I. — l^ÉOÉTAVll ITAFFlUriTÊS
Je réunis dans ce premier groupe deux catégorie» d'empreintes qui s'écartent tellement de tout ce que nous connaissons aujourd'hui, qu'il est impossible de leur assigner une place dans la classification. Les unes paraissent être des organes foliaires, et leur nervation rappelle beaucoup celle de certaines monocotylédones ; les autres sont des corps ovoides ou cylindriques formés de deux valves hélicoïdales soudées par leurs bords et qui font songer à des fruits plutôt qu'à tout autre organe. Ces empreintes sembleraient donc annoncer l'existence dans le terrain houiller de plantes angiospermes, c'est-à-dire pourvues de fleurs et à graines enfermées dans des ovaires clos, ou du moins de végétaux précurseurs des angiospermes. On pourrait, en d autres termes, être tenté do les classer comme proangiospermes, pour employer Texpression par laquelle M. le Marquis de Saporta a proposé de désigner toute une série de plantes jurassiques qui présentent avec les angiospermes des affinités incontestables. Mais ici l'affinité n'est nullement établie, et il est fort possible qu'on n'ait affaire qu'à des analogies purement
extérieures et Buperficielles ; en outre, il ne faut pas oublier que ce n'est qu'à une époque infiniment plus rapprochée de nous qu'apparaissent les premières traces certaines de plantes angiospermes ou réellement voisines des angiospermes par leurs caractères fondamentaux, c'est-à-dire par leurs inflorescences et leurs organes de fructification.
Il convient donc de s'abstenir de tout rapprochement positif jusqu'au jour où d'heureuses découvertes seront venues nous éclairer d'une façon plus complète sur la nature de ces empreintes et sur la place à leur attribuer ; le mieux, pour le moment, est de les mettre à part, en dehors de la classification générale, sans chercher à trancher prématurément la question de savoir à quelle classe ou même à quel embranchement elles appartiennent.
Genre DAUBREEIA nov. gen.
I8ii. Aphlebia. Germar (non Vv.^^W, Vor.it. d. Steink. i\ Wettin u. Lohcjiln, p. Ti, 7.
Feuilles (ou involucres ?) polléeSy à limbe déprimé on forme de gobelet ou d'entonnoir, mini de jolusieurs fortes nervures rayonnant à partir du point d'atfac/ie, lesquelles émettent latéralement des nervures secondaires équidistantes, se détachant sous des angles aigus et s'incurvant légèrement pour prendre une direction presque parallèle à la nervure principale dont elles sont issues.
Ce genre ne comprend, quant à présent, qu'une seule espèce, V Aphlebia pateraaform.is Germar, dont la description va suivre et dont l'attribution demeure malheureusement tout à fait problématique. Peut-être des découvertes ultérieures, qu'il est toujours permis d'espérer de l'attention do plus en plus grande apportée k
la recherche et à la conservation des empreintes, fourniront-elles un jour des renseignements plus complets et plus précis, mais pour le moment on no peut faire que des conjectures sur co type singulier, sans analoarue dans la flore fossile comme dans la flore actuelle. En décrivant les échantillons recueillis à Wettin, Germar avait fait observer que plusieurs de leurs caractères semblaient en désaccord avec ceux du genre Aphlebia, tel que Prcsl l'avait établi, et il ne les avait placés dans ce genre que pour no pas créer un nom nouveau sur des empreintes aussi incomplètes. La conservation meilleure des spécimens de la même espèce trouvés à Commentry et à Ahun, la constatation notamment de l'intégrité parfaite de leurs bords, qui ne présentent aucune trace des lobes et dos lacérations qu'on voit chez les Aphlebia, permettent aujourd'hui cV affirmer que celte espèce ne saurait être laissée dans ce dernier genre, n'ayant pas la plus légère affinité, de près ou de loin, avec aucun dos types spécifiques, pourtant quelque peu dissemblables, qui le constituent. 11 fallait donc former, pour cet Aphlebia paterscfoi^mis^ un genre spécial, sous un nom nouveau, et nous avons été heureux, M. Renault et moi, de pouvoir dédier co genre à M. Daubrée, membre de l'Académie dos sciences, inspecteur général des mines et directeur honoraire de l'Ecole nationale des mines, qui nous a encouragés avec tant de bienveillance dans nos travaux et a bien voulu se charger à plusieurs reprises de présenter à TAcadémie les premiers résultats de nos études sur la flore houillère de Commentry.
DAUBRËEIA PâTEH^FORMIB. Qbrmar (sp.).
(PL. XLI, FiG. 1)
1844. Aphlebia patereeformis. Germar^ Verst. d. Steink.t\ Weltin u. Lôbejûn, p. 5, pi. II, fig. 1, 2.
1844. Aphlebla patens. Gcrmar, ibxd, p. 7, pi. HI.
Description de Vespèce. — Feuilles (ou involiicres ?) peltéeSf à limbe graduellement relevé du centre vers les bords, en forme de gobelet ou d^entonnoir plus ou moins surbaissé à ouverture oblique, les rayons partant du point d'attache variant graduellement do longueur d*un côté à l'autre, depuis 4 à 10 centimètres pour le plus court jusqu'à 10 à 20 centimètres pour le plus long.
Nervures principales partant du point d'attache^ au nombre de six, faisant entre elles des angles à peu près égaux, assez fortes à la base, puis diminuant peu à peu d'importance; nervures secondaires équidistantes, partant des nervures principales sous des angles très aigus, légèrement arquées à la base, puis droites, affectant dans leur ensemble une disposition en éventail et dirigées suivant des rayons qui viendraient converger au point d'attache.
Remarques paléontolog iques . — Ces empreintes problématiques n'ont été jusqu'à présent figurées, à ma connaissance du moins, que par Germar, qui en a eu entre les mains deux exemplaires, Tun aplati latéralement et montrant nettement la forme en entonnoir de l'organe, l'autre écrasé à plat et considéré par Tauteur comme une espèce distincte, à laquelle il a donné le nom d*Aphlebia patens. Dans le premier, dont on a recueilli à la fois l'empreinte et la contre-empreinte, la feuille s'attache au sommet d'un axe de 17 millimètres de diamètre, qui simule le pied du gobelet ou le tube
de l'entonnoir ; celui-ci s'ouvre à la base sous un angle d'environ 135® à 140** et, ayant été rempli par les sédiments avant d'être complètement aplati, montre nettement sa forme à peu près conique, mais avec un développement inégal d'un côté à l'autre ; la portion de la feuille appliquée sur le moule de la cavité interne offre sa face inférieure avec ses nervures bien visibles, tandis qu'un peu plus loin l'enlèvement de la roche qui remplissait l'intérieur de Tentonnoir laisse apparaître la face supérieure de la feuille avec des nervures beaucoup moins nettes. Germar avait reconnu l'existence de six nervures principales, qu'il a regardées comme les nervures médianes de six feuilles composantes, soudées les unes aux autres en une sorte de « corolle à six pétales ». Entre ces nervures bien accentuées, on aperçoit des stries ou plis longitudinaux qui ne sont autre chose que des nervures secondaires, mais dont on ne discerne pas bien l'origine.
L'autre échantillon a été écrasé à plat, sauf au centre, où il présente encore, d'après la figure de Germar, une dépression assez prononcée ; forcées de s'étaler, les parois de l'entonnoir se sont déchirées le long d'une des nervures principales. Quatre de cellesci sont extrêmement nettes; les autres sont plus vagues, et il semble qu'il y en ait eu en tout sept, au lieu de six, ce qui demanderait toutefois à être vérifié sur réchantillon lui-même ; les nervures secondaires, très marquées, sont dirigées, dans chaque secteur de la feuille compris entre deux nervures principales, à peu près parallèlement à la bissectrice de celui-ci.
L'échantillon représenté sur la Fig. 1 de la Pl. XLI montre une feuille semblable à celles de Germar, écrasée à plat comme VAphlebia patens, mais vue en dessous, c'est-à-dire par la face externe de l'entonnoir; le point d'attache est mnrqué par un léger relief coni-
que autour duquel rayonnent plusieurs grosses nervures, au nombre de six, à peu près opposées deux à deux. Deux d*entrc elles, notamment, forment une ligne parfaitement droite, qui, sur la figure, est légèrement oblique sur Thorizontalc ; au-dessus de cette ligne on en voit très nettement deux autres, qui font entre elles un angle de plus de 60^, assez voisin même de 90**; peut-être, par parenthèse, est-ce par suite d'une irrégularité analogue que VAphlebia païens de Germar semble posséder plus de six nervures principales. Audessous de cotte ligno droite un peu oblique sur Thorizontale, on compte encore deux nervures. Tune dirigée vers le bas à gauche, à peu près dans le prolongement de celle qui s élève vers le haut à droite dans la moitié supérieure, et Tautre le long do laquelle s'est faite une assez large déchirure du limbe.
Lors do Taplatissemcnt de la feuille, qui devait affecter ici la forme dun gobelet en tulipe plutôt que d*un entonnoir conique, ce limbe s*est replié sur lui-même et Ton peut suivre la petite lame charbonneuse qui le représente retournant sur la face postérieure de Téchantillon etseprolongeant jusquà une ligne légèrement ondulée a a marquée en pointillé sur la figure. On a donc là une partie du bord de la feuille, et il est facile, en portant sur le prolongement de chaque nervure au-delà du contour de Véchantillon une longueur égale à la portion do cette même nervure qui se trouve en dessous, de rétablir ce bord dans la position aV qu'il aurait eue si la feuille ne s était pas repliée sur elle-^même. Dans cette portion, l'eployée en dessous, on voit la déchirure qui sest faite le long d'une des nervures principales se refermer un peu plus loin, ainsi que Tindique le dessin. Cette restitution du bord en a'a' montre également la dyssymétriede la feujUe par rapport à son pointd'attache, la nervure suivant laquelle s'est faite la déchirure
n^ayant que 6 centimètres de longueur, tandis que du côté opposé les nervures se prolongent sur 8 et il centimètres sans qu*on arrive jusqu'au bord du limbe.
On distinguo très nettement sur cet échantillon les nervures secondaires, partant des nervures principales sous des angles assez aigus, puis s'incurvant légèrement pour rapprocher leur direction de celle de la nervure qui leur a donné naissance. Entre ces nervures secondaires si visibles, on ne discorne ni stries ou nervules plus fines parallèles à leur direction, ni norvilles transversales ; la surface du limbe, examinée à la loupe, semble seulement très finement chagrinée, ce qui parait tenir, d'après ce qu'on peut voir sous un grossissement un peu plus fort, à la forme et à la disposition des cellules épidermiques, constituant un réseau à mailles polygonales assez régulières. Je n*ai pu, malheureusement, réussir à préparer pour Texamon microscopique la moindre parcelle do la lame charbonneuse qui représente le limbe, les fragments que j'ai soumis à l'action des réactifs oxydants s*étant désagrégés malgré toutes les précautions que j'ai pu prendre, et étant tombés en poussière.
Il a été recueilli à Gommentry un autre échantillon de la même espèce, également étalé à plat, mais beaucoup moins bien conservé, ne montrant nettement que ses six nervures principales, avec les nervures secondaires à peine indiquées, et à Contour absolument va^ gue, l'omprointe s'offaçant peu à peu à quoique distance du point d'attache, sans qu'on puisse lui assigner de limite précise.
Enfin j'ai sous les yeux un autre fragment d'une feuille semblable, recueilli par M. Benoit à Lavaveixles-Mines, et dont l'une des nervures principales, avec ses nervures secondaires parfaitement nettes, se suit
sur 1 9 centimètres de longueur à partir du point d*attache, sans qu'on arrive au bord do la feuille.
De rexamen de ces divers échantillons, il résulte que le Daubreeia pateraBformis aflfectait la forme d'un gobelet à ouverture oblique, à bord entier, et parait, comme lavait déjà fait remarquer Germar, formé de six feuilles cunéiformes, disposées en verticille, munies chacune d'une nervure médiane prononcée, et soudées par leurs bords. Ces organes semblent avoir été terminaux, rien n'indiquant que Taxe sur lequel ils étaient portés se prolongeât au-delà do leur point d'insertion.
C'est à cela, maliieureusement, que so bornent nos connaissances sur ces empreintes, dont la nature demeure absolument énigmatique, bien qu'il semble plus vraisemblable de voir en elles des organes foliaires, feuilles normales ou modifiées, que tout autre chose ; on ne peut en effet les rapprocher avec quelque vraisemblance de rien de ce qui existe dans le monde actuel. Il convient néanmoins de faire remarquer que la disposition de leurs nervures présente une ressemblance indiscutable avec celle qu'on observe chez certaines monocotylcdones, par exemple chez les Aspidistra, si fréquemment cultivés aujourd'hui en appartement : des feuilles iVAspidistra tronquées perpendiculairement à leur nervure médiane et soudées entre elles par leurs bords reproduiraient très exactement le Daubreeia paterseformiSj et si celui-ci appartenait à un terrain plus récent, où l'existence des monocotylédones fût incontestée, comme le crétacé ou le tertiaire, je crois qu'on n'hésiterait guère à le rapporter à cette classe.
Ce serait sans doute une grave imprudence que de proposer, même sous réserves, une semblable attribution pour des empreintes de Tépoque houillère, puisque
rien, jusqu'à présent, dans les observations faites sur les échantillons à structure interne conservée, tiges, inflorescences ou graines, ne permet de supposer qu'il y ait eu des angiospermes à cette époque ; toutefois il serait peut-être plus téméraire encore de nier formellement la possibilité do leur existence, et il est permis, en présence de débris tels que ceux qui viennent d*être décrits, ou que les Palœoxyris et les Fayolia^ de se demander si l'avenir ne nous réserve pas à cet égard dos révélations inattendues.
Synonymie. — Ce que j'ai dit plus haut au sujet de VAphlebia i^sttens de GeiTfiiar explique suffisamment pourquoi j'ai cru devoir le réunir à VAphlebia paterseformis ; Texistence de sept nervures au lieu de six, qui seule constituerait une difîérence, mais en tout cas une différence peu importante, d'ordre purement tératologique, me paraît elle-même fort douteuse, l'une des lignes inférieures qui ressemble à une nervure principale n'étant peut-être que la ligne de suture de deux des feuilles composantes.
P?'OT:enance. — Tranchée de l'Espérance dans le banc des Roseaux. Tranchée de Forêt, à 6 mètres au toit de la Grande Couche.
Genre FAYOLIA. Renault et Zeiller.
Î884. Fayolia. Renault et Zeiller, Comptes rendus Acad. se, XCVIII, p. 1393. Weiss, SteinhohL Calam,, II, p. 202, Saporta, PaJëon^. franc.; Végétaux, Terr, jurass., IV, p. 38.
1884. Osrrocalamus. Weiss, SieinkohL Calam., U, p. 152
(Fayolia, ibid., p. 202).
1885. Spirazis. Newberry, Annals o{ tke Ne\fC*Yorh Aoad.
of se, lïl, n* 7, p. 217.
Corps fusi formes ou cylindriques^ effilés en pointe à leurs deux extrémités, portés au sommet d'un pédon-
cule, et formés de deiix valves plus ou moins concaves en dehors, soudées Vune à Vautre par leurs bords^ contournées en hélice, et circonscrivant une cavité centrale. Valves marquées, un peu au-dessus de leur ligne de suture, dune file de petites cicatrices rondes ou elliptiques. Lignes de suture de ces valves portant chacune une collerette hélicoïdale étalée^ à bord entier ou dentelé.
Ces corps se trouvent tantôt en relief, leur cavité interne ayant été remplie et moulée par les sédiments, tantôt aplatis et présentant dans ce cas un aspect particulier, susceptible, au premier coup d'oeil, d'induire en erreur sur leur constitution ; les valves ayant été vraisemblablement très minces et les demi-tours antérieurs s'étant appliques, par suite de Taplatissement, sur les demi-tours postérieurs de manière à superposer leurs reliefs respectifs, les carènes correspondant aux deux lignes de suture se suivent depuis le bas de l'organe jusqu'en haut, apparaissant en relief dans les demi-tours de spire antérieurs, en creux au contraire dans les demi-tours postérieurs, et se croisant Tune l'autre sur l'axe de l'organe : la surface de celui-ci se trouve ainsi découpée par ces deux systèmes de lignes en une file de compartiments rhomboïdaux superposés et compris entre deux files de triangles opposés les uns aux autres par leurs pointes. On croirait alors avoir affaire à des strobilos. analogues à ceux des Conifères, aux pommes de pin par exemple, composés d'écaillcs décussces, c'est-à-dire disposées sur quatre rangs et formant ainsi deux séries en croix, opposées deux à doux dans chaque série, et chaque paire d'une série alternant avec celles de l'autre.
Il faut un examen assez attentif pour se rendre compte que ce n'est là qu'une apparence résultant de
Vécrasement de Torgane et de la superposition des empreintes des deux faces.
Chez Tune des deux espèces recueillies à Oommentry, des appendices spiniformes ont été trouvés attachés aux cicatrices qui étaient alignées au-dessus des carènes ; mais il est excessivement rare de les rencontrer encore en place. On constate, sur plusieurs échantillons, ainsi que Ta déjà fait remarquer M. le M*' de Saporta (1), que ces cicatrices ne représentent pas simplement la base d'attache d'organes appendiculaires caducs, mais qu'elles constituent de véritables perforations dans la paroi des valves, comme si les appendices qui correspondaient à ces cicatrices n'avaient été que des protubérances de la membrane même des valves.
Malheureusement, aucun des détails de constitution observés sur ces corps n'a permis, jusqu'à présent, d'arriver à se faire une idée exacte de leur nature. Tout ce que Ton peut affirmer, c'est que les Fayolia ont une affinité étroite avec les Palœoxyris Brongniarl [Spirangium Schimper), dont l'attribution, depuis soixante années qu'on en a trouvé le premier représentant, demeure encore problématique : ceux-ci sont constitués également par des valves légèrement concaves en dehors, soudées par leurs bords, enroulées en hélice autour d'un axe idéal et circonscrivant une cavité centrale ; la ligne de suture de ces valves porte, comme chez les Fayolia j une collerette hélicoïdale, dont l'existence, il est vrai, a été longtemps méconnue, et qui a été ensuite inexactement interprétée, mais qu'on voit très nettement sur certains échantillons. La Fio. 6 de la Pl. XLII montre précisément un beau
(1) Paléont. franc. ; VégètauXf Terr. jura$s., IV, p. 39.
spécimen de Pâteoxym appendiculata. Lesquereux (1) du terrain houiller de Tlllinois, donné à TEcole des Mines par M. R. D. Lacoe, et sur lequel elles sont extrêmement visibles : les figures grossies 6 A et 6 B les montrent, vers le sommet et vers la base de Téchantillon, faisant saillie sous forme de lame hélicoïdale sur le bord du contour apparent ; on ne peut les suivre que sur une très faible longueur, parce que, étant perpendiculaires à la surface de Torgane, elles sont restées engagées dans la roche sur la majeure partie de leur étendue.
Chez les Palxoxyris^ le nombre des valves est assez généralement de six, ou du moins compris entre six et dix : il est de sept sur l'échantillon de la Fig. 6, Pl. XLII ; mais M. Kidston a signalé récemment deux espèces, dont Tune, le Pal. trispiralis (2), n'a que trois valves, tandis que Tautre, qui semble, il est vrai, moins nettement conservée, le Pal. Johnsoni (3), en aurait une soixantaine. La première de ces deux espèces rappelle beaucoup, par ses dimensions comme par la largeur de ses valves, le Fatjolia dentate, et Ton pourrait se demander, le nombre des valves des Palseoxyris étant ainsi variable d*uno espèce à une autre, si les Fayolia, avec leurs deux valves, ne devraient pas être aussi rattachés simplement à ce genre. Mais, outre la constance de ce chiffre de deux valves chez les différentes espèces observées jusqu'ici, les Fayolia se distinguent nettement des Palseoxyris par les cicatrices dont leurs valves sont marquées, et
(4) Geol. Surv. of IllinoU, IV, p. 465, pl. XXVII, fig. il.
(2) Proceed. of the Royal physical Society y Edinbxirgh,lXj pl. I, fig. 7.
(3) Ibid., pl. I, fig. 6.
dont aucune espèce de co dernier genre n a jamais offert la moindre trace.
Certains Palaeoxyris ont été trouvés groupés en nombre variable, parfois jusqu'à douze, autour d'un centre commun, comme s'ils eussent été attachés au sommet d'un même support, formant par leur réunion une sorte d*ombelle plus ou moins fournie. Pour les Fai/ofia, on n'a jusqu'ici rien observé de semblable, mais on no saurait affirmer qu'ils n'offraient pas des groupements du même genre.
Diverses hypothèses ont été faites au sujet de ces corps ; malheureusement aucune n'a des caractères de probabilité assez sérieux pour pouvoir être admise à l'exclusion des autres : la plus vraisemblable cependant consiste à les regarder comme des fruits, formés de valves carpellaires tordues en hélice et ayant renfermé des graines à leur intérieur ; mais on a fait remarquer, non sans raison, que l'on n'avait jamais observé le moindre indice d'une déhiscence de ces valves, permettant l'émission à l'extérieur des graines contenues dans la cavité centrale ; on n'a trouvé non plus aucune trace de graines ni à l'intérieur do ces corps, PalaBOxyris ou Fayolia, ni dans leur voisinage. On peut, d'autre part, il est vrai, supposer que ces graines hypothétiques auraient été excessivement tenues, comme le sont par exemple celle des Orchidées, et expliquer par là qu'elles aient échappé à toutes les Recherches ; on peut également penser qu'il aurait suffi, pour qu'elles se répandent à l'extérieur, d'un léger entrebâillement du bec terminal formé par les valves, entrebâillement qui pourrait n'avoir pas laissé de traces sur les empreintes ; d'ailleurs les exemplaires qui nous ont été conservés, ayant nécessairement séjourné dans l'eau, auraient dû, s'ils étaient préalablement ouverts, resserrer leurs valves et se refermer,
ainsi qu*il arrive pour les cônes de la plupart des pins, qui referment leurs écailles sous Tinfluenoe de rhumidité.
Si ce sont réellement des fruits, les Fayot ia et les Palseoxyris viendraient se classer dans Tembranchemont des plantes phanérogames angiospermes, o*està-dire à graines enfermées dans un ovaire, embranchement auquel, jusqu'à présent, aucuno autre empreinte des formations paléozoîques, si ce n'est peutpeut-être le Daubreeia pateraBfoimiis, ne saurait être rapportée. Mais, ainsi que je viens de le dire, rien ne prouve que cette interprétation soit la vraie, et les raisons qu'on a fait valoir à rencontre ne laissent pas d'être fort sérieuses.
M. Nathorst (1) a considéré les PalseoxyHs comme des organes fructifères de Characées, c'est-à-dire de plantes aquatiques appartenant à la classe des Algues ; mais cette attribution reposait sur une interprétation erronée des collerettes de ces corps, d'après laquelle le savant paléontologiste suédois avait cru pouvoir regarder les valves comme des tubes à section carrée, dont la paroi externe aurait seule disparu.
M. le Marquis do Saporta s'est demandé de son côte (2) si les Spirangiées, c'est-à-dire les Palseoxyris et les Fayolia, ne représenteraient pas <c tout simple-» « ment des feuilles ou organes appendiculaires transie formés et gonflés en vessie, autrement dit des asci- « dies, destinés à servir de flotteurs )>, et si ce ne seraient pas les feuilles submergées de quelque végétal aquatique, d'un type éteint depuis longtemps, qu'il n'y aurait pas plus de motifs pour supposer phané-
(i) OmSpirangium^ etc. (Ô/bersigta/feongt. Veteiisk. Acad. Fôrhaiidlingar^XXXYh p. 81-93).
(2) Paléont. franc. ; Végétauxy Terr. jurass.^ IV, p. 37.
rogame que crjrptogame. Il est certain que 8i, par exemple, les Nepenthes aotuellement vivants ne nous étaient pas connus et qu*on vint à trouver à l'état fossile leurs ascidies en forme diurnes munies d*un couvercle, on ne saurait comment interpréter des organes aussi singuliers. Toutefois la constitution des Spirangiéesi composées de valves \Taisemblablement distinctes, régulièrement opposées ou verticillées, puis soudées et tordues en hélice, me semble bien complexe pour qu'on puisse voir en elles de simples organes foliaires.
En résumé, et bien que Tidée de regarder comme des firuits ces corps énigmatiques me paraisse la moins invraisemblable de celles qui ont été émises, on reste à leur égard dans le domaine de la pure hypothèse, c'est-à-^dire en réalité dans une ignorance complète de leur nature, de leurs fonctions et de leur attribution. Il est à souhaiter que dos découvertes ultérieures viennent fournir un jour la solution du problème.
Il n'est pas sans intérêt de rappeler que les Fayolin, encore inconnus il y a peu d'années, ont été découverts presque simultanément à trois niveaux et dans trois pays différents : au reçu de la note que nous leur avons consacrée, M. Renault et moi, en juin 1884, dans les Comptes-rendue de l Académie des sciences, M. Weiss m'informait qu'il venait de décrire sous le nom générique de Gyrocalamus le moule interne d'un de ces corps, recueilli par M. von Gttmbel dans le rothliôgende inférieur, mais que, ce nom n'étant pas encore publié, il l'abandonnait pour celui de Fayolia. L'année suivante, en 1885, paraissait dans les Annales de l'Académie des sciences de New-York, une note de M. Newberry, présentée par lui dès la fin de 1883 à l'Académie, dans laquelle il faisait connaître des moules de corps semblables, trouvés dans le Chemung group,
c'est-à-dire à la base du dévonien supérieur, et leur donnait le nom de Spiraxis^ qui, n'ayant été publié qu'après celui de Fat/olta, ne saurait être conservé. N'ayant eu sous les yeux que des moules internes assez mal conservés, M. Newberry, tout en faisant remarquer leur extrême analogie avec les Pateoxyrîs, se demandait si ce ne seraient pas des tiges pleines, #yant porté, attachées sur leurs carènes hélicoïdales», les frondes d'Algues spiralées connues sous le nom de Spirophyton ; mais cette interprétation, que l'auteur ne mettait, d'ailleurs, en avant qu'avec beaucoup de réserve, tombe devant les observations faites sur les échantillons beaucoup plus complets de Gommentry, qui prouvent formellement que les Fayolia étaient des organes creux à très minces parois.
Les limites actuellement connues de ce genre sont par conséquent d'une part le dévonien supérieur, et le rothliegende inférieur d'autre part ; il en a été observé deux espèces dans les couches dévoniennes d'Ame* rique, deux autres dans les couches houillères supérieures de Gommentry, et une dans le permien inférieur de la région rhénane, mais cette dernière peut-être identique à l'une de celles de Gommentry.
FAYOLIA DENTATA. Renault et Zeillkr.
(PL. XLI, FiG. 5 .\ 9 ; PL. XLII, FiG. 4, 2.)
1884. Fayolia dentata. Renault et Zeiller, Comptes-rendus Acad. se, XCVIII. p. i393; p. 1392, fig. 1. Weiss, SteinkohL Calam., II, p. 204; p. 203, fig, 1. Saporta, Paléont. franc. ; Végétaux, Terr, jurass., IV, p. 39,40, pi. IV, fig. 1.
Description de V espèce. — Corps fusi formes, longs de 8 à 16 centimètres sur 15 à 25 millimètres de largeur au milieu, portés sur un pédoncule lisse ou fine-
ment strié de 3 à 5 millimètres de diamètre, et formés de deux valves légèrement concaves en dehors, larges de 5 h 10 millimètres^ soudées Tune à l'autre par leurs bords, contournées en hélice et faisant de 6 k 7 tours de spire. Valves marquées, à 1 ou 2 millimètres au-dessus de leurs lignes de suture, d'une file de petites cicatrices rondes, de 0™°",75 à 1"™,5 de diamètre, espacées de 1™°*,5 à 3 millimètres de centre en centre, et portant quelquefois des épines dressées ou étalées^ droites ou arquées, très finement striées en long, larges de 0"",75 à 1 millimètre sur 12 à 25 millimètres de longueur.
Lignes de suture des valves légèrement saillantes en dehors, portant chacune une collerette hélicoïdale étalée y à bord très finement dentelé ou frangé, large de 5 à 8 millimètres, paraissant devenir libre vers le sommet, et alors rétrécie peu à peu en pointe dressée verticalement et dépourvue de dentelures sur ses bords.
Remarques paléontologiques. — Les Fio. 5 à 9 de la Pl. XLI, et 1 et 2 de la Pl. XLII montrent les plus nets et les mieux conservés des très nombreux échantillons de cette espèce recueillis à Commentry. Par suite de Taplatissement, les deux faces, antérieure et postérieure, se sont moulées Tune sur l'autre, et leurs reliefs, peu accentués, il est vrai, se sont en quelque sorte superposés Tun à l'autre, ce qui prouve que ces valves hélicoïdales n'avaient qu'une très faible épaisseur, et que l'intérieur de ces corps était absolument vide. Il en résulte qu'on peut suivre sur presque toute leur longueur les deux carènes correspondant aux lignes de suture des valves, qui se dessinent en relief sur les demi-tours de spire de la face antérieure, en creux au contraire sur les demi-tours postérieurs, et qui se croisent l'une Tautre de manière à découper la surface
de ces corps en une série de losanges à grande diagonale horizontale, superposés par leur sommet obtus et comprenant entre eux autant de couples de triangles isocèles opposés deux à deux par leurs pointes. Cette disposition est notamment très marquée sur les Fio. 5, 6 et 8 de la Pl. XLI.
Certains de ces échantillons sont tout à fait complets, entre autres ceux des Fia. 8, Pl. XLI, et Fia. 1 et 2, Pl. XLII, montrant à la fois le pédoncule et le sommet de Torgane. Le pédoncule est surtout très net sur la FiG. 8, Pl. XLI, et sur la Fie. 1, Pl. XLII. On le voit également un peu sur les Fio. 6 et 7 de la Pl. XLII, qui laissent, en outre, très bien voir les tours de spire les plus inférieurs de la collerette.
Les cicatrices sont presque toujours visibles, mais particulièrement sur les Fio. 5 et 6 de la Pl. XLI et sur les FiQ. i et 2 de la Pl. XLII : un peu de vase ayant pénétré dans l'intérieur de ces corps ou du moins de quelques-uns d'entre eux et ayant rempli notamment les sillons qui, à Tintérieur, correspondent aux carènes, on constate, par exemple sur les échantillons FiG. 6 et 9, Pl. XLI, et Fig. 2, Pl. XLII, que ces cicatrices constituent de véritables perforations dans la paroi des valves : on aperçoit, en effet, par ces ouvertures, du moins par celles de la face antérieure, la vase qui occupe la cavité interne ; au contraire, les cicatrices de la face postérieure ne se trahissent que par un léger relief, circonscrit par une ligne circulaire en creux, et ne sont visibles, pour ainsi dire, que par transparence. Sur aucun échantillon, on ne voit ces cicatrices descendre jusqu'à l'extrême base de la spire, ni s'élever jusqu'à son sommet ; elles n'en occupent, en général, que les cinq tours moyens. Assez souvent, on distingue un peu au-dessus d'elles une ligne parallèle à la carène, très faiblement marquée, qui semble
indiquer que la bande marginale de chaque valve occupée par les cicatrices faisait un léger angle par rapport à la partie médiane et était un peu moins concave que celle-ci.
Les épines ou les appendices spiniformes qui venaient s'attacher à ces cicatrices, et dont la chute a donné lieu à ces perforations, n*ont laissé de traces que sur un nombre très restreint d'échantillons : on en voit très nettement quatre ou cinq, étalées ou même réfléchies vers le bas, sur la Fio. 1 de la Pl. XLII ; l'empreinte FiG. 7, Pl. XLI, en montre également quelques-unes, du côté gauche, vers le milieu de sa hauteur ; seul l'échantillon de la FiG. 5, Pl. XLI, en a conservé un plus grand nombre appliquées sur la surface, mais bien discernables, grâce à leur léger relief, et montrant sous un faible grossissement (Fig. 5 Â) leurs fines stries longitudinales ; ces stries, visibles également sur les appendices de la Fig. 7, font songer à un pinceau de fibres peu résistantes ou même de poils soudés ensemble, et donnent à penser que ces appendices ne devaient pas avoir une bien grande rigidité.
Quant aux collerettes, elles se voient plus ou moins complètement sur un assez grand nombre d'échantillons, bien que quelquefois elles soient restées engagées dans la roche et demeurent alors indiscernables. Sur l'échantillon de la Fig. 6, Pl. XLI, elles apparaissent dès la base, avec leurs bords très finement dentelés, et se suivent presque jusqu'en haut, visibles, à droite et à gauche, à chaque demi-tour de spire; on les retrouve également, mais moins complètement, vers le bas et sur divers points de la Fig. 7, Pl. XLI, et de la Fig. 2, Pl. XLII ; en revanche, sur la Fig. 9 de la Pl. XLI, on peut les suivre sans interruption, à diverses reprises, sur près d'un demi-tour et s'assurer ainsi de leur par-
:^ :r %^v^r.::nuitê. Ces collerettes, qui semblent avoir été
t\.-y->>s;xî^r.>en! minces, sont souvent comme légèrement
c*..rrt^^> s-ar leur bord libre, chaque pli correspondait
uonts, fort courtes, mais très aiguës, doot
:< >-."r,î réunies : elles sont, en outre, parcourues par
-'•^ ^i--,;^ j.'^r.irinidinales excessivement fines, qu'on re-
Tr.N.,\5f ,■:,: reste, mais moins marquées, sur les valves
eCI^sr..;::Nes. et qui >embleni devoir être attribuées à
*A .; ^p.-^^.'.^-v^n tu-> cellules épidermiques en (îles parai-
^ ^*•^ r.'^. *;. rt-^. Au sommet, les deux collerettes parais-
^/r: 5ïe* vr.v.M^rt^r ivarallèlement à Taxe de Torgane et
> ',t jv -'o w^r.ique par laquelle il se termine, et deve-