‹ Études sur le système pénitentiaire et les sociétiés de patronageChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OaAâimATIOll D'un PATmOHAOB OÉHÉRAL DM UftBÉiy jaUlT]

OU ADULTaB DIB IMRIX

§ V'. PtotroMife général.

Les sociétés de patronage ne remontent pas en France au-delà de 1823. C'est la ville de Strasbourg qui, la première, a donné ce noble et philanthropique exemple ; puis, en 1833, Paris fonda la sienne , et , par le retentissement qu'elle eut, par les brillants résultats qu'elle obtint dès son début, et qui n'ont fait que s'accrottre de plus en plus jusqu'à dépasser toutes les espérances ; elle donna naissance à une foule d'autres sociétés du même genre à Lyon, Bordeaux, Marseille, Rouen,

Besançon, Âlençon, Valence, Saumur, etc.

Toutes ces sociétés rivalisent de zèle et d'efiforts

pour régénérer les jeunes libérés.

Toutes opèrent ce que l'on eût appelé autrefois

des miracles, et les hommes haut placés qui les

ont fondées ont acquis indubitablement des droits

à la reconnaissance de leurs concitoyens. Sur leur drapeau pacifique , social et humanitaire, on pourrait écrire : Ils ont bien mérité de la patrie.

Mais le bien produit par toutes ces sociétés n'est qu'un atome à c6té de celui qu'elles pourraient réaliser. Qu'il nous soit permis de citer ici ce que nous avons déjà dit ailleurs :

« Nous pensons que quelle que soit la réforme du système pénitentiaire, llfaut^ delà part du gouvernement, une organisation dans toute la France de sociétés de patronage, s'appli quant à tous les libérés.

« Toutefois, nous ne croyons pas, il faut bien que nous le disions aussi , à un amendement possibJi^ du condamné en deh(»*s de l'isdement absolu^ les détenus politiques exceptés ; isolement abs(^ qui n'exisl^ait cependant réellement que de coqr damné à condamné. (1) r^

(i) Noos trouvous une petite note dans le manuel de la no^^r thode de M. Poutignac de Villars, qui vient de paraître en janvier 1843, et nous nous empressons de la reproduire , son opinion ne faisant que fortifier la n6ti*e sur la nécessité de l'adoption du système cellulaire , même pour les enfants.

€ Je le dis avec une conviction profonde , les prisons en France ne seront que des foyers de corruption qui, sans éésse alimentés, rejetteront sans cesse d'impurs éléments dans la société , tant que le système cellulaire de jour et de Huit ne sera pas adopté ; non pas toutefois le système de Pennsylvanie tNtc

» La cellule est le premier anneau de la réforme, la société de patronage est le dernier.

» L'une et l'autre sont intimement unies j leur séparation, c'est la mort morale du libéré, c'est la récidive rendue infaillible, nécessaire à la vie matérielle , jusqu'à ce que l'œuvre du bourreau viennent y mettre un terme.

I) Ce que nous demandons existe d'ailleurs, en partie du moins , mais peut-être avec une organisation moins forte que celle que nous désirerions , à Bado. dans le Wurtemberg , en Belgique, en Suisse.

« Lesbienl'aits qui résulteraient de l'alliance du régime cellulaire avec un vaste réseau de patronage sont tellement incalculables, qu'il se pourrait qu'en moins de deux ou trois ans, le chiffre des récidives fût descendu de nmitié dans toute la France.

toutei 9«s rigueurs, mais nioJIEé , mais i et que M, Gabriel Delcuert l'a cimeu et fait appliquer su Pénitencier des Jeunes Détenus de La Roquclle. Ce SYSlcme, qu'après M. Moreau Cbrisloplie, j'appellerni Systèmp français, peu! se rcsunier ainsi: ■ Interdire toute communication nuisible, permettre toute communication snlalairc. » Alors, mais seuleineut alors, il y lur.-i cerfilmle d'amender, i3e moraliser les détenus. Seize éludes sur celle importante question m'autorisent peut-être â formuler sinsi mon opinion. ■

H. Poimeftc •■ Viujiki.

» Notre foi dans les sociétés de patronage et la cellule appliquées à tous est si grande, que nous ne savons pas de penchants mauvais, d'instincts dangereux qui puissent résister longtemps à cette panacée deTàme du criminel.

» Et aux bagnes !.. oui !.. aux bagnes même, aux bagnes, plutôt que dans un dépôt de mendicité, que d'hommes d'énergie et d'intelligence ne serait-il pas facile de régénérer !

» Combien d'exemples ne pourrions-nous pas; citer de ces cures que l'on croirait miraculeuses, et qui sont des plus faciles ! . • .

» Nous n'en citerons que deux :

» M"*^ D. V. que les lettres comptent avec or-, gueil au nombre des célébrités contemporaines y Bl^e D. V. a eu le sublime courage, la sainte, pansée^ qui trahit toute l'élévation et la noblesse d« son âme, de s'intéresser à un jeune homme, GOi)t damné à dix années de travaux forcés. Elle a fait tant de pas et de démarches, qu'elle a obtenu sa grâce , mais ce n'était là pourtant qu'une faible portion de sa tâche.

» Sonchemin,jusqu'ici, avait été couvert de fleurs; toutes les portes s'ouvraient sur son passage, tandis que pour ce qui lui restait a faire, c'est-à-dtpe pour combattre les préjugés de la société et arriver

à créw une existence au forçat , ce n'étaient plus quercmces et abîmes; chaque parole bonne et corn-' pâtissante qui swtait de sa bouche rendait sourd anssitét son auditeur. Chaque aveu d'une vie coupable ^ mais repentante^ fermait une porte, si bien que kmque sa triste histoire était achevée , elle se trouvait seule dans la rue , et ^ pour toute ré-pcmse à sa pieuse requête , elle entendait der^ rière elle te cri aigu des verrous... Et pourtant, HMQ Dieu ! que voulez- vous que devienne ce forçat, si vous ne lui tendez la main , si vous le chassez de partout?. . Mieux vaudrait alors suppri^ mer de nos Godes toutes les lois qui condamnent à terme et neccmserver que celles qui prononcent la perpétuité ou la mort. Car, en l'état^ repoussé de toutes parts , le libéré honnête, s'il n'a recours an suicide, est forcé, pour vivre, de monter un neuvd échelon du crime , dont il a cependant herreuF.

» Loin de se rebuter, M^^ D. V. a redoubléd'ardeur comme tous ceux qui ont foi en leur mission; elle a frappé à tant de portes , qu'enfin une , qui s'était ouverte , ne s'est pas refermée et a donné passage au forçat que conduisait par la main son boulange gardien.

» Nul doute que l'avenir de ce jeune homme

n'efface son passé et ne récompense, paivune vie pleine de vertus, les peines de sa bienfaitrice.

» Nous regrettons qu'il ne nous soit pas permisde livrer à la publicité quelques passages d'une lettre qu'il écrivait à sa seconde mère , cette toute bonne Mme D. V. ; on verrait si le fils , dont l'éducation est la mieux achevée^ dont le cœur fut toujours nourri des plus beaux sentimens, et dont le sommeil n'a encore élé troublé que par un baiser de mère, s'exprimât jamais avec plus de purelé , plus de noblesse, plus d'amour , plus de reconnaissauce.

» Le second exemple c'est l'illustre M. B..., conseiller à la cour de cassation, etc., qui nous le fournit. Voici le fait :

» Un jour, le domestique annonce un étrange visiteur : c'était un pensionnaire de Poissy. On l'introduit à l'instant , car il est bon de le dire ici, le malheur, quel qu'il soit, ne fait jamais antichambre dans cet hôtel.

» LamaximedeM. 6... est que ceux qui sont nus ou qui ont faim n'ont pas le temps d'attendre. Avis aux grands seigneurs et aux mauvais riches I

(c Votre nom , Monsieur , dit notre visiteur à » M. B...,estarrivéjusqu'àlaprisond'oùjesors; » celanedoit pajs vous étonner, car^ vousle savez^

» jenesuispas le premier homme de mon.espeoe y> que vous ayez obligé. Je viens donc ici avec » une entière confiance. Permettez-moi de me » confesser à vous, comme je le ferais à Dieu D même ou à l'un de ses apôtres; je serai avare » de votre temps et je vous jure d'être sincère »> .dans mes aveux, je vous le jure sur l'hon..., )> il n'adieva pas , baissa les yeux pour dévorer » unelarme.... »

» Ce devait être un magnifique spectacle, plein d'enseignement, que cet homme de trente à trente-cinq ans, à barbe noire , aux cheveux en désordre, au front haut et fier , malgré la misère et le crime qui voulaient le courber ; tout enfin, jusqu'aux haillons dans lesquels il se drapait, jusqu'à la pose assurée, sans être trop hardie ni inconvenante, jusqu'au timbre sonore et doux de sa voix , jusqu'au choix de ses expressions , tout révélait un homme de bonne maison dans l'âmé duquel sommeillaient encore quelques nobtes sentiments.

» Vous avez eu raison, lui dit M. B..., d'avoir » confiance en moi; asseyez-vous, mon ami. »

Ooiy il l'appela son ami : c'est le nom qu'il donne ^ tous les malheureux ! « Craignez de me trom*

» pet, ajotila-t^il ensuite, car Dieu vous voit et » nous jugera tous un jour. »

« Le réclùsionnaire raconta alors, ifêc Qâè élégante simplicité, sa yie entière; il dit comment des passions qu'il ne put maîtriser ^ le jetèrent dans l'abîme ; comment l'amour d'une femme du grand monde dévora en peu de mois son patrie moine , lui fit contracter des dettes et le conduisit à Poissy plutôt qu'à Clichy.

^) C'est que le malheureux, pour retarder le fatal dénoûmentde ce triste drame, et calmer l'impatience d'un infâme usurier , en lui laissant le temps de recevoir les secours réclamés de sa famille, avait fait un faux.

» Il raconta ses tortures morales de la prison , son initiation aux crimes de tout genre, conséquence horrible et inévitable de la communauté des détenus, même avec la condition, aussi bigrbare qu'impossible, du silence.

» Il ajouta que, depuis sa libération, depuis un mois, il avait en vain cherché à se réconcilier avec sa famille, qu'elle l'avait rudement repoussé, qu'elle était impitoyable et cruelle. Puis il finit en disant : « Mes épargnes de la prison ^ont éptiî- » sées.... Voilà deux jours que je n'ai pris dé » nourriture. .. Mes jambes me soutiennent à

» peine.... et je ne puis me soumettre à demantt dep l'aumône ! et je n'ose offrir mes services à Il personne! et je suis poursuivi par une nuée NT d'anciens libérés qui me présentent de l'or^ si » je veux m'associer à eux et teindre mes mains >i de sang!...

» Mais rassurez-vouS) Monsieur, dit-il aussitôt^ saBS donnera M. B... le temps de l'interroger, » mon parti est bien arrêté ; si vous ne me ten- »• dez la main, si vous ne m'aidez à me réhabi> â Uter à mes propres yeux, à ceux du monde et » à ceux de Dieu , je commettrai ce soir , vers » minuit , un nouveau crime , mais un de ceux » que Dieu seul punit....; je ne monterai pas sur n l'échafaud...; sans maudire personne, et en » priant Dieu de me pardonner , j'entrerai a la n Morgue!... »

D 11 se lit un moment de silence. On eût dit que kl toile venait de se baisser sur un de ces lugubres prologues qui promettent au dénoûment du drame ime sublime scène au ciel ou à l'enfer.

^ M. B... ne se recueillit pas long-temps; il avait été touché , dès le début, par l'accent de vérité et de repentir du héros de cette lamentable histoire. Il tendit la main au libéré ; il promit de l'aider à rentrer honorablement dans la vie ; il

donna les secours dont ii avait besoin , en les xxHBpagnant de ces bonnes et tendres paroles ai en font un service d'ami plutôt qu'une aun6ne« « Dans trois jours , à pareille beure, vous » viendrez me voir, lui dit-il en ise levant , et » jurez^moi devant Dieu que, d'ici là, vous justi- » fierez l'opinion favorable que je viens de me » former de vous. »

» Ce temps si court fut mis à proGt. M. B.... vit lin député de ses amis qui est propriétaire d'une usine où dnq cents ouvriers sont constamment occupés. Il lui raconta ce que vous venez de lire : ce ne fut pas en vain. Un r^dez*vous fut pris pour voir le libéré. Le troisième jour était arrivé, l'heure allait sonner, M. B.... et le député interrc^eaient avec anxiété la pendule. Celui-ci craignait que le libéré ne vint pas, mais M. B.... paraissait plus confiant ; le doute allait pourtant le gagner aussi , lorsque la pendule et la sonnette tintèrent à la fois : on annonça le libéré. M. B.... laissa voir alors le plaisir qu'il éprouvait, en faisant un mouvement pour aller au-devant de lui. » Que vous dirons-nous maintenant, si ce n'est qné cette nouvelle scène fut aussi touchante que la première, et qu'à la suite de celte entrevue, le libéré fut envoyé à l'usine avec un emploi modeste,

mais avec la promesse d'un avancement rapide, s'il réalisai t les espérances qu'il laissait concevoir. Depuis ce joui- mémorable, six années se sont écoulées ; le libéré a tellement tenu ses promesses, qu'il a été pendant deux années à la tête de l'usine, et y jouit aujourd'hui de l'estime la mieux acquise, la mieux méritée. Honneur donc, mille fois honneur aux deux hommes de bien que nous ne nommons pas, par modestie pour eux , et persuadé que rien ne leur serait plus désagréable que de voir déchirer le voile qui cache l'une de leurs nombreuses bonnes actions !

» Ces faits, choisis entre cent, en disent plus que tous les meilleurs raisonnements.

» Il y a, dans les maisons centrales et aux bagnes, une infinité de détenus qui , s'ils étaient pr<)tégés à leur libération par une association de patronage, seraient très facilement rendus tout réformés à la société. Et qu'on n'aille pas croire que le petit délinquant, quoique en apparence moins corrompu, moins dangereux, puisse plus promptement revenir au bien, s'il était patroné. Au contraire, rien n'est incorrigible comme le mendiant ou le voleur à l'étalage ; mais tous les condamnés pourviol,quelques voleurs audacieux, les faussaires, les incendiaires et les assassins qui

sont arrivés dans les maisons centrales et aux bagnes après une première et unique condamnation, et par suite de Fentrainement de passions nombreuses et désordonnées, sont d'une régénération si facile , si sûre, qu'il suffirait d'en faire l'essai sur une petite échelle, pour acquérir la preuve de ce que nous avançons. Et il y a chez nous une foi si profonde, que s'il nous était donné de tendre la main à un mendiant ou à un assassin, nous la tendrions à ce dernier, paroe qu6| çn même temps que ce serait rendi;BUù plusgraûdsor^ vice à la société en la délivrant d'un criminel de la catégorie la plus effrayante, il y aurait pour nous plus de chances de réforme, car là où il y a volontés passion, et méme^ nous osons le dire, une sorte de déplorable et fatal courage a braver l'échafaud ^ Vk aussi il y a espoir de retour au bien,à la vertu mémo, parce que, dussions-nous nous répéter sous mille formes, dans le cœur humain où germent tapt de défauts, tant de vices, il y a toujours dans Uf^ replis les plus secrets^ qu'il ne faut que fouiller^ quelques bonnes passions qui sommeillent, qu'il auffît de réveiller et de tenir ensuite en haleine; tandis que chez le mendiant et le petit vo^ leur sans courage qui, vingt fois, ont été réclama et ooudamnés, vous ne trouverez sur ces fronts

aplatis ni la bosse du crime proiH*ement dit ni celle de rintelligénce ; dans ces âmes sans énergie^ qui prefk*et]t la priàon à la liberté, parce que lil cm est nourri, logé« blanchi , chauffé, pas une ccmle ne Tibre, il n'y a d'autre instinct que celui (te la bftite : vivre ^ manger et dormir sans tra^ vâithr. FdulUee dans ces âmes, cherchez-y des pftiinkms bonnes ou mauvaises, tous n'y trouvetêt c|ud le néant; ici, pour ensemencer, c'est le stfl qtri vous manquera ; vous jetterez votre grain àu vetlf , et le vent seul le recueillera, il se perdra dani( Tèspàce. Si, courageux travailleur, vous per^ sistéz k vouloir arriver au but, vous marcherez lOng'^temps en aveugle et sans guide, vous vous ^areiw tant et tant que vous tomberez de las^ situde et abandonnerez une tâche si ingrate.

» Et maintenant, si nous étions appelés k faire Un dKHit dans les prisons en général, soumises enodre au système de remprisonnement en comttiun , qui dure toujours , et , comme un vautour, 9'MlMme à déchirer perpéluellement le sein de la société ^ savez-vôus sur qoi tomberait cette pn^renoe? Il est cruel de le dire, ce serait sur les plus mal notés, sur ceux qui sont toujours pQtïiê et jamais récompensés. Quant à ceux qui ont obtenu tous les grades d'honneur, qui se

recommandent ps»* la soumission la plus exemplaire y qui se trouvent très heureux en prison , gardez-vous d'y toucher, ils ont la lèpre dans l'âme ; ils ne se sont faits si bons diables que pour obtenir des friandises et des faveurs de toute espèce, jusqu'à leur grâce, dont ils ne jouiront pas longtemps , car il est rare que ceux qui l'obtiennent ne rentrent pas, trois mois après^ conme récidivistes, dans la prison. Dieu nous gsuide donc par dessus tout des menteurs, des gourmands, des paresseux et des hypocrites, ees petits saints de prison , qui , une fois en libwté , sont de vrais démons ! Méfiez-vous du châtiai fait patte de vdours, et rappelez^vous le loup du Petit-Chaperon-Rouge : « O ma mère^grandy-^que vous avez , etc. »

Nous disions plus loin que : « M. Guillot, entrepreneur du travail dans les maisons centrales ide Gaillon et de Poissy , dont l'expérience pratiqae et le jugement ssrin doivent être d'un grand poids dans la balance , pense avec nous que le pàfeponage doit être étendu à tous les libérés. » Nous dirons enfin que : « MM» Bérenger, Ch. Lucas, MoreaurChristophe , Demetz, de Tocqueville,:de Beaumont, Ardit, etc., dont les opinions font loi, étaient auçsi de cet aviSé »

• fia altendaiit cette vaste organisation, le bien produit par les sociétés de patronage est grand sàm doute, si on le compare au petit nombre des hommes généreux qui l'exercent , mais il est bien infime, si on le met en parallèle avec la masse du mal qu'elles ne peuvent empêcher.

Chaque libéré que Ton sauve est bien sauvé , nia»c'est un sur mille qui vous tendent les bras ; c'eM un damné sur mille qui s'agitent au milieu de eet enfer affreux qu*on nomme prison, et qui, avec notre système actuel^ vomit périodiquement ses damnés , plus pervers que jamais, parmi une population vierge, bientôt flétrie par eux 9 puis victime à sim tour du préjugé qui pourrait en tous lieux, de sa lame acérée , ces malheureux réprouvés (1).

Bt en vérité, nous voudrions bien savoir pourqom tant et tant de préjugés s'acharnent contre tw pauvres libérés.

(i) « L'opinion publique ne croit point au repentir des coupftfeks. Yâinement ont-ils donné des gages de leur retour au YÀtpi; vainement, depuis plusieurs années qu'ils sont sortis de pnson, peuvent-ils produire des preuves de leur probité, faire étaWr, par cent témoins, qu'ils ont contracté des habitudes li^>orieuses,et constater, parles certificats les plus irréfragables,

qu'ils sont irréprochables sous tous les rapports on les

croît ton)ours engagés dans les voies du crime ; on ne croit pas qu'ils puissent çn sortir. »

Nous voudrions bien que ceux qui se moutriwdt si chatouilleux à l'endroit de Thonneur , $6 oiHh sent un instant à la place d'un très grand nombre de ces malheureux, quand ils ont conin)i9 laur première faute, quelle qu'elle fût, et nous dissent» en interrogeant leur conscience, ce qu'ils auraÎ9ot fait.

Nous voudrions bien qu'ils fouillassent un pw dans cette conscience si rigide, et qu'ils nous dissent s'ils n'y trouvent pas , dans un coin l)ieii caché, bien secret, quelques petits larcins au pi^ judice de leur père ou de leur mère, d6}$(m*i frères ou de leurs sœurs , de leurs oncles wi àià leurs tantes, de leurs cousins ou de leurs cou-sines, ou enfin de leurs camarades de collège. •

A l'homme qui aura ainsi scruté toute sa vm»

qui n'aura à se reprocher ni le vol d'un JMiet d'enfant ou d'une friandise fait à un jeune oottr disciple, ni le vol d'un gros sous pris à sa mèfe pour acheter des billes, ni le vol d'un fruit en chassant sur les terres d'autrui, à cet homoi^j nous dirons : vous seul avez le droit d'être sévère envers les libérés ; mais si vous mentez à votre conscience , Dieu vous jugera à votre tour !

Quant à tous les autres, nous leur dirons»

comrae le Christ pour la femme adultère : ce Que

àeitti d'entre mus qui est sans péché , lui jette la pteimère pierre ! »

Oni 9 nous sommes tous moins purs que nous lie Tenions le paraître ; tous^ nous avons au fond de la conscience quelques bonnes et quelques mamraises actions, grandes ou petites; tous^ nous avons nos faiblesses plus ou moins coupables; tou^, Aons avons en nous la lâcheté suffisante pour commettre un délit ou un crime, gros ou petit; mais kta9y nous manquons du courage de Rousseau , et nous gardons bien de faire nos confessions.

Sans avoir, comme lui, à se reprocher des larekid d'asperges, dans le jardin d'une M"?® Verrat;

Sans avoir, comme lui, à se reprocher des tentative de vols de pommes, dans la dépense d'un M. Dacommun;

fans avoir, comme lui , à se reprocher, au préjudice d'un M. Francueil, la vente d'un billet d'opéra, qui produisit 7 livres 10 sous;

'Sans avoir, comme lui, à se reprocher le vol éhm petit ruban couleur rose et argent^ soustîpait k M^^ Ponlal , chez M™® de Vercellis ;

Sans avoir surtout, comme lui , à se reprocher une action des plus noires, et qui consista à accuser la pauvre Marion de lui avoir d&mé le rqban que lui-même avait roW, action

dont il ne se consola jamais , qui , quarante ans après , le dévorait encore de remords et ' contribua beaucoup à le décider a faire ses Confessions; quel est l'homme qui peut se dire assez vierge de toute souillure, même la plus légère 9 pour oser repousser a tout jamais, avec indignation et sans pitié^ les libérés d'un premier délit, d'un premier crime ! quel est l'homme qui fermera à toujours son cœur au plus généreux sentiment, l'oubli des fautes, et qui se refusera à croire aux effets d'un repentir encouragé^ soutenu par le ciel et la terre !

N'oublions pas enfin que Dieu a dit : « A tmU pé)hé miséricorde. »

N'oublions pas que les libérés peuvent avoir U|i jour, après un purgatoire plus ou moins long^. leur part du bonheur céleste , s'il y a eu commencement de repentir dans ce monde.

N'oublions pas que la prison sera désoriUMi un purgatoire terrestre, et que les patrons, qui, à sa porte, comme des anges gardiens, attendrtmti ceux qui en sortiront, doivent veiller sur eux et leur assurer le bonheur qui ne se trouve que dms le travail et le respect à toutes les lois divines et humaines.

Malheureusement les hommes sont plus cruefe

qfè» la lot elle-méiiie qu'ils ont faite. Le criraiiiel ^pu va. subi sa peine n'est point lavé de son crime lorsqu'il sort de son cachot , et pourtant la société s'est vengée !.•••.. Elle lui a pris sa fortune, s'il ^ avait; elle la séparé de force de sa femme, dq ses enfants, de son père, de sa vieille mère; el)e a attaché un .espion à ses pas ; elle â lu dans ses lettres ses secrets les plus intimes; oll^ a anéanti toutes ses afîeciions, éloigné tous ses amis; elle a pesé sa faim et sa soif; elle 4 tarifé son travail, mesuré l'espace laissé à ses mouvements , compté ses heures de repos et de aMnmeil, brisé sa volonté , son libre arbitre, calculé juste ce qu'il fallait d'air et de soleil pour ne pasjvottrir!... et tout cela, souvent pour une faute légère... Et la société n'est pas satisfaite!., et JU^ libéré ne serait pas digne d'avoir place au soleil et au travail! Mais alors, hommes sans jMiyié et sans courage qui repoussez les libérés , mettez à la tète de vos codes que la détention est IHre que la mort... car c'est la mort de tous les joups, entendez-vous bien, que voits leur infligez !

'Alors, que la levée de l'écrou soit faite par le bourreau^ et^ que sur le seuil de la prison que le leureux va franchir, il soitforcé^ comme dér-

ttier avertissemeiU, de deaci^re un à uu les de^ grés du fatal échafiiud que l'abandon et la ùàm ne tarderont pas à lui faire gravir (1) •

(i) Pour montrer d« quelf dangers sont les préjuge qui poursuivent lesi libérés, nous ne savons rien de mieux que de citer des faits. En voici donc un tout récent, du 1 1 décembre dernier^ «t que nous tenons de robligeance de M. Burlavd, l'un des membres les plus dévoués de l'œuvre du patronage*

Le malheureux P est né h ; il eut une jeu«

seise fort orageuse, la paresse le conduisit k la meadioili #1 le mendicité au vol.

Une nuit , pressé par la faim , il força la boutique d'un mar» cbend ambulant et s'empara de diveri objeti «de> fort fèm 4e veleur. Il fut arrêté et condamné, en iSag, 4 iq mnnées de travaux forcés»

A sa libération, il Tint se fixer dane la petite titte 40.»...« lk.il parvient b se placer chez up sieur H*««f«f en qualité d'ouvrier ; tout le monde ignorait ses antécédens, •t rien da«s sa conduite ne pouvait les faire soupçonner; tout| eu contraire , semblait indiquer dans le passé ui|f yîe pleine d'honneur et de probité. Son maître avait donc une enliàfe confiance en lui et lui abandonnait fréquemment sa ineisony sa feoune et S9ê enfants, pour aller s'enivrer et cqgpr les lieux de débauche. Souvent même il arrivait que l'ouvrier restait tout seul maître du logis, la femme M. . . . s'en attelit aussi après quelques mauvais traitemens de son mari, pnutr avec ses enfants, huit ou dix jours auprès de son père. Pendant tt temps, l'industrie , qui est du nombre de 'celles quinepen^* Vfst s'arrêter un seul )our sans compromettre gravemei|t U^ intérêts du maître , l'industrie marchait toujours et prospérait par les soins et le zèle intelligent de P. . . .

.Au retour des maîtres ^ rien ne manquait, et le forjgel )ustiOaitde ses receltes et de ses dépenses beaucoup mieux que certains caissiers qui aspirent aux prix Monthyon.

H..*. er«ii9nlét depuis la oeteili^iybe îo9à wm

M^^f non f ii n'en sera point ainsi ; et , comoie en Amérique^ tout bomme qui aura subi sa pétne sera quitte envers la société; vous aurez pitië^dans voire propre intérêt, sinoi^ dans celui de l'buma-

bientôt le regret 4e vous entretenir, qu'une fois , pendant que sa femme avait quitte le toit conjugal, et après un marché qu'il VfntH d« lenniiitr à une heure fort avancée de la nuit ,il était filtré ivra chas lui, qu'il avait répandu dan» toute la maison, •naVen apercevoir, les quatre cents francs qu'il portait dans •utf iae^#t qu'il était ressorti presqu' immédiatement etneren^ Ira ^ê deux jours plus tard. Ce qui aa l'empêcha pas de rv- Iroiivtr ses quatre cents francs , dont il ne savait plus ce qu'il mrait fait ,61 dcmt il n'osait parler k personne , entre les mains 4û sa fa9une,*les tenant elle-même de l'ouvrier, qui avait passé toute une matinée fa les ramasser pièce k pièce.

hà praUté du pauvre P. : . . était donc mise k ât rudes éfraovaai laa oeeasions de voler ne lui manquaient pas, s^il avait «arâ d^en profiter. Maïs non, il s'était dit : «cj'ai Volé màs Wm fj^WB reeommettcerai jamais ! » et il tenait parole. Sa conduite égalait son caractère, tout était parfait. Labori^x et sobre , il eût achevé ici tranquillement sa vie si le malheur n'avait pas voulu que le même marchand, qu'il avait volé, H y a treize ans, vint s'établir» un jour de foire , devant la boutique de H * • . •

t«é volé reconnut le voleur, le libéré devenu ouvrier honnête ; et, sans pitié pour les dix années de travaux forcés , ni pcmruhe vie si exemplaire , il eut la cruauté de prévenir M... •qtrtl avait chez lui un forçai libéré.

A ces mots, M. . . . se troubla et adressa, dès le soir même, k rcHivriei^, quelques questions sur son pays, sur sa vie de îetiiia homme.

CMni-éi , qui a tout daviné, car , hil aussi , tl a' reconnu le narchaitd, fut au devant de l'interrogatoire de M. . . . et hii sUti

f • Ja Voîi oà vous vocdez en venir, t Vonsvouleame

nité, de tant d'infortunés qui, pour redev^r dignes de votre estime, ne demandent qu'un pâa d'oubli et de confiance.

Vous tendrez la main a ces âmes convales*centes; vous les préserverez de leurs propres

demander mes papiers ; mais ils ne vons apprendront rien 'que vous ne sachiez dé)à!... J'ai commis, il est vrai, une faute graVëf mais je croyais l'avoir assez chèrement expiée. LemaUfflûr et le ciel m'avaient fait faire un retour sur moi-même» «tf^ vais pris la ferme et inébranlable résolution de vivre dësonnait en honnête bomme ; et vous. Monsieur, mieux que pers'oniiB'9 vous devez savoir si j'ai tenu parole a Dieu k qui )e l^miif donnée! Par ma conduite, par mon travail assidu, persévénnly j'avais caressé l'espoir d'obtenir l'estime des gens de bieui^at j'y avais réussi. Ma vie s* écoulait calme et paisible, et jecMh* mençais a croire que les hommes m'avaient oublié, que le^cMl me pardonnait ; mais ce qui m'arrive aujourd'hui me prool^

le contraire, en me brisant le coeur et l'espérance «. Adim^

Monsieur, vous ne me re verrez plus ! »

Et, en effet, on ne l'a plus revu.

A forceMe recherches, M. Burin ud est pourtant parveavTk découvrir la retraite du brave, du courageux, de l'homiête libéré, et il nous a appris qu'il travaille du même métier, k^mie assez grande distance d'ici.

Fasse maintenant le ciel que ce malheureux n'ait pas alie seconde fois a rougir devant les hommes de la dette .qu'il a payée à la société outragée !

Fasse le Ciel que la surveillance de lapolice n'aille pas le saWr pour rupture de ban, et le rejeter forcément dans le criiB«l

Pour prévenir ce malheur, nous allons faire des démârelivs, avec M. Burlaud, auprès de Tautorité compétente, afin qdeift surveillance ne soit pas exercée et qu'on autorise le séjûmr de P.,., dans la petite ville de Nous espérons réusiir«

feiblesses en leur montrant où vous ont conduit le courage, le travail et la religion.

Vous serez leur médecin de l'âme ; vous serez leur dieu tutélaire; car c'est par vous qu'ils feront leur paix avec le ciel et la terre; c'est par vous qu'ils se réuniront à leur famille, qu'ils retroUTeront des amis, qu'ils reprendront leur métier; par vous enfin qu'ils recommenceront une autre vie et plus calme, et plus noble, et plus heureuse; à vous aura été donné, en quelque sorte, le don surhumain de refaire V homme (1)/

Et maintenant, pour donner une idée des résultats surprenants obtenus par la société de patronage des jeunes libérés du département de h Seine, nous reproduisons ce que nous avons écrit au mois de juillet dernier :

« Au milieu de l'ébuUition révolutionnaire de 1880, au milieu de l'émeute qui grondait chaque matin aux portes de la grande cité, un magistrat, qw le$ affaires p<rfitiques semblaient devoir ab<

(i) « U faut enfin qu'il * veille sur eux^* au moment de leur libération et lorsqu'ils l'ont obtenue, de manière k les diriger dans U vie nouvelle qui va s'ouvrir devant eux, k les encourager dans le bien, k leur procurer du travail et k les protéger contre le préjugé inexorable qui les repousse. »

!<• BÙINCia , de la Drdm«, (* ) Le système.

C* ) Lm hhétiê.

1 conrl p«^H

sorber, eut la noble )iensée. dans son sage à la préfeclure de polico, de doler la capitale d'uD pénitencier de jeiinos détenus, première et sublime pierre de l'immense édifice social de la réforme des prisons. M. Bande exécuta promptement ce qu'il avait conçu dans ses heures d' somnies, car un préfet de police a, dit-on, doit avoir le sommeil fort léger, surtout dans temps orageux comme ceux dont nous parlonit.

Son sHccesseur. M. Vivien, ne se montra ni moins ardent ii adopter celte création imporlanle, ni moins zélé a la perfectionner. De nos jours personne n'ignore avec quel bonheur M. Delesseï converti ce pénitencier, régi alors d'après le 8> tème d'Auburn , en un pénitencier pensylvanîen. Personne n'ignore avec quel amour il s'applique h en polir tous les rouages. Mais, liélas! tout cela ne suflisail pas.. . Qu'importe une détention plus ou moins longue, plus ou moins corniplrire, plus ou moins réformalrice, si, au moment de la libération, it n'y a personne à la porte des prisons qui , prenant le libéré par la main, lui dise : « Tu es » malheureux, tu as failli une première, une " deuxième fois pour une faute grave ou légère; » tu discernais ou nou le bien d'avec le mal; tu » étais excnsabin nu non; tu .is une famille qui

îer- »!wi

« repousse ou t'attira à elle pour s'emparer de » ton épargne et qui , des lors, n'aime, de i(A , )» qoé cet argent honteusement gagné ; tu es aban- » idMinë de tous, excepté de Dieu ; viens à moi , » mm maison te sera ouverte, mon nom proté- » gwa le tien, mes conseils seront ta sauve- 4 farde; tu puiseras dans ma bourse, quand la » timne sera vide; quand tu auras froid, je te » >télirai ; quand (u auras faim , je te nourrirai ; » mm sans place,, je t'en procurerai, je répon* n 4ni de toi ; tu es sans état pour assurer ton » tienir, tu auras un état ; et enfin, si tu veux re- » ^«venirà la vie laborieuse et honnête, si tu veux » aoivre de tout point mes avis, je te traiterai )» -eomme un ami, et je serai fier un jour, en » nAmtrant un bon citoyen de plus, soldat , ou-- » trier ou laboureur, de dire : Voilà l'ouvrage n de la société de patronage! »

j> Cette pensée était dans tous les esprits, tout le mande se disait bien : que vont encore devenir ces pauvres enfants, si, après leur détention, on lei abandonne à eux-mêmes, si on les repousse de tow les ateliers parce qu'ils sortent de prison, si on les rend, sans autre appui , h ces familles qui oM si mal rempli les devcNrs sacrés que Dieu et la aociéla leur avaient imposés, et pourtant per*

sonne ne itaettait courageusement la main k l'œuvre.

» En 1833) M. Cb. Lucas, inspecteur général des prisons du royaume, prit celte belle înttw*» tive et jeta , dans une première réunion , les bases de l'œuvre du patronage pour les jeunes libéeés du département de la Seiiie, dont M. Bérenger(<fo la Drôme) fut élu président, séance tenante.

» On fit ensuite un appel aux hommes de bien^ faisance qui eut de l'écho dans toutes les dasies de la société, et cet exemple ne tarda même pas à avoir des imitateurs dans tout le reste du royaume. Lyon, Bordeaux, Marseille, Bouen, Besançm, Grenoble, etc., voulurent aussi posséder leur «ociété de patronage et prendre leur part dans>bt belle œuvre de la régénération dés jeunes libéoés:

» Avant là' création de cette institution^ sar 100 enfants qui sortaient des prisons, il y en avait 70 ou 80 qui récidivaient. La maison cen-tràle de Poissy compte encore aujourd'hui 40 récidives sur 1001

» Dès la première année de sa constitùtioiii ief chiQfe des récidives s'abaissa considérablement; En 1838 il n'était plus que de 17 sur 100; '^

» Eh 1839, la [NPOgression décroissante, quoicpn l^ère , a pourtant continué , car on ne comptaft

plo0.qiie 14,90 récidives pour 100 sur les libérés provisoires, et que 18,58 pour 100, en compreittmt dans cette dernière proportion tous les enfants qui , sur la demande de la société, pour des fautes légères souvent , et toujours sans le eon^ erârs dés tribunaux, ont été réint^rés au pénitoiMuer» d'où ils n- étaient sortis qu'avec la proteetim de la société , * et à la condition de se bien eoMlttire.

;» A cette époque, l'association étendant de plus en plus ses bienfaits sur un plus grand nombre é'mifants ^ voyait ses patrons succomber sous le jioids dés charges qui leur étaient imposées. Elle Ofmiprit dèft lors que son organisation intérieure, exoeUente pour la province , ne valait rien pour une capitale, où les moments de chacun sont comptés et dévorés avec cette effrayante et inexorable rapidité qui laisse à peine le temps de se demander si Ton a vécu , lorsqu'on a déjà un pied dans la tombe;

» Elle révisa donc ses statuts, fit de nouveaux r^l^ments et constitua une agence sur des bases qÉi ipermissént , dans tous les cas^ de suppléer le patron et d'assurer l'action active et morale de la société sur tous les pupilles confiés à ses

soins.

» Gètteagmoeâe cMàpose t d'un ftgent-géiiërat> d'im agent-*coiiiptabte, d'un agent de placement , d'un inspecteur et dkin économe chargé de ta bt»:* servalion du ▼estiaire , des outils et*^ d& la iltlH rie(l). •

» On comprend très bien de quelle focilité d^l être aujourd'hui^ d'après cette organibation non» yeile, le patronage; qui, jusqu'alors , avait élé^ rendu impossible à beaucoup de personnes qw leur^Bffidres privées ou publiques tenaient ék»gnées de cette belle mission. •

» ÛBcomprend très bien que du jour où Ton M demande à tout le m<mde qu'une directimi tam^ raie du jeune libéré , et qu'on en^ve au pkWm toteit le travail matériel , le nombre des liiembMi actife de cette société doit considérablement s'ae>^ croître , lorsqu'en outre la direction morale peut être déléguée à l'agent général pour un teitap* plus ou moins long , quand le patron s'abseoté ou est empêché, par un motif raisonnable, d'exil cer son patronage.

)» C^fe utîleamétioration a porté tous ses fruitor le nopifare des patrons vient d'obtenir, e» 184% une grande augmentation, sans qu'il ait été né*

(i) Depuis cette époque, il a ëté ajouté au nombre des eoi« ployës de l'agence un commif aux écritures.

o0Maire de ùAte aucun appel aux hommes huma* nitahres. Les revenus de la société ^ administrés sévèrement et avec intelligence par le conseil d'administration , ont permis de faire foce non seulement à toutes les nouvelles dépenses , mais il est résulté de l'ensemble des réformes une éoQiiomie réelle qui a été placée en rentes sur rétat* C'est ce que nous a appris M. Musnier de Heignes , conseiller à la cour des comptes ^ rapporteur de la commission des finances. Voilà pour les résultats matériels et financiers. Quant aux résultats moraux, ils sont immenses et bien plus surprenants que les autres.

D Ils tiennent à deux causes :

t Ala réof^nisation de la société sur de nou« velles bases;

» A l'application, par M. Delessert/ du système oellnlaire complet sur les jeunes détenus.

» Voici ces l^ultats : nous allons laisser parler les diiffires qui , dans ce cas , valent mieux que toutes les phrases.

». Il s'agit uniquement ici du compte moral des enfiuits'qui, du i^^ janvier 1840 au âl décembre, étiûent encore soumis au patronage.

» Sur 203 libérés définitivement, 27 ont refusé les bienfaits de la société, reste donc 176 enfants

sur lesquels on compte 15 récidives^ soit une proportion de 8,55 pour 100. Si Ton retranche des 1765 17 disparus, i morts et 1 idiot, il ne restera plus que 1 56 enfants qui donneront alors une proportion de 9,65 pour 100.

A Sur 96 libérés provisoirement, 1 n'a pas en de patron, reste 95 , sur lesquels il y à eu 4 récidives, soit une proportion de 4,22 pour 100, et si Ton procède comme nous venons de le faire ci-dessus, et que Ton retranche les disparus , on n aura plus que 93 libérés qui donneront une proportion de 4,30 pour 100.

» Sur ce nombre de 93, 9 ont été réint^rés, S= le seront bientôt, car la demande en réintégration a été formée, en tout 14, ce qui donne une pro» portion de 1 5, 1 pour 1 00.

» Et si on réunit les 4 récidives avec les 1 4 reintégrés, ou allant Télre, on aura un total de 18^ et une proportion de 19,40 pour 100.

» II résulte de ce premier aperçu statistique t

yy V Que le chiffre des récidives sur les enfants libérés définitivement est descendu^ pour Tannée 1840, comparé à celui de 1839, qui est le moins fort, de 14,90 qu'il était, à 8,55 ; près de moitié;

» 2^ Que le chiffre des récidives pour les libérés provisoii^ment, qui était en 1839, comme nons

rayons vu^ de 10 pour 100^ n'est plus que de 4,22 pour 100;

>) 3^ Que si le chiffre des réintégrations obtenues ou allant l'être, et qui, en 1839, n'était que de 8,S8, s'est élevé pour 1840 à près du double, c'est-à-dire, à 15,10 pour 100, cela est dû siniplemeni à une plus grande sévérité des patrons et à la surveillance de plus en plus active , soit de ces derniers, soit de la part de l'agence., et non à un désordre moral plus affligeant chez les libérés.

» Il y a donc un progrès immense à constater, pour l'année 1840 , a l'égard de tous les réddi-visles.

» Cela est d'autant plus heureux et plus remarquable, que là où il n'y a pas de société de patronage, ce chiffre, loin de rester stationnaire, ne fait que s'accroître , et que Paris a toujours présenté un nombre infiniment plus considérable de récidivistes que toute autre ville de France. Enfin il ne faut pas oublier qu'en 1833, lorsque la société de patronage se fonda , il y avait constamment sur les enfants 70 ou 80 récidives pour 100.

» Si maintenant on veut apprécier l'effet du régime de Temprisonnement individuel^ uni à l'ceu-

vre du paftronage, nous n'avons qu'à prendre les enfants sortis du pénitencier depuis le l^.jan*vier 1840 jusqu'au 31 décembre, et dresser leur statistique. Ainsi, sur 38 enfants libérés proviaoî^ rement, un seul n'a . pas eu de patron , aussi n-a*t-il pas tardé à récidiver ( it est encore sous les verrous) , reste 37 sur lesquels on compta on seul récidiviste, soit 2,71 pour 106 au lieu de 4,22 pour 100 qu'il y a sur Fensemble des Uhérés provisoirement^ soumis ou non au régime cellulaire conlinu. En retrancbahl 1 dispam^la proportion serait de 2,78 pour 100.

» Sur ce même chiffre de 37, % enfants ont ilé réintégrés et 2 ne tarderont pas à l'être; «n tout 4, ce qui donne une proportion de 10,80 pour 100, où, en n'agissant que sur 36 enfamblf de 11,11 pour 100 seulement, au lieu de l&^IO p. 100 qu'on a trouvés plus haut sur les 93 libérés provisoirement , comprenant les enfants qui VD^ raient été soumis au régime de la comqaunaulé et ceux soumis au régime d'isolement; et si 4'(|ilt réunit les réintégrés ou allant l'être avec las récidivistes, on aura alors, pour 36 enfants, une proportion de 1 3,89 pour 1 00.

» Les résultats du système de l'emprisonnement individuel sont donc supérieurs à ceux de )a

communauté , quant aux libérés provisoivâsk Si Iw réiiit^[rations sont encore considéraUes^ c'est toujours par les raisons que nous avons déjà 4(nuiées ^ et qui tiennent uniquement , nous le répétons 5 à une plus grande sévérité de la part du patron et à une meilleure organisation de l'agace.

» Beste à parler maintenant des libérés -définitifs soumis aussi au régime de Tisolement : pour ceux-là, les résultats ont dépassé toutes les prévisions, toutes les espérances , car sur 56 enfants sortis du 1^^ janvier 1840 au 31 décembre, pas un n'a récidive! Certes, voilà qui tient presque, du mei*veilleux. Il n'en faut pas pourtant eondurç que Temprisonnement individuel nous assurera /i^baque année une situation morale aussi brillante, cela n'est ni probable, ni possible pour aucun système. Entre tous , celui de Tisolement nous parait le seul qui puisse intimider et réformer les détenus , mais ce n'est pas à dire pour œla qu'avec lui il n'y aura plus «m seul récidiviste.

« Toutefois, ce résultat admirable prouve :

» 1^ L'efficacité du système;

» 29 LsL nécessité de l'entrée de la société dans les cellules pour désigner avec plus de discerne-

ment.ceux des enfants a qui il convient d'accorder la faveur d'une liberté provisoire, car on ne comprendrait guère, si ces espèces de grâces étaient bien distribuées, comment les libérés provisoire offriraient des récidives, lorsque, les libérés déû* nitifs, d'un même système, n'en auraient point. Cette diiïéreuce ne peut et ne doit s'expliquer que par le mauvais choix des libérés provisoires.

» Il se pourrait cependant que les enfants déie» nus qui se conduisent bien dans la maison et on( desdroitsà une liberté provisoire, ne fussent quedè profonds hypocrites. Nous serions d'autant pins tentés de le croire, que, d'après ce que nous savons de la conduite admirable de certains libérés définitifs, qui étaient des plus mauvais sujets da pénitencier^ il ne nous paraîtrait pas impossible que, si Ton choisissait douze des mieux notés et douze des plus mal, pour leur accorder la lib^té provisoire, ces derniers ne fussent précisémeat ceux qui présenteraient à la fin de l'année, le moins de récidives et de réintégrés. Cet eseai^ tout injuste qu'il parait au premier aperçu, aurait cependant son côté utile. Ce serait une étude de plus sur le caractère et la conduite dii détenu, comparés au caractère et à la conduite du libéré provisoire.

» Nous sommes heureux d'annoncer que celte entrée de la société dans la cellule , que nous sollicitions fortement encore, il y a peu de jours, à propos d'un article critique sur le livre de M. Frégîer, vient d'être solennellement accordée, le 23 de ce mois, par M. le ministre de l'intérieur, qui n'a pas même attendu que la société lui ^1 fît la demande. C'est la une initiative qui hmiore H. Duchâtel, et dont nous le félicitons sincèrement ;

» 3^ Les beaux résultats statistiques, que noiis venons do donner, prouvent surtout et avant tout, de quelle utilité sainte est le patron pour ramener à la vertu le libéré ; et s'il nous fallait un exemple décisif et sans réplique aucune, nous dirions que sur 43 enfants qui, du i^^ janvier 1840 au 31 décembre, ont refusé, par des motifs que'nous ferons connaître, les bienfaits de la société, 16 ont récidive, ce qui donne la proportion effrayante de 375^0 pour 100, et prouve, juïuiu'à la dernière évidence , que les meilleurs systèmes ne valent et ne vaudront jamais rien sans une vaste organisation de patronage, qu'il serait sage, prudent et humain d'étendre a tous

les libérés, sans distinction d'âge ni de sexe.

» Ces refus de patronage, alarmants si l'on n'y porte un prompt remède, s'expliquent :

» l^' De ce que les patrons n'ont pas entrée dans les cellules^ comme ils devraient l'avoir, trois mois avant la sortie de l'enfant, c'est-à-dire dès que le patron est nommé ;

D 2^ De ce que les enfants n'ont pas au nombre de leurs^ivres, le meilleur de tous pour eux, après la Bible, le compte-rendu des travaux de la So* ciétéde patronage, par M. Bérenger, président de l'œuvre ;

» 3^ De ce que les surveillants, n'étant pas des hommes de dévouement et religieux, n&peuyent pas, dans leurs rapports fréquents et de tous les instants avec les détenus, leur parler du dévoue* ment religieux des patrons ;

» 4^ De ce que les masses sont encore la (htopriété des enfants, au .lieu d'être supprimées on d*apparteuir à l'état qui les confierait à la. Société de patronage. (Ces quatre paragraphes sont >K~ commandés d'une manière toute spéciale à l'ardente et bienveillante sollicitude de H. le minis-

tre de l'intérieur et de M. le Préfet de police.) » . Quelque beaux que soient ces résultats, il serait certainement à désirer qu'ils le fussent davantage encore, maisc^ serait peut-être vouloir la perfec-

tion; quand on patronedes libérés, il est impossible de n'avoir pas quelques récidivistes, espérer leçontraive, c'est rêver, parce que la perfection n'est pas plus dans les libérés que dans les honnêtes geilB; toute notre triste humanité est faillible. n tmi donc s'attendre à des mécomptes et savoir se préparer à de douloureux sacrifices^ quelque fiûbles qu'ils soient. D'ailleurs a-t-on jamais un peu de bien^ un peu de plaisir, un peu de bonheur Sans beaucoup de pertes, de maux et de souffrances! Obtient-on jamais un peu de miel sans voif s'effeuiller et mourir tristement quel« ques fleurs de son parterre !

Nous ne vous dirons'rien des résultats moraux de la société de patronage pendant Tannée qui vient de s'écouler ; ce soin appartient à son honùnble président que nous ne devons pas priver de ce plaisir.

'^Un mot maintenant sur la manière particulière dimt devront fonctionner les sociétés de patronige des grandes villes telles que Paris , Lyon , Bordeaux, Marseille, etc.

Et pour Paris, qui est-ce qui ne sait que cette lille est l'exception des exceptions sous quelque rapport qu'on l'envisage.

Hîen de ce qu^on y fait, ne se fait de la

même manière dans tout le reste de la Franoet la yie elle-même y est changée, et sans entrer ici dans aucims détails superflus pour démontrer cette vérité, nous nous bornerons à en appeler aui souvenirs, et à dire a ceux qui habitent la capitale : Comparez votre vie de province à votre vie de Paris ; membre d'une société de patronage en province, que n'eussiez-vous pas fait ? membre de la même société à Paris, que pouvflKvous? Où trouve-t-on assez de temps pour les fonctions publiques , pour les affaires privées, pour les affections de famille ? ce n'est certes pas à Paris ! et remarquez que nous ne parlons point des plaisirs, des devoirs de société qui sollicitât incessamment et dévorent la vie. Nous parleroDS bien moins encore de cet égoîsme, plaie vivace de notre époque , il est vrai , . mais qui trofiye une espèce d'excuse dans un pays où tous les liens sont rompus, où l'ami de la veille est souvent l'ennemi du lendemain, où enfin. les besçôns matériels de l'existence lèvent un impôt sur tous nos actes, jusque sur le sommeil, c'est-à-dire sûr k vie elle-même.

La conséquence forcée de tout ceei, c'est qu'une société de bienfaisance active^ pourobtenir dehrillants résultats , doit se préoccuper avant tout.

dans son oi^anisation, des localités et des mœurs qui doivent faciliter ou arrêter son action et son développement.

'En un mot, les sociétés de patronage doivent s'administrer à Paris d'une manière diamétralement-opposée il celle du reste de la France.

On (doit, à Taide d'une agence bien organisa , d«Hit nous expliquerons, au besoin , les divers roos^es ^ d^ger le patronage de tout le travail nabtérid, et ne lui laisser que l'influence morale, ddinànière à permettre aux personnes les plus absorbées d'afikireset à toutes les hautes classes de la 86iiété,de l'exercer, lors même qu'elles n'y seraient pas forcées plus tard par une loi, libre à cbaque membi-é dé se charger, quand il le voudrait, du travail matériel dont ou le dispenserait. De cette manière , les pairs de France , les députés , les HBigistrals^ les fonctionnaires, les négociants, etc., pourraient, tout aussi bien que les rentiers, devenir patrons ; ils pourraient se charger de la direction morale d'un bien plus grand nombre de pupilles; et si les patrons s'absentaient , s'ils tombaient malades, les patronés ne manqueraient ni de secours ni de visites : l'agence et les commissions supplémentaires pourvoieraient à tout.

§ lia — Agence généralet

Nous VOUS avons dit pourquoi il n'était pas pof^ sible d'obtenir qu'une société de patronage, de Paris fonctionnât comme celles de province. Vous connaissez le mal : voici le remède selon nous; et l'expérience en a déjà prouvé l'efficacité.

D'après notre système , les patrons et commflh saires enquêteurs qui tiendront à honneur de remplir int^ralement leur mission , que; nous di*visons en deux parties, Tune matérielle, l'antre morale, seront toujours libres de le faire; ma», ea cas d'empêchement , il y aura dans la sodélé quelqu'un de prêt à les suppléer constammeat. La tâche leur sera d'ailleurs rendue si facile , qu'il n'est pas un membre qui ne se puisse duuqgir d'un très grand nombre de libérés.

Cela posé en principe , le personnel de l'ageooe générale se composerait :

D'un agent général ,

D'un commissaire enquêteur-inspecteur,

D'un agent de placement ,

D'an agent comptable ,

D'un commis aux écritures ^

Et d'un conservateur du mobilier (C'est lacom-position actuelle de l'agence générale de Paris).

• Les titres seuls des employés vous apprennent qaels seraient les devoirs qu'ils auraient à remplit : nous devons cependant entrer dans quelques détails.

Le commissaire enquêteur -inspecteur serait

éturgé de toutes les enquêtes , tant des sorties définitives que des provisoires^ à Texoeption, touttfeiSy de celles que se réserveraient les membres de la fiodété.

* * DAns le délai de huitaine , au lieu de un ou deux mois , toutes les enquêtes concernant les lifatttés provisoires parviendraient à l'autorité , et èèlles des libertés définitives seraient toujours faites pour chaque séance mensuelle.

les premières, avant d'être envoyées au ministère ou a la préfecture , seraient déposées à Fagence générale et soumises au comité d'en- '^piéle , qui approuverait ou rejetterait la demande dé liberté provisoire.

' Les secondes seraient aussi envoyées à l'agence et portées à la séance mensuelle, pour être remises au commissaire enquêteur, que nous appellerons ici honoraire, et qui en donnerait lecture au comité. En son absence , cette lecture serait ftûle' par l'agent général.

De cette manière, plus de retards, plus d'empê-

— 16Éf —

chements à la nomination des patrons , plus, de nécessité de nommer des commissaires enquêteurs d'office 9 plus de refus ^ plus d'enquêtes in-> complètes , mal ou non faites.

Une fois les enquêtes terminées , le .commissaire enquêteur-inspecteur s'occuperait chaque jour de visiter, quartier par quartier, d'après un tableau dressé à l'agence, un certain nombre làe pupilles.

Des buUetins, qu'il .garnirait , indiqueraient la conduite et les besoins des patronés. Ce bullelm serait fait à double exemplaire : l'un devrait être adressé au patron, l'autre joint au dossier- de l'enfant. *•

Sil'enfant devaitchanger d'atelier, l'agent deidacément en serait de suite averti et lui cbercheraiC unenouvelleplace. S'il avait besoin d'habillements^ d'outilsj d'un lit, le patron serait consulté et priéde venir à la prochaine séance mensuelle demander la délivrance (Tun bon; car on aurai! un fournisseur général, et il ne serait plus ou presque pins délivré de mandats sur le trésorier.

Si les affidres du patron ne lui permettaient pas de venir a cette séance , il serait encore suppléé par l'agent général , qui y en cas d'urgence ^ et sans attendre même cette réunion, pourrait iiûre

délivrer provisoirement, sauf l'approbation uhërienre du comité, les objets dont le pupille aurait besoin; car, que le patron vienne ou non, qu'il réponde ou non , qu'il soit à Paris ou en voyage , quoi qu'il arrive enfin , le pupille n'en doit point souffrir ; l'agence générale pourvoirait à tout.

Et quand viendraient les séances semestrielles, p9S on rapport ne manquerait , puisque le patron connattrait, de quinzaine en quinzaine, la conduite de son pupille, et qu'il lui en coûterait peu, dès lors, dSenvoyer un bulletin la résumant. S'il ne le faisait pas^on n'aurait qu'à consulter les bulletins de IHnspecteur qui seraient joints aux dossiers , et à l'instant on pourrait dresser la statistique.

Remarquez ensuite que les fonctions de l'inspecteur n'empêcheraient pas le patron de visiter OU' de recevoir chaque jour, s'il le voulait, son papille* Ce serait d'ailleurs constamment en son noni qu'il se présenterait , constamment en son nom qu'il lui ferait accorder ce dont il aurait besoin : donc l'honneur du bien qui serait fait lui reviendrait tout entier.

£n somme, l'inspecteur ne serait que le patron a^int, et cette adjonction ne blesserait personne.

ies demandes de prix seraient soumises à

l'examen scrupuleux d'une commission spéciale. Ici encore , la présence de l'inspecteur et de ses bulletins empêcheraient des demandes ou (d)teQ-* tiens imméritées.

La mission du commissaire enquéteur-inspeo* leur serait des plus honoraUes, des plus délicates ; le choix de l'homme serait donc fort important : il le faudrait jeune , actif, capable, honnête, dt^ quelque corrompu que soit le siècle, cela se trouve encore , en cherchant bien.

Les fonctions de l'agent de placement dema»dent beaucoup moins d'élévation dans l'espririst le cœur, mais ce qu'il lui faudrait aussi, c'est de l'activité, de la jeunesse, de la probité, un peu de ce tact et de ce jugement sain, qui pennet d'apprécier à l'instant le bien et le mal. *'

Ce qui restreindrait beaucoup les candidats à celte place, c'est qu'ils devraient, par leurs Mtécédants, avoir été ou être encore en relation àtw toute espèce de chefs d'atelier. Il conviendnSt qu'ils eussent assez de tenue et de dignité pour Men représenter la société, et assez de laisser-aller pour inspirer de ta confiance aux artisans : cela se trouverait encore. L'agent de placement aurait Viie très grande part dans les succès de l'œuvre, àir, après le patron, le* choix de l'atelier est ce qu^l y

a^de plus important dans le patronage , il décide soavent de tout l'ayenir des patronés.

t Aussi, trois mois à l'avance, cet agent entreraitil aux pénitenciers; il verrait, étudierait le détenu ^'il devrait placer, et connaîtrait, après quelques visites, mieux que qui que ce fût, l'état qu'il ccMOviendrait de lui faire embrasser. La place trouvée, l'agent de placement ferait un rapport à l'agent général qui le communiquerait au comité en même temps que l'enquête; de telle sorte que la^ jour même où la société serait initiée à tous les secrets de la vie du détenu, elle discuterait et arrêterait les conditions de son placement.

Qu'elle difficulté pourrait-on éprouver alors pgur lui nommer un patron, soit séance tenante, soit d'office? aucune : le détenu est placé à l'avance.

.Hais, dira-t^on, il faudra l'habiller ? Oui, et oe sera au dépôt de la société , sur les bons déliwté^ au patroa ou à l'agent de placement par Régent général.

: Mais il faudra aller, accompagné du pupille , tMçher la masse à la préfecture à des jours et 4(8 heures qui conviennent rarement?

, iNon, car d'après notre système» elle sera reçue à la préfecture, quelle qu'en soit l'importance, et

yersée,-par l'agent général , dans la caisse de la société.

Mais il faudra le surveiller très fréquemment, mais il faudra le replacer s'il change d'atelier, mais il faudra pourvoir à son entretien? Oui, si' vous le voulez, non, si vous ne le voulez pas, car tonticda sera fait par les rouages de l'agence générale»

Les fonctions de l'agent comptable exigeraient un homme très intelligent, très assidu, ayant beatacoup d'ordre et assez de connaissances financiërâs pour maintenir l'exactitude la plus parfaite daùê tous les comptes. ' '^ '

L'agent général aurait dans ses attributions la direction morale des libà^s que les patroiis, pour cause légitime , ne pourraient diriger eux mêmes, les travaux statistiques et autres qui se^ raient préparés sous les yeux du président, assisté du bureau, les démarches importantes dans lès ministères, au parquet, à la préfecture, dans les prisons, ou auprès des membres de la société,' la correspondance, la tenue des séances, la rédaction des ordres du jour et procès- verbaux, l'examen et la révision des rapports d'enquête et de placement, la réception journalière des membres, des enfants, des parents , des chefs d'atelier, la caisse, la délivrance des bons et mandats sur l'économe

^u le trésorier général , et enGn 1» direction de tons les employés de l'agence et la surveillance de toutes les écritures (1).

Ainsi 9 jamais de libérés sortants sans place, jamais délibérés désœuvrés, puisqu'ils seraient, le plus souvent^ replacés avant de quitter le premier atdier.

Ainsi, Tune des sources les plus amères du patronage se tarirait y Tune des causes les moins contestables de la récidive, l'absence de place, cesserait; et nous n'en finirions pas, si nous étions obligés d'étaler un à un tous les avantages que nous entrevoyons et qui doivent naturellement augnoienter chaque jour par cette organisation*.

Les plus immédiata sont :

. 1° De pouvoir, en attendant une loi, se passer d'un très grand nombre de patrons dans les {principales villes ; et cependant, aux conditions que nous faisons, quel donateur, quel sou scripteur , quQl patron refuserait désormais le patronage, ainsi dégagé de tout, ce qu'il a de pénible et de matériel^ pour ne lui laisser que la partie moraleu^

(]) A quelques légères nuances près , cette organisation et ce mécanisme 'sont, depuis denx ans, ceux de la société de patronege de Parb.

2^ De Yoir, non seulement maintenir, mais accroître le chiffre des membres dans les localités où existent déjà des sociétés, et augmenter , par conséquent aussi, les recettes, tant à cause de la facilité que des succès du patronage.

3^ De pouvoir étendre enfin la protection de Tœuvre à un bien plus grand nombre de libérés, et naturellement à la catégorie qui a. été n^llgëe jusqu'à présent, à Paris du moins, à celle des ecmdamnés à peu de mois.

( ^I• — DevoiM ginéraos d'un Patron.

Il doit, autant que possible, faire lui-même Tenquéte sur les antécédents de l'enfant ; s^nsm^ rer des causes qui l'ont conduit au pénitencier ; savoir quelle est la moralilé de la famille, et lil ce n'est pas elle qui a corrompu le détenu.

Il doit, autant que possible, visiter sou vent son futur patroné dans sa cellule ^ en Tabsencé 96 tout surveillant, le préparer à user dignement, utilement de la liberté provisoire ou définitive qu'il va obtenir.

Il doit y étudier son caractère, de manière à pouvoir le diriger un jour, non seulement par les qualités qu'il aura découvertes, mais encore par les défauts eux-mêmes, sagement comBattns.

11 doit s'attacher à lui inspirer, surtout et avant tout, de la confiance^ de rattachement, de la recxmDaissance» par des soins assidus, s'il est malade, on par quelques légères faveurs qu'il obtiendra toujours facilement d'un directeur qui comprendra l'œuvre sainte du patronage.

Le mensonge et l'hypocrisie doivent être inoessamment présentés ,avec la paresse et l'irréli*gion» comme le cortège infaillible de toute mauvaiseconduite passée ou future, comme les indices précurseurs d'une récidive qui est le tombeau moral de l'homme.

U doit être tout à la fois son médecin du corps et de l'àme, son instituteur, son confesseur, son ïÂenùàtamy plus que cela : son -ami ! s'il y parvient, la r^énération du détenu est certaine, inÊdlIible.

Il doit l'accompagner au vestiaire, et choisir ]m effets d'habillements et de literie, qui, au moment de la sortie, lui sont délivrés parla so-

Il doit assister toujours à la libération provisoire ou définitive, car cette heure marque étern^lement dans la vie d'un homme ou d'un enfant qui a été détenu pour une première fois ; elle marque dans sa vie, comme un des plus beaux

jours. Voir fuir derrière soi ce gigantesque monceau de pierres noires et de barreaux de fer, cercueil plutôt que prison; où l'on a gémi si longtemps, où tant de larmes tristes, silencieuses et peut-être repentantes ont coulé sans témoins; où tant de sanglots, tant de soupirs sont restés muQts et sans échos; où la torture de lame, encore quelque peu Oère, est mille fois plus horrible que celle du corps ; où les concerts harmonieux de la nature, se traduisent en cliquetis, en grincements, en lamentations, enimprécationsde l'enfer; où le travail est le seul délassement, le seul plaisir; où le sommeil est un perpétuel cauchemar ; où l'air n'arrive que vicié et nauséabonde ; oà le soleil serait si heureux de pénétrer, sans la barbarie des hommes qui y a mis d'invincibles obstacles, comme si Dieu n'avait pas fait, de Tair et du soleil, deux éléments de notre existence ! Mais fuir tout cela en un instant, respirer un air pur, jouir de la vue des arbres , des fleurs y de l'eau qui coule, entendre chanter des oiseaux^ se réchauffer à un rayon de soleil, puis marcher librement, la mafn d'un ami dans la sienne, ponr aller, revoir et embrasser sa vieille mère ! Oh , oui, ce jour là doit-ctre un beau jour , on regretterait presque de ne l'avoir pas connu! Le patron

i]oil donc prendre sa part dn bonheur qu'enfante cette liberté, afin que> dans les souvenirs du libéré, son nom soit associé à ce fortuné moment.

11 doit assister aux premiers embrassements de là famille, si la famille est honnête ; dans le cas contraire , il doit accompagner le libéré dans Tatelier qui, par ses soins ou ceux de l'agence, lui a été procuré.

Il doit avoir choisi un atelier où le pupille sera seul avec son maître, ou avec un ou deux ouvriers seulement.

n doit l'installer au milieu des ouvriers, au milieu de sa nouvelle famille , dont les chefs seuls

connaîtront son histoire de la prison.

II doit se poser devant les ouvriers comme un

protecteur, comme uni ami de la famille du \ibéré.

' Il doit régler, après le temps d'essai , qui est ordinairement de huit à quinze jours , les derniferes conditions de l'apprentissage ou dû sa-

li doit visiter son pupille le plus souvent possible, deux ou trois fois par mois, davantage s'il le peut.

Il doit , lorsqu'il a quelques reproches à lui faire , ménager son amour-propre et ne les lui

adresser qu'en particulier, à moins de côrtttiils cas exceptionnels où il jugerait que des témoins sont utiles.

II doit l'encourager beaucoup^ lui parler avec bonté , le gronder rarement afin que ses réprimandes fassent plus d'effet.

II doit s'attacher à être juste dans ses témbi* gnages d'affection, comme dans ses reproches; car des punitions ou des récompenses imméritées corrompent plutôt qu'elles ne moralisent.

Il doit accompagner tout blâme ou tout éloge dQ raisonnements simples à la portée de apn pupille, et d'où la moralité découle naturellement»

11 doit être sobre dans ses dons, et si sa générosité le porte à lui offrir quelque chose les- di*manches , il iaut que cet argent soit religieuse*ment placé par le patroné lui-même à la caisse d'épargne pour parer aux mauvais jours, au liw d'aller s'engouffrer dans celle d'un théâtre, où certes il y aurait un puissant agent de moralisa* tion^ si l'autorité veillait, par tous les moyens en son pouvoir, a ce qu'on n'y donnât que de boniMiK pièces. Le théâtre du peuple devrait être, sous la rapport des mœurs et des intérêts sociaux \ le plus soigné, le plus étudié de tous les théâtres.

c'est ici qu'une large subvention serait bien placée et porterait d'autres fruits que ceux de TOpéra.

Il doit toujours tenir religieusement ce qu'il lui promet, soit comme récompense, soit comme punition : une parole entre le patron et le patroné ddtâtre encore plus sacrée qu'avec d'autres.

Bdoit lui prêter souvent de bons livres.

n doit veiller à ce qu'il soit propre et soigneux de sa personne, de ses vêtements.

n doit, lorsque ses habillements sont usés, les fiûre renouveler par la société, si son salaire n'est pas suffisant pour couvrir toutes ses dépenses.

Il doit s'assurer que ses économies , s'il peut

en faire , sont fidèlement placées à la caisse d'é-

pargne.

Il doit principalement et incessamment veiller à ce qu'il remplisse exactement tous les devoirs de sa religion^ quelle qu'elle soit«

Il doit s'abstenir de toute réflexion sur la valeur plus ou moins grande à ses yeux de la religion qu'il professe, si cette religion n'est pas la même qoe h sienne.

ndoit, s'il est de là même religion, assister une Mb ou deux par an, avec lui, à quelque office divin.

11 doit se faire rendre compte de remploi de son temps les jours de fêtes et dimanches.

Il doit lui défendre la fréquentation des barrières et autres mauvais lieux.

Il doit tenir à ce qu'il travaille le lundi.

Il doit l'envoyer aux écoles du soir des enfents ou des adultes , suivant qu'il est l'un ou l'antre , pour qu'il apprenne au moins à lire , à écrire et a calculer, s'il est encore assez jeune pour cela.

Il doit le recevoir chez lui de temps à autre , les jours de fêtes et les dimanches.

U doit être attentif à ce que personne , et lui moins encore que tout autre , ne se permette de lui reprocher son séjour a la prison.

Il doit', par tous ses actes, par toutes ses paroles, témoigner de son attachement et de son oubli de fautes passées.

Il doit être avec lui sans méfiance.

U doit, après quelque temps de liberté, le mettre à l'épreuve 'et lui confier de petites choses à porter, nous n'osons pas dire de l'argent, et pourtant cette grande marque de confiance nous a toiyours parfakemeut réussi ; car le libéré ne volera jamais un patron qui lui aura fait du bien, et qui chaque jour lui aura dit : je crois en ta probité, j'ai foi dans ta parole, je te confie ma

bourse ou ma maison. Ce langage, croyez-le bien, retiendra plus de voleurs que tous vos cadenas et vos doubles tours de serrures. Ne craignez donc pas de grandir le patronë à ses propres yeux y laissez*lui croirç même aux vertus qu'il n*a pas, c'est le plus sûr moyen de les lui donner. Que si au contraire vous êtes défiant et paraissez dûnter de lui^ il ne tardera pas à en faire autant : il doutera bientôt de lui et de vous! tout lien d'affection , de reconnaissance entre vous deux sera rompu, vos craintes auront réveillé en lui de mauvais instincts qui commençaient à s'éteindre dans l'oubli , et vous aurez peut-être fait un voleur de celui qui voulait déjà rester hùiméle homme !

Il doit , comme dernière récompense ^ comme réhabilitation morale enfin , admettre une fois le libéré à sa table.

Mais, si le i>alron est trop haut placé ou a trop de préjugés pour cela^ il faut qu'il se garde de l'envoyer à l'office , à la table de ses gens , car le rér saltat ne serait plus le même , la réhabilitation n'aurait lieu aux yeux de personne, ni à ceux du patron^ ni à ceux du libéré; ce serait tout au plus l'avoir invité à calmer sa faim. Ce que nous cherchons dans cette admission au foyer et à la table

du patron ^ c'est la restauration du cœur et bob celle de Testomac. Si donc, le libéré a l'honneur de prendre place un jour à côté de son patron , ce^ lui-ci 4oit choisir, pour celte solennité, ranniver* saire du jour de la liberté xléflniti ve ou provisoire : ce jour ne saurait être en trop grande vénération.

Il doit, lui recommander constamment de fuir ses anciennes connaissances, et surtout ceUes de la prison, car, sans cela, la régénération est impM^ gible, que le patron ne l'oublie jamais. Vh seul mauvais libéré est capable d'en corrompre eÎÊiq cents bons! et une triste ex]^érience nous proute chaque jour davantage cette cruelle vérité, qui est et sera toujours le plus terrible argument contre la communauté des détenus ou des libérés.

Il doit par conséquent tenir à ce qu'aucun li-« béré n'arrive , si c'est possiMe , soit comme ap-» prentî, soit comme ouvrier dans l'atelier de don patroné.

Il doit lui faire comprendre que c'est en* étant poli, honnête et complaisant avec tout le mondé, avec ses maîtres comme avec ses camarades, tja^ôA obtient d'eux la réciprocité de cette conduite.

Il doit adresser régulièrement à la société 86s rapports semestriels.

Il doit faire parvenir, a chaque séance meA-

sùeUe 9 i»es deoiandes d'habillement , d'oulils , de literie ou autres secours extraordinairesi.

Il doit» en cas d'urgence, envoyer ses demandtes écrites à Tagent général qui pourra statuer Itti-môme ou faire statuer le conseil , si le cas IjSKîge. Si ce sont des demandes d'habillement ou de literie, elles doivent être détaillées. Si ce sont des achat» d'outils, ou autres dépenses non prévues, le prix présumé doit ôtre indiqué.

' Il doit, dans le cas où son patroné quitterait HMi atelier par un motif quelconque , en donner flVis à l'agent général afin qu'il lui fasse chercher immédiatement une autre place par l'agent de idacement.

Il doit s'adresser aussi à l'agent général s'il a besoin, pendant quelques jours, et jusqu'au placement de son pupille , de bons pour l!une des maisons d'asile de la société. Si le patroné a une £unille et qu'elle puisse le receveur, il sera eniafé à hi famille et non à l'asile.

. Il doit avertir l'agent général lorsque des objets de literie ne sont plus utiles à son patroné et doivent rentrer au vestiaire de la société.

11 doit, en cas de disparition du patroné, prévenir immédiatement l'agent général pour qu'il ' le &s8e rechercher, si c'est un libéré définitif, ou

pour que sa réintégration soit demandée par le président, si c'est un libéré provisoire.

11 doit y à r^rd des libérés provisoires , ne jamais attendre , si c*est possible , une foite ou une rechute pour signaler à l'agent général la mauvaise conduite, car du moment que ces libë^ rés donnent aux patrons des inquiétudes sérieuses, on sollicite sur-le-champ leur réintégra-* tion. Gela est d'autant plus prudent pour les enfants^ qu'un nouveau délit, lorsqu'il» ont plus de seize ans , les ferait c(mdamner et les enverrait dans une prison d'adultes où ils achèveraient de se corrompre par la communauté.

11 doit faire comprendre à ses patronés, libérés provisoires , que s'ils ont obtenu une immense faveur ^ c'est à la condition de s'en rendre toujours dignes, et que du moment où leur conduite sera blâmable, il est de son devoir, de son devoir impérieux de les faire rentrer au pénitencier. Cet avertissement doit être donné avant la libération ou dans les premiers jours de la sortie; s'il avait lieu au moment de l'inconduite, il pourrait provoquer la fuite du pupille et le précipiter dans l'abîme qu'on* voudrait lui éviter par une.réintégration.

Il doit s'assurer que l'inspecteur de la société

visite mensuellement en son nom tous ses palronés; car rjnspecteur ne doit jamais se présenter qu'au nom du patron et ne s'adresser qu'au chef d'atelier ou à sa femme, afin d'éloigner, dans l'esprit des autres ouvriers, tout soupçon de surveillance qui ressemblerait à la police. Il serait même a désirer que le patron se chargeât seul de ce soin; malheureusement c'est difficile dans les grandes villes, et presque impossible à Paris.

11^ doit avertir l'agent général de tout changement d'atelier qu'il aurait approuvé ou provoqué hii-méme, ou qu'il connaîtrait seulement par l'aveu du patroné, ou de toute antre personne.

Il doit, dans son dernier rapport semestriel de chaque année, établir les droits de ses patronés aux récompenses que décerne la société à ceux qui les méritent. Les encouragements ne s'accordent qu'après une année au moins de bonne conduite ; les prix après les trois années du patronage et à la suite d'une conduite constamment irréprochable. Les premiers prix sont réservés aux |>atr<»iés de cette dernière catégorie qui , durant les trois années, se sont distingués par quelque iloble, filiale, généreuse, courageuse ou patriotique action. Ces actions sont beaucoup moins rates qu'on le croit communément : les archives

de la société sont là pour le prouver. £t c'est lèi aussi la seulQ gloire que revendiquent^ mai^ à juste titre, les patrons; c'est leur seule ambition, elle est vaste et belle comme l'œuvre elle-niéine.

11 doit^ si le patroné a le malheur de se laisser entraîner à de nouvelles foutes, le couvrir malgré cela de son manteau tutélaire.

11 doit, s'il est arrêté pour vagabondage, lerér clamer ou le faire réclamer par l'agence.

11 doit , s'il ne lui en sert lui-même, lui trouver unavocat dans la société, pour le cas où, prévenu d'un délit ou d'un crime grave, il n'aurait ni dû ni pu le réclamer.

II doit rassisler au moins de sa présence dans -cette douloureuse circonstance.

11 doit intéresser une dernière fois ses juges en sa faveur et solliciter leur indulgence.

Il doit, s'il est acquitté, s'occuper de le replacer de concert avec l'agence.

H doit, s'il est condamné, le visiter de nouveau dans sa prison , le patroner de nouveau à sa sortie.

11 doit enfin, tant qu'il y a quelque espoir de régénération, s'attacher à lui et le suivre avec la fidélité d'un ami et la tendresse d'un père. On n'a

lùm mérité de son pays et payé ga dette à Thu*inanité qi)*à ce prix.

Il dûit^ si Paris est trop dangereux pour lui ^ s'entendre avôc l'agent général pour le placer^ soit dans une oobnie agricole, soit dans un atelier de province, dél^uant le patronage à un homme de bien de, la localité ave^î lequel il correspondra. Si cela n'est pas possible, il devra le fiure engager dans l'armée de terre ou de mer; et si le patroné ne réunissait pas les conditions voulues par la loi, il y aurait lieu de l'embarquer sur un bâtiment marchand, l «Il doit, lorsqu'il est ouvrier et capable de gagner son existence et celle de sa famille, l'inviter à se marier, plutôt que de vivre danslelibertinage. : Il doit alors solliciter de la société le petit mobilier ou le livret de la caisse d'épai^ne qu'elle accorde d'ordinaire à ceux de ses pupilles qui accomplissent cet acte solennel, le plus important peut-être de la vie. Le patron qui a le bonheur de conduire son patroné jusqu'à ce dénouement, où* la surveillance cesse et l'amitié commence, ce patron, disons^nous, peut se flatter d'avoir dignement rempli ' la mission qui lui avait été confiée. Il trouve la récompense de ses peines en voyant son protégé élever religieusement ses

enfants et rendre à d'autres pupilles ce qu'il avait reçu lui même de la société , un appui , des secours de tout genre et des conseils de frère.

C'est ainsi que tout s'enchaîne dans ce monde, le mal produit le maU le bien produit le bien.

I IT. HafMf do Béiwrwm»

Nous avons dit précédemment pourquoi les masses étaient immorales, pourquoi il fallait les supprimer, ou , en les conservant en totalité ou en partie , à qui elle devaient appartenir (1).

Avec la nouvelle loi , il est de toute nécessité de réviser les art. 15, 21 et 41 du Code pénaK

Le premier se tait sur la masse de réserve des condamnés aux travaux forcés ; donc il ne leur est rien dû. Et cependant on leur fait une masse !

Le deuxième permet de fixer une part dans le produit du travail des réclusionnaires « pour être appliquée à leur profit, ainsi qu'il sera réglé par le gouvernement. »

Le troisième ordonne qu'une portion du pro-* duit du travail des correctionnels « sera employée, partie à lui procurer des adoucissements^

(i) A l'État, qui les remeUrait aux sodétA de patronage.

1^189 — s'iltes mérite y partie à former pour lui , au temps de^sa sortie, unftmds de réserve; le tout ainsi qu'il sera ordonné par des r^lements d'administration publique. »

Ainsi, en l'état, il n'est rien dû aux forçats.

Il est facultatif de laisser une part quelconque aux réclusionnaires. On peut donc la diminuer, l'étendre en en râlant l'emploi , ou la supprimer toufcà &it.

Il est obligatoire de fixer deux parts pour les correctionnels; Tune qu'ils obtiendront en adoucissements pendant la détention , s'ils les méritent, et l'autre qui leur servira de fonds de secours à leur sortie , mais en en réglant aussi l'emploi comme pour les réclusionnaires. La première des deux parts n'est donc que facultative , et peut leur être enlevée en cas d'inconduite. Il n'est d'aOleurs presque plus possible aujourd'hui , avec la suppre^ion de la cantine, de leur aqcorder les adoucissements de l'art. 41.

Le Code se tait enfin à l'égard des prévenus et des accusés , parce que le travail n'est pas obligatoire; il se tait aussi sur les jeunes détenus acquittés qui sont renvoyés dans une maison de correction pour y être élevés.

H est nécessaire qu'à l'avenir, il n'y ait plus

aucuûedistinctiondanslapartàfiiiFe sur le produit du travail y qu'il s'agisse de forçats , de rëdusion* nairesyde correctionnels ou de jeunes détenus. Cette part, d'après notre plan , ne pouvant jaso^ leur appartenir et devant toujours être versée dans la caisse des sociétés de patronage ou de l'état , il n'y a plus de nécesnté de la graduer d'aprte l'échelle de criminjtlité, ce qui devrait être si les masses pouvaient encore être remises aux Kb^ rés ; c'était, du reste , ce que le Gode pénal avait réglé en accordant plus aux correctionnels qu'aux réclusionnaires et rien aux forçats. La relenae sur le produit du travail sera donc la môme pour tous^ depuis les jeunes détenus jusqu'aux forçats» Quant aux prévenus et aux accusés qui travail^ leraient, ils pourraient participer aux bienfaits du gouvernement ou des sociétés de patronage ^ et celles-ci n'accorderaient qu'un appui moral et sans secours à ceux qui , durant leur prévention ^ auraient refusé un travail conforme à leur goût ou à leur profession.

Sans société de patronage, les masses seraient également maintenues, mais elles appartien-' draient , comme nous l'avons dit , au gouverne-^ ment qui, ne devant rien aux libérés, leur donne^ raît cependant, en sortant, de quoi se vêtir 'et se

rmdrc dans le pays qu'ils voudraient habiter ; il faudrait aussi qu'ils eussent de quoi pourvoir a leurs premiers besoins jusqu'à ce qu'ils pussent trouver du travail. Cependant, si ce parti était adopté par la législature et l'administration, nous pouvons affirmer que quel que soit le régime pénitentiaire qui aura prévalu ^ du système français ou du système d'Aubum, les récidives seront à peu près les mêmes que par le passé ; car le ré* gîme pénitentiaire prépare , dispose le détenu à devenir meilleur^ mais c'-est le patronage seul qui couronne l'œuvre de la réforme et en assure déGnitivement le succès. Le pénitencier labourera, ensemencera, et le patronage moissonnera. Tout oe qu'on mettrait à âa place ne ferait que glaner. Cette opinion de notre part est le résultat de bien des veilles , de bien des observations sur les mosur^y les vices, les défauts et les qualités des libérés , qui ne ressemblent en rien aux détenus.

La nouvelle loi, en supprimant la surveillance de la police, qui est dégradante et homicide , rendrait le patronage obligatoire pour les gardes nationanx ; tous les libérés useraient tenus de l'accepter, parce que, ne leur donnant rien à leur sortie, comment se vétiraient-ils? comment se nourriraient-ils ?

Le patronage ne devrait pas être imposé aux libérés par la loi elle-même , mais par la nécessité, car s'il n'en était point ainsi, la loi ferait du patronage une succursale de la police. La nécessité, au contraire, le rendrait fils de la charité, qui elle-même est mère de l'humanité souffrante : dès lors rien qui humilie, qui dégrade le patron; rien qui, après la liberté, ressemble à une continuation de peine et irrite le libéré. La surveillance se change en protection , la masse en bienfaisance.

Les libérés qui refuseraient le patronage seraient en très petit nombre ( un sur mille peutêtre) , et encore, c'est parce qu'ils auraient par devers eux ou de leurs familles, des. secours et un appui suffisants. Que si un libéré, sans ressource aucune, était assez insensé potir repousser la main tutélaire et bienfaisante qui lui serait tendue /oh pourrait être sûr que, dans les quarante-hwt heures qui suivraient la libération , il serait ar- 'rêté comme vagabond ou voleur, surtout tant qu'il n'y aurait pas des ateliers du gouvernement où tout homme mourant dé faim pourrait se procurer de Touvrage. Et quand même ces ateliers existeraient, il n'y en aurait pas à tous les clo^ chers de France : il faudrait donc toujours au li-^ béré des habillements décents et de l'argent pour

faire sa route. Le patronage est donc forcé; et c'est là ce qui nous donne une si grande confiance dans la réduction future des récidives.

Le patronage serait offert à tous les libérés des deux sexes, sans égard pour la durée ni la nature de h: peine , à celui qui aurait fait un jour de prison^comme à celui qui en aurait subi des milliers » au petit délinquant comme au grand coupable. Les secours et les soins seraient toujours proportionnés aux exigences de la position morale et matérielle du libéré.

Les masses qui appartiendraient à la société de patronage permettraient de dépenser plus pour tel libéré , moins pour tel autre. Personne ne pourrait venir lui dire j'ai eu 100 fr. ou 1,500 fr. damasse; vous me devez 100 fr. ou 1,500 fr.

Toutes les masses composeraient un fonds comiDu». Sans cela, les libérés regarderaient les secours du patronage comme une dette, et n<Hi cxxnme un bienfait. Ils seraient en droit de der mander des comptes , et toujours, h leurs yeux , la société aurait vendu trop chers ses services, toujours elle aurait retenu quelque chose de la mas^ , jamais les libérées ne se trouveraient heu-* reux et satisfaits.

11 faut qu'ils sachent bien qu'on ne leur (Ml

tien^ et que s'ils obtienneot protection et secours^ c'est à la condition de se laisser diriger et de se bien conduire.

En laissant la masse la propriété du détenu y comme cela se pratique aujourd'hui , il en résulte que les jeunes libérés ou leurs parents reindent le patronage (il en serait de même des adultes), pour aller dévorer en quelques jours une somme qui , bien administrée, eût suffi pendant plusieurs années pour assurer l'existence de l'enfant (1).

Et puis , voyez l'immoralité ! La famille qui , par inconduite ou autrement , ne peut élever ses enfants, les enverra et les envoie (nous le savons, quelques parents nous en ayant fait confidence) en prison^ parce que là ils ne lui coûtent rien de logement , de nourriture , d'entretien , de chauffage et de blanchissage ; parce que là ils apprennent gratis à lire , à écrire, à calculer; parce que là on leur enseigne, aussi gratuitement, un état;

(i) Nous connaissons un jeune libéré qui avait 4oo fr.' de inasse , et dont les parents qui refusèrent , bien entendu f le patronage, vinrent le chercher en voiture. .Ils annoncèrent qn'il se rendaient k la préfecture afin de toucher ce qui leur était dû , et que de la ils allaient, pendaut huit jourSj faire €• qu'ils appellent la noce : ils poussèrent l'effronterie jusqu'à inviter les gardiens k être de la partie.

~ ft95 —

parce que )ky en sortant, ils reçoivent une prime variant de SO à 400 fr. pour récompense du crime on du délit qu'ils ont commis.

Et à qui la faute ? •

Pourquoi cet hameçon j6té a la cupidité ou a la misère des parente , qui , les malheureux ! n'avaient pas réfléchi que la prison, la prison mi commun seulement, donnerait aussi à leur» erii* flmts, à Tépoque de la libération , avec de For, un brevet qu'ils ne demandaient pas , un brevet de voleur ou d'assassin!

Aujourd'hui, si les détenus vivent de longues années à la charge de l'État , les libérés n'y vivent que quelques jours du produit de leurs masses ; puis ils reprennent bien vite leur premier métier, dans lequel ils n'étaient qu'apprentis, et où ils sont passés maîtres par leur séjour eu prison ; quelques uns môme ont monté en grade et ont gagné leurs chevrons : de la peine correctionnelle, que leur profession leur faisait encourir autrefois, ils peuvent, maintenant qu'ils sont plus instruits, braver la réclusion; ceux de la réclusion, jouer avec les bagnes ou l'échafaud , comme un enfant jouerait à la bille ou à la paume, et cela avec la même naïveté , avec la même assurance , avec la mAne tranquillité d'esprit.

L'homme qui a le malheur de glissar^ne pre«* miëre fois dans la vie est conduit, par la pente du mal , jusque dans la prison, d'où il ne 6e relève plus que dans le sang.

Qu'à ce point de vue, l'homme à passions violente» et désordonnées ou l'homme qui souffre , sache donc dompter ses passions , soufirk ou mourir honnête, plutôt que d'aller chercher la wie et la mort ignominieuse qui l'attendent en fivaa* chissant le seuil de nos prisons actuelles !

Les détenus sont, disions*nous, à la charge de l'État et les libérés à la charge de la société entité : le vol d'est pour ceux-ci qu'une^dlme qu'ils prélèvent sur là fortune publique.

Il est bien temps ou jamais vraiment de porter remède à im pareil déboinlement. Qu'cm y songe donc sérieusementl l'ajournement n'est phis possible : le mal est au cœur de la société. Atteadrez-vous qu'il soit incurable? attendrez^vous que le torrent des mauvaises passions ait rompu toutes les digues des bonnes? Au moment de la tempête, le pilote met sa chaloupe à la mer^ mais c'est pour 9auver autre chose que des cadavres!

Nous vous répéterons donc : «

A l'œuvre avant le naufrage !

A l'œuvre en adoptant le systèuie de.l'Mipi^i-

soimement individuel français^ comme Ta si bien qualifié M. Moreaa-Cbristophe !

A Tœuyre en organisant sur toute la France, les sociétés de patronage !

l^s ressources nécessaires pour créer des pénitenciers, les chambres les voteront sans retard, nous n'en doutons pas. Car s'il est urgent de se garantir des Cosaques ; s'il est urgent d'assurer la possession de nos colonies et de les faire vivreen toant te sucre de betterave, ce que nous n'oserions pas affirmer; s'il est urgent d'établir, par un vaste réseau de chemins de fer , de promptes et faciles communications entre toutes les villes du royaume et des pays étrangers , il est certainement plus urgent encore d'assurer d'abord Texistence des hommes qui doivent, de leur corps, faire des for* teresses bien autrement redoutables que quelques cailloux superposés les uns aux autres , et pré* server notre belle France de la souillure nouvelle de nos amis Jes ennemis , comme l'a ^dit , nous croyons, si spirituellement notre grand chansonnier ; d'assurer l'existence de ceux qui doivent cultiver en hommes libres , et nofi en esclaves, les cannes à sucre ; de ceux qui doivent fréquenter les routes magiques.

Toute chose ^ sur la terre, étant créée pour l'homme , il n'y û pas liëtt de rien, efé^ si rhomme ne doit pas jouir de cette chose.

Eh bien, en d'autres tçrmes, nous le redisons :

Pour faire tuer des hommes à la frontière, il faut avoir des hommes j et qui {dus est, des hommes qui veuillent se faire tuer.

Pour fabriquer du sucre, il faut des hommee pmr le manger^ et surtout ayant de l'ar|fent jMmr le payer. •

Pour monter dans des wagons , il faut attssi dés^hommes ayant plus qu'un morceau de piiin à mettre sous la dent , à moins que les transpwts ne soient gratis , ce qui , que nous sachions du Aïoins, ne serait ^uëre du goût de Messieurar les actionnaires.

Assurez-vous donc d'avoir des hommes , des hommes vertueux et travailleurs , avant de songer à quoi quet^ soit !

C'est de morale et de pain que nous manquons principalement! l'cffle nourrit l'àme, l'autre le corps. Sans Tune-ou sans l'autre, la terre tombe dans la barbarie ou se dépeuple.

Bentinelle avancée et vigilante, nous vous crions : garde a vous! Faites ensuite ce qu'il vous plaira. Pour nous, nous prierons Dieii cle

pfttndre notre çaUère sous sa protection , puis advienne que' pourra, notre tâche serst remplie.

Nous ayons dit que les chambres voteraient. infiiilliblemant bientôt les fonds nécessaires à la construction des pénitenciers, cela doit être, cela sera, à moins d'un aveuglement (ktal, sauvage, inhumain , dont le pays , représenté par les diimbres, ne saurait se rendre coupable. .

Quant aux sociétés de patronatge, loin de gre« ver encore le budget, elles trouveront le moyen de. se £9nder, en allégeant considérablement les chaires de l'État , pour ce qui concerne les 4épm$es des prisons.

^^ |¥. — B«ifo«ro6fdtsfoetéléidePalvoBAg«.

C'est de 1818 que date l'organisation des maisons centrales.

L'État allait devenir débiteur envers iesjibérés de sommes importantes-; il imagina de les placer ftu fur et à mesure en rentes S p. cent. Une or* d(M)pauce fut donc rendue à ce sujet le 8 seplemhre 1819.

A cette époque, le tiers des masses appai!tenant ua% détenus produisit en rente une somme d'en*, viron 60,000 fr.

Si la loi n'avait été déjà trop généreuse k l'égard def quelques prisonniers, en leur réservant comme prime honteuse et immorale une part sur le produit du travail ; si Jes hommes n'avaient été plus généreux encore ou plus immoraux que la loi , en étendant cette réserve à ceux qu'elle avait voulu exclure, il eût été peut-être d'une rigourease équité de tenir compte à chaque libéré de l'intérêt de sou-capilal, puisque intérêt il y avait ; mais, cuire que c'eût élé ajouter à l'immoralité , en faisant de tous les détenus dés rentiei*s de l'État^ il aurait fallu, pour établir ces comptes de répartitions, augmenter de beaucoup le personnel des prisons, et grever encore , au profit unique des malfaiteurs, les revenus du gouvernement, et cela, dans une proportion qui eût, ai> moins durant les premières années, dépassé énormément l'intérêt des masses.

Quoi qu'il en soit, cette répartition d'intérêt n'a pas été faite, et nous devons nous en féliciter aujourd'hui ; c£^r depuis 1819 les rentes ont fait la boule de neige et ont étonnamment grossi. L'état se trouve avoir maintenant un fort joli ca^ pital^ qui s'est composé d'une part, de l'accumulation dea intérêts ,* et d'autre paft , du ^pital même des masses des détenus morts «n prison.

L%iàt est l^iCimement propriétaire de ce capital, à moins que certains philanthropes à courte Vue n'aient aussji. la prétention de nous prouver que ces masses doivent revenir aux familles des dé^ tenus.

La rente de 1819, qui n*était que de 60,000 fr., est à présent de 2^,000 fr. , et, en calculant le prix delà rente 5 p. cent à 1 16, on a un capital de . 5,200,000.

Sur cette somme 5- il est dû aux détenus* environ 1,200,000.

Reste donc comme propriété de

•««■■■■■■■■■■■■■MB

l'État. . . . . , . 4,000,000.

Iiîutile de dire que, dans ce compte, nous avons négligé les fractions.

C'est avec ce capital de quatre millions, qui est sans destination, que nous voulons jeter les fondations du vaste édifice du patronage. Et comment mieux purifier cet or , qu'en le mettant à ce crêiiset de moralisation ? quel usage plus noble,, plus grand, plus utile, plus naturel , plus équitable, que de iaire servir a la régénération des malfeiteurs l'argent qui avait été gagné pat des malfiuteurs décédés !

Serait-ce en construisaut une pruon de plus ? . Non , certes !

'' Noos aimons mieux le patronage qui les démo* Hhi.

Et après tout^ si vous lui refusiez cette somme de fondation, vous seriez bien obligés de lui en fournir une autre, puisque l'organisation immédiate du patronage, quel que soit le régime pénîtentfaire, est ui^ente, indispensable; c'est la pompe avec laquelle non seulement vous arrêterez , mais avec laquelle vous éteindrez Fincendie morale qui dévore les libérés, lesquels vous dévoi^wont un jour si vous n'y prenez pas garde , car les atermoiements et la loi du laisser-Ceiire furent et seront toi^ours le tombeau des goaf ernements et de la civilisation des peuples !

Cette somme donc, n'appartenant presque à personne 9 et que des damnés vous supplient, de l'autre monde ^ d'appliquer à leurs frères d'infortune I pour les préserver en cette vie de tous les châtiments des hommes, est la seule que vous puissiez nous accorder sans allonrdlr de nouveau les charges des contribuables. Cette somme, nous vous la demandons avec eonfiance, nous l'aurons de votre justice , noua

râumit aussi de tos sentiments humanitaires qui s'associent si bien aux nôtres.

.Ce point admis, voyons ce qu'il y a par an de prévenus, d'accusés et de condamnés.

Ce nombre ne s'élève pas à moins de lOO^iMM) kliQ^OOO(l).

Adt ce chiffre, combien y a*t-il annuellement délibérés?

Finni tes condamnés auxquels la loi attache l'in&mie, onencomptepres.de. . . 7,000^

Et parmi les correctionnels. . . . 20,000.

mmmtmm

Total des libérés. . . . 27,000. (2).

La société de patronage , car il n'y en aurait qu*unequi embrasserait toute la France, s'occuperait donc de fournir son appui moral et matériel à 27,000 individus, hommes, femmes ou eoÊmts.

Sur ce nombre^ 7,000 n'auraient probablement besoin que de l'appui moral, et quant aux 20,000 restant , 10,000 seulement , atteindraient le maximum du secours dont il va être parlé.

(i) M. Béraig«r, de IdLDrbme^Moymupro/tfiÊsàgéiÊirMliser, etc.

(i)ld«itt. —

Les libéiés ont , avant tout , besoin de trayait, de protection, et c-est par les patrons qu'ils au- Mnt Funet l'autre* Mais, souvent,41 arrivera que le libéré n'aura presque paà besoin de se déplacer, pour trouver de l'ouvrage ;

Que ses vêtements qu'il avait à sonentréerlui sufBronl^i sa sortie, ou que sa famille lui en fournira de nouveaux ; ; . .

Que ses outils auront aussi 4té GOBsenrés «nr totalité ou en partie. ' .

D'autres fois, le libéré devra se rendre dans un lieu plus ou moins éloigné de celui où il aura subi sa peine.

11 n'aura ni vêtements ni outils, et point de famille peut lui en fournir.

Alors la société pourvoira à tout cela, et d'aprèb ce que nous a appris l'expérience, quant aux'dë-^ penses des jeunes libérés, nous sommes fondés à penser qu'une somme de 3^250,000 fr. serait suffisante, et que la répartition pourrait être à peu près celle-ci :

2,000 libérés à 300 fr. / ci. . 600,000 fr.

10,000 id. à 200 2,000,006.

5,000 id. à 100 600,000.

3,000 id. à 50 160^000.

7,000 id. à 00 000.

knc quoi maintenant la société ferait-elle face à cette d^nse et aux frais, d'administration ?

1^ Avec les rentes du capital de quatre millions dont nous avons parlé, soit environ 172,000 fr.

2^ Avec le produit des masses actuelles, soit environ. ...«•• 1,200,000. .

3^ Avec l'augn^enlation qui aurait infiiilliblement lieu si}r le produit des iQasses , si Ton adoptait le régime cellulaire de jour et de nuit, et nous ne doutons pas que dans ce cas le produit du travail ne fût doublé. Cependant nous ^ ne porterons que moitié, ci. . • . 600,000

4^ Avec le produit du travail des maisons départementales, travail qui ne pourra être organisé et productif qu'avec l'adoption du régime cellulaire (1).

À reporter. . . 1,972,000 fr.

(i) M. Guillot, entrepreneur de plusieurs maisons centrales dépais vingt ans, écrivait, le 14 août i838, h M. le Préfet du département de TEure , c^ui l'avait prié de lui donner son avis sur lef moyens de fournir du travail *aux détenus de la maison d'arrêt et de justice d'Évreux : « Qu'il n'hésite pas k déclarer que ji, dans la prison d'Évreux, les individus étaient cdlulés de nuit et dejour^ toute personne intelligente pourrait s'engliger àfournirtouiours au travail aux prisonmiers » M. GuiU lot , on Te sait , est le plus capable des entrepreneur, son opi* akm «Hdgnç déciaire en pareiUe matière.

Report. • • • i yVIiyWHï fr.

Ce produit serait au moins ^1 à celui des maisons centrales et des bagnes actuels. Car si les détenus des maisons départementales sont condamnés à des peines beaucoup plus cotfrtes , ils sont aussi beaucoup plus nombreux, puisque les premiers forment , eir' tout, à peu près 2S,000 individus sur 100,000 prévenus , accusés ou condamnés.

Ainsi, nous compterions pour cette catégorie de prisonniers, qui ne produiraient rien avec le système en commun, ci 1,200,000

6^ Avec une cotisation annuelle d'un franc par an et par patron (il y a un million de gardes nationaux), ci. . 1,000,000

mm^^^HHm^mmmmmim

Total du revenu. 4,172,000 fr.

Les dépenses étant de 3,250,000

MMHHHNMMMiMWM»

resterait. 922^000 fr«

dont il fendrait retrancher les frais d'admiilistratiou^ à moins qu'ils ne fissent partie du bngdet, ce qui aurait lieu , en effet , si la société était orga^nisée en vertu d'une loi .

Il n'y aurait rien d'extraordinaire que la loi imposai chaque patron d'un franc par an pour venir aux secouFS de malheureux qui continueraient, en n'y venant pas, à attenter à la propriété ou à la vie de tout le monde. La loi sur la garde nationale n'a-t-elle pas imposé l'équipement, qui est bien autt^ment dispendieux !

L'excédant des receltes formerait un fonds de réserve pour faire face aux dépenses extraordinaires ou imprévues, et pour amener en peu d'an*nées la suppression de la modique cotisation des patrons, que pas un , pourtant, ne se refuserait à

payer toujours, tant l'impôt charitable est faible,

et Immense le bien matériel et moral qu'il produirait.

La sodété dépendrait du ministère de l'intérieur et serait dirigée par un surintendant général des prisons du royaume.

Elle serait représentée dans chaque chef-lieu de département par le préfet, l'archevêque, l'évôquè oti le curé de la cathédrale, le' maire ^ les membres defi conseils généraux et municipaux , te

premier président de la Cour royale , le procureur général ou le président de première instance et le procureur du roi , lorsqu'il n*y aurait pas de Cour royale , le colonel de la garde nationale et autres fonctionnaires.

. Dans les arrondissements^ elle serait représentée par Içs sous-préfets, les maires, les curés, les oflSciers de la garde nationale, etc.

Les cantons eux-méines auraient leuB administration .

L'impulsion donnée par la surintendance générale s'étendrait à toutes les villes, ou villages, et quelque part que fut le libéré, il aurait secours et protection , car les gardes nationaux , qut^se*raient les patrons, couvrent toute la surface de la France. Quand un libéré se déplacerait, le patronage serait délégué, de telle sorte qu'en tout temps et en tout lieu, il aurait un appui, et le gouvernement, s'il avait jamais intérêt à savoir ce qu'est devenu tel ou tel libéré, le saurait bien plus facilement par la société que par les moyens dont il dispose maintenant.

Qn comprendra que nous n'entrerons pas, quant à présent du moins, dans les mille détails de cette vaste organisation; il suffit que nous en ayons indiqué les principaux rouages.

Uoe dii&culté subsiste toujours, c'est le patro* nage des femmes et des filles, qui ne peut être omfié qu'à des personnes de leUr sexe. Mais alors ici pas de loi possible qui les contraigne au pa« tronage; H faudra l'invoquer de la charité. Et, dès que Iç gouvernement le voudra, dès qu'il fera luimôme un appel sérieux ^ vous verrez surgir autant de dames patronesses que vous aurez de patrons. Elles auront un mérite de plus que les hommes, puisqu'elles feront, par la seule volonté de leur cœur^ le même bien que leurs époux auront l'air de faire par la seule volonté de la loi. Disons aussi, à l'honneur des femmes, que le nombre des individus de ce sexe qui enfreignent les lois, esldebeaucoup inférieur à celui des hommes (1); il faudra donc infiniment moins de patronesses qde de patrons.

Quant à la nécessité d'une surintendance gêné-

(i) Sar 7)858 accusés traduits, en 1^39, devant les cours d'assises, il y avait 6,409 hommes et 1 449 femmes.

Dans le département de la Seine, sur i5,s64 individus arrêtés en 1839, on comptait 1 3,955 hommes et 2,009 femmes seulement.

Le nombre de ces arrestations a augmente d'un cinquième en 1839, comparativement aux années précédentes, c'est-k** dire en prenant les chiffres depuis i834 jusqu'à 1639.

Fbîr la statistique criminelle puhlile en 1841 par M« leMiniitre de la Jostioe.

raie, nous ne saurions mieux la juatifier qu'isn roprodoiaant les pensées de M. Bërenger, à qui appartient cette heureuse idée et à qui nous nûii» sommes seulement pQr<uifi de remprunter.

. a La première chose à faire, celle qui paraît la plus urgente et sans laquelle on ne peut espérer aucun résultat , c'est de s'occuper de cette orga? nisation.

» . Pour cela, il faut d'abord, cqmme on vient de l0 faire en Angletprre^ centraliser l'administm^ tien de toutes les prisons du royaume; il ne su^t pas qu'une même pensée dirige nos vingt maisons cent|[*ales de déleution, il fout qu'elle ^'étende à tous les lieux de répression répandus sur le t^i^ritoire : je crois que le nombre des maisons d'arrêt^ de justice s'élève à trois cent qualr^vîngt cinq, parmi lesquelles on compte quatorze maisons de correelion; toutes doivent recevoir une direction commune, semblable, et qui parte de la même source; il en est de même des bagnes : soit qu'on conserve ce mode d'expiation^ soit qu'on le supprime, ils ne doivent pas demeurer placés en dehors de l'ae-? tion pénitentiaire, il importe qu'ils en reçoivent toute l'influence.

» Je ne' veux p^s dire pour cela qu'il faille rendre les préfets et les conseils génénmx at mua

nidpattx étrangers à la réforme ; k)in de là , les premiers continueront à demeurer les agents les (dus actifs et les phis éclairés der l'administration. Quant aux conseils généraux et municipaux, l'effet de la centralisation sera seulement de ne {ms les laisser livrés à eux-mêmes, mais de leur donner une direction plus utile, de s'aider de leur concours d'une manière plus efficace; il s'agit^ non de les repoasser du système, mais de les y associer en les plaçant tous sous la même impul-

» L^idffiinistration de tous les lieux de répression du royaume une fois centralisée, il importe de la confier à une mahi spéciale qui s'en occupe exdusi vement , qui, étrangère à la politique et à se» oscillations, puisse exécuter et suivre avec persévérance les plans une fois adoptés. Unminislre, dont le temps est absorbé par les affaires générales de l'état , ne peut donner une attention punicnlière à des améliorations qui ont besoin de suite, qui demandent une préoccupation exclusive, et qui exigent une éttide incessante et profonde du cœur humain. Ne pouvant s'y livrer entièrement, il est obligé d'abandonner à sesbu^ renux une direction qui répondra difficilement à sa petsée. La succession d^ailleurs si rapide des

hauts dépositaires du pouvoir luodiQe nécessairement aussi tout système administratif, soit dan» son essence, soit dans son application ; dès lors, il n'y a plus qu'irrésolution dans un régime qui a si éminemment besoin de fixité.

» Une administration spéciale au contraire , si elle, est stable et pleine d'avenir, si les mêmes hommes ont la certitude d accomplir ce qu'ils au • ront commencé, pourra seule lier entre elles toules parties du système , les coordonner, et lui imprimer ce caractère de permanence et d'unité sans leqjiel les oeuvres des hommes n'ont ni consîstance ni durée. »

Ici M. Bérenger trac^ l'historique de la. société royale des prisons, établie en 1819, puis il ajoute :

» C'est donc cette administration spéciale que je crois devoir réclamer ; je la regarde comme la condition sans laquelle on ne peut espérer d'obte* nir aucun résultat solide et durable.

» Je proposerais en conséquence la création d'un surintendant général des prisons du royaume , assisté d'un conseil permanent dont il prendrait les avis , et qui l'aiderait dans toutes les parties^ du service. .

)) J'incljnerais pour que les fonctions du surintendant et celles des membres du conseil fussent •

gratuites : ce serait un motif d'espérer que le choix de ces fonctionnaires ne subirait pas l'influence de la faveur , et qu'on ne rechercherait dans les hommes auxquels on confierait cette haute mission, que le dévouement, le zèle, la pureté morale^ les connaissances requises , la longue expérience des hommes , et particulièrement , pour quelques uns du moins, là science du droit pénal, puisque le système pénitentiaire doit devenir l'épreuve de nos lois répressives , et qu'il sera inévitablement nécessaire de proposer à la législature des modifications à quelques unes de ces lois , pour les mettre en harmonie avec le système.

» En n'attachanV pas de traitement h de telles fonctions , les chefs de l'administration seraient d'ailleurs plus en droit d'exiger de leurs subordonnés le même zèle dont ils donneraient euxmêmes l'exemple ; et enfin, dans ce système de fonctions gratuites , on trouverait encore l'avantage de ménager dans les chambres et le pays certaines susceptibilités qui s'effrayent toujours d'une création nouvelle , lorsqu'elle peut tendre à augmenter les charges du budget.

» En im mot, la réforme des prisons est'une œuvre de piété et de charité , c'est donc le dévoue • ment le plus désintéressé qui doit être appelé à

la diriger ; laissous lui tout son mérite y et ne lui dierohons pas d'autres récompenses que celles qu'il trouyeva dans le bonheur de réussir. »

Après quelques observations sur FattentiQnjque le gouvernement devrait apporter dans le choix des hommes qui composeraient la^ surintendance générale et le conseil, M. Bérenger termine ainsi:

« Tout l'avenir dé la réforme dépend de ces premiers choix. La surintendance des prisons une fois instituée, réunirait, comme je l'ai déjà dUt^ dans ses attributions et sous sa direction, tous les lieux de répression qui existent dans leroyau* me, c'est-à-dire, les maisons d'arrêt et de justice, les maisons centrales de détention et les bagnes ^ le personnel et le matériel de l'administration dépendraient d'elle; c'est elle qui arrêterait las constructions, les réparations nécessaires; c'est elle, par conséquent, qui^ sous l'autorité de l'un des ministres du roi,, déterminerait l'emploi du budget affecté à toutes les branches du service.

» La centralisation de toute l'administration étant opérée, ce premier pas fait dans la voie de la réforme serait décisif, il assurerait tous les autres. »

Après un pareil .exposé des motifs, qui est- ce qui pourrait encore reculer devantl'urgente oi^-nisation d'une surintendance générale des prisons

du royaume? personne, que qous sachions. Et tout, au contraire, nous fait espérer que M. le ministre de Vintérieur s^occupera de cette importaliîte alfnéliôration aussitôt que la loi sur le sys* tëitié pénitentiaire aiifà été discutée* et adoptée à là cbânibre des députés.

tievenant aux sociétés de patronage, nous di*« rons que plusieurs états ont déjà les leurs, s'etendant à tous les libérés. La Belgique a elle-même foit une loi pour rendrp le patronage obligatoire, et la France seule resterait en arrière, elle qui devrait toujours prendre Tiniliative de toutes les idées vastes, généreuses et traîner à la remorque la civilisation des autres peuples !

Quoi ! il serait dit un jour, dans l'histoire de rhumanité, que la France s'est laissé décimer par le choléra moral ! cela n'est pas possible, c'est un blasphème !

Et puisqu'on trouve des millions pour les plus folles entreprises industrielles, toujours ruineuses pour les actionnaires ;

Puisqu'on s'associe pour des idées mercantiles bonnes ou mauvaises;

Puisqu'on comble de profondes et immenses vallées ;

Puisqu'on coupe de hautes montagnes de granit ;

Puisqu'on va dépenser des milliards pour se procurer le plaisir de faire, en quelques minutes, un trajet de quelques heures, pourquoi ne s'asso* cierait-on pas et ne trourerait-oo pas quçlques gros sous ou des milliards^ au besoin, pour r^é* nérer l'humanité, prévenir les crimes et les délits et empêcher les récidives !

L'humanité, elle aussi a besoin de'voyager vite; .tWe an-si , a ses vallées de larmes a combler, ses cœurs de granit h percer, a ait<?ntlrir, el, elle aussi, elle veut a tout prix avoir ^e;^ canaux et ses cliemins de fer ^ c'est-à-dire ses sociétés de patronage.

— 'aw —

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