‹ Études sur le système pénitentiaire et les sociétiés de patronageChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PtelTIUN01IIR8 DB JBUliJBS DÊTEMUS.

De tous les prisonniers, les moins coupables, ceux qui ont le plus d'avenir, ceux dont la régénération est la plus facile , ce sont incontestablement les j eunes détenus .

Presque tous , en vertu de l'article 66 du code pénal , lorsqu'ils ont moins de seize ans , sont acquittés pour avoir agi sans discernement , mais retenus dans des maisons de correction pour y être élevés : un très-petit nombre est condamné en vertu de l'article 67.

Il est dottc de toute nécessité de créer pour cette catégorie de détenus des pénitenciers spéciaux où l'éducation religieuse , morale , élémentaire et professionnelle domine tout le système.

Il s'agit bien RK)ins d'empêcher des évasions, c'est-à-dire de mettre grilles sur grilles , verrous sur verrous, pierres sur pierres , fossés contre fossés , que de préserv<n^ les délinquaiits de* la contegioni du

mal moral , et de les disposer par l'isolement , la réflexion, le travail et les bonnes maximes à rentrer meilleurs dans le monde qu'ils n'en sont sortis.

Nous ne devons jamais oublier que le plus gi'and génie, le plus grand écrivain du siècle dernier a dit, en parlant de lui et de son penchant au vol : « que ce sont presque toujours de bons sentiments mal dirigés qui font faire aux enfants le premier pas vers le mal (1). »

La première chose à faire , c'est donc de créer des pénitenciers d'après les plans si ingénieux , si complets de M. Harou-Romain, architecte de Caen, qui ont été publiés par lui et qui sont au Ministère de l'intérieur. Ces pénitenciers ne devraient jamais conteni»^ plus de trois cents enfants. C'est aussi l'avis de M. Bérenger (2).

Voici du reste ce que nous avons dit des plans de M. Harou- Romain dans le constitutionnel du 10 septembre dernier :

« L'intervalle des sessions est, comme on sait, mis à profit par les ministères pour Ja préparation des divers projets de loi qui , à la rentrée des chambres, doivent leur être soumis.

< La division des prisons, au ministère de i'inté-

(i) Confessions de J.-J. Rousseau.

(2) Des moyens propres k généraliser en France le système pénitentiaire , par M. Bérenger , de la Drôme.

rieur, s'est fait remarquer par son activité. Elle vient d'adresser, à tous les conseils généraux, une instruction et un programme pour la construction des maisons d'arrêt et de justice cellulaires dans les départements. Un atlas de plans y est joint. MM. Blouet , Harou- Romain et Hector Horeau, architectes, en sont les auteurs.

« Nous ne discuterons pas un à un les plans de ces messieurs, dont tout le monde connaît la science et la longue étude des prisons. Nous dirons seulement, sans rien diminuer du mérite que peuvent avoir les projets de MM. Blouet et Horeau, que ceux proposés par M. Harou-Romain nous semblent devoir obtenir la préférence.

« Rien n'est plus complet , plus beau , plus parfait que le travail de ce dernier, publié en 1840. Il embrasse depuis le chiffre le plus inférieur, celui de huit cellules , jusqu'à celui de treize cent soixante.

« M. Harou-Romain a résolu avec un rare bonheur tous les problèmes, jusqu'alors reconnus insolubles; il n'a rien emprunté à l'étranger , et la prison d'Edimbourg elle-même qui , par sa forme , se rapproche le plus de son plan général , n'était point encore connue en France, lorsque ses travaux étaient déjà terminés. Le mérite de l'invention lui reste dans tout son entier ; d'ailleurs il ne faut point oublier que la prison d'Edimbourg est faite pour le

système en commun , qu'on n'a jamais songé , en Angleterre, à l'approprier à l'emprisomiement individuel, et qu'avec cette prison l'exercice du culte, appliqué à l'isolement, restait impossible.

« Avec le système de M. Harou-Romaîn au contraire , le service divin prend un caractère de majesté plus imposant, plus magnifique, car chaque détenu, du fond de sa cellule où il s'agenouille, assiste à tous les offices religieux sans perdre ni une parole , ni un geste du prêtre dont l'autel et la chaire sont au milieu ou au sommet de l'édifice circulaire ou demi-circulaire.

« Un autre avantage immense, pour l'ordre et l'économie du personnel des maisons, résulte du plan de M. Harou-Romain , c'est l'adjonction à chaque cellule d'un préau à l'air libre où le détenu pourra se promener, sans qu'un gardien vienne le prendre pour le conduire dans le préau , qui, dans les autres systèmes , sert successivement à plusieurs détenus.

« A cet avantage s'en joint un autre plus précieux encore , c'est celui qui permet au concierge (dans le nouveau vocabulaire des prisons, concierge veut dire geôlier) de voir, d'un point central, tout ce qui se passe, non-«eulement dans les corridors , mais encore dans les cellules et préaux.

€ Dans le travail publié par M. Harou-Romain

— Tien 1840, le pénitencier cellulaire , dont il dmine tous les plans, devait avoir deux cellules, une pour le coucher, une pour le travail, plus un préau à l'air libre, et tout cela contigu.

« Enfin la forme demi-circulaire ou circulaire , est celle qui présente le plus d'économie , la surveillance la plus prompte et la plus facile, et qui exige le personnel le moins considéi'able.

< M. Blouet, dans plusieurs de ses plans, a adopté les idées de M. Harou-ttomain qui pourrait en tirer vanité, car l'approbation de M. Blouet est certainement le plus bel éloge qu'on puisse faire du système de M. Harou4lomain. »

Nous ne sommes pas de ces parcimonieux qui , pour un écu de moins à dépenser, gâtent les plus beaux projets, les plus beaux chefs-d'œuvre.

Nous croyons que tout l'argent qui sera dépensé en appropriations , sera de l'argent perdu . Il fout vendre les vieilles prisons, et en construire de neuves d'après un meilleur modèle que la Roquette surtout (1).

(i) La Roquette, qui a coûté des millions, est une prison modèle qui ne valut jamais grand chose pour le régime en oonsmaun et qui ne vaut absolument rien pour le régime de l'isolementé Son moindre défaut est d'être incommode, humide et d'un service pénible ; mais ce qui la rend affireuse , c'est qu'elle est funeste k la santé des enfans et accroît la mortalité. Nous savons que M. le Préfet ainsi que la commission

Avec (les appropriations, vous n'aurez point de système , vous n'aurez ni l'isolement, ni la communauté , vous aurez les inconvénients des deux systèmes sans avoir les avantages d'aucun.

Après le local et le plan , ce qui devi'a le plus préoccuper le gouvernement , c'est le choix du directeur, car de lui dépendra, en trè&-grande partie du moins, la moralisation des détenus (1).

Il faudra que ce soit un homme capable , moral, désintéressé, et ayant foi dans sa belle et sainte mission.

S'il lui manque une seule de ces qualités, ce n'est plus un directeur, c'est un geôlier! et M. le Ministre de l'intérieur, en supprimant , dans sa cir-

des prisons s'occupent avec un zèle fort louable des moyens de remédier à ces graves inconvénients, et on nous assure qu'il est fortement question d'adopter un excellent projet du directeur qui , en assainissant la maison, permettrait aussi de laisser sortir, chaque jour, tous les enfans de leurs cellules pour les faire promener une demi-heure dans de petits jardins. C'est là un acte d'humanité et de bonne administration qui fera honneur à l'auteur du projet et que nous louons avec empressement.

(i) Nous prévenons le lecteur que dans tout ce que nous dirons du personnel des prisons , à commencer par le directeur jusqu'au guichetier , il ne doit voir aucune allusion , aucune attaque contre tel ou tel fonctionnaire ou employé , nous ne voulons faire ici le portrait de personne. Nous faisons la guerre aux choses mauvaises , et voilà tout. Après cette déclaration , si quelqu'un persiste à se croire désigné dans telle ou telle critique , dans telle ou telle louange , tant pis ou tant mieux pour lui , cela ne nous regarde plus.

culaire du 30 octobre dernier, le mot geôlier, a indibutablemeiit entendu supprimer aussi la chose.

Tout homme dont le caractère serait empreint de rudesse ou de morgue , dont la douceur et la charité ne ressortiraient pas de tous ses actes , de toutes ses paroles , dont les plaisii*s du monde passeraient avant les charges de sa place , dont le scepticisme en tout remplacerait les divines croyances qui nous élèvent jusqu'à Dieu , dont la soif de l'or, étouffant tout sentiment de dignité , de noblesse, le pousserait à trafiquer de sa position , et à vendre ses faveurs , serait un homme tout-à-fait indigne de cette espèce de sacerdoce.

Loin de se faire craindre de tout le monde et de régner en despote , il devra commander le respect et l'amour à ses subordomiés, à ses prisonniers comme à ses propres enfants.

Il devra , dans un temps donné , visiter tous les détenus , et répéter ces visites aussi souvent qu'il le pourra ; il devra leur faire oublier que c'est lui qui les tient sous les verrous ; il devra être leur ami , leur protecteur ; il devra admetti*e alternativement à sa table ceux qui se comportent le mieux; il devra , en quelque sorte , vivre de la vie des détenus, ne jamais les quitter et s'attacher à ceux qui, souvent punis , paraissent les plus dangereux ; il devra se défier surtout des hypocrites et de tous

ceux qui , pour avoir des faveurs ou leur liberté , seraient capables de bassesses; — car il y aura souvent plus de ressources morales dans l'enfant qui vieillira au cachot de punition , que dans eehii qui figurera toujours au tableau d'honneur, si un tableau d'honneur pouvait jamais exister et être de quelque utilité dans le régime cellulaire.

Il doit , comme nous le disions , il y a quelques mois , dans le Constitutionnel , n Laisser loin der* rière lui , dans un oubli profond et éternel , la dictature trop souvent cruelle et immorale des anciens geôliers ; il doit , dans l'exercice de ses fonctions ; qu'il dépend de lui d'ennoblir et d'élever jusqu'à des œuvres pies , inspirer, avant tout , au détenu de la confiance , de l'affection , de la reconnaissance même. Sa présence dans la cellule doit être prise pour une apparition de l'Ange-Gardien , qui veille, qui protège toujours , qui punit rarement , qui pardonne souvent. Il doit peser tous ses actes dans la balance du magistrat le plus intègre ; ses paroles doivent être imprégnées de l'onction du saint pasteur ; il doit , sur son passage , étouffer le bruit sinistre de son porte-clef ; pour lui , les verrous et les gonds doivent être , pour ainsi dire , muets , la cellule un confessionnal , et sa main celle d'un ami toujours tendue au malheur. »

Pour cela, il faudra que la place de directeur de-

vienne une des plus recherchées , des plus honorées ; il faudra y appeler les capacités ; il faudra que le traitement des directeurs soit doublé ou que la place soit honorifique. Il n'y a pas de milieu entre ces deux partis , et lorsqu'il s'agit de régénérer l'humanité , c'^t le cas d'oublier la parcimonie.

Quoi qu'il en soit, les fonctions du directeur devant être absorbées par l'administration morale, il convient qu'un sous-directeur soit chargé de toute la partie matérielle , et que les détails soient contrôlés par un inspecteur.

Tout ce que nous disons ici du directeur et sousdirecteur, et ce que nous allons dire des autres fonctionnaires ou employés , à propos des pénitenciers d'enfants , devrait s'appliquer de même aux pénitenciers d'adultes.

Dans chaque pénitencier de jeunes détenus , il y aurait un quartier affecté à la correction paternelle.

U serait formellement interdit au directeur d'accorder à aucun des enfents de cette catégorie , des Êiveurs qui ne sauraient s'étendre à tous et qui pourraient établir, dans la prison même , une aristocratie ; car si l'égalité doit régner quelque part , c'^st évidemment sous les verrous.

Et d'ailleurs , qui sait si le public , si les employés des pénitenciers même ne verraient pas dans certains privilèges , sans doute fort désinté-

ressés , un trafic à prix d'or, indigne d'un fonctionnaire de l'état.

Si les directeurs et les gardiens-chefs ne doivent pas recevoir de cadeaux, sous peine de destitution, à plus forte raison ne devraient-ils pas devenir boutiquiers, restaurateurs, logeurs en garni (1), ou chefs d'institution .

Il nous a été raconté , sur quelques trafics et sur l'emploi affligeant et honteux de fortes sommes, qui étaient réservées à constituer les masses de réserve des détenus de certaines prisons du royaume , des choses que nous ne dirons pas, parce que nous ne nous portons ici les accusateurs de personne, et que nous ne nous consolerions jamais d'avoir causé le plus mince préjudice , même mérité , à qui que ce fut ; mais nous désirons qu'à

(i) « Ainsi, comme le remarquait déjà la circulaire ministérielle de 1816, les geôliers spéculent sur tout ce gui environne le prisonnier ; ils lui vendent l'air , le repos , lui font payer les soins qu'ils lui donnent et les facilités qu'ils lui procurent, sans avoir le droit de les accorder. Ils détruisent l'égalité la plus inflexible et la plus nécessaire , l'égalité légale du châtiment , et établissent une aristocratie parmi les détenus. Ils tiennent débit de vin, de viande, de fruits, quelquefois de liqueurs spiritueuses , et changent un lieu de punition en une hôtellerie. Enfin , comme ils sont intéressés à l'accroissement des consommations , il y a de la folie à attendre d'eux qu'ils préviennent ou répriment les excès. »

M. Léon Faucher.

l'avenir le pouvoir se montre plus sévère dans le choix des fonctionnaires et plus vigilant à les surveiller ; plus jaloux , en un mot , de sa propre dignité, car tout fonctionnaire, qui est supposé trafiquer de sa position , déverse nécessairement une pai*tie de sa honte sur le gouvernement qui , par faiblesse ou ignorance , laisse s'établir des abus que

réprouvent la délicatesse et l'honnêteté tant soit peu chatouilleuses.

Et la preuve que M. le ministre de l'intérieur n'entend pas tolérer ces monstruosités administratives , c'est qu'il dit , dans sa circulaire du 8 octobre dernier, à propos des maisons départementales, que : « la disposition de l'article 19 , qui défend an gardien-chef de recevoir les détenus dans son logement , doit s'entendre des détenus pour dettes comme des autres détenus. Le règlement n'a pas voulu supposer qu'il fut nécessaire de faire les mêmes défenses à un directeur ; il a gardé le silence à son égard. »

C'est là un avertissement nécessaire , et, comme on le voit, M. le ministre a une trop haute opinion des directeurs pour qu'il juge à propos de le leur adresser. Toutefois, beaucoup de personnes penseront, peut-être, que le procédé ministériel n'est qu'un procédé poli et de bonne compagnie , mais que l'avertissement n'en subsiste pas moins.

C'est un garde à vous général ! dont nous félki» tons sincèrement Tadministration. Et Icrsqu'œ» verra encore quelque acte blâmable dans les prisons, on pourra dire tout haut : gare à vous! car si le ministre le savait. . . .

L'homme qui , après le directeur, peut faire le plus de bien dans un pénitencier et régénérer les détenus , c'est l'aumônier. Un aumônier de prisonniers ne saurait avoir trop de patience , trop de bonté , trop de tolérance, trop de vertus; il devrait êti*e un vrai saint Vincent de Paule.

Nous vivons à une époque de réaction religieuse, et , quoiqu'on en dise , le scepticisme est moints grand de nos jours qu'il y a vingt ans.

Phis que personne , nous sommes heureux de constater ce progrès , et pour ne point le voir se ralentir, il serait peut-être à désirer que, sous l'empire de la liberté des cultes , la religion de chaque détenu fut soigneusement respectée ; qu'un rabbin, aussi bien qu'un prêtre catholique ou qu'un ministre protestant , Ait invité à se rendre une fois par semaine aux pénitenciers , pour faire participer ses co-religionnaires aux bienfaits inséparables de tout culte, quel qu'en soit le nom. Il s'empresserait, nous en sommes sûrs, de répondre à l'appel. Ceci est de ta pkis haute importance sous le point de vue moral ; car quelle foi , quel respect des plus saintos

pffatiques peut*il rester dans le cœur de l'enfant au^ quel on a répété chaque jour, à satiété, que tout ce qu'on lui avait appris de la religion de ses pères n'est que mensonge sur mensonge , que ce qu'il croyait, respectait, vmérait autrefois, il doit le nier, ledés^ouer, le mépri^r aujourd'hui? Dans quelle eœifusioii n'a^t-on pas dû jeter ses idées? A combien de tortures n'a-t-il pas fellu livrer sa jeune âme? Et tout cela pour aboutir, le plus souvent, non pas à une foi ardente , car le doute seul a pu remfJaeer lés premières croyances , mais à une horrible apostasie !

Quant à l'instruction élémentaire , elle doit être aussi l'objet de vives préoccupations. Là encore, il y a une chaire du haut de lacpielle doit tomber incessamment une morale saine et profonde , ornant à la fois l'esprit et le cœur de tout ce qui peut préserver un jour le jeune libéré d'une faute nouvelle , et l'aider à potorvoir honorablement à son exktence.

L'instituteur a , lui aussi , une espèce d'apostolat à remplir ; rdigieux ou laïque , il devra voir dans l'instruction élémentaire autre chose que les vingtcinq lettres de l'alj^abet , que les ehiilî*es de l'a* rithmétique. Il ne devra voir dans tout cela que des agents de moralisation , il ne devra surtout jamais l'oublier, et le prouver chaque semaine par un

-^secours de morale daiis le genre de celui si éloquemment et en même temps si naïvement professé à Mettray par Thonorable M. le vicomte de Brétîgnères. Toutefois, ce cours, si le directeur du pénitencier est à la hauteur de sa mission , devrait lui être réservé, parce que c'est dans ce cours qu'il pourrait exposer et résumer fréquemment son système de moralisation et le faire réussir.

Ce cours, s'il était bien fait, pourrait être sténographié et converti en journal du pénitencier qu'on donnerait en lecture aux détenus avec les meilleurs livres de morale , sans oublier les comptes-rendus des sociétés de patronage qui sont un enseignement perpétuel pour les prisonniers aspirant à leur liberté , et dans lesquels ils verraient l'avenir qui est réservé à ceux qui suivent avec docilité les avis salutaires et paternels du patron , et celui qui attend, au contraire , ceux qui s'y montrent rebelles. Les uns vivent heureux au milieu d'une famille, dans une modeste aisance que le travail et l'économie tendent à augmenter chaque jour ; les autres, privés de famille et d'amis , languissent et périssent par la débauche qu'enfantent la paresse et les mauvaises sociétés ; trop heureux encore quand la mort, les frappe dans un hospice , et non dans nos bagnes ou sur l'échafaud .

Avec des livres bien choisis et des cours du genre

-Bide ceux dont nous venons de parler , l'œuvre de moralisation sera prodigieusement activée.

Pour ce qui est de renseignement élémentaire , si difficile , pour ne pas dire impossible , dans le système de l'emprisonnement individuel , la méthode de M. Poutignac de Villars, greffier-instituteur de la maison des jeunes détenus delà Roquette, vient de lever, de la manière la plus simple et la plus heureuse, tous les obstacles. Des premiers, nous avons exprimé notre opinion sur cette méthode , sur ses résultats , et nous sommes heureux ' d'annoncer que toutes nos prévisions se sont réalisées. Déjà elle est adoptée avec grand succès à la colonie agricole de Mettray , aux Madelonnettes , à St-Lazare , et tout indique qu'elle le sera bientôt dans toutes les prisons du royaume. Voici d'ailleurs ce que disait de cette méthode l'honorable M. Bérenger (de la Drôme) dans un rapport qu'il en faisait à l'académie des sciences morales et politiques, le 4 septembre dernier :

« L'adoption du régime de l'isolement, si nécessaire pour la réforme de nos prisons, rencontrait un obstacle sérieux dans la difficulté de procurer l'enseignement élémentaire aux détenus qui y seraient sounûs.

« Ce régime exigeait, en effet, que les prisonniers renfermés, chacun séparément dans des cel-

Iules, fussent privés de toutes communicationis entre eux ; ces cellules devaient être , nécessairement , distribuées en plusieurs étages , et réparties dans un nombre infini de corridors ; il y avait nécessité aussi que chaque corridor Ait afTecté à une nature particulière d'industrie, sans égard pour les classifications que renseignement élémentaire pourrait faire désirer ; et cependant il fallait que cet enseignement Ait simultané , prompt , économique, et qu'un seul instituteur y suffit ; il fallait , enfin , obtenir de rapides progrès , tout en n'y consacrant que peu de temps , afin de ne pas trop prendre sur celui destiné à l'enseignement professionnel , devenu indispensable pour procurer au détenu , lorsque le moment de la libération arriverait, les moyens d'existence qui devaient le mettre à l'abri du besoin , et , par suite , l'empêcher de retomber dans le crime.

« Tel est le problème dont la solution était à trouver.

m M. Poutignac de Villars , greffier-instituteur du pénitencier des jeunes détenus du département de la Seine , l'a complètement résolu , par la méthode, aussi simple qu'ingénieuse , qu'il a soumise à votre appréciation, et dont vous nous avez chargés de vous rendre compte.

« Cette méthode , Messieurs, outre l'avantage de

s'appliquer admirablement à renseignement cellulaire, offre encore celui de s'approprier, avec le même succès, à l'enseignement en commun.

« M. de Villars divise ses élèves en cinq classes, et partage entr'eux cent deux tableaux-modèles, qu'ils sont tenus d'imiter et d'étudier.

€ Dix-huit tableaux sont affectés à la 1'^ classe; les huit premiers apprennent à former les lettres , à distinguer les voyelles des consonnes, à faire et à connaître les chiffres ; ils indiquent aussi la valeur des accents, points et virgules : les dix derniers se composent d'exercices sur les syllabes de deux lettres, ils indiquent les modifications que les accents font éprouver au son ou à la prononciation des voyelles sur lesquelles ils sont placés.

« Un égal nombre de tableaux (18) est consacré à la 2« classe ; ils présentent des monosyllabes de trois, quatre , cinq et même de six lettres , distribués dans l'ordre alphabétique. Chaque monosyllabe est suivi d'une phrase qui en donne la signification, mais il est dicté et épelé seul à l'élève. Les cinq derniers tableaux se composent de mots de deux syllabes , choisis parmi ceux dont la combinaison des lettres présente , pour leur assemblage et leur prononciation, le plus de difficultés.

« Le travail de la 3^ classe s'appuie sur vingtdeux tableaux, qui embrassent les conjugaisons des

verbes. Chaque personne de chaque temps , dans ces yingirdeux tableaux , est suivie d'un régime , ce qui donne une série de mots choisis de manière à Élire connaltre.aux élèves tous les sons entrés dans la formation des mots.

<( La 4^ classe a vingt-quatre tableaux à parcourir; ils sont composées de phrases rangées dans l'ordre alphabétique. Les élèves , parvenus à cette division, n'épèl^it plus, ils doivent savoir lire. On leur dicte une phrase qu'ils écrivent d'abord , et , conmie ils ont le modèle sous les yeux , ils la <kh pient jusqu'à ce qu'on leur en dicte une autre.

< Enfin , Messieurs, des vingt tableaux destinés à la 5^ et dernière classe , onze sont consacrés à exposer les principes de l'orthogi'aphe et de la grammaire ; les élèves puisent des préceptes de morale et de religion dans les neuf tableaux suivants. Ainsi les tableaux de cette classe ne sont pas seulement des modèles d'écriture- lecture que l'élève doit c<k pier, ils deviennent pour lui , soit dans la cellule , soit dans le régime commun , un sujet d'études plus sérieuses , dont le premier résultat est nécessairement de lui donner une intelligence plus complète des tableaux affectés aux quatre premières divisions.

€ Tel est , Messieurs , dans toute sa simplicité , le mécanisme de la méthode de M. de Yillars. Pour

vous l'exposer, nous n'avons eu qu'à reproduire , presque textuellement , l'explication claire et concise qu'il en a lui-même donnée.

m Ainsi , dans une suite de tableaux , l'auteur réunit les difficultés de notre langue et les écueils qu'il faut éviter. Il fait travailler, simultanément et sur des éléments différents , les cinq classes qui forment autant de degrés d'instruction : tout est passé en revue , les consonnances , les variétés de sens et d'objets , la prononciation et l'orthogi^aphe, les changements dans l'acception , etc. L'élève, en copiant les tableaux pendant plusieiffs leçons , les fixe dans sa mémoire ; il distingue les différences , il se fait enfin une idée exacte des règles et des défauts du langage et du style. Les classes vont natu^^ rellement du simple au composé ; la première recevant la leçon de quelques signes placés graphi-^ quement sous les yeux de l'enfant et complétée par la dictée de ces signes , et les autres classes recevant à leur tour les tableaux et les dictées appropriées à leur degré d'instruction.

€ Par cette méthode , les enfants apprennent à lire et à écrire en même temps. Depuis près de deux ans qu'elle est introduite dans le pénitencier de la Roquette , nous avons suivi son application avec un constant intérêt , et nous avons admiré ses bons

résultats. — L'élève, n'étant pas distrait, et son attention étant constamment soutenue par les dictées , fait de rapides progrès. Nous avons remarqué des enfants qui , après un mois d'étude seulement , formaient déjà les lettres. avec une perfection presque égale à celle des modèles ; dès la deuxième classe , on est surpris des progrès obtenus , et à la troisième classe les enfants savent déjàlire et écrire. — En moins d'une année les jeunes détenus de la Roquette lisent et écrivent parfaitement, tandis que deux années sont presque toujours nécessaires dans nos écoles publiques : il y a encore cette différence que la méthode de M. de Villars n'admet que cinq classes , et n'emploie que cent deux tableaux , lorsque les élèves de nos écoles élémentaires sont obligés de parcourir huit classes , et que le nombre des tableaux qu'ils sont tenus d'étudier s'élève à deux cent quatre-vingt-huit , ce qui doit finir par jeter de la confusion dans leurs esprits.

« Le problème est donc résolu , et désormais l'enseignement élémentaire pouvant être facilement domié aux prisonniers soumis au régime de l'isolement , la plus grave objection qui s'élevait contre ce régime se trouve détruite.

« Par les perfectionnements qu'elle a reçus , l'instruction élémentaire a contribué à éclairer les

classes de notre population , qui , précédemment privées de toute culture , l'étaient aussi , par cela même , de toute participation à la plupart des avantages sociaux.

« C'était surtout à la base de notre système constitutionnel, qui proclame l'égalité des droits et qui admet tous les citoyens, dans la mesure de leur capacité, à l'exercice des emplois publics, que la simplification des méthodes devait se rencontrer.

€ Pour parvenir à les répandre largement parmi le peuple (1), il y a eu des préventions à surmonter.

(i) n faut déposer d'abord dans le cœur de l'enfant des semences de morale et de piété, pour les retrouver un jour, et pour les développer dans le sein de Phonune que de fatales cir^* constances amènent sous la main de la justice ; l'éducation du peuple est le fondement nécessaire de tout bon régime des prisons. Les maisons de correction ne sont pas faites pour changer des monstres en hommes , mais pour rappeler à des hommes égarés les principes qu'on leur a enseignés et inculqués autrefois , et qu'eux mêmes ont suivis et pratiqués quelque temps dans les asiles oii s'est écoulée leur enfance , avant que la passion , la misère , le mauvais exemple et les hasards de la vie les eussent emportés hors des sentiers de la règle et de l'ordre : corriger, c'est d'abord exciter le remords et réveiller la conscience. Mais comment ranimer une voix qui ne s'est jamais fait entendre ? comment rappeler an langage à qui ne l'a jamais su et n'a pas même eu k le désapprendre ? Si démontrer suppose des principes dont on convient , corriger suppose aussi une règle reconnue , une notion quelconque d'obligation et de devoir, un sentiment effacé , mais non pas détruit , du bien et du mal , et quel-

des résistances à vaincre ; les hommes généreux qui se sont dévoués à cette noble tâche ont eu des luttes laborieuses à soutenir , mais enfin ils ont triomphé des difficultés , et , par la persévérance qu'ils ont mise à propager, dans tous les rangs , ce moyen puissant de moralisation , ils ont mérité la reconnaissance du pays. Désormais le nom de M. de Villars se placera honorablement à côtés des leurs. On lui devra tout à la fois d'avoir rendu possible en France l'établissement du système pénitentiaire, en levant l'obstacle qui paraissait s'y opposer le plus , et d'avoir préparé une plus grande extension de l'enseignement populaire , en appropriant le même procédé aux écoles dans lesquelles l'instruction est donnée en commun. — Nous croyons donc que sa méthode mérite l'approbation et les encouragements de l'Académie. >

Après l'instituteur vient le médecin qui doit également apporter sa part de moralisation , indépen-

ques bonnes habitudes antérieures , qu'il s'agit de faire revivre par un régime approprié, et de' faire triompher peu à peu d'autres habitudes survenues plus tard au préjudice des premières. J'approuve donc , et je bénis de tout mon cœur, les écoles de correction, mais je les considère comme à peu près condamnées à demeurer infructueuses , tant qu'elle» ne s'appuieront pas sur des écoles du peuple , universellement répandues , obligatoirement suivies , et dans lesquelles l'instruction ne sera qu'un des moyens de l'éducation. »

( M. Cousin. )

daiite de celle du bien-êlre physique, que sa science procurera aux détenus.

Lui , mieux que persoune , lui seul peut-être , après avoir gagné leur affection, pouri*a leur faire entrevoir, sous un autre point de vue que celui de la religion , qui est en dehors de ses attributions ; les dangers de certains vices ; il pourra leur faire un tableau si hideux de leurs mauvaises habitudes que la crainte de la mort , même avant la libéra-^ tion , les corrige immédiatement.

Il devra tenir avec le plus grand soin un registre où Tétat sanitaire de chaque détenu sera constaté à rentrée et à la sortie , et publier, à la fin de chaque année , un rapport sur ses travaux , en indiquant les causes du bien ou du mal qu'il aura constaté , et les moyens d'augmenter l'un et d'empêcher le retour de l'autre.

Les professions doivent aussi trouver place ici , car de leur choix dépend souvent l'avenir des libérés. Malheureusement, jusqu'à présent, on porte ti*op peu d'attention aux métiers que l'on introduit dans les prisons.

On dirait, bien qu'il n'en soit certes rien , qu'on ne se préoccupe que d'une chose : de la fortune des confectionnaires. Quant à l'état que devrait apprendre le détenu, on semble s'en inquiéter moins : qu'il soit lucratif ou ingrat , long ou court , qu'il

puisse s'exercer partout ou presque nulle part^ qu'il soit salutaire ou funeste à la santé et à la conservation des organes , on dirait que ce sont autant de puérilités, tellement les professions sont mal choisies.

Nous nous bornerons à vous parler d'un seul atelier , mais d*un atelier qui , dans la prison où il est établi et que nous ne nommerons pas, semblait être l'objet de prédilections avouées ou secrètes ; d'un atelier qui devait être une mine d'or pour les libérés et qui n'a été qu'une mine de misère et de calamités , d'autant plus grandes qu'elles sont à jamais irréparables pour quelques-uns d'entre eux.

— Pour ouvrir les pories de la prison à cette entreprise lucrative , vrai mine d'or pour le confectiomiaire et ses associés (1) , il n'y avait pas eu de paroles assez douces , assez séductrices ; de promesses assez brillantes , d'avenir assez assuré , de fortunes assez belles , qui n'eussent été dites, promises, garanties en faveur des libérés. Ils devaient tous , sans exception , être employés ou placés à leur libération par le confectionnaire ; ils devaient tous gagner de cinq à six francs par jour ; et quelques-uns , envoyés dans les départements voisins, devaient arriver jusqu'à mille écus d'appointé-

(i) Nous ne désignerons pas plus l'atelier que la prison, crainte de porter un préjudice quelconque aux intéressés.

menls , se faire intéresser et amasser rapidement une fortune; c'était la pierre philosophale pour eux, ni plus ni moins , donc c'était mensonge. Les faits l'ont prouvé.

Sur 18 libérés qui sont sortis de cet atelier, 9 ont été envoyés en province, où sont de grands ateliers de l'entrepreneur, et là, au lieu de la terre promise et de la mine d'or , ils ont trouvé , les malheureux ! un terre inhospitalière semée d'écueils et de douleurs de toute espèce ; une mine qui laissait nus et mourants de faim ses plus habiles , ses plus courageux travailleurs, en ne leur donnant pour tout salaire que ce qu'ils gagnaient sous les verrous. .Les cinq et six francs s'étaient métamorphosés en pièces de vingt, et trente sous qui devaient suffire à tous les besoins de la vie. A ces infortunés, mieux valait la prison que la liberté , cai% étant détenus , ils gagnaient à peu près cette somme , et ils étaient , de plus , logés , nourris, vêtus et blanchis. Ce ne serait rien encore, si cette horeible déception était la seule! Mais non, ces libérés sont condamnés à les éprouver toutes, et à égrener une à une leurs plus chères espérances. Chassés, sous un prétexte ou sous un autre, peutrétre en leur reprochant leur passé , après quelques jours d'un travail dangereux autant qu'ingrat et pénible, ils reviennent implorer la pitié publique, à quoi bon? impossible de les placer! par des raisons

- saque nous ne pouvons pas dire sans&ire connaître les confectionnaires. Il faut donc embrasser un autre étet. Oh ! c'est alors que se dresse devant le libéré ce hideux échafaudage à l'aide duquel on a gaspillé la temps de sa détention, qui devait être sacré et em-

ployé à l'étude d'un état, pouvant s'exercer partout; à l'aide duquel on a failli lui arracher ce qui est plps précieux que l'or, aussi cher que la liberté , ce que^ personne ne pouirait rendre, ce que Dieu a donné de plus doux, de plus agréable à l'homme : la vue enfin ! Pourquoi vous le cacherions-nous? dans cet atelier, quatre de ces libérés sont devenus borgnes!

Les juges, hélas ! n'avaient pas prévu cette

aggravation de peine! ils ne l'avaient pas prononcée ! et la conséquence de tout cela , quelle

est^lle? la récidive ! Déçus une première fois ,

les libérés ne veulent plus essayer d'un nouvel état; les uns manquent du courage nécessaire, les autres sont trop vieux ; que faire donc s'ils ne parviennent à trouver de l'ouvrage conrnie manœuvres, s'ils ne peuvent ou ne veulent s'engager dans l'armée de ten*e ou de mer ? La masse se dévore alors rapidement , les secours de la charité publique viennent ensuite , mais vous ensemencez déjà sur un terrain mal défriché, .et où ont eu le temps de germer toutes sortes d'herbes parasites. Le désœuvrement n'a pas tardé à engendrer les plus mauvaises pen*

sées, etqiiàDCl elles ne naîtraient pas seules ^ n'y a-t-il pas là au cœur de Paris , dans ses quartiers les plus poptdeux, des gouffres afireux et toujours béants, que Ton dit nécessaires à la police , ce que nous ne pouvons pas approfondir à présent , mais où se donnent rendez-vous les passions les plus honteuses , où les voleurs à chevrons initient les conscrits à toutes les débauches comme à tous les secrets de leur criminelle industrie , où s'élaborent tous les crimes, où Ton trafique de la fortune et de la vie des hommes avec le même calme , la même sécurité , que le négociant s'informe du prix du

coton, du café ou de Tindigo Oui, le crime

a aussi ses halles , ses marchés , ses temples , sa place de la bourse enfin, où Ton vend à la hausse ou à la baisse tel ou tel vol , tel ou tel assassinat comme on vend un sac de farine, un muids de trois-six ou

du 5 pour 0/0 ! Les Lacenaire ont leurs places

marquées dans ces temples comme prédicateurs , comme agents de change et comme négociants ! . . . . Et c'est à Paris, dans la ville la plus civilisée du monde que de pareilles choses existent ! Mieux vaudrait , en vérité , habiter le désert de la Sahara

Songez ensuite que la pente du mal est rapide et presque involontaire pour certaine classe de la société. Aussi, après une absence de travail de quelques jours, vient le goût de la paresse , de l'orgie ;

— Sipuis les anciennes connaissances ne tardent guère à entraîner au vagabondage : de là au vol , à l'assassinat , il n'y a souvent, pour faire pencher la balance, pour troubler la tête de ces malheureux , que le poids d'un morceau de pain, que le regard lascif d'une vile courtisane!

Nous prierons donc l'administration de faire en sorte qu'à l'avenir les libérés aient un état accompli en sortant de prison, ou du moins assez avancé pour qu'ils ne soient plus obligés de l'abandonner. C'est d'ailleurs si facile et ressemble si peu à une utopie, qu'on s'étonne vraiment de la difficulté de la réalisation. Il suffit, en effet, de soumettre les confectionnaires, comme l'a fait, avec tant de prudence et de sagesse, M. le préfet de police, à certaines conditions, à celles, notamment , de faire commencer et finir chaque pièce par le même ouvrier, au lieu de la laisser passer par dix mains différentes. Alors cesserait, si ces conditions étaient exécutées , l'exploitation des détenus comme machines à vapeur, comme bêtes de somme , car vous en avez qu'on attèle chaque jour comme des bœufs. Alors viendrait l'intelligence , alors s'accroîtrait la masse de science pour les libérés avec la masse d'argent pour l'Etat. Mais alors aussi diminueraient les bénéfices des confectionnaires , et c'est là la véritable pierre

d'achoppement (1). Ici se présente naturellement à notre esprit la question de savoir si FEtat ne devrait pas lui-même se charger des travaux des prisons, plutôt que de les donner à Tentreprise. Cela trancherait les difficultés de l'apprentissage et laisseraitv en outi*e, dans les caisses du trésor, tous les bénéfices qui sont réservés aux entrepreneurs. Nous croyons que l'Etat et les détenus n'auraient qu'à gagner à ce nouvel état de choses .

À mesure que nous avançons , nous sommes effîrayés de la quantité de réformes qui devraient être opérés dans chaque branche du service des prisons actuelles pour les convertir en pénitenciers, et plus d'une fois la plume nous est tombée des mains , en songeant à tout ce que nous passions sous silence. n est une foule de petits abus dont nous ne pouvons parler ici , et qui , vus de loin , ne sont rien , mais qui, de près; se couvrent d'aspérités, entravent presque toujours la marche des divers rouages, les fatiguent et finiraient tôt ou tard , à eux seuls , par les rompre tous , si d'autres et plus grands et plus vivaces n'étaient chargés de ce soin.

(i) Nous apprenons à l'instant que le magistrat éclairé et intègre qui a dans ses attributions la prison où se trouve le faneste atelier dont nous avons parlé , vient d'ordonner qu'il fût immédiatement fermé et supprimé. Cet acte, d'une haute justice et d'une grande humanité, ajoute à la reconnaissance que doi. vent déjà k ce fonctionnaire tous les détenus de ce département.

Après le directeur, raumônîer, l'instituteur et le médecin , principaux agents moralisateurs , viennent les gardiais et les contre-maîtres.

Ce qui existe aujourd'hui , quant aux surveillants et aux contre-maîtres, ne saurait être conservé en aucune manière ; et il faudrait n'avoir visité les prisons qu'en amateur, pour croire qu'il peut sortir de l'état actuel autre chose que de mauvais traitements et , qui pis est , de mauvais enseignements.

La réforme devant donc être radicale , il n'y a plus lieu que de se demander par qui on remplacera les gardiens et les contre-maîtres. Notre réponse est toute prête , nous l'avons déjà faite ailleurs : par un ordre religieux , car c'est bien par les hommes religieux que l'on peut le mieux espérer là régénération des détenus. Les rapports des surveillants et des contre-maîtres avec les prisonniers sont tellement intimes , de tous les instants , de toutes les minutes , que, quel que Ait le dévouement et le zèle des premiers fonctionnaires , ils seraient bien vite paralysés , si ceux qui doivent les imiter ne travaillaient, au contraire, qu'à détruire leur œuvre. C'est ce qui arrive aujourd'hui , et c'est peut-être aussi ce qui fait que tant de directeurs , pénétrés de leur impuissance morale , par suite de leur isolement , sommeillent et croient avoir dignement rempli leur

tâche, quand, au bout de la journée, pas un prisonnier ne manque à l'appel.

Si ce système des ordres religieux prévaut, comme c'est probable , il Êiudm que les travaux cessent d'être fournis par des entrepreneurs et qu'ils soient mis en régie. Nous ne voyons pas d'inconvénient à cela , nous n'y voyons même que des avantages, car l'état pourra faire servir les bénéfices qu'il retirer^ des travaux , comme tout entrepreneur , à l'amélioration du sort des libérés ; il poun'a adopter les métiers les plus avantageux pour eux , il pourra leur faire apprendre l'état complet , ce que ne font jamais ou presque jamais les entrepreneurs qui exercent les détenus à fabriquer très -rapidement une seule et même chose, une portion du tout , mais rarement le tout. De sorte que le libéré n'a pas plus de profession en sortant qu'en entrant dans la prison , et qu'ail se trouve aussi embarrassé de gagner sa vie qu'auparavant.

L'infirmerie serait desservie par les sœurs de Charité, les Dames Blanches et surtout parles sœurs de la Compassion de Saint -Denis. Ces ordres sont à peu près les seuls propres à servir les malades. Us apportent, dans l'accomplissement de leur pieux ministère , ces soins assidus , affectueux et que rien ne rebute; faisant une noble abnégation d'euxmême , et mettant l'amour de l'humanité avant les

petites vanités de l'amour-ppopre , avant même les jouissances de la prière. . ^

L'alimentation pour les jeunes détenus devra être plus substantielle , plus abondante que celle ded adultes, parce que les enfants de la classe , à laquelle appartiennent les jeunes détenus , ont un^ santé Êiible ou ruinée , qu'il faut , autant que possible , fortifier ou rétablir ; mais il ne faudra jamais que cette nourriture soit si abondante et si recherchée qu'elle puisse éveiller Tattention des classes pauvres, et leur faire regretter le noble et sublime courage qu'elles mettent à lutter contre là misère et à préserver leurs enfants de la prison, car^ les tenter , n'est-ce pas s'exposer à les voir succomber! et qu'y aurait-il au monde de plus immoral , de plus dangereux que la tentation qui viendrait d'une fausse philanthropie autorisée , ordonnée é& par l'Etat (1) ! Hâtons-nous de dire que , mainte^ nant,nous redoutons peu, pour Paris, le danger que nous avions eu l'occasion de signaler, il n'y a pas

(i) « L*état doit aux condamnés une nourriture suffisante des -vétemens sains et un logement salubre : rien de moki^y mais aussi rien de plus. Les prisons ne sont point des asilefi ou des hospices ; et quand on séquestre le crime , ce n'est pas assurément pour l'engraisser. Il y aurait une véritable imtno^= ralité k rendre la condition du détenu préférable ou même. égale à celle de Pouvrier libre. »

M. LioN Faucher.

long-temps, dans un numéro du Constitutionnel (1) , parce que M. Delessert, à qui Ton doit Theureuse

(i) Nous ne sommes pas de ceux qui, par une sensiblerie mal entendue , veulent faire de la détention un petit £den préférable à l'habitation d*hoimêtes artisans. Nous nous préoccupons beaucoup plus de l'intimidation et de la moralisation qui doivent empêcher les récidives j tout le reste n'est à nos jeux qu'une prime d'encovuragement au vice.

C'est par une fausse philanthropie qu'on en est venu à donner aux détenus du pénitencier une nourriture plus substantielle que celle qu'ils avaient avant leur arrestation , plus substantielle que celle qu'ils auront après, et c'est 1^ assurément un très-grand malheur suivant nous.

Voici l'alimentation de chaque semaine :

Tous le» iours. \ ^'"' "''■^** demie de pain bis-blanc, ' I 2 onces de pam blanc.

Quatre fois la ( ^^^ ^^^ grasse aux légumes le matin.

— >^«:^ î Un quarteron de viande de bœuf désossée

semame. i i ja

\ pour le dmer.

Trois fois la se- Le ««tin soupe maigre aux haricots , pain

• l ou nz avec quelques légumes verts , fri-

( cassée des mêmes substances pour dîner.

Quatre fois la semaine 'de la viande ! lorsqu'il n'y a peutêtre pas une seule famille d'artisan honnête , dans Paris , qui en mette aussi souvent sur sa table ! que n'y ajoute- t-on la demi-tasse et le petit verre !

Et comme si tout cela ne suffisait pas , on a établi , comme récompense , comme agent moralisateur, quoi ? un autre repas plus substantiel encore le dimanche. Cette fois c'est le rôti qui arrive au second service , flanqné , sans douts , de quelques hors-d'œuvres sucrés. Et c*est ainsi que vous prétendez moraliser en élevant un autel h. la gourmandise , en parlant moins au coefur qu'à l'estomaC ! Ne dirait-on pas qu'il n'y a chez l'homme que de bruts instincts , que son âme n'est accessible à aucune pensée noble et grande ! et n^est-ce pas dan^ l'isolement de la cellule que doivent ^infiltfer toutes les saines doctrines qui élèvent l'homme, qui le reconcilient avec Dieu, avec lui-même et avec la société qu'il a outragée ?

création du pénitencier de la Roquette , M. Delessert, toujours si empressé à rechercher lui-même toutes les améliorations , ou à adopter celles qui lui sont proposées et qui touchent à la fois à la moralité du détenu , du libéré et à celle de la classe pauvre, s'est hâté, après avoir pris sans doute Tavis de la commission des prisons , qui rend aussi chaque jour de nouveaux services, de supprimer deux jours de viande par semaine, sur quatre qui étaient accordés aux jeunes détenus.

Nous sommes donc pleinement rassurés pour l'avenir, tant à cause de cette utile réforme de M. le Préfet de police , que par les sages paroles adressées par M. le Ministre de l'intérieur aux Préfets dans sa circulaire du 7 décembre 1840 , et où

Que le détenu , dont on voudra récompenser la bonne conduite , reçoive le dimanche une visite de plus , celle d'une personne charitable , une visite , par exemple , de celui qui doit bientôt , k sa libération définitive ou provisoire , le prendre par la main comme son fils adoptif , le réhabiliter dans le monde, et devenir enfin son protecteur, son bienfaiteur, ou autrement dit son patron; qu'il soit admis à passer une portion de la journée chez l'aumônier, le directeur, l'instituteur, et k leur table, si vous voulez. Là, au moins, il y aura peut-être autre chose qu'un bon repas ; il y aura une espèce de réhabilitation morale, de bons exemples à recevoir, d'utiles maximes à méditer. Qu'il puisse se promener une heure de plus; flu'il soit admis dans les jardins et non dans les cours j qu'il ait un nouveau livre, des outils d'objets d'art, des crayons, des pinceaux, etc., etc., k la bonne heure ! mais desfziandisesj point !

l'ou rema:'que ce passage que nous avons eu l'occa^ sion de citer dans ta Presse du 23 mai dernier, à propos de la colonie agricole de Mettray :

« Il faut éviter que Je père de famille honnête , mais pauvre, qui élève ses enfants avec un soin religieux , et souvent au prix des plus grandes privations , puisse voir avec une sorte il'en\'ie le sort réservé à des enfants dont l'inconduite est presque toujours le ftoiit d'une mauvaise éducation. »

Après une nourriture saine , qu'il faudra rechercher principalement dans la bonté du pain , si mauvais aujourd'hui dans toutes les prisons, le meilleur moyen hygiénique pour les enfants, c'est la promenade de tous les jours ; mais ce moyeu ne sera jamais possible dans les maisons que l'on voudra approprier au système de l'emprisonnement individuel, à moins de dépenser autant i qu'eu construisant de nouvelles maisons, et en multipliant les préaux et les employés. A la Roquette , les enfants ne sortent que tous les deux ou trois ] joui'S , et le temps qui leur est accordé est trop- ' court pour produire tout le bien que l'on désire;» I cependant il n'est guère possible de faire mieux ( i avec les localités et le personnel restreint, tanti qu'où n'adoptera pas les projets d'amélior^tiooBiT proposés par le directeur, et dont nous avons déjà-* parlé dans une note. Avec les plans de M. HaroU'

Romain , qui spnt exécutéi^ en relief au ministre de l'intérieur, les détenus , sans sortir, sans être accompagnés , et par conséquent sans augofiaita* tion de personnel , pourront tous les jours se promener plusiemrs fois dans le préau contigu à leur celliile ; de telle sorte qu'on n'aura jamais rien à re^* douter pour la santé des prisonniers, et surtout pour celle des enfants qui , de tous les détenus, sont ceux qui ont le plus besoin d'air et d'exei*ciee pour développer leurs forces et leur intelligence.

Le système des punitions et des récompenses est une chose de la plus haute importance dans tout pénitencier, mais principalement dans un péniten* cier d'enfants. Il demande, de la part de ceux qui sont tenus de l'appliquer, une profonde sagesse^ une grande justice et une parfaite connaissance dîi cœur humain. Rien, en effet, rie nous semble diifiaite comme de puQÎr^ou 4e récompenser, si ce n'est dp^ savoir pardonner à propos-. t- . i rr

Les mauvais tmitenientfiit qui dégradent l'homHié et ne le corrigent pas, ont été supprimés avec assesf de peine , et sept aujourd'hui assez unanimetneat reiHrouvés pour espérer que ceux-là même qui s'^ étaient Eût les a^lôgistes, se tiendront j^our suffi» sammenl honteux et battus , et ne tenteront pas âp faire revivre ces ignobles supplices de h ferorfe; de la verge ou da fquet. . / j ^^ •* .

La réprimaiMle digpe et séyèm , jLe pain sec,

dutrayail, du préau ^ La J des livres^

suppression ] des visites des par^ts, de l'aimiô-

nier, du patron , de l'instituteur en chef ,

Et la mise en cellule noire , doivent suffire pour corriger les plus mutins.

>. Quant aux récompenses, il &ut se garder de eelies qui ne parlent qu'aux sais, il faut se garder de celles qu'on appelle vivresd'honneur^ car, nous Favons déjà dit^ c'esl;. tout bonnement un autel que vous élevez à la gourmandise , eh prétendant moraliser : leeœur n'a pas encore, grâce à Dieu, d'écho à r^gastre.') ■ »

D lie noiis.reste plusv pour acheva nos observa* ti€Mis sur les pénitenciers d'enÊmts, qu'à dire quelques mots.des sociétés de patronage sans lesquelles l'œuvre de la réforme des prisonniers ne serait pas seulement une oeuvre incomplète , mais une œuvre impossible. ■ '

Les sociétés de patronage sont au système pénitentiaire, quel qu'il s6it, d'Àubum, de Philadel- {Aie ou de France , une nécessité indii^p^sable , c'est le faite de l'édifice de la réforme.

Restent les moyens dont ce patronage doit s'exercer avant la sortie des détenus. Nous parlerons plus tard de la manière dont il s'exercera après la liberté provisoire ou définitive des enfants , puisque les sociétés de patronage de France n'ont point encore, malheureusement, patroné les adultes. Gela viendra, et très-prochainement, n'en doutons pas, l'exemple est donné , les résultats ne sont plus douteux , le gouvernement ne peut , dès-lors, plus rester inactif sans encourir de graves reproches , sans assumer sur lui la plus terrible des responsabilités : celle de l'accroissement des récidives. Avec la nouvelle loi sur le système pénitentiaire, il est donc fort probable qu'une proposition sera faite aux chambres pour rendre le patronage obligatoire. Nous reprOTr drons ce grave sujet à la fin de notre travail. VoyonB^ maintenant ce que font les sociétés de patronage dans les pénitenciers avant lalibération des enfants.

Trois mois avant k liberté définitive , un patron est désigné à chaque jeune détenu ; ce patron est chargé de le visiter inmiédiatement, de l'interroger sur ce qu'il a lait avant son entrée , sur ce qu'il veut faire après sa sortie ; il tâche de découvrir s'il est siiicère dans ses réponses , si la détention a opéré une réforme ; il compare ses déclarations avec les notes qui lui sont données par le pénitencier sur toute sa conduite durant la détention, et à celles que lui four-

nil l'agence généiale au moyen d'un dépouillement complet du dossier du greffe du tribunal ou de la cour royale ; il les compare enfin avec les ayeux des parents , des voisins, des amis, des instituteurs, des chefe d'ateliers qu'il a préalablement visités , et des autorités judiciaires et administratives auprès desquelles U a, au besoin, conti'olé les faits.Ce premier interrogatoire conduit presque toujours le pati'on à bien ou mal juger de l'avenir du jeune détenu ; ce qui, surtout, achève de confirmer sou opinion, c'est le i-efiis ou l'acceptation du patronage. Dans tous les cas, qu'il accepte ou qu'il refuse , il va signer avec le patron sur un registre déposé à cet effet au greffe du pénitencier par la société de patronage.

A la première réunion , le pati'on fait son rapport d'enquête. S'il y a refus de patronage, de nouvelles démarches sont souvent tentées, soit auprès des parents soit auprès des enfants , pour les éclairer sur leurs intérêts et lâcher de les faire changer de résolution , et l'on réussit presque toujours quand la masse est faible. S'il y a acceptation , l'agent général en donne avis à l'agent de placement , qui va voii- le détenu et s'entend avec lui et le patron sur la place qu'il convient de chercher. Cette place doit toujours être prête au moment de la sortie du libéré.

Pendant les trois dcrnieis mois de Iji détention.

le patron devrait visiter une fois tous les quinze jours au moins, son patroné, car s'ils ne se voient que le jour de l'enquête et le jour de la sortie , ils ne se connaissent pas , aucun lien de sympathie ^ d'intimité ne les lie , ils resteront étrangers. Si , au contraire, ils se sont vus, ils ne s'oublieront plus. Un détenu garde constamment le souvenir de celui qui est venu lui apporter des consolations dans sa prison. De son côté , un patron s'attache bien plus fortement à l'enfant qu'il a conseillé , dirigé , protégé sous les verrous, que pour celui qu'il trouve et voit presque pour la première fois dans la rue ou dans son atelier, commme cela arrive quand il y af mutation de patronage.

Le jour de la sortie , le patron se rend avec la famille au pénitencier. C'est un jour de fête pour tout le monde.

Si la femille estpauyre (elle l'est presque toujours) , l'enfant est conduit au vestiaire de la société qui a été établi au pénitencier, avec l'autorisation de M. Delessert, préfet de police^ dont la bienveillance pour le patronage ne s'est jamais démentie un seul instant.

De là, on conduit le jeune libéré, 'soit dans sa fanûlle, soit dans son atelier. Un ou deux jours de repos sont quelquefois accordés. Le passage de la prison à la liberté doit être marqué, dans les souve-

oirs de l'eafauce, par une de ces joies ardentes^, mais courtes et qu'il désirera , sans doute , ne pluil goûter de sa vie. Ces premia^ besoins de liberté satis&its, r^fant doit rentrer dans son atelier pour ne le quitter que le dimanche où il va voir son patron 0t sa famUle , quand cellerd n'est pas dangereuse. Le patron doit bi^ se garder de laisser l'enfant inoccupé > parce que le goût de la paresse se gagne plus facilanent que celui du travail, on le dirait inné chez l'homme. Nous travaillons tous par force , par nécessité , par ambition , rarement par amour, et quand cela «irive, c'est 7oti;owr* après avoir travaillé long4emps dans sa vie , et toujours^, c'est pour un genre d'occupation qui n'est pas celui auquel l'homme est condamné par état.

Il y a quelques cas où il serait peut-être à désirer qtiè f enfant n'eût {)ds ifnêmè un jour de repos en sortant du pénitencier, ëar ce jour est devenu fatal à plus d'un d'entre eux; il à suffi pour leur faire retàK)uver de mauvais camarades, d'anciens co-détemis qui les ont entraînés avec eux dans un nouvel abîme. D'ailleurs rieh n'empêcherait de permettre à l'enfent de se livrer tout à son aise au bonheur d'une demi-liberté ; le travail ne serait pas forcé dans ces ]f)remiers jours, Tenfant resteiWt dans soiiàtelierV ihâis il pourrait causer avec sa nouvelle famille, presque toujours meilleure que la première; il

|)uuiTuil quitter et reprendre à volonté la lime ou le marteau , regarder, de la porte seulemcut, les passants, jouer avec les en&nts de la maison, eans frsDchir jamais le seîiil ; le iranchir, c'est souvent pour ne plus le revoir.

Certes, cette rigueur ne serait pas nécessaire si la famille était ti'cs-morale et promettait de sun'eiller son enfant.

Mais, cette garantie manquant le plus souvent , il est prudent d'envoyer iminédiatemenl le jeime libéré dans son atelier. Les premiei-s jours , les premiers mois de liberté sont en général les plus dangereux à cause des renconti-es qui ont lieu entre les apprentis qui vont iiiire des courses pour leurs maîtres. Toutefois, ces dangers cesseront du jour oij les enfants , dès leur prévention, seront mis en cellule ; ne s'ctant jamais vus en prison, ils ne pour^ ront se reconnaître en liberté.

Nous venons de voir comment se passent les visites , trois mois à l'avance , entre le patron et la libéré définitif.

Lorsqu'il s'agit d'un libéré provisoù'e , c'est tout à Ëiîtla même chose, excepté que l'enquête est feite plus ou moins de trois mois avant la mise en liberté provisob'e , et que le commlssaû'e enquêteur n'est pas forcément le patron de l'enfant, comme dans le premier cas. ^^^ ...i,.,,

D'un autre côté , la société n'étant pas toujours sûre que l'administration aecoBdera cette liberté, ou à elle , ou à la famille qui la sollicite , elle nepeut désigner le patron qu'au moment où la liberté est certaine , qu'au moment où l'autorité lui en donne avis.

De là^ impossibilité au patron de voir fréquemment son pupille. La connaissance entreeux ne se fait ordinairement que le jour de la soitie, et cela est on ne peut plus fâcheux. Il n'en serait pas ainsi si l'administration laissait moins languir ces sortes de demandes , qui sont toutes urgentes , car elles reposent ordinairement, ou sur la santé de l'enfent, ou sur une très-longue détention , ou sur une détention suffisante^ eu égard au système adopté à la Roquette ou enfin sur une très-bonne conduite.

Chaque demande de cette nature devrait être répondue affirmativement ou n^tivement, par l'autorité, dans le mois qui suit le jour de l'envoi de la demande par la société. Alors, bien avant cette époque et pendant qu'elle s'occuperait de l'expédition des pièces de l'enquête , la société nommerait un patron qui pourrait voir au moins huit ou dix fois son patroné avant sa mise en liberté provisoire. L'enfant saurait l'initiative de la société ou l'appui qu'elle aurait prêté à la famille par son rapport fitvorable. Il s'en suivrait nécessairement que l'enfant

(levant à son pnti-on tout ce i|u'il ambitionne le plus, la liberté, aurait déjà poin- lui de la reconuaissance et se sentii-aitpar conséquent plus disposé à se laisser diriger par le bienfaiteur que lui a envoyé la chai'ité chrétienne.

Déjà M. Bérenger, président de l'œuvre, a en l'occasion d'appeler l'attention de l'administration sur les relards qu'éprouvent les demandes de liberté provisoire. Dans le compte-rendu des travaux de ta société en 1841 , il disait : « Nom avons eu à déplorer les lenteui'S que les déciâonB SU!" les demandes de liberté éprouvent ti'op sonvenl; il est rai'e qu'elles nous paiTiemient plus tât qm deux ou trois mois après l'envoi de nos avis. Ce retard esC fôcbeux ; il tient en suspens les patronB àésignés , qui , dans l'incertitude , ne peuvent pas ac-i cepter d'autre tutelle , et il prolonge d'une manière fâcheuse l'étal de ciise dans lequel l'espoir de ta liberté jette toujours les détenus. Il esta regretter aussi que lorsque les demandes sont rcjetée^ , nous n'en soyons pas instruits aussitôt ; nous pourrions disposer, pourd'autres enfants, des tuteurs officieux que nous avons nommés , et prévenir les familles qui, s'attendant toujours à voir leurs demandes accordées, accablent l'agence de lettres et de

Espérons donc (pie bientôt cette imporlanle amé-

lioration sera adoptée. Elle est justifiée par toutes sortes d'excellents motifs. Nous dirons plus, eUe est impérieusement commandée par les plus hautei9 considérations humanitaires , car l'en&nt dont on sollicite la liberté et qui ne la voit point arriver après un , deux , trois, quatre, cinq ^ six , sept , huit ou dix mois , s'afflige , souffre et meurt ! Il meurt ^ bien entendu, parce qu'après avoir trop compté ràr sa liberté, la détention est devenue dure, lourde, longue , étemelle et mortelle enfin ! Pour lui , la perte de l'espérance, le lendemain de la requête, eût été moins horrible. Il se serait fait une vie de prison comme il se faisait une nouvelle vie à l'idée d'une grâce, ou d'une liberté provisoire. Son courage n'a pu aller jusqu'au bout, les lenteurs administratives l'ont tué sans pitié , sans pitié pour son jeune âge , sans pitié pour une faute légère , à laquelle il fut poussé quelquefois par ses parents ou la misère; pour une faute dont il ne connaissait pas toute la portée ; pour une Êiute dont la loi le déclarait excusable et ne le détenait que pour l'élever en l'absence de parents le réclamant, ou de parents d'une moralité suffisante; et au lieu d^une éducation y c'est la mort que Vous lui avez donnée ! La mort , par une lentein* adminis* trative inconcevable , ou une sévérité qui se comprendrait à peine arçec un adulte y mais qui resseU»* blerait à de la cruauté envers tout ^ifant qui aurait

fait deux ou trois aimées de cellule , pour avoir découché ou volé un morceau de pain d'épices, quelques pruneaux ou une grappe de raisins secs à Tétalage d'un épicier, qui , sous prétexte de faire une partie à âne et de cueillir du lilas , ne s'est peut-être jamais guère gêné pour aller le dimanche, lui et toute sa famille, s'assurer si les cerises de Montmorency, les framboises, les groseilles et les fraises de Romainville étaient mûres.

Ces longues détentions sont si effrayantes à l'égard des enfants , surtout avec l'emprisonnement individuel, sans préau contigu à la cellule, que nous n'avions pu résister au besoin d'appeler , par un article de journal , l'attention de l'autorité sur ce point , afin que la société , ayant son entrée dans les cellules , put prendre l'initiative des demandes de liberté à l'égard de tous les enfants qu'on oublierait trop long-temps au pénitencier, ou de ceux qui, n'ayant point de parents pour solliciter leur liberté provisoire ou leur grâce, seraient condamnés à y rester jusqu'à l'expû^ation de leur peine , qui se prolonge souvent de dix à dix-huit ou vingt ans : Punition — un peu longue pour avoir, le plus souvent , Ëdt l'école buissonnière.

Notre article avait un autre objet, il embrassait plusieurs ordres d'idées ; il demandait , par humanité pour les enfants , l'entrée de délégués de

ia société , mais il demandait aussi l'entrée des patrons pour préparer et assurer la régénération des jeunes détenus.

Le 13 juin dernier, nous disions donc (1) «que ces sociétés (les sociétés de patronage) devraient avok* leur entrée dans les cellules de chaque détenu ; ce n'est pas à dire pour cela qu'elles envahiraient les prisons. Mais le droit d'entrée, à toute heure , devrait être assuré aux membres du conseil , à la commission d'enquête et à tous les patrons désignés à chaque détenu, trois mois avant la sortie. Refuser cette entrée, ce serait dire que les sociétés , représentées par leurs membres les plus éminents, sont dangereuses dans leurs rapports avec le détenu , quoique fort utiles dans leurs rap^ ports avec le libéré ; ce sei'ait les mettre , sous le point de vue moral , bien au-dessous des guichetiers qui entrent , quand ils le veulent , dans les cellules et dont tout le monde connaît aujourd'hui et la capacité, et le langage, et les procédés, etla moralité;

ce serait enfin les empêcher d'étudier le caractère de ceux qu'elles doivent un jour diriger dans le

sentier de la vertu ; ce serait rompre tout lien

d'intimité, d'alnour, d'affection, de reconnaissançje

entre le patroiv et le patroné ; ce serait laisser

(i.) Supplément du Gonstitationudi.

(-roiie qu'il se passe dans les cellules des choses que l'on ne doit pas voir ou entendre ; ce serait, en un mot, être monstrueusement ridicule, ombrageux, anti-humanitaire, anti-social, sans motif et sans but. > Et le 25 du même mois, M. le ministre de l'intérieur, répondant à une demande de prix de journée qui lui avait été adressée par M. le président de la société au sujet des enfants mis en liberté provisoire, M. le miuisti'e, disons-nous, avait rais le paragraphe suivant dans sa lettre : « La réunion des renseignements que la société de patronage devra se procurer pour pouvoir motiver ses demandes et les faire en parfaite cotmaissance de cause, exigera , Monsieur, qu'elle délègue à plusieurs de ses membres la mission d'étudier , dans la prison même, le caractère et les habitudes des jeunes détenus. M. le préfet de police donnera des ordres pour que les délégués de la Société puissent remplir leur mission sans obstacle et d'mie manière sé-

Dans le mois de juillet suivant, nous félicitions, parle même journal, M. le Ministre de l'intérieur de la sage mesure qu'il venait de prendre. Depuis, les travaux importants auxquels se sont livrés MM. les délégués (1) ont pleinement justifié l'utilité

(i) Ces délégués sont MM. Jacquinot- Godard , conseiller ï U Cour de cassation, vice-président de l'ceuvrcj Arondeau,

de la décision qui leur a donné Feutrée dans les cellules , et , dès à présent , nous ne craignons pas de prédire les plus heureux résultats matériels et moraux , soit au dedans du pénitencier, soit au dehors.

La même mesure qui serait prise à l'égard des patrons , pour leur permettre de voir leurs patro' nés trois ou six mois ayant la mise en libertédéfinitive , pour ceux dont on n'a pas demandé la liberté provisoire et pour ceux-ci du jour où Tenquéte serait terminée , porterait les mêmes fruits.

Au surplus , ce que nous demandons à l'autorité, ce n'est qu'une légère addition à la faveur qui est accordée déjà , c'est-à-dire de permettre que le patron puisse voir son patroné dans la cellule même et non au parloir ou dans une salle 'particulière^ comme cela se pratique aujourd'hui. Le dérangement s^^t moins grand pour les employés , et l'enfant ne quitterait pas son travail ; il pourrait le continuer, tout en causant avec son patron , qui aurait l'avantage de le surprendre au moment où

chef de bureau au ministère de la justice ; Danjan , juge au tribunal civil de la Seine \ Lécriyain , chef de bureau au ministère de la justice; Paris, médecin des jeunes détenus, et Perrot-de-Ghèzelles, conseiller à la Cour royale, membres du conseil de l'association. Ces choix de M. le Président ne pouvaient être meilleurs , ils expliquent les services éminents rendus déjèi par MM. les délégués.

— ne —

il s'en douterait le moins , tantôt aux heures du repos , tantôt à celles du travail , tantôt à celles du repas.

Le nombre des patrons qui iraient chaque jour au pénitencier visiter leurs pupilles , ne serait certainement pas de plus de un à trois , et , nous le répétons, il y aurait beaucoup moins de temps perdu pour tout le monde , pour le patron , pour l'employé , pour le détenu , et ces visites n'entra* veraient en rien le service de la maison. Et puis enfin tous ces enfants ne sont-ils pas là pour être moralises et élevés ? Toute la question est donc de savoir si le patron est bon à quelque chose pour arriver à ce but. Si la question est résolue par l'affirmative , conune cela n'est pas douteux , tous les obstacles cessent.

Une autre question doit être faite aussi : le pa^ tron doit-il connaître assez long^temps à l'avanee son patroné , ou doit-il ne faire sa connaissance que le jour de Tenquête , et puis la renouveler seulement le jour de la sortie. La réponse à cette seconde question n'est pas plus douteuse que la première.

Le patron pourra donc bientôt , nous l'espérons du moins , s'intéresser d*ùne manière plus finetueuse à son pupille, le consdUer, le diriger déjà avant sa sortie , lui empêcher de refiiser uh appui sans lequel il ne tarder^t pas à Siuccombev, le con^i

Page 1