‹ Études sur le système pénitentiaire et les sociétiés de patronageChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

wfsmaam.

Après l'égalité de la tombe, dçvant laquelle soqit forcés de s'incliner les plus puissants , les jdifs orgueilleux de la terre ^ il est une autre égaillé qui, bien qu'écrite dans nos codes, n'a été ïvop souvent qu'une lettre -morte; oui, jusque dans nos prisons, dans nos bagnes, les privilèges ont survécu à toutes les révolutions , et cependant^ comme nous le disions, après la mort, où trouver un plus terrible niveau que celui de la criminalité? L'innocent même, oui, l'innocent, car l'histoire de toue les temps, de tous les jours, de tous les peuples, nous apprend qu'il en fut malheureusement beaucoup ; l'innocent est obligé de courber la tête et de fléchir sous le joug, sous la flétrissure de la loi qui , dans sa volonté souveraine, abolit titres et parchemins^ et rend un palefrenier assassin égal à une marquise empoisonneuse. Le bourreau, un arrêt d'une main, une hache de l'autre , ne nous a-t-ik*pas montré

que, dans les temps d'orage , une tête couronnée s*âbàf âtissi biëii qUS cëlfô âU dénier d« minants! Dès lors, pourquoi les hommes, qui ne sont que les agens dé la loi, 66 font-ils si souvent, et depuis tant de siècles, les violateurs de la loi, de leurs propres km^ do celles qu'ils ont faites et feront chaque jour? C'est que rien n'est {riOë diffidle que d'être juste^^ que d'étré itûj^rtial , que d'imposer sileùce à toutes ié& phssdOM hoftnes ou mauvaises, que de refouler au fotid de sc« âme toutes ses affections d'amour^ d'amitië, de femille ; que de faire taire la pitié , la tfQatit#> la haine^ la vengeance : l'exécuteur fidèki et iu-fttllible de la kH ne devrait être ili père ni:^^)âiix ni fi^re ni ami ni ennemi, c'est^à'-dire ua ébt% îinpossiMe. Le moyen, après cela^ d'avoir dans nob écoles mutuelles de crimes , dans ilos hidensi» prisons ^ des hommes qui soient à la hauteur de leur mission , qui exécutent paiement la loi eit'^ vers tous les malheureux prisonniers , qui ne te laissent attendrir ni par For ni par l'amour ûi par l'éloquence; qtli ne deviemieht cruels ni pat haifcie ni par instinct ni par ambition. Bêver cela^ c'est faire un beau rêve assurément; mais ammine^pour tâdier^ au réveil^ de touche^atiasi pies que passible à la réalité, uti wenA remède now

apimratt ^ c'est une reforme à peu près eomplfete dans le personnel de nos prisons. 11 faut que les plus hautes intélligenœs, que les dignitaires de r^poqué .. descendent' de leur» piédestaux et viennent héroïquement, pieusement s'eusevdir YÎTants sous l'humble toit de nos pénitendetë futurs I et l^er à la postérité des noms plus grarids encore que ceux de nos plus grands guer-^ rieri^ car la colonne de ceux-ci repose sur des monœaux dd cadavres ^ et celle de ceux-là sera soutenue par des millions d'hommes r^énérés.-^ Vienne donc le jour tant désiré de réforme et de patronage, afin que nous voyions si la France ne saura «t lever en masse que pour défendre ses firontières , et se laissera* dévorer le sein par ce vautour qui a plus de deux tnillicms de serrés , et fpA ^'appelle crime et misère!... *

En attendant , voici venir une circulaire et un règlement de M. le Ministre de intérieur pour les prisons départementales, que nous enregistrons comme un progrès , quoiqu'il pût être plus grand, plus eofiaplet, et fermer d'une manière

plus absolue la porte à certains abus.

Nous allons parler des deux ou trois points les plus importants du r^lement et de la circulaire»

Déjà, dans le journal VAHâtence^ du 1 S novembre dernier, nous avons dit :

, u Nous avons lu^ avec Tattention la plus scrupuleuse, la circulaire et le règlement général pour les prisons départementales que M. le Ministre de rintérieur vient d'adresser aux préfets , et nous reconnaissons avec plaisir que de nombreuses améliorations ont été introduites dans ce règlement, longuement médité* et discuté, avant son "adoption , par les hommes les plus spéciaux , les plus expérimentés, les plus éclairés, paroles chefs de la section des prisons et les inspecteurs généraux du royaume.

» Ces travaux se font surtout remarquer par Fesprit de justice ou d'alité qui les a inspirés.

A Le règlement, s'il est exécuté et ne tombe pas en désuétude, produira de bons effets matériels et moraux, en attendant qu'une loi nouvelle , convertissant le système de la communauté en système d'isolement^ achève la réforme des détenus , encore susceptibles d'être réformés, après une contagion à laquelle on n'a opposé^ jusqu'ici, aucune barrière sérieuse.

» Voici en quels termes M. le Ministre commence sa circulaire : « Depuis longtemps mon ad- >>* miriistration se propose de soumettre le régime

» intérieur des prisons départementales à des rè« » gles fixes et générales. C'était la pensée de Vor- » donnance royalç du 9 avril 1819, d'établir et )) de maintenir dans les prisons l'application des » mêmes principes et d'un système uniforme. La législation crhnineUe étant la même pour tous , les mêmes règles doivent présider à son appncation; indiilgentes ou sévères, ces règles doivent toutes prendre leur source dans Fesprit de la loi et^dans nos mœtrrs , et être exécutées ensuite sans acception ni de lieux ni de personnes. Relativement aux condamnés, l'inégalilé du régime, c'est l'inégalité des peines. »

Plus loin , il ajoute :

« Si des mesures de contrainte sont jugées né- » cessaires, il faut qu'elles pèsent^alement sur » tous etjen tous lieux. »

« D'après cela, il est probable que le petit délinquant n'enviera plus le sort du réclusionnaire et dû forçat ;

» Que les voleuses et les empoisonneuses du grand monde seront soumises aux mêmes règles j indulgentes ou sévères, que les voleuses et les em^ poisonneuses de bas étage ;

A Que les ipremières ne voyageront plus désor-^' mais en chaises de poste confortaUes, tandis que*

Içs secondes seront transférées dans d'étooites cellules où ce confortable a dû être oublié.

» Cela ne se verra plus; car M. le Ministre a diiy et nous la répétons $iyec plaisir : a Si des Ml mesures de contrainte sont jugées nécessaires , il » faut qu'elles pèsent également sur tous et en tous » Heuoc. »

» i>e costume , le logement ^ la nouiriture y le

travail , tout cela va être de même pour tous. Dieu

soit loué ! car il est temps que la loi soit égalepour

toHS les condomnés.

» Mais alors, pourquoi madame Lafarge voyage-t-elle en poste avec sa femme de chambra , le lendemain de la circulaire? Pourquoi cette iisiveur à une cQndamnéo? Pourquoi corrige-trelle tranquiU lement les épreuves de ses Mémoires pour foire du scandale encore? C'est une observation que nous soumettons à qui de droite puisque Ton veut enfin V égalité des peines. »

M. le Ministre dit avec toute espèce de raîaoïi dans sa circulaire :.

« Que le condamné n'a droit aux secem de la société, que sous la condition de contrit buer, par son travail , au paiement d'une partie de ses dépenses ^u moins , en attendant qu'une bonne of ganis9tioi| des travaux industriels daaa

les prisons départementales permette d'exigw qu'il les acquitte entièrement. »

EntîërementI C'est là qu'il faut arriver, et le plus priNnptement pos^ble. C'est une fausse philanthropie que celle qui , jusqu'ici, a voulu que les deux tiers du produit du travail des condamnés leur appartinssent; nous dirons plus, c'est immoral, très immoral I c'està cette prime d'encouragement au vice et au crime que vous devez une txès grande partie de vos récidives. Mais déjà nous entendons les clameurs des philanthropes ; déjà noAs- les voyons s'appitoyer sur le sort des libérés , et grelotter pour eux de froid et de &im.

Quoi I nous diront-ils > vous voulez enlever la masse des libérés ! et avec quoi donc voulez- vous quHIs s'habillent, qu'ils retournent dans leur pays, qu'ils s'achètent des outils, qu'ils vivent, en* attendant du travail ?

Avec quoi? avec ce que vous leur donnerez , messieurs les philanthropes ; ou plutôt , ne vous effrayez pas, avec ce que l'État leur donnera volontairement et avec ce qui restera du surplus du produit du travail, prélèvement fait de toutes les danses des condamnés , s'il le faut.

£t encore, pour jouir de ces avantages , foudra-t-il quMls veuillent bien se laisser guider pen^

dant tm certain nombre d'années par les patrons qui leur seront désignés, qui les prot^ront, les placeroht, les soutiendront, les réhabiliteront , au lieu de les flétrir et de les perdre , comme fait ' aujourd'hui ta surveillance de la police, qui^devra être abolie.

Nous avons dit que les masses étaient immo* raies, rien n'est plus facile que de le prouver^

Un enfant, après un séjour *de quelques années dans un pénitencier, sort avec tme masse de ie0a400fr. -

Qu'eûl*il gagné s'il fût resté chez ses parents? Rien : il élait trop jeune pour cela , et il li'avaîl pas d'état; il eût été à la charge de sa famille.

(( Qu'on nous permette, à propos de ces masses^ . avons-nous écrit, il n'y a pas longtemps^ qu'on nous permette de dire combien il est scandaleux de voir, qu'après une détention de quatre ou cinq ans, un jeûne détenu puisse amasser une épargne de trois h quatre cents francs, et cela parcb qu'il auraété vagabond ou voleur ! Ce que nous disons ici relativement au jeune détenu, s'applique avec, bien plus de force encore à tout détenu adulte.

» Pour punir celui-là, la société le renvoie dani(? un pénitencier. Là il est logé, nourri, entretenu, Manchiv chauffé, édairë aux frais de l^t. On»

lui apprend, en outre, à lire, à éo^ire et à C9Iculer, puis on lui donne i^n état. Tout cela serait juste^ si on disait au détenu : « Tétat, qui vous » prive de votre liberté, doit pourvoir à votre )» existence , mais jl ne vous doil que cela. Votre » travail doit Tindeniuiser de toutes les dépenses » qu'il fait pour vous ; le produit de ce travail » sçra donc sa proprUlé et non la vôtre* »

» Ensuite, si TÉtatle veut bien, il pourra faire nn don À la sortie , en confiant ce dépôt sacré à rhomme debien qu'il aura choisi pour secourir, diriger et protéger la rentrée du détenu dans le monde*

» Toute autre marche est immorale, oui, de la dçHRoière immoralité !...

» Quoi ! un réclusionnaire, un forçat (ce dernier n'a, d'après la loi, aucun droit à une masse) pourront, après l'expiration de leur peine^ réunir une somme qui varie depuis 100 fr. jusqu'à 1^20X) fr« Jusqu'à 1,200 fr., entendez- vous bien !

» N'est-ce pas là une éclatante récompense, plutôt que la punition d'un crime !

» Dans I) ne. vie lalK)rieuse, pénible et honnête, ces individus auraient-ils jamais réalisé les mêmes épai^es ? Us auraient, pour la très grande ma-* jqrité, vécu tout simplement, ^t vécu souvent

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