CHAPITRE VIII
Et d'abord , en nou» plaçant à ce point de vue que tout système de détention en commun , même avçc la condition impossible , barbare et mortelle du silence, ainsi que nous Tavons démontré, est essentiellement corrupteur et engendre les récidives, nous ne pouvons pas plus admettre \ffB colonies agricoles pour les détenus ou libérés , jeunes ou adultes , que de reconnaître la bonté du système de détention actuelle.
Ainsi ,ia communauté étant une néces^té des colonies , nous ne balançons pas à leur préféver la cellule, à présent que nous sommes sûrs de tavoir.
Que si. vous nous disiez : qu'aimez-vous le mieux dn système de la communauté dans les prisons, ou de la communauté dans les colonies agricoles ? Nous vous répondrions immédiatement : les colonies!
Les colonies ! parce que les détenus se trouve-
raient dans des conditions hygiéniques plus heureuses.
Les colonies ! parce qu'il vaut mieux préparer des bras pour l'agriculture qui en manque , que pour Findustrie qui en regorge . ^
Les colonies ! parce que les fermes produisent moins de débauchés , moins de criminels que les ateliers.
Nous ajouterions toutefois, que les colonies agricoles, sont si peu intimidantes et si pea préservatrices des évasions , qu'il sera peut-être toujours Sort difficile -de les faire servir , quant aux prisonniers, à autre chose qu'à de jeunes détenus, à moins que vous n'ayez une armée de gendarihes pour garder les colons.
Les Etats-Unis ^l'Angleterre et rÂllemagne tôt établi ^s colonies agricoles pour l'enfance. C'est celle de Hom, près deilamhi^urg, ipû a , ^iqudqûe sorte , §ervi de modèle à celle de Mettray » fondée par deux hommes dévouant noblement leur TÎe-à la régénération des détenus. Avec ces -&mes d- élite, et qui comprennent si bim le cosm humain , le Succès de la colonie était assuré ; avec d'autres , ies évadons euslent, fism doute, été fréquentes, les réformes mi^eales lentes , difficiles, impossihlei, peut-être , à cause de la communauté. Car les dinge^ qu'elle &it nallpe sont les mêmes psfMut ,
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eatre quatre murailles comme dans les champs» L'avenir seul nous dira si les libérés incorrigibles, en sortant des colonies, ne poursuivront pas de ferme en ferme les libérés honnêtes jusqu'à ce qu'ils succombent de nouveau avec eux , comme les libérés
corrompus des prisons poursuivent d'ateli^ en ater lier les libérés laborieux. Mais, croyezrle bien, nous ne désirerions rien tant que de nous tromper, quoiqu'il ne soit malheureusement que4ïop vrai que les mêmes causes produisent à peu près partout les mêmes isffets. Ceci est tellement une vérité banale, que si , à Tépoque où se fonda la colonie de Mettray , il eût été bien certain que le gouvernement adopterait le système de l'emprisonnement individuel , même, pour les enfants , peut-être n eût-on jamais songé à cette institution, admirable au point de vue de nos prisons actuelles. Ce fut avec ce sentiment d'i])certitude ou Ton était alors , que nous vîmes avec bonheur la fondation de la colonie , et y contribuâmes de notre obole.
Toutefois , nous serions désespérés qu'une opir nion aussi obscqre , aussi isolée que la nôtre , pût aujourd'hui jeter le moindre découragement dans l'âme des nobles fondateurs de JAettray , et lors même que l'expérience démontrerait un jour par des &its que les dangers de la conm^unauté existent partout, il leur resterait toujours , et la conscience
du bien qu'ils auraient voulu produire, et la reconnaissance du pays qui ne &it jamais défaut à ceux qui lui sacrifient, par pur amour de l'humamté, honneurs, plaisirs et richesses.
Le dernier rapport des honorables MM. Demetz et de Brétignères , sur la colonie de Mettray, du 90 mai dernier, répond de la manière la plus satisfoisante , la plus victorieuse à toutes les craintes que Ton pouvait avoir sur la posubilité de maintenir sans fossés , sans haies , sans muraiHes et par h seule force morale , par la seule persuasion et les bons traitements , les jeunes détenus qui seraient transférés dans les colonies agricoles. Il répond de la même manière , quant à la conduite de tous les détenus , à quelques légère» exceptions près et tout à fidt prévues. Jusque là tout est bien ; Técueil, s'il doit jamais exister, sera dans le placement et Ip maintien chez les fi»>miers. Ces jeunes libérés n'auront-ils pas alors quelque regret d'avoir quitté la colonie? ne scaront-ils pas tentés de revenir dans les vâles poury chercha l'appât d'un lucre plus grand? Ne seront-ils pas reconnus et traqués par leurs anciens co-détenus , qui deviendront la cause inévitable de nouvelles rechutes?
Ce ne sera que dans quatre ou cinq ans que cette expérience pourra être &ite , et encore , si l'on veut qu'elle ait quelque chance de. succès ,-il finit se
presser, comme, l'a fort bien dit M. Demctz , d'organiser une société de patronage pour Mettray, qui raitra et protégera partout les colons libérés. Sans cela, nous ne ci*aignons pas de dire qtie le but serait éir partie manqué, et qu'il deviendrait , d'ailleurs, toujours impossible de justifier la bonne ou la mauvaise conduite des anciens colons , après une Kb^tton de trois ou quatre aimées.
Une grave question se présente encore à propos de là fondation des colonies agricoles , c'est la question financière.
Lorsque le projet de Mettray fut publié , M; Demetz espérait et disait (p. 23 ): < qu'on avait trouvé que la dépense de premier établissement et d'entretien, pour une population de trois cents enfimts , s'élèverait à environ 160 francs par tâte d'enfimt; chififre de beaucoup inférieur -aux firais occasionnés par les jeunes détenus dans les prisons de Paris , si l'on fait entrer, comme nous , dans les charges générales imposées par ceux-ci, les dépenses en constructions de toute espèce. Il y a même lien d'espérer que dans un avenir peu éloigné , le produit du travail des enfants et les subventions administratives suffiront pour couvrir la totalité des fSrais annuels. »
Malheureusement ces prévisions ne se sont pas enotfre réalisées ; toutefois, nous ne devons et ne
voulons, quant à présent , rien conclure des chiffiies publiés jusqu'à ce jour par la colonie de Mettray « parce qu'ila Mu&ire, sans doute, de grands sacrifices pour créer et organiser à la fois une institution toute nouvelle en France , dont les frais seraient certainement énormes s'ils ne devaient être un jour compensés par le produit du travail : c'est ce qu'on ne peut évaluer avec une entière exactitiide et une profonde équité qu'en attendant rachèrei^ent de l'entreprise et en prenant, par exemple , la moyenne des recettes et des dépenses des cinq premières années , quand ellçs seront accomplies. Mais ^ , en définitive, les produits agricoles et ceux des ateliers ne viennent {^ diuiinuer considérablement les frais de premier établissement , il «era difficile de créer des colonies agricoles ea France. . Il est des colonies qui ont aussi coûté des sommes considérables en frais de premier établissement, mais qui sont heureusement arrivées , £q>rès de grands sacrifices , il est vrai , à couvrir la presque totalité de leurs dépenses par les bénéfices des colons. Nous voulons parler des colonies hollandaises dont le général Yan Den Bosch est le. directeur.
Ces colonies, qui ont des fem^les , des enfimts, des vieillards et des mendiants invalides en asses grand uon;d)re, ne coûtaient en moyenne, en 4.839, que 52 florins, desquels il &ut retrancher 27 florins
powlea produitsdes colonie; rcBtedmi&S&florini conuM dépose de chaque indÎTidu.
M. Yan dm Bosch espérait qu'en 1841 ks colona pmmaient ae suffire complèteiDeat (1}. »
Pourquoi, en France, n'en arriymon&*nous pas là? Noua devons l'espérer, car lea cdoniesagrîiéoleB de la Hollande ont été établies datia. un pays m, aride eteouT^ débrayeras. .
£ki du point de vue où nous nouauSonunespliM^.^ noua ne sommes ^pas padisans dea oolonies agrlcries pour les détenus ou les libérés, nouales adoptAS ée grand cosw pour toutes les autres classes dr'tedivtdus où le danger delà eomoHlbauté ne nous parait pas exister.
Dans tous lea cas , que nous nous trompioitii ou non surleadangersde la communauté, MM. Deméte et de Brétignères u'en auront pas moins rendu un isomense service au pays , en important en France kf'systtoie des colonies et en ai iaciËtant l'application, . \-
1® Aux mi&nts trouvés, oi^elins <m pauinres;
9» Aux indigents , aux {muvres et aux cnivriers sans travail.
Tout ce qui peéeëàe était écrit , lorsque M. le
(i) Voif le voyage erfHollaiide ii en Belgique, par M. kamon de la Sagra , député aux Gortès d'Esp^igOf,