volume de la moelle épinière et de la moelle alongée explique la force de cet animal, l’activité de certaines de ses fonctions, de la génération par exemple : mais si l’on cherche dans le cerveau l’explication phrénologique du penchant qui pousse le furet au meurtre , on ne le trouve pas ; et même la partie du cerveau qui correspond , chez cet animal, à l’organe de la destructivité, esta peu près nulle. La voussure que l’on remarque au même niveau , à l'extérieur du crâne , est entièrement formée par l’épaisseur des os qui le composent. La conformation du canal digestif chez cet animal rend compte du genre de nourriture dont il vit.
Parmi les gallinacés , il existe des différences marquées dans l’activité des fonctions et dans l’étendue des facultés intellectuelles des divers genres qui
composent celte grande famille , et elles me paraissent être expliquées par l’examen du système nerveux.
J’ai mis à découvert la moelle épinière et les renflemens nerveux crâniens d’une dinde, et j’ai remarqué que la masse cérébrale était extrêmement petite relativement au volume de cet animal , et que même elle ne remplissait pas la totalité de la cavité crânienne constituée par d’épaisses parois. Le cerveau ne présentait aucune circonvolution , il était formé presque entièrement par de la substance grise , excepté à la base et .à l’endroit où le pédoncule du cerveau pénètre dans cet organe : mais la substance blanche ne rayonnait point dans l’épaisseur de la première, et s’arrêtait brusquement, pour former une espèce de petit lobule blanchâtre. Cependant il existe, non loin des tubercules optiques, une lame de substance blanche , qui s’arrête bientôt à la superficie de la base du cerveau.
Le cervelet était foliacé , à lobe unique, et contenait de la substance blanche dans de faibles proportions. Mais la moelle épinière , la moelle alongée étaient énormes , et la substance blanche fibreuse leur formait à toutes deux une épaisse enveloppe. La substance grise existait en petite quantité dans ce cordon nerveux, excepté au niveau des renflemens caudal et huméral. Nous ajouterons que le cerveau de cet animal était déprimé sur les côtés , et que le cervelet était alongé.
Dans les pintades, on trouve un cerveau à deux
lobes, sans corps calleux , à dimensions peu considérables, relativement au corps de l’animal.
Le cervelet est fort peu volumineux , mais la moelle épinière, formée de fibres distinctes, offre un volume considérable , et présente dans son épaisseur et à son centre une faible quantité de substance grise, excepté au niveau des renflemens. Comme dans 1 animal précédent, on voit les fibres nerveuses s'élever des pyramides, traverser la moelle alongée, former les pédoncules du cerveau , et cesser brusquement, au moment où elles pénètrent la substance grise des lobes cérébraux , n’y arrivant par conséquent jamais sous forme rayonnée.
Ces animaux sont féconds et se distinguent par une grande activité dans les organes digestifs et dans 1 appaieil musculaire. On se plaît à reconnaître en eux les sentimens de l’amour maternel , sans que l’on puisse en trouver la raison dans la disposition de leur cerveau, et même de leur cervelet. Mais l’examen de la moelle épinière nous explique l’activité de la plupart de ces fonctions.
Si de 1 étude de ces animaux timides on rapproche 1 examen du système nerveux d’un oiseau vorace, intelligent et rusé , on verra que la disposition de ce système établit les différences que l’on peut signaler. Chez, la pie, la moelle épinière, formée d’une énorme couche de substance blanche , présente, relativement au volume de cet oiseau, des proportions plus considérables que chez les animaux précédens.
Le cerveau est énorme et remplit exactement la
boite crânienne: il est formé par de la substance grise et par de la substance blanche , qui , fournie par les pédoncules du cerveau, s'avance sous forme de deux lames, dont l’une gagne la scissure interlobaire, et l’autre pénètre l’intérieur du cerveau sous forme de rayons.
Le cervelet est peu considérable, et le volume de la moelle alongée n’est pas en rapport avec celui de la moelle épinière.
Appuyé sur ces résultats d’anatomie comparée, on peut facilement se rendre compte du plus grand développement des facultés intellectuelles , de la ruse , etc. , que l’on remarque chez ce dernier animal ; mais la conformation de son cerveau ne donne point la raison de son penchant au meurtre.
Dans les gallinacés, le coq présente un système nerveux développé : 1° la moelle épinière est énorme, ainsi que la moelle alongée, et le cervelet offre un volume peu considérable , relativement à celui des deux premiers organes. Le cerveau présente de la substance blanche , qui s’y comporte comme dans la pie, avec peu de différence, quant aux proportions.
On se rend compte de l’énergie des fonctions de cet animal , et de l’activité de ses organes génitaux , par le volume de la moelle épinière, et non par celui du cervelet. Mais comment expliquer le prétendu organe du meurtre, qui est , dit - on , très développé chez cet animal? On se rend compte de son courage par la quantité de substance blanche , avec ses nombreuses impressions, mais il faut s’arrêter a l’expli-
cation de la galanterie, dont son cerveau n’a jamais fourni de signes constitutifs. Je laisse aux phrénologistes le soin de découvrir cet organe, qui devrait, dans cet animal , exister à un haut degré de perfection.
Si nous rapprochons du système nerveux des cigognes celui de l’aigle , nous trouvons des différences assez tranchées pour arriver à nous rendre compte de la variété dans ces facultés.
La cigogne offre une moelle épinière considérable; et chez elle, des deux reoflemens huméral et crural , le dernier se fait remarquer, surtout par son volume. La moelle épinière présente une couche de substance blanche épaisse , servant d’enveloppe à la substance grise , qui en occupe le centre. La première forme une sorte de grande lame , adossée à elle-même dans la région antérieure. Si on la divise tranversalement et dans toute son épaisseur , on reconnaît parfaitement l’apparence fibreuse de la substance blanche , et si l’on presse au dessus du point de section , on aperçoit une multitude de faisceaux ou fibres nerveuses blanches , placées les unes auprès des autres , ce qui donne à la moelle la forme canaliculée : on peut facilement comparer la section de la moelle placée sous l’eau, à celle d’un gros nerf, lorsqu’on a soin de le presser légèrement pour en exprimer la substance nerveuse.
La moelle alongée est remarquable par son Volume.
Les tubercules optiques sont volumineux , creusés d’une énorme cavité à leur centre , et formés à
leur extérieur d’une couche de substance blanche , et d’une couche de substance grise à l’intérieur. Ils reçoivent des prolongemens envoyés par les cordons postérieurs de la moelle épinière , ainsi que par les pyramides antérieures et par la valvule de Vieussens. De ces tubercules émanent évidemment les nerfs optiques, ce que l’on peut démontrer par une dissection fort simple. Si l’on coupe le nerf optique au niveau de son chiasma, on peut alors enlever facilement l’enveloppe superficielle des tubercules optiques et le voir se continuer avec les nerfs qui en partent. Cette dissection permet aussi de voir la continuation des nerfs optiques avec la valvule de Vieussens. Elle peut démontrer rigoureusement que les nerfs naissent de la substance blanche , et qu’ils ne prennent nullement implantation sur la substance grise : c’est ce qui est aussi très évident pour le nerf pathétique et le nerf moteur circulaire commun.
Le cervelet est, chez cet animal, foliacé et formé de substance grise et de substance blanche.
Les lobes cérébraux , que constituent le renflement antérieur de la masse encéphalique , sont réunis par une faible commissure de substance blanche. Les pédoncules du cerveau s’arrêtent brusquement à leur entrée dans la masse encéphalique ; c’est à peine s’ils pénètrent la substance grise. On voit cependant une lame qui se détache sous forme de rayons, et qui va former les ventricules antérieurs.
11 est évident que chez cet animal le développement de la moelle épinière est en rapport avec la puissance de ses mouvemens et la faculté qu’il pos-
sède de rester long-temps suspendu dans les airs; mais on demande vainement à leur cerveau l'explication du penchant qui les pousse à changer de contrées , et de celui qui les fait se nourrir de poissons , de reptiles : il faut chercher dans la conformation du tube digestif chez cet animal la raison de son instinct de destruction, comme il faut chercher ailleurs que dans un point du cerveau le secret de sa douceur , et de sa facilité à s’habituer à l’état domestique.
Dans l’aigle, le développement des renflemens nerveux , et celui des nerfs qui en partent , explique l’activité et l’étendue de la respiration ; et aussi la rapidité , la force des mouvemens et même la précision intelligente dont cet animal est doué.
La moelle épinière , qui occupe toute la longueur du canal vertébral , offre dans ce bel oiseau une masse considérable, et les renflemens huméral et crural sont proportionnés au volume des nerfs qui en naissent.
Le long de la face antérieure de la moelle, on rencontre sur la ligne médiane un sillon profond et distinct, qui résulte de l’adossement dans ce point de la substance blanche. C’est de ce véritable adossement que résultent les deux prétendus cordons antérieurs de la moelle , qui ne sont, au demeurant, que le renversement des deux bords de la lame blanche de la moelle. Il n’existe pas de sillon médian postérieur , et il n’y a pas de trace de séparation entre les fibres , ni d’adossement ; aussi dans cet endroit Ja moelle est -elle formée par une série de fibres nerveuses , parallèles et continues. Après avoir opéré
une section transversale sur la moelle de cet animal, j’ai pu écarter les deux bords qui forment le sillon , et dérouler ainsi la moelle pour n’en former qu’un seul ruban , et alors on aperçoit à la face interne de la substance blanche des sillons longitudinaux , qui sont la représentation du développement des fibres nerveuses. Les substances blanche et grise n’offrent pas les mêmes proportions dans tous les points de la moelle; c’est ainsi que la grise est en plus grande quantité dans les renflemens huméral et caudal que dans le reste de la moelle , et que dans ces deux points la blanche offre elle-même une épaisseur plus considérable. Ce prolongement nerveux, entouré d’une membrane résistante et transparente, donne naissance sur les deux faces latérales de sa longueur aux nerfs rachidiens.
Le cerveau offre un développement remarquable, et on voit qu’il existe d’assez grandes différences dans ses diamètres antéro-postérieur et transverse. Cet organe est fortement convexe dans toute sa partie supérieure , et il n’existe aucune trace de circonvolutions.
Les courts pédoncules du cerveau donnent naissance à une lame blanche, qui de chaque côté gagne la scissure interlobaire, et qui, remontant le long du bord interne des lobes cérébraux , forme les ventricules antérieurs de concert avec ces lobes. Cette large lame est formée par une série de fibres rayonnantes , parfaitement visibles , et qui imitent celles qu’on observe chez l’homme. Une autre lame , également née des pédoncules cérébraux, gagne la
face inférieure du cerveau , et pénètre bientôt dans l’épaisseur de la substance grise des hémisphères, en formant une espèce de noyau blanc ( sorte de petit centre oval).
Les tubercules optiques sont énormes , et se continuent avec les nerfs du même nom.
La moelle alongée offre un développement considérable.
Le cervelet à lobe unique semble être la représentation du lobe médian du cervelet chez l’homme : il est formé de substances grise et blanche, et par l’étendue de son diamètre antéro-postérieur tend à diminuer le même diamètre dans le cerveau.
Le sentiment intérieur dont sont doués les oiseaux, et que l’on appelle instinct, n’offre pas le même degré de perfection dans tous; aussi, peut-on dire qu’il est chez eux en rapport avec le développement du système nerveux et des sens. L’instinct ne serait donc pour nous que le résultat des impressions transmises par la surface du corps et par différens sens , l’ouie, la vue, les tégumens, etc. ; aussi sommes-nous portés «à croire que , lorsque la substance blanche existe en grande quantité dans le cerveau , et sous forme de rayons , comme chez l’aigle , on doit voir se manifester ce sentiment intérieur, cet instinct qui lui permet de comparer quelques situations de sa vie , de se rappeler les lieux, les objets, les impressions passées , et de se convaincre de sa force. Mais si nous cherchons dans le système nerveux de l’aigle la raison du penchant qui le pousse «à la destruction , nous ne le trouvons pas , et nous sommes obligés de nous
en rapporter sur ce point à la structure anatomique de ses organes.
Que nous jetions maintenant un coup d’œil superficiel sur le système nerveux des poissons, et nous verrons si l’activité de leurs fonctions est en rapport avec le développement de la substance blanche ellemême. L’examen général de cette nombreuse classe m’a fait trouver à peu près le même résultat sur tous les êtres qui la composent : aussi je me bornerai à citer quelques faits.
Sur un brochet j’ai trouvé la moelle épinière volumineuse , entourée par une membrane mince et argentée : les renflemens crâniens sont environnés
d’une substance liquide tremblotante.
La moelle alongée est également considérable; il existe à la partie antérieure de la moelle un sillon très marqué. Cet organe est formé presque entièrement de substance blanche , et c’est à peine si l’on trouve des traces de substance grise.
Les pyramides antérieures et postérieures sont très marquées , et se perdent, les unes dans le cervelet, les autres dans les tubercules crâniens.
Le cervelet est petit , si on le compare à la moelle alongée ou à la moelle épinière. Les tubercules optiques sont au contraire volumineux.
Les lobes du cerveau sont remarquables par leurs petitesse, et sont formés en majeure partie par de la substance grise.
Dans la perche, la moelle alongée et la moelle épinière sont volumineuses. Le cervelet, peu remarquable , est formé de substances blanche et grise. Les
nerfs optiques se continuent avec les tubercules optiques.
Les lobes du cerveau sont peu marqués , et formés presque uniquement de substance grise.
Dans la carpe , la moelle épinière et la moelle alonffée sont volumineuses. Celte dernière est sur— tout remarquable par son diamètre transversal , et par deux lobes qui naissent sur ses côtés. Le sillon qui apparaît à la partie antérieure de la moelle est très marqué.
Le cervelet est presque entièrement formé de substance grise.
Le cerveau est composé de deux lobules , dont l’épaisseur est pénétrée de quelques filets de substance blanche.
Dans l’anguille, animal vorace, on trouve une moelle épinière considérable, protégée d’un canal osseux , de membranes et de liquide.
La moelle alongée est le produit de l’élargissement de la moelle épinière ; on trouve peu de substance grise au centre de celte dernière.
Les renflemens crâniens forment quatre lobules supérieurs et un lobule inférieur. Le cerveau est soutenu par un fil de substance blanche.
Si maintenant nous déduisons les conséquences de ces observations, nous voyons que dans les poissons, comme dans toutes les autres classes d’animaux, apparaissent les mêmes renflemens crâniens et vertébraux, et qu’ainsi la nature se répète, affectant les mêmes phénomènes et les mêmes formes. On trouve en effet dans les poissons une moelle épinière qui
présente un sillon antérieur, résultat de l’adossement des deux lobes antérieurs de la lame nerveuse blanche dont cet organe est formé en majeure partie. A quelques différences près de largeur, d’épaisseur et de diamètre, la moelle alongée est disposée de la même manière dans tous les poissons. Le cerveau, le cervelet et les tubercules optiques existent , mais à un degré de développement si peu considérable que l’on ne peut établir de rapport entre eux et la moelle épinière et la moelle alongée. Le cerveau , par exemple, est à peine à l’état rudimentaire. Les facultés instinctives des poissons sont en général très bornées ; ce qui explique parfaitement le peu de substance blanche qui se trouve dans le cerveau , et le peu de place qu’elle occupe. La nature a disposé la quantité de substance en rapport avec la variété des impressions et la perfection des sens, caractère qui ne distingue pas spécialement les poissons. Leur fécondité, en général très grande , ne peut donc s’expliquer par le développement du cervelet , de même que l’on ne peut trouver dans celui du cerveau, qui affècte des dimensions à peine sensibles, les raisons de la voracité de beaucoup d’entre eux, par exemple du brochet, du marsouin , de l’anguille , etc. , etc.
Si l’on retrouve dans cette classe la même structure que dans les autres animaux, avec les seules différences que l’on signale dans la quantité, on voit aussi que la sensibilité , le mouvement , émanant des mêmes sources, occupent également le même siège.
Sur une carpe , j’ai mis à découvert la moelle épinière et les renllemens crâniens, el j’ai pu m’assurer
qu’en promenant des corps étrangers sur la face antérieure de la moelle on ne déterminait aucune manifestation de sensibilité , et qu’on ne provoquait aucune contraction dans les muscles. Mais l’irritation de la partie antérieure de la moelle alongée a excité chez cet animal des contractions involontaires dans les yeux et dans diverses parties du corps. Continuant mes recherches, j’ai promené un stylet sur toute la région postérieure de la moelle, et cette épreuve a été suivie de contractions dans les muscles, et de symptômes de douleur, puisque l’animal a voulu se soustraire à ces pénibles attouchemens. Le stylet, promené sur le cerveau et le cervelet, ne déterminait aucun changement dans la situation de l’animal, et n'a provoqué aucun signe de souffrance , aucune manifestation de sensibilité. Alors que la moelle épinière se continuait avec le cerveau, on excitait, en la piquant, des mouvemens volontaires, qui se révélaient dans l’animal par leur force et leur régularité : mais, dès que le cerveau et le cervelet furent enlevés, les piqûres que subissait la moelle épinière déterminaient des contractions dans les points correspondans au point piqué , et à l’origine des nerfs qui en partent; mais c’étaient là des contractions provoquées par l’instrument , et non par la réaction du cerveau, puisqu’il ne pouvait y avoir sentiment, sensation perçue. C’est ainsi que des mouvemens contractiles n’indiquent nullement qu’il y ait douleur ; c’est encore ainsi que peuvent s’expliquer les mouvemens de certains animaux qui n’ont pas de cerveau, par la seule présence de l'organe qui émet le fluide vivificateur,
et qui suffit au développement des contractions dans les muscles et au transport incertain du corps d’un lieu dans un autre. Il existerait donc entre le cerveau et le reste du système nerveux une sorte d’indépendance qui expliquerait la persistance de la vie si long-temps après l’enlèvement du cerveau. Si maintenant nous jetons un coup d’œil sur la surface du cerveau , nous voyons que dans les poissons , et même les oiseaux , on ne retrouve aucune circonvolution à l’extérieur du cerveau, et on est loin, comme nous l’avons déjà dit, de rencontrer ces saillies, ces éminences correspondantes aux circonvolutions , qui apparaissent chez les mammifères, présentant seuls , sur toute la surface de leur cerveau , des sinuosités et des circonvolutions. C’est leur existence constante qui a engagé certains physiologistes à les regarder comme possédant des facultés isolées et indépendantes les unes des autres, et c’est sur leur existence que des naturalistes ont voulu établir une classification des mammifères , d’après l’examen de leurs circonvolutions. Mais l’inconstance de leur hauteur, de leur nombre, de leur variété , met un obstacle à l’admission de semblables théories. C’est donc à tort qu’on leur a attribué un rôle remarquable dans le développement des facultés mentales , puisque le degré d’une faculté ne se trouve pas en rapport avec le degré de développement de la circonvolution à laquelle on a dévolu tel ou tel rôle. Ne sait-on pas en effet que, dans le mouton , le cochon , le bœuf, l’âne , il existe des circonvolutions plus nombreuses et plus considérables que
celles de beaucoup d’animaux voraces furieux et cruels, comme le renard, le loup et le tigre, et d’autres doués d’une intelligence rare, comme le chien et surtout le castor? Et cependant, entre les premiers et les seconds , quels sont ceux qui se distinguent le plus par leur astuce ou leur intelligence ? Le doute n’est pas possible. Le nombre des circonvolutions n’est donc pas en rapport avec celui des facultés , comme l’ont dit Gall et Spurzheim. Pour se convaincre de cette vérité , il suffit de lire , aux pages 562 , 563 et 564, le savant ouvrage de M. Serres, qui a dans les animaux étudié avec tant de talent les circonvolutions cérébrales.
Enfin dans les oiseaux , auxquels on ne peut refuser une intelligence assez variée , on ne trouve aucune trace de circonvolutions. Mais si celles-ci ne peuvent servir à déterminer l’étendue des facultés intellectuelles, on peut, jusqu’à un certain point, établir que ces facultés sont en rapport avec la quantité de substance blanche , en la proportionnant toutefois au volume de l’animal. On sait, en effet, que dans l’homme la quantité de substance blanche est , relativement à la grandeur du corps , tout à fait disproportionnée avec celle des animaux. Mais ce n’est pas tout , et l’arrangement des fibres qui constituent cette substance blanche est aussi plus parfait que dans les autres classes , et se fait remarquer par des dispositions que l’on ne retrouve dans aucun autre animal, qu’on examine soit les ventricules , soit le corps calleux , soit le centre ovale, soit les commissures , soit les piliers, les corps striés et les couches.
optiques. Nous croyons donc qu’on pourrait, en étudiant les proportions et les quantités diverses de substance grise et de substance blanche, arriver à cette appréciation approximative des variétés , de l’étendue et de l’élévation des facultés intellectuelles. Ici je m’arrête ; car ces idées , encore vierges de * controverse , ont besoin d’être soumises à de nouveaux examens, et, pour être admises, appellent des étndes plus approfondies et des recherches plus positives encore. Aussi je suis loin de les regarder comme définitivement arrêtées.
Après ces considérations qui étaient indispensables , je vais maintenant m’occuper de l’étude physiologique de ce système. J’aurai à examiner des questions graves et délicates, qui ne m’ont pas paru toujours insolubles.
J’étudierai successivement: 1° le fluide nerveux ; 2° la sensibilité et son siège ; 3 9 les parties nerveuses qui président au mouvement et à la sensibilité. Je me demanderai à cette occasion sile mouvement et la sensibilité ne sont pas dépendans l’un de l’autre, et s’ils ne sont pas tous deux sous l’influence des mêmes nerfs ; 4° La portion du système nerveux qui sert à conduire les impressions au cerveau , et la volonté aux membres; 5° la physiologie de chaque nerf en particulier; 6° les mouvemens volontaires et involontaires.