‹ Études sur le théatre LatinChapitre 5 sur 10 · T^AS · texte numérisé non relu

T^AS

12 ÉTUDES SUft LA GOHÉDIB LATINE.

tîonne plus que celle qu'il commente (1). — Enfin Diomède, au V" siècle, se perd dans les étymologîes qu'il cherche à ce mot (2). Il en essaie quatre dîflférentes, dont la prem ^refait venir le mot Satyra du chant railleur des Satyres, et son choix ne sait déjà plus se fixer à aucune.

Les Atellaoes à Rome jusqu^aa temps de J. César. — lear Caraetère»

Le passe-temps de la Satire et les spectacles du Cirque suffisaient depuis longtemps à la satisfaction des esprits Homaîns, lorsqu'en 391, sous le consulat de Pœticus et de Stolon (3) , se déclara tout-àcoup une peste dont les ravages défiaient les ressources de l'art et de la prière. Au milieu du découraget général on songea, pour apaiser plus sûrement

meiîxj à tenter la célébration de solennités extraordinaires, rehaussées pour la première fois par lanouveauté des jeux scéniques. De l'Étrurîe qui, en 138, avait déjà fourni des gladiateurs et des cavaliers au cirque romain (à) furent appelés des panto-

(1) Porphyrio in Horat., sat i, i : Lanx plena diversis fhigibus... saturs nomme appellatur. Ergo et hoc cannen proptérea saturam appellaveruQt quia multis et variis rébus refertum est.*-- Cf. Gasaub. de Satyric. Grseca poesi et Roman. Sa tir. Paris, Drouart, 1605, in-8, p. 319 y 823-2A. — Lucilius, Corpet, i, ft-agm. 9 :

Per Satyram aedilem factum qui legibus solvat.

(2) Diomed., liv. m, édiU Putsch., p. &82.

(3) Tite-Liv., vu, 2. — Cf. Valer. Maxim., n, A. — Orose, ni, A* — Augustin, de Civit, Dei, u, 9. — Tacit. Ann^i !▼, à et ZIY, SI*

(4) TiU-Ur., I, 35. - Cf. id. i,56.

UES ATBULANSS. IS

mimes dont les jeux offraient d'abord une grande simplicité. Car ils n'étaient ni relevés par des vers récités, ni même accompagnés d'une pantomime

destinée à en reproduire la pensée* Ils consistaient

seulement en quelques danses exécutées avec grâce aux sons de la flûte. La jeunesse romaine se mit aussitôt à les imiter, en mêlant à ces divertissements les bâdinages réciproques de l'ancienne Satire et des gestes analogues aux paroles. Au bout de quelque temps ces informes essais, encouragés par la vogue, devinrent une institution, ces acteurs novices furent remplacés par des comédiens réguliers qu'on nomma Histrions, et aux mutuelles plaisanteries , improvisées jusque là en vers grossiers, succédèrent des Satires en vers cadencés, où la flûte gouvernait la déclamation et les mouvements. *:*a#

Longtemps les Ramains se contentèrent dé^Hi'^

genre de plaisirs. Cependant, plus ces jeux dé naieut un art, plus allait être inévitable un retour nouveau vers l'ancienneSatire, oùla vivacité joyeuse et caustique, l'esprit libre et prompt étaient tout le talent. Ainsi lorsque Lîvius Andronicus, en 514 9 eut apporté une perfection nouvelle aux compositions scéttiques de son temps, en leur donnant pour la prejmîére fois la régularité du théâtre grec, la gaîté et les saillies en vers libres, bannis de la marche uniforme du drame, finirent par se faire jour ailleurs. Elles furent renouvelées avec la satire d'autrefois que la jeunesse rapporta, en se réservant à

Ift ÉTUDES SUE IÎ4 COHI^DH LATINE.

e\h seule te droit de la représenter» Dàûs la suite ^ cette satire fut modifiée, ces badinages prirent 1q le nom d'Exodià et furent ordinairement intercâlito dans les fables Atellanes, sorte de pièces satiriqiiet empruntées aux Osques,

Ici s'arrêtent les seuls renseignements fournis par Tite*Live sur les Atellanes et sur les modifications principales qu'éprouva la Satire. Essayons dé déve*^ lopper aveo exactitude ôe qu'il n'a fait que montreiSi

C'est du pays des 08ques(l), peuple de la vieille Campanîe, que les Atellanes furent apportées à Rome. Elles avaient emprunté leur nom d'Atella^ ville de ce pays, où elles avaient pris naissance(â)« 11 est remarquable que les Osques avaient chest lei anciens une réputation de plaisants obscènes et gros^ siers, d'audacieux bouffons(â) qui a une frappante dihxtkexité avec les habitudes de la Satire primitive. Outre d'autres rapports que nous signalerons, cette conformité n'n pas dû peu contribuer à joindre la Sisiti^ reet l'Atellane^Mais elles se réunirent primitivement sans Se confondre : la forme diverse des deux gen-* res en empêchait de suite le complet mélange. La Satire primitive était sans règle, l'œuvre enjouée du hasard; l'Atellane, dont on ne mentionne jamanl l'origine Osque sans la nommer fable Atellane, pa-

(1) Ou Ôpiques, voir Festus, voc. Osté,

(2) Diotned.« m, p. 487.

(3) Festus, /pc. cit. — Cr, Horat, saU i, v, 52, sqq. — Plaut, 7Vtf«., V. 50.

I2S ATBLLANl». 16

ratt ftToir eu un ensemble quelconque» une sorte de canevas burlesque, et convenait bien pour servir de cadre à la Satire. Tite-Live d'ailleurs est formel ici; Javentus moreuntiquo ridicula intexta versibu» jacii^ tarecœpit^quœ indê Exodia postea appeilaia eomerta^ quefabelHspotissimùm AieUanUsunt. Le mot potis$i'^ niùm même serait une preuve de plus de la sépara^* tion de ces deux espèces : il apprend que le ridi>* cule de la Satire avait pu s'intercaler encore dans d'autres pièces que les Atellanes. On ne saurait donc admettre l'opinion de M. Schlegel qui ne fait des Atellanes et des Satires qu'une seule et même chose à leur début (1). Le savant critique a négligé le passage de Tite-Live que nous mentionnons, et a été évidemment trompé par l'intime rapport de ces deux sortes de Satires qui les amena, mais plus tard, à n'en être plus qu'une seule. \^^

La jeunesse romaine se réserva la représentation des Atellanes mêlées d*exodiûr et ne permit pas, dit Ute-Live, qu'elles fussent souillées par les histrions* Deux faits nous paraissent ressortir de ce passage. Le premier, c'est le peu de popularité qu'avait alors obtenu l'introduction de l'art grec sur la scène de Rome, puisque la jeunesse, celle qui partout impose la mode et la suit, ramena le genre antique, où l'art avait moins de part, où éclataient sans frein la gaîté et le naturel vraiment romains. Le second,

(4) W. Schlegel, LittéraU dranu, n, p, M, tfaduct, française, édil. Cherbttliez.

c'est le caractère indigène des Atellanes qui, restées comthe le patrimoine de la jeunesse Romaine, a'é* taient point touchées par ces histrions de Tart grec que Liyîus avait formés. Cette opinion se confirme par ce que nous savons des privilèges accordés au^ acteurs d'Âtellanes. Les droits decttoyensi romains leur étaient conservés à l'exclusion des histrions^ <jw étaient soumis à tous les genres d'humiliations. Ceux-ci, privés de toutes pérogativesvpoijivaient être transportée d'une tribu dans une autre, fustigés à volonté par ordre des magistrats, écartés en même temps de toutes les fonctions publiques et militaires, et relégués souvent dans les tribus les moins hooo^ rées (1). Ceux-là n'étaient pas renvoyés d'une tribu à uùe autre, et se voyaient admis., comme tous les citoyens, au service des légions(2). De j)lus, lors^ qu'une déclamation vicieuse ou quelque autre défaut scénique leur attirait l'improbation des spectateurs, ils pouvaient garder leur masque et cacher ainsi la rougeur delà honte, tandis que \ts, histriont^ obligés de l'ôter quand ils étaient siffles, perdaient^ jusqu'à ce faible abri contre la confusion(3).

Ce qui entraîna encore la réunion de la Satire et de l'Atellane, c'est la conformité de leur caractère champêtre. Une grande partie des titres des pièces Atellanes qui nous restent l'attesteraient au besoin.

(1) Gicer. Fragm. apud AugusU De ciirit. Dei, ii, 12, 13.

(2) TiU Li?. loc. cit.

(3) Festus, voc. personUf — Cicer» Paradox. 3.

tSS ATEUAME8. 17

si nous n'en trouvions un témoignage assez précis dans ce passage de Yarron, c in jitellanis liçet ani' madvertere rusticos dicere se adduxisse pro scorto pelliculam. » (1). Nous n'osons pas ici nous égarer 9 comme Schober ( 2) , dans des conjectures, que rien n'appuie , sur les plaisanteries champêtres des anciens Osques, imitées et perfectionnées par les habitants d'Âtella. Nous ne nous demanderons pas si, pour ceux-ci, Tintérct de ces pièces consistait dans le rapprochement de la vie des champs avec celle de la ville. Nous croyons qu'il est plus prudent de n'établir des inductions que d'après les textes •dont nous pouvons disposer. — Valère Maxime dit : jàtellaniludi ab Oscis acciti sunt^ quod genus détecta" tionis Italica severitate temperatum (3). Ce passage, en indiquant une transformation des jeux Osques dèsleur introduction à Rome, fait penser aussi que sur leur sol natal ils avaient été d'une pétulance plus désordonnée. Peut-être, comme quelques uns l'ont cru, Yalère Maxime veut-il seulement dire que ces plaisanteries, au lieu de dégénérer en passant à de vils histrions, gagnèrent quelque considération par le rang des acteurs qu'elles trouvèrent à Rome.

(i) Varro, de Ling. latin., Tir, 8&. — Cf. Festos, voc. Seortum, — On tmaye dans les Alcones de Pompooias, ap. non. y. rustieatim et tangcre i At ego nisticatim tangam, urbanatim nescio.

(2) Schob. ûber dit AteUaniêchen Schauspiele der Romer, in-8, Leips., 4825. Essai sur les Atellanes, d'après Schober, par Genin^ brochure in-8, p. id, extraite des Mémoires de la Société des Sciences..* du Bas-Rhin, nouT. série, tom. i , part. 2.

(3) Valer. Maxim., 11 , 6.

IS lÉTUDES STTR ti COMEDIE LATINE.

Maïs n*est-ll paô préférable de s'attachei! âu sèûS littéral du passage et de croire que cet excès de gtos^ sièfe vivacité, justifié d'ailleurs par le caractère Osque, se tnodéra réelletnent sous la ûialtl dé eeâ jeunes Romains de condition libre à qui échurent les Atellanes? Nous n'en voudrions pour preuve que Téloge accordé par Donat à l'antique élégance de rAtellane(l), que cette faveur, qu'elles perdirent plus tard d'être jetées au milieu d'une pièce comme un gracieux délassement(2), et peut-être que ces maximes de sagesse ou cette grâce que Sénèque et Marc-Aurèle étaient heureux de rencontrer dàhs les pièces de cegenre(3). Quoiqu'il en soit, ce qui reste certain pour nous c'est que l'Atellane avait été en CampaHie plus grossière que ce qu'elle était à Rome. Mais le burlesque, une fois devenu populaire, sait difficilement s*arrêter j il recule sans cesse ses limites, et les Atellanes étaîetit destinées à se modi^ fier encore. On dirait que cette sévérité îtatttjué, qui, selon le mot de Valère Maxime, en avait adouci d'abord l'âpreté , se perdit promptettient avant que les Atellanes ne fussent devenues des pièces écrites ; car nous n'en trouvons pas de traces dans les courts fragments qui nous sont parvenus. Au contraire, on y reconnaît facilement que

(i) Donat. Proleg. TerenL : Atellans, sab'buà et jocis composite , qtift in se non habent nisi vetustam elegântiam. »

(2) Cicer, ad Famil., ix, 16. — Cf. Tacit An»., it, l4.

(3) Senec. , EpisU 8. •— Fronto ad M. Gsesdf, t , p. 53. ISdIt. MaK

£8* LViLLAJXtB. 19

letîdteûle 6e môâtra de ttouvean dans tôtite sà groÀsièteté, et que la moquerie impitoyable et vulgaire dtÉ chaiûpd redevint Télément dominant. D'ftilleui!s^ lé ôafactèré eommun de rusticité qui avait associé la Satire et TÂtellane finit dans là suite par les confondre entièrement. Nous trouvons plus tard le motd'J?j?^{am employé indistinctement pour celui A'Atellana , et des acteurs particuliers , désignés communément par le nom générique û*eitodiariaê (1), jouant les Atellanes à la place de cèsjeunesgens qui en avaient institué l'usage. Ce retour plus marqué vers Tancienne licence rustique des Osques donna, à ce qu'il parait, une excessive hardiesse aux pièces Atellanes, et l'on se demande avec surprise comment, sous la République, on n^infligea jamais à leur audace le châtiment qui, par exemple, avait réprimé la tentative de Nœvîus. Dans la suite, leur effronterie s'accrut encore, et Tônn'estplus étonné de voir Diomède, au cinquième siècle de notre ère, comparer les Atellanes au drame Sàtyrique des Grecs(2). A part le costume et les acteurs, c'étaient le même çenre de plaisanteries, là même scène agreste ; depuis longtemps c'étaient

(i) Lydus de Magistr« Rom», i» p. 70 : Irtkkkfn i$ irrn xA* XtyofUifm

(2} piomed., m, éd. ïhitsch., pt hSl : Tertia species est fid>ulaniiii htinarum qiue à civitate Oscorum Atella, in qu& primùm cœptSf AtdlanfB àicts suDt , argumeDtis dictisque jocularibus sUnUes 8at;3riici8 fabulis grœcis.

N^oublîons pas cependant qu^ailleurs Diomède dit, m i 488 : Latinis AteU tana & gneca satyrica diâert quod in satyrica fere satjronun ponon» inilii« cuntur..* in Atellana Oscae person»! ut Maccus*

IS lÉTUDES STTR ti GOH^DIË LATINE.

Màîs n*est-ll paô préférable de s*attachei! âu sèûS lît^ tétâl du passage et de croire que cet excès de gtossîèfe vivacité, justifié d'ailleurs par le carâètère Osque, se modéra réelletnent sous la ûialtl de eéâ jeunes Romains de condition libre à qui échurent les Atellanes? Nous n'en voudrions pour preuve que reloge accordé par Donat à l'antique élégance de rAtellane(l), que cette faveur, qu'elles perdirent plus tard d'être jetées au milieu d'une pièce comme un gracieux délassement(2), et peut-être que ces tnaxîmes de sagesse ou cette grâce que Sénèque et Marc-Aurèle étaient heureux de rencontrer dàfas leô pièces de cegenre(3). Quoiqu'il en èoit, ce qui reste certain pour nous c'est que TAtellane avait été en Campaûie plus grossière que ce qu'elle était à Rome. Mais le burlesque, une fois devenu populaire, sait difficilement sWêter j il recule sans ceâse ses limites, et les Atellanes étaîetit destinées à se modifier encore. On dirait que cette sévérité îtattgué^ qui, selon le mot de Valère Maxime, en avait adouci d'abord l'âpreté , se perdit promptement avant que les Atellanes ne fussent devenues des pièces écrites ; car nous n'en trouvons pas de traces dans les courts fragments qui nous sont parvenus. Au contraire, on y reconnaît facilement que

(i) Donat. Pï-oleg. TerenL : Atellans, sab'buâ et jocis cotnposit» , qttft in se non habeùt nisi vetustam ele^ntiam. »

(2) Cicer, ad Famil, ix, 16. — Cf. Tacit Anti,, it, l4.

(3) Senec, Epist. 8. — Fronto ad M. Gsesdf, t, p. 53. Ëdtt, MaK

letîdteûle 6e môâtra de ttouvean dans tôtite dà groftsièteté, et que la moquerie impitoyable et vulgaire dtÉ chktùpê redeyint Télément dominant. D'ftilleui!s^ lé ôafactèré commun de rusticité qui fttait associé la Satire et TAtellâne finit dans là suite par les confondre entièrement. Nous trouvons plus tard le motd'Exodiuni employé indistinctement pour celui diAteUana , et des acteurs particuliers , désignés communément par le nom générique û'exodiariuê (1), jouant les Atellanes à la place de cesjêunesgens qui en avaient institué Tusage. Ce retour plus marqué vers Tancienne licence rustique des Osques donna, à ce qu'il parait, une excessive hardiesse aux pièces Atellanes, et Ton se demande avec surprise comment, sous la République, on nlnfligea jamais à leur audace le châtiment qui, par exemple, avait réprimé la tentative de Nœvîus. Dans la suite, leur effronterie s'accrut encore, et ronn'èstplus étonné de voir Diomède, au cinquième siècle de notre ère, comparer les Atellanes au drame Sàtyrique des Grecs(2). A part le costume et les acteurs, c'étaient le même çenre de plaisanteries, là même scène agreste ; depuis longtemps c'étaient

(i) Lydus de Magistr« Rom», i» p. 70 : irtkkk'^n ^< inn tAi» XtyofUm^

(2} piomed., m, éd. ïhitsch., p. àSl : Tertia species est ikbulamiii htinaram qos à civitate Oscorum Atella, in qu& primùm cœptSf AtdlaiNB dictai sunt , argumentis dictisque jocularibus sUnUes 8at;3riici8 fabulis grœcis.

N^oublîons pas cependant qu^ailleurs Diomède dit, ui » 488 : Latinis Atellana & gneca satyrica diâert quod in satyrica feresatjrorum pwionii indu* cuntur... in Ateîiana Oscae personse, ut Maccus.

20 ÉTUDBS SUR LA COlIlÉDIE LATINE.

yne licence et des obscénités pareilles, et Ton y re* trouvait les mêmes mètres et les mêmes vers (1).

La plac^ qu'occupaient les Atellanes dans la distribution des pièces prêtait encore plus à cette ressemblance. Le drame satyrique chez les Grecs se jouait après la tragédie, et en faisait reparaître quelques personnages pour les ridiculiser. Les Atellanes aussi se montraient après les tragédies graecp-romaines , afin de distraire par la gaité des scènes et des propos le spectateur encore ému de la catastrophe tragique (2). Un point encore a une apparence de conformité. Le drame satyrique faisait emploi de caractères nobles ou mythologiques : pUcé après la tragédie , il se servait de ses personnages pour provoquer le rire à la place des larmes par une fin joyeuse au lieu d'une péripétie fatale* On trouve dans la série des Atellanes quelques titres qui sembleraient rappeler le même emploi de caractères nobles et le même but, tels que VAgamem^ non mppositus^ le Marsyas de Pomponius, VAndra^ mâche ^ les Phœnissœ^de Novius. Mais, sur les cent six titres de pièces que nous possédons, nous n'avous que ceux-là qui offrent ici quelque semblant

' (i) Marias Yictorin. de lamb. metr. éd. Putsch., n, p. 2527.

Id. III, 2574. — Cf. Tercnt. Maur. de metr. éd. Putsch., p. 2438.

(2) Juvenal. édit Morel. Lutet., 1613, Sat. iii^ vers 175. Velus schoL : Exodiarius apud Yeteresin fine ludorum intrabat, quod ridiculus foret; ut quidquid lacrymarum atque tristili» coegissent ex tragicis affectibus hujus spectaculi risus detergeret — GC Lydus de mag. Rom. , lib. j, c 40, pi 70, éd. Hase.— Mariu» Victor, II, p. 2527.

LES ÀTELLÂNES. 21

d*analogie, et Ton est porté à croire que c'était moins là une imitation du drame satjrrique que la copie des tragico-comédies appelées fables Rhyti' tkoniennes (\) .

Là se bornent les rapports des deux genres. Le fond est complètement différent. Les Atellanes n'avaient pas coutume de reproduire les personnages de la pièce qui les avait précédées. Création du sol, elles avaient leurs caractères à part , leurs saillies particulières, leurs paysans d'une condition inférieure à ceux du drame satyrique, et , excepté les titres cités plift haut, leurs sujets étaient toujours pris dans les rangs obscurs. Le plus grand nombre des pièces et des fragments comparés indiquent des Comédies de caractère. Le développement grotesque des habitudes d'une classe commune de la société romaine, parait leur avoir suffi le plus souvent. Tantôt c'est une profession décriée qu'elles mettent en scène, comme YHetœra de Novius (2), le Leno^ le Prostibulum^ la Munda^ les Aleones de Pomponius ; tantôt ce sont les métiers des gens du peuple, comme le Gardien du temple , les Ariispices, les Boulangers^ les Pêcheurs, les Peintres, les /^e/i-

0) Lydns demag. Rom., Hb. i, cap. àO : "h fjii^roi KOf^uSloc rif^vtrou

dçinrày 8^$.,.*« ÀrcXAàwiy..... pcvOcdvcx^y pcvduvcxi^ (é^rcv) ^ IÇorcx^i,

x.'t. X, — Steph* Byzant. Bâle, 1568, in-fol. Xiland, yoc Tàpotç : àvsypàfviffOLv ffoAAol... XKÏphOoiv Ta^ayrTyo; fXùcc^ rà r^ayexà fAîTC(.ppuBiil^Oivsii yiXoXov, — Cf. Suidas YOC vhBuv,,, — Donat. fragm. trag. etcom. — Raoul- Rochette : Mémoires acad. Inscript Belles-lettres, série nouv., tome t. ,. ^

(2) Voir pour ce titre et pour tous ceux qui suivent la Table placée h la fin, ^

3iî l&TUDES 8Q% (4 ÇPlcM^Qi LATINE.

ikn^urs^ \^sPquÙ?7i$ (i) et Iw Cr^^ri pu6/t<:i. DaPU d'autres pièces, p'éuîept les coutumes 4e diyeww coi|tFéç3 qu'où liyr^t a» irîdiçulç ; aiQsî les Çampa^ niensj les Syriens^ les Gaulois transalpins , et peut-» être les Soldats 4e pçmetiai dans d'autres, des yices généraux qui sont de toutes les classes» çpmilie YÀ'^ varcy le Méchant y le Solliciteur ^y VHéritier avi(k ; PU des caricatures prises aux champs, telles quei k Rusticus^ la Porcariu^ la Sarçularu^y le f^ erres œgrotusy etc.

Les Atellançs étaient donc surtout des pièces de caractère, dont les modèles étaient empruntés à Ift vie vulgaire. Ce n'est pas qu'pu pe trouve çà et Ik quelque comédie d'intrigue dans leur répeytpire# Les intrigues des Atellanes avaieut même u» <?a-i ractère particulier : elles étaieut passées ^a prOf« verbe, car Varron dit quelque part (2) : « Putas eos non citius tricas Meltanas quam Id e^trica}i|rosi| ^ et Arnobe ; c Jamdudum me fateor b^sita^e, eir<«

cumhisçere,f.. trica$p ^u^efnadmodemdiçitifryÇQn^iif^ plicare Atellanas (3)* » Ces passages indiquçj|;it>rj}4

(i) Il y aurait une curieuse Table à dresser de tpus les métiers q^e les saëriques et les comiques latins ont le plus habitneNemeiit mis en scène. On connaît la loi intitulée de FuUonibus portée contre le luxe des habits (Pline uzit), en 534f -— Il y a dans le Bmien$ 4e Piaule de» PAdieiirs dont les entretiens peignent bien cei classes ^iMterne^ Oo peul aodiv parer ce que dit Lucilius, édit. Gorpet,, :|xyi||, S8, v^ les Centanarii el xYi^ 9» sur la Pistrina et les boulangers»r-CC Vaivp de Lmi MU^f n* ICU sur les Vinalia rustica, Titinius et Laberius avaient aussi écrit des pîèees sur les foulons. VidNeukirch. de FabuL Ungut^ (4ps»9 iSUt 9* UU

Yid^ Noniom, toc^ Tncoff

kmtlth Àdv. GenU p. 176.

que le nœud de(^ AteHanes était faeile à délier, ou plutôt qu'il était embarrassé et sans yraisemblanee? Ou peut choisir ici entre deux conjectures.: d'après la seconde citation, il semblerait que c'était ordi^ nairement une intrigue confuse et embrouillée, et la première signifierait que cette intrigue était dif«ûcile à dénouer. D'après la phr.ase de Varron, on pourrait aussi bien admettre le sens contraire. Pour nous, nous pensons que ces pièces mêlées d'improvisation, où l'art avait une part accessoire, devaient contenir une intrigue pénible, sans clarté, et d'autant moins naturelle que ce genre ne leur était point habituel. Nous adoptons donc la pre*f mière version, et nous trouvons dans Quintilien un passage qui semblerait la fortifier, lorsqu'il recommande à Torateur d'éviter ces obscurités qui sont l'attrait captieux des Atellanes , c illa obscura quas Atellanœ more captent (1). t Quoi qu'il en soit, le peu de comédies d'intrigues dont nous croyons poaftéderles titres, ne peuvent se comparera la nomen^ clature des autres. On peut tout au plus, à en juger par les fragments, citer le Praco posterior, elles pièces à travestissement des K^lendc^ MurticBf des Pannuceatij du Maecus Vlrgo^ et des Macci Gemini (2),

(1) Qaintil. Inst oral,, vi, 3, — (Jt Senec GontroYt m, 18, — Ct Gicer. pro Cœlio, 27.

(2j NoTius, Prώo posterior ap. Non. voc labium :

Ego dedita opéra, te, pater, solum foras

Seduxi, ut ne quis esset testis tertius

Prêter nos, tibi quum tunderem labeas lobens*

2& ÉTUDES SDR LA CailiDIE LAl^NE.

Ces rares exceptions qui, avec quelques autres, s'expliquent par les hasards de Timproi^isation et la liberté même des Âtellanes, ne doivent pas nous égarer sur leur nature essentielle. Les Atellanes sont et restent des Comédies de caractère. C'est ce que prouvent encore les Masques de caractère qu'elles ont montrés les premières à Rome, et popularisés jusqu'à nous.

- ■ ■ Personnages inTariables on lasques de Caractère.

Diomède a dit (1) : « Latinis Atellana a grseca sat]vica dî£fert quod in satyrica fere Satyrorum personae inducuntur.... in Atellana Oscae personae, ut M accus. » Le M accus ^ personnage Osque, comme le dit Diomède, est le premier des masques de caractère de ce théâtre. Il est resté un type comique dont la forme a peu varié. Il représentait ordinairement un paysan d'Apulie ou de Calabre, maladroit, gourmand, sujet à mille accidents et rompu au métier de dupe* C'est un masque commode qui

Poinponias, Kalendœ Mariiœ^ ap. Macrob.» SaU^ vr, h»

Vocem deducas oportet ut yideanlur mulieris

Verl)a —jubé modo afferatur munus, tenuem et tinnwlam

Vocem ego reddam...

Idem^ Pannuceatif ap. Non. yoc nubere

Sed meus

Frater major, postquam vidit me ▼! dejectum domo,

Nupsit posteiius dotatœ, vetuls, Yaricos», yafrae^ — Pour le Maccus Virgo et les Macd Gemini du même auteur. Voir p. 25, not. 3, et p. 32, not. 3.

(i) Diomed.,m, 488f

UM ATIUÀNIS. 35

convenait à toutes les tribulations risibles, et les auteurs d*Atellanes. Tont fait voir sous plusieurs côtés. Dans les fragments qui nous restent , ils ont fait Maccus tour-à-tour soldat , hôtelier, exilé, frère jumeau, médiateur et même jeune fille, sans compter les pièces où il figure en son propre nom, dégagé de tout accessoire d'emprunt. Ici, dans sa gauchçrie, il se heurte ou se brise les doigts au seuil de la porte (1) ; là , fier soldat , il bataille contre un camarade pour la conquête d'un souper, ou prètend manger à lui seul la part de deux person- "f nés (2). Ailleurs, il se laisse tromper au point de prendre un homme pour une jeune fille (3), ou Tient compter à son maître l'argent du fromage de Sardaigne qu'il a yendu (/i). Presque partout il paie pour autrui ; c'est lui qui est puni pour les fautes d'un autre coupable, lui qu'on frappe quand les autres volent.

Ce sont là les seules scènes que nous laissent en-

(1) Novius, Maccus exulf ap. Non. MarcelL» yoc Umen : Limen superum qnod mÛii misero saepe confregit capat Limen inferum autem ubi ego omnes digitos confregi meos.

(2) Pomponius, Maccus tnileSf ap. Charis, éd. Putsch» i» p. 99 :

Gam cootubernale ego pugnayi quod meam Gœnaiiiat«

Id.,i,iOis

NamdlNuriasi vicem, .

Dttorum solum me comesae oondecet.

(5) Ponponius, Macd gemini^ ap. Non., yoc Abseondit : Perii 1 non paella est, nam quid abscondisti inter pâtes?

(6) Novios, ilfacci, ap. Non. .yoc Caseum :

Quid? bonum brève est» respeiidi, e Sardis veniens caseum?

86 ÉTUDES BWk U CÙUÈmZ LATINE.

trevoîr de trop rares fr^gm^nts. AjoutoBS.'y h9 in-^ dication^ que fournis^nt la sculpture qt le desaia. Où croit aujourd'hui que h Maccu» parais3ait ayieo une tête énorme, une grosse bosse ou deujc, et qu'il n'est autre que le Polichinelle Napolitain qui s'est perpétué jusqu'à nouâ. Une figurine antique

^ [ de bronze nou« montre ce long nez en forme de

\ bec de poulet Qixputcino (t) d'où le personnage roo-

\derne a reçu son nom de puloinella. Fiçoroni noua

' en donne dans deux passages une complète des^

cription (2)« Il dépeint deu:i^ figures: l'une est s^n3

bras, n'a qu'un petit manteau, et qu'une espèce de

sandales pour chaussures ; bossue devant çt der^

rière, la tête rasée ou plutôt chauve, le nez long

et crochu, l'orejUe tendue. L'autre a un ample

manteau, les pieds nus, la tête rasée; un nes^ re«-

courbé couvore sa bouche et son menton. Ficoroni

conclut que toutes les deux sont les mêmes que

Pulcimlla, Assurément c'est bien là le portrait de

Polichinelle, mais on a de bien faibles preuves

^ pour croire q[ue Polichinelle et Maccus sont la même

chose. Maccus a pris son nom k la Grèce (3) et l'a laissé en Italie : le niais s'y appelle encore l^atto pt Mattaccio. Ce petit manteau de Putcinella était ,

(1) M. J, V. Leclerc, Journal des Débats f 20 juin 1831. *m Qèïm* Bibliothèq. royal. (BDtiq.) -^ Gaylujv Recueil anliq., tom. m, p. 275, pU LXXT. — Sctioepf, Alsat illusU, tom. i, p. 501, fabl. x, fig» 0.

(2) Ficoroni, de Larvis Menic et figuris coimeis anliq. Rom«, p« 26, pi. IX, fig. 2etS«

(3) Mocxxuâffdàc, être 80t. — Aristopk», Bquit« 62 t 6 ^««kè« ^ ififi^

nous dît Donat (1), le costume des esclaves conaîques, et la tête chauve était , chez les acteurs mi- 4miques, le signe de la bêtise, la marque des dupes (2). Polichinelle a bien dans la farce moderne le même rôle stupide que le Maccus sur la scène . antique ; on reconnaît un planipes dans les deux descriptions que nous avons citées, et ce sont bien deux masques de la vieille comédie Romaine. Mais d'autres types comiques que nous verrons se distinguaient aussi par leur stupidité et leurs gaucheries et d'ailleurs où trouver sûrement dans tout ' cela le nom de Maccus?

Le Bucco est aussi un masque de caractère à part dans les Atellanes. Son nom vient du gonflement de seis joues, ses grosses lèvres annoncent la sottise. 11 paraît avoir partagé avec le Maccus le sceptre d^ la stupidité (3). 11 était particulièrement bavard, impertinent (4), vaniteux et sans doute parasite (5J. i-

(i) nonat, fnpa. 4e comœd. ?t trag. t Servi eomid tmlrta eiiguo conteguQtur.

(2) Nonius TOC. Calvitur : Galyitur dictum est fnistratar, dictum a pal- Tjs mimicJs cpiod aimt mninbus fkuttratai. ^ Cf. Atellan, Pompenii frag-» ment : Prœco "posterior et PUcator*

(9) Appui., Apoiog, tom. ii, p. 85, éd. Bip. : Palamedes, Sisyphnset si qui pr^fi^ ^ fu|rf vmmw^lt 9* Umi pioruis et fiueeones vida* buntur.

{à) Isid., Orig. X, éd. Lindeman, p. 321, tom. m : Bucco garrulMS, quod caeteros oris loquacitate, non sensu superet.—- Cf. Plaut , BaQç)i.« y, 1, 2.

(5) Grysar : De Doriensium comœdia qusstiones, tom. i, p. 252 sqq.— Vêtus Giofis. Boux^oytf, Eia/o«9/roc.. — Nonius, roc. Jentare^ cite d'iii'iBinim an Bueeo adoptaius : c'est le seul endroit où i) soit question d*Af^8h nias oonne auteur d^Àtdluicsi

28 ÉTUDES SUR LA GOIléDIS LATINE.

Il nous reste plusieurs pièces ou il a le premier rôle. Pomponius a écrit le Buccd auctoratus et le Bucco adoptatuSj etNoYiusnous a laissé un Bucctilo. Les fragments que nous avons recueillis sont trop courts pour permettre ici la moindre conjecture. La seule qui soit vraisemblable sur le nom même de Bucco^ c'est que lltalie en a gardé le nom de Buffone^ l'homme aux joues enflées, et que notre mot bouffon parait n'avoir pas d'autre origine.

Le Bucco et Polichinelle se montrent réunis sur une même planche de Ficoroni (1). On voit deux femmes de profil qui élèvent et montrent chacune un masque qu'elles tiennent à la main. L'un des deux masques est une tête frappante du Polichinelle moderne; l'autre est celle du Bucco. Ficoroni représente autre part encore (2) un homme assis dont les joues gonflées et l'énormité de la bouche annoncent le Bucco. Ce même masque y reparait fréquémment ailleurs (8).

Un troisième personnage de caractère c'est le Pappus (4). Celui-ci représentait un vieillard ridiculcj raillé par tout le monde, joué par sa femme, dupé par des jeunes gens, confondu devant la justice, trompé dans son ambition, et peut-être pas-

' (1) Ficoroni, pL xuv.

(2) PI. xvin.

(5) Cf., id., édit ital. , 1748, pi. xx, lit, lt et passim.

{à) En grec, nàmtoç ; en latin, pappus et pappas; en français, papa. l\ est probable que le mot de pappus vient , comme le croit Schober, da sui^ Dom de Tràinro; que, dans le drame satyrique, portait le Tienx Silène.

; ut.ATUUins. S9

sionné pour le vin s'il faut en croire le titre d^ Hirnea Pappi que porte une Âteliatae. Pomponius a écrit plusieurs pièces qui ont le Pappc/^ pour titre, telles que le Pappus agricola^ la Spansa Pappi et le Pappus Prœteritus. Nous avons aussi un Pappus Prœteritus composé par Novius. Ici , les fragments moins incomplets des pièces où le Pappus avait un rôle, nous permettant de le juger dans des situations diverses. Soit que, dans le Pappus agricalai il prête à rire par les perfidies conjugales dont il. est le jouet (1) et par les tempêtes impuissantes de sa colère ("2) ; sôit que , dans les deux Pappus prmieritusy il invite à des festins intéressés tous ceux dont il brigue les suffrages, et se voie tristement repoussé des emplois malgré la vivacité de ses espérances, malgré les courses forcées que le choix du peuple a imposées à sa vieillesse (â) ; soit que, dans les Pictores^ il trébuche de piège en piège et nç reçoive qu'affronts pour son avarice et que démentis pour ses mensonges (A.) ; partout le Pappus a

(1) Pappuê agricota^ ap. Nonium, toc Mandueatur : Nescio quis illam urget quasi asinns uxorem tuam. Ita oculis opertis simîtu mandueatur et moHt.

(2) Id» ap. Non. yoc. Fervit:

Domus haec fenrit flagiti , etc.

(3) Novius, Pappus prceteritus, ap. Non. yoc Capulum :

Dum istos invitabis suSragatores, pater, Prius in capulo qnam in curull seilà suspendes natcs. Pompon., Pappus prœter» ap. Non. yoc. Vagas : Populi Yoluntas bsec est et vulgo vagas.

{à) Pomponius, Pictores, ap. Non. voc Senica : Pappu» hic medio habitat senicay non sescunciae.

20 ÉTCDBS SUR tk COMÉDIE LATINE.

une licence et des obscénités pareilles, et Ton y re^ trouvait les mêmes mètres et les mêmes vers (1).

La plac« qu'occupaient les Atellanes dans la distribution des pièces prêtait encore plus à cette ressemblance. Le drame satyrique chez les Grecs se jouait après la tragédie, et en faisait reparaître quelques personnages pour les ridiculiser. Les Atellanes aussi se montraient après les tragédies graecq-romaines , afin de distraire par la gaîté des scènes et des propos le spectateur encore ému de la catastrophe tragique (2). Un point encore a une apparence de conformité. Le drame satyrique faisait emploi de caractères nobles ou mythologiques : pUcé après la tragédie , il se servait de ses personnages pour provoquer le rire à la place des larmes par une fin joyeuse au lieu d'une péripétie fatale* On trouve dans la série des Atellanes quelques titres qui sembleraient rappeler le même emploi de caractères nobles et le même but , tels que VAgamem^ non sUpposituSy le Marsyas de Pomponius, VAndr(H mâche, Içs Pkœniss(Bde Novius. Mais, sur les cent

six titres de pièces que nous possédons, nous n'a- Tons que ceux-là qui offrent ici quelque semblant

(i) Marins Yictorin. de lamb. metr. éd. Putsch.» n, p. 2537* Id. III, 2574. — Cr. Tercnt. Maur. de metr. éd. Putsch., p. 2436. (2) Juvenal. édît Morel. Lutet., 1613, Sat. iii^ vers 175. Velus schoL ! Exodiarius apud yeteresin fine ludorum intrabat, quod ridiculus foret; ut quidquid lacrymarum atque tristiliie coegissent ex tragicis affectibus hujus spectaculi risus detergeret — Cf. Lydus de mag. Rom.» lib. j« c AO,' p. 70, éd. Hase.— Mariu9\rictor, ir, p. 2527.

LES ATELLÂNE8. 21

d'analogie, et Ton est porté à croire que c'était moins là une imitation du drame satyrique que la copie des tragico-comédies appelées fables Rhyri' thoniennes (i) .

Là se bornent les rapports des deux genres. Le fond est complètement différent. Les Atellanes n'avaient pas coutume de reproduire les personnages de la pièce qui les avait précédées. Création du sol, elles avaient leurs caractères à part , leurs saillies particulières, leurs paysans d'une condition inférieure à ceux du drame satyrique, et , excepté les titres cités plifs haut, leurs sujets étaient toujours pris dans les rangs obscurs. Le plus grand nombre des pièces et des fragments comparés indiquent des Comédies de caractère. Le développement grotesque des habitudes d'une classe commune de la société romaine, paraît leur avoir sufiS le plus souvent. Tantôt c'est une profession décriée qu'elles mettent en scène, comme VHetœra de Novîus (2), le Leno^ le Prostibulum, la Munda^ les Aleones de Pomponius ; tantôt ce sont les métiers des gens du peuple, comme le Gardien du temple y les Aruspices, leis Boulangers^ les Pêcheurs^ les Peintres^ les Ven-^

0) Lydus de mag. Rom., lib. i , cap. &0 : ^ /xévroc MfAuSloi, rl/Averac fcsinrà, «^{•.••« ÀrcAAàvviy.,.*. pcy06>ycx9]y..... pivBotvtjcfi (i^rcy) ^ IÇorcxJ), x.'T. X, — Steph. Byzant. Bdle, 1568, in-fol. Xiland, yoc. T&paç : àvsy< pàfn90Lv noXXol,*, xcclpivBut TayoavrTyoç ^Aûa| rà rpoLyuà. /AsrajopuO/A^Çaiysc's •jftXoXov, — Cf. Suidas voc p^vOwv... — Donat fragm. trag.etcom. — Raoul- Rochette : Mémoires acad. Inscript. Belles-lettres, série nouv., tome y. ., ^

(2) Voir pour ce titre et pour tous ceux qui suivent la Table placée à la

3§l ÉTUDES 8X}^ IK GQVifilf LATINE.

4m^uri^ l^s^çulûm (i) et Us Crmn pubUc$. Daph

(l'autres pièces, c'étaient les eoutiipies de dirent coii(tréç3 qu'où livrât a» ndiçulç ; amsi las Çamp(h r^ienSf les Syriens^ les Gaubis transalpins , Qt> peut^ être Içs Soldats 4e pometia; diiQS d'autre?, di^ TÎpes généraux qui sont de toutes les classes, çpuime VÀ^ varcy le Méchant 9 le Solliciteur ^^ XUéritier avi(k ; OU des caricatures prises aux champs, telles quçt Ifi Rusticus^ )a Porcaria^ la Sarçularia, le f^erre$ œgrotiiSf etc.

Les Atellançs étaiept donc surtout des pièca$ d(^ caractère, dont les naodèles étaient çropruntés à Ift vie vulgaire. Ce n'est pas qu'où ue trouve çà ^% 14 quelque comédie d'intrigue dans leur répertoire* Les intrigues des Atellanes avaieut même nn <?a-i ractère particulier : elles étaieut passées ep pro« verbe, car Varron dit quelque part (2) : « Putas eos non citius tricot Atellanas quam id e;^tr|catiffOfi, $ et Arnobe ; a Jamdudum we lateor b^^itarei m^ cumhisçere,f . . tricots ^ ^u^efnadtnodam diçititr^ PQOduN plicare Atellanas (3). » Ces passage^ indiquçJCit^)]4

(i) Il y aurait une curieuse Table à dresser de tous les métiers ^e les satiriques ^ les comiques latins ont le plus habitueNement mis en scène. On connaît la loi intitulée de FuUonibus portée contre le luxe des habits (Pline xxxnr), en 5349 — H y a dans le IMenf $e Plante dos Pâdteurs dont ks entretiens peignent bieq ces çiapses subalternes Oo peut eoniv parer ce que dit Lucilius, édit Gorpet, i^xyih, 38, sur 1^ Centonarii et xvi« 9, sur la Pistrina et les bQulangerB»:T-CjC Vaivp de Ling (od'n» fi* ICU sur les Vinalia rustictu Titinius et Laberius avaient aussi écrit des pîècai sur les foulons. Vld Neukirch. de FabnU togat» I4pStf iSâSt Pt iil«

1%) Yid^ Nonium, voc^ TrictBf

Vh Aniob» Àdvt GcnU p« 176.

que le nœnà de^ Atellanea était faeilc à délier, ou plutôt qu'il était embarrassé et sans vraisemblance? On peut choisir ici entre deux conjecture».: d'après la seconde citation, il semblerait que c'était ordi* nairement une intrigue confuse et embrouillée, et la première signifierait que cette intrigue était dif*ficilç i dénouer. D'après la phrase de Yarron , on pourrait aussi bien admettre le sens contraire. Poujr nous, nous pensons que ces pièces mêlées dlmprovisatîon, où l'art avait une part accessoire, devaient contenir une intrigue pénible, sans clarté , et d'autant moins naturelle que ce genre ne leur était point habituel. Nous adoptons donc la pre^ mière version, et nous trouvons dans Quintilien un passage qui semblerait la fortifier, lorsqu'il recommande à l'orateur d'éviter ces obscurités qui sont l'attrait captieux des Atellanes , • illa obscura quas Atellanse more captent (1). • Quoi qu'il en soit, le peu de comédies d'intrigues dont nous croyons poaséder les titres, ne peuvent se comparera la nomen^ clature des autres. On peut tout au plus, à en juger par les fragments, citer le Praco posterior, et Jes pièces à travestissement des Kalendœ M(irtiœ^ des Pannuceatij du Maccus Vlrgo^ et des Macei Gemini (2) •

(1) Qaintil Inst. oraU, Yi, 8, — ÇX Senec, GontroT. m, 18, — C^ Cicer. pro Cœlio, 27.

(2J Novius, Prœco posterior ap. Non. voc labium :

Ego dedita opéra, te, pater, solum for^

Seduxi, ut ne quis esset testîs tertius

Praeter noft, tibi quum tunderem labeas lubens*

2& ÉTUDES SDR lÈL COMÉDIE UTmE.

Ces rares exceptions qui, avec quelques autres , s'expliquent par les hasards de l'improi^isation et la liberté même des Âtellanes, ne doivent pas nous égarer sur leur nature essentielle. Les Atellanes sont et restent des Comédies de caractère. C'est ce que prouvent encore les Masques de caractère qu'elles ont montrés les premières à Rome, et popularisés jusqu'à nous.

~ Personnages invariables ou lasques de Caractère.

Diomède a dit (1) : « Latinis Âtellana a grsaca saty;rica differt quod in satyrica fere Satyrorum persons inducuntur.... in Atellana Oscse personae, ut Maccus. 9 Le Maccus, personnage Osque, comme le dit Diomède, est le premier des masques de caractère de ce théâtre. Il est resté un type comique dont la forme a peu varié. Il représentait ordinairement un paysan d'Apulie ou de Calabre, maladroit, gourmand, sujet à mille accidents et rompu au métier de dupe. C'est un masque commode qui

Pomponius, KaUndœ Martice, ap. Macrob., SaU^ vi, A*

Vbcem deducas oportet ut TÎdeantur mcdieris

Verba — r jube modo afferatur munus, tenuem et tinimiam

Yocem ego reddam...

Idenif Pcmnuceatif ap. Non. toc. nutere

Sed meus

Frater msyor, postquam vidit me vi dejectum domo,

Nupsit posterius dotatœ, vetulse, yaricos», varne^ i— Pour le Maccus Virgo et les Macei Gemini du même auteur. Voir p. 25, not. 3, et p. 32, not. 3.

(1) DiomedtyUi, A88«

£B8 ATBLLIlNSS. S5

convenait à toutes les tribulations risibles, et les auteurs d'Atellanes. l'ont fait voir sous plusieurs côtés. Dans les fragments qui nous restent, ils ont fait Maccus tour-à-tour soldat , hôtelier, exilé, frère r jumeau, médiateur et même jeune fille, sans compter les pièces où il figure en son propre nom, dégagé de tout accessoire d'emprunt. Ici, dans sa gaucherie, il se heurte ou se brise les doigts au seuil de la porte (1) ; là , fier soldat , il bataille contre un camarade pour la conquête d'un souper, ou prétend manger à lui seul la part de deux person- *f nés (2). Ailleurs, il se laisse tromper au point de prendre un homme pour une jeune fille (8), ou vient compter à son maître l'argent du fromage de Sardaigne qu'il a vendu (4). Presque partout il paie pour autrui; c'est lui qui est puni pour les fautes d'un autre coupable, lui qu'on frappe quand les autres volent. Ce sont là les seules scènes que nous laissent en-

Ci) NoYÎus, Maccus exul^ ap. Non. Marcel!., toc. Limen : Limen superum quod mihi misero saepe coofregit capat Limen inrerum autem ubi ego omnes digitos confregi meos.

(2) Pomponius, Maccus milesy ap. Gbaris, éd. Putsch, i, p. 99 :

Gum contnbernale ego pugnavi quod meam Cœnam«.t

Id.,1, iOi:

Nam dbaria si vicem, .

Duorûm solum me comesse condecet.

(3) Pomponius, Macci gemini^ ap. Non., yoc Abscondit : Péril I non puella est, nam quid abscondisti inter pâtes?

[h] Novius, Macci , ap. Non. .yoc Caseum :

Quid? bonum brève est, respMidi, e Sordis veniens caseom?

SB ÉTUDES $91 U COMiDIS LATINE.

tpevoîr de trop rares fragments. AjoutoBa^y U$ ia-^

dicatioQ9 que fournissent la sculpture çt le dessin,

On croit aujourd'hui que le Maccus paraissait

aveu une tête énorme, une grosse bosse ou deu;«:,

\ et qu'il n'est autre que le Polichinelle Napolitain qui

j s'est perpétua jusqu'à nous. Une figurine antique

^ I de bronze nous montre ce long nez en formée d^

I bec de poulet oix pulcino (1) d'où le personnage roo^

\derne a reçu son nom de pulcinella. Fiçoroni pous

en doi^ne dans deux passages une complète deS"

cription (3)« Il dépeint deu:^ figures: l'une est sans

bras, n'a qu'un petit manteau, et qu'une espèce de

sandales pour chaussures ; bossue devant çt der^

rière, la tête rasée ou plutôt chauve, le nez long

et crochu, l'oreille tendue. L'autre a un ample

manteau, les pieds nus, la tête rasée; un nt% re^

courbé couvre sa bouche et son menton. Ficoroni

conclut que toutes les deux sont les mêmes que

PulcinsUaf Assurément c'est bien là le portrait de

Polichinelle, mais on a de bien faibles preuves

'*' pour croire que Polichinelle et Maccus sont la même

chose. Maccus a pris son nom à la Grècç (3) et l'a laissé en Italie : le niais s'y appelle encore lilatto çt Mattaccio. Ge petit manteau de Pulcinella était ^

(i) M. J. V. Leclerc, Journal des Débats t 20 juin iS31. »• CMùt* Bi«i bliothèq. royal, (aotiq.) — ' Gaylav Hecueil anliq., tom. m, p. 275, pU LixT. •— Scboepr, Alsat illusU, tonu i, p. 50i, tabU x, figw 0.

(2) Ficoroni, de LarvU Menic. et %uri8 easùds anliq. Rom;, p» 26, pi. IX, fig. 2 etB«

(3) Maxxâ)â(70àc, être sot — Aristopk», Bquk, 62 : 6 ^«dr^ 6i idtfi^ /Ac/AQcxxonN^TOu ^ »-lalt Pattuxi OnoBt b, t s A^^m^h» fuunmê^

nous dît Donat (1), le costume des esclaves comiques, et la tête chauve était , chez les acteurs mi- 4miques, le signe de la bêtise, la marque des dupes (2). Polichinelle a bien dans la farce moderne le même rôle stupide que le Maccus sur la scène . antique ; on reconnaît un ptanipes dans les deux descriptions que nous avons citées, et ce sont bien deux masques de la vieille comédie Romaine. Mais d'autres types comiques que nous verrons se distinguaient aussi par leur stupidité et leurs gaucheries et d'ailleurs où trouver sûrement dans tout ' cela le nom de Maccus?

Le Bucco est aussi un masque de caractère à part dans les Atellanes. Son nom vient du gonflement de ses joues, ses grosses lèvres annoncent la sottise. IJ parait avoir partagé avec le Maccus le sceptre de la stupidité (3). Il était particulièrement bavard, impertinent (ft), vaniteux et sans doute parasite (5J. ^

(1) Dooat, fnptu de coniœd. ^ trag. t Servi eomid amiota adguo contegUDtur.

(2) Nonius Yoc Calvitur : Calvitur dictum est frustratur, dictum a cal- YJ8 mimipis «piod sunt «moibus frustratoi. ^ Cf. Atellaiir Pomp«iiH frag* ment : Prœco posterior et PUcator,

(9) Appui., Apoiog. tom. ii, p. 85, éd. Bip. : Palamedes, Sisyphns et 8i qnï pr^er^ içlo fu^r^ pl«0)orMiii« «^ M(mi prorws et fiuceones vitei buntur.

(Â) Isid., Orig. x, éd. Lindeman, p. 821, tom. m : Bucco gamilMS, quod caeteros oris loquacitate, non sensu superet. — Cf. Plaut, Baççli. « y, 1,2.

(5) Grysar : De Doriensium comœdia qusstiones, tom. i, p. 252 sqq.— Vêtus Gloss. Bwxfovfç, aupavlrot,, — Nonius, voc. Jentare^ cite d*Afranl«s an Bueee adopiaius : c'est le seul endroit où il soit question d*AfiraH nias ooBUM auteur d^At^ancsi

Il nous reste plusieurs pièces ou il a le premier rôle.. Pomponîus a écrit le Bucco auctoratus et le Bucco adoptatus, etNoyiusnous a laissé un Buçctilo.

Les fragments que nous avons recueillis sont trop courts pour permettre ici la moindre conjecture. La seule qui soit vraisemblable sur le nom même de Bucco^ c'est que lltalie en a gardé le nom de Biiffone, rhomme aux joues enflées, et que notre mot bouffon parait n'avoir pas d'autre origine.

Le Bucco et Polichinelle se montrent réunis sur une même planche de Ficoroni (1). On voit deux femmes de profil qui élèvent et montrent chacune un masque qu'elles tiennent à la main. L'un des deux masques est une tête frappante du Polichinelle moderne; l'autre est celle du Bucco. Ficoroni re-

présente autre part encore (2) un homme assis dont les joues gonflées et l'énormité de la bouche annoncent le Bucco. Ce même masque y reparait fréquemment ailleurs (â).

Un troisième personnage de caractère c'est le Pappus (4). Celui-ci représentait un vieillard ridicule^ raillé par tout le monde, joué par sa femme, dupé par des jeunes gens, confondu devant la justice, trompé dans son ambition, et peut-être pas-

' (1) Ficoroni, pL xliv.

(2) PI. xvm.

(5) Cf., id., édit ital., 1748, pi. xx, lit, lt et passim.

{à) En grec, nâmtoç ; en latin, pappus et pappa»; en français, papa. l\ est probable que le mot de pappus vient , comme le croit Schober, da sui^ Dom de Tràinro; que, dans le drame satyrique, portait le Tienx Sîl^ie.

; .Ult.ATUUiaSS. S9

sio&oé pour le vin s'il faut en croire le titre dcf Hirnea Pappi que porte une Âteliatae. Pompohius a écrit plusieurs pièces qui ont le jPa;»pc/« .pour titre, telles que le Pappus agricola^ la Spansa Pappi et le Pappus Prœteritus. Nous avons aussi un Pappus Prœteritus composé par Nôvius. Ici , les fragments moins incomplets des pièces où le Pappus avait un rôle, nous permettant de le juger dans des situations diverses. Soit que, dans le Pappus agricala^ il prête à rire par les perfidies conjugales dont il. est le jouet (1) et par les tempêtes impuissantes de sa colère ("2) ; Sôit que , dans les deux Pappus pr^ieritusj il invite à des festins intéressés tous ceux dont il brigue les suffrages, et se voie tristement repoussé des emplois malgré la vivacité de ses espérances, malgré les courses forcées que le chojx du peuple a imposées à sa vieillesse (S) ; soit que, dans les Pictores^ il trébuche de piège en piège et ne reçoive qu'affronts pour son avarice et que démentis pour ses mensonges (1) ; partout le Pappus a

(1) Pappu» agricota^ ap. Nonium, toc Manducatur : Nescio quis illam urget quasi asinns uxorem tuanu Ita oculis opertis simitu manducatur et moHt.

(2) Id. ap. Non. yoc. Fervit:

Domus haec fenrit flagiti , etc.

(3) Noyius, Pappua praiteriius, ap. Non. yoc Caputum .*

Dum istos invitabis sufitragatores, pater, Prius in capulo qnam in curull sella suspendes natcs. Pompon., Pappus prœter, ap. Non. voc. Vagas : Populi yoluntas bsec est et vulgo vagas.

[à) Pomponius, Pictores, ap. Non. voc. Serixca : Pappu» hic medio habitat senica, non sescunciae.

80 ÉTUDES sra u eoioSiiB latine.

pour idsigne le ridicule^ partout on le feooiiiiatt à sa vieillesse humiliée 6u aux mécomptes de sa cu^ pidUté. Si, dans les Atellanes^ tous les rôles de candidats et d'arares n'appartiennent qu'au PappUi^ on peut lui rapporter encore le titre de là pièce dû Marcus et les deilx seuls vers qui nous restent d6 TAtellane intitulée Phibsophia. Peut-être est-K;e lui qui^ dans son désespoir d'avoir été dépouillé â« son trésor^ va demander au rusé Dossennus de lui prédire quel est l'auteur du vd (i) j peut^-être ett-^ ce lui aussi qui^ sous la robe blanche du Candidat^ vient, dans le Peittor, recevoir des souhaits ironMlf' ques pour le bon succès de sa brigue (2)« Mais, nu milieu de beaucoup d'autres suppositions que notts omettons, ce ne sont là que des probabilités qui! feut se garder d'adopter comme des preuves.

Nous ne pouvons encore qu'essayer des conjec*tures sur certains autres masques de caractère dont

IcL TèC« Mandueones :

Magnus camelus, manducus, cantherius.

I(L TOC Jntesiatuê : — Cf. Scaliger ap. Vairon, de L. Lit p. 150, édiU Paris. 1565:

Ipsus cum ttno nerf à senex intèstato proSciMitiir. l(L TOC. Occupare :

Qus tuleram mecum millia decem victoi'iatttiâD«

Grxca mercede illico curayi tit occuparem.

Jd, TOC. Diceréi

Nummos certos dicas I -^ Dico qtt)li(|1iag!iltâ millia.

(1) Pomponius, Phildsophia^ ap. Non. toc. Mmore : Ergo, m! Dossenne, quatn istec memore meintfiisti ,

Indica qui lllud aafum abslulerit. — Non didici hariolari gratis.

(2) Pomponius, Petitot^ ap. Nôri. toc. Omfnas :

ËTeniat bene I — tta Sic et tSbl betie slt qui itcte ominas.

us inuANU. SI

ks profils se des^ùent à peine dânk nos Irdgfaielit». Âiûsi l£i pièce des Pannucèatt, dont noug avôm dcjà parlée pourrait bien aroir eu pour prinelpauic rôles deux Arlequins^ car le mot de Pênnuùmti^ qdi rient de fûnnm^ a la même origine que celui de Punnimik^ /i<^ 9 regardé ordinairement comme l'Arlequin mo«' derne^ On pourrait de la fiM>rte trouver l'Arlequin dans lêd Atellanes, sans l'aller chercher dans le^ mimes» ob l'a classé un peu vaguement le deboliaite de Martial (1). Ge qui surtout donnerait du crédit à cette opinion , c'est l'habitude laissée à Atiequin |peul de ne jamais découvrir son visage \ nous ne èonnaissons pas ses traits, ils sont cachés sous l'im**mobilité d'un masque qui est resté en quelque sorte la figure propre de l'Arlequin moderne , et nous nous rappelons que ce fut là un deft privilèges exclusifs des acteurs d'Atellanes* Au reste, l'antiquité du PûnniculuÉ ou Pannueeaim n'est pas douteuse. Son costume se retrouve fort ressemblant sur un Vâse peint découvert à Pompeia (2),yet sa personne dans Ficoroni (S) où l'on voit une figure > la tête légèrement inclinée sur une épaule , et coiffée du

(1) Vid. Marlîâî. Môl, Épiera»., Itt). 11, W, Vfert 4»,

Vilia PannicuU percutit ora sono.

Cf. Id., III, épig. 86, vers 8: v; épig. 61, vers 13»

(2) Vid. Schober., deAtetlan. eosodu$\ p. 18, brochure irançai»ein-8, citée plus haut, extraite des Mémoires de ia Société des arts, sciences, etc., du Bas-Rhin. Nouvelle Sérîe, toilî. i , part» t*

(3) PI. xxix,!lg.ft*att«hê.

82 ÉTUDES SJDR Z.A GOIllÉDIB UTINE.

petit chapeau .d'Ârléquiii ; sOn. allure leste et dégagée, son maintien légei^^ et une espèce de batte qu'il agite dans la main, complètent la ressemblancev^ : Le Dos$ennuB ou Dorsennus paraît avoir eu aussi une sorte de caractère à part. Bien que nous n'ayons qu'une seule pièce qui porte son nom pour titre (1), il en est fait mention dans plusieurs fragments $[ et Ton peut réunir quelques traits principaux de. sa figure. Peut--être son nom lui est-il venu d'une bosse qui surmontait son dos. Son caractère était celui d'un savant homme, qui tire l'horoscope aux ignorants et fait profession de découvrir les plm mystérieux secrets. Il faisait, à ce qu'il parait, payer sa science en bonne monnaie ou en aliments (2) ; ou quelquefois converti en maître d'école, il l'enseignait un peu rudement à ses disciples (â). C'est tout ce que nous en savons. ;

Cette superstition yulgaire, qui faisait recourir les villageois aux divinations de l'horoscope, et qui est une marque singulière de l'esprit rustique, devait être pour l'Atellaue un sujet fertile en plaisanteri(;s.

(i) Noviî Duo Doêsenni, ap. Festiim, toc Temetum.

(2) Pomponius, Phitosophiat ap. Non. voc Memore. Voir p. 80, note 1. Campani, ap. Nofl. YOC Publicitiu : .

Dato Dorsenno et fuUonibus Publicitus cibaria...'

Peut-être est-ce lui que désigne Horace : EpisL n, i, 168.

(3) Pomponius, Maccus virgo, ap. Non. voc Verecunditer :

Pneteriens vidit Dossennum in ludo rererecunditer. Non docentem condiscipulum, Terum scalpentem nates*

LViS ATELLARSS. SS

Qn distingue , en effet , parmi ses acteurs des per-^ sonnages effrayants, des espèces de spectres, dont la voracité fabuleuse ou l'horrible pâleur était une source de terreur comique. Une pièce de Pomponius, intitulée Pytho Gorgonius, et une note de Scaliger (1) méritent ici quelque attention. Selon Scalîger, le Pytho Gorgonim n'était autre que le Man-ducus, fantôme aux larges mâchoires (2), aux dents grinçantes (â), faisant aussi, nous l'avons vu, par*^ tie des cérémonies satyriques des triomphateurs. C'est lui que Varron place dans les Atellanes (4), et éontJuvénal effrayait les spectateurs en bas-âge (ô). Il en faut dire autant de la pièce de Noyius, intitulée Mania medica, où probablement la Mania, sorte de spectre aussi, invoqué ordinairement par les nourrices contre l'indocilité des petits-enfants (6) ,

(i) Scalig. in Vairon, de Liiig. Latin., p. 150 : Pomponius inscripsit ezodium quoddam, Pythonem Gorgonium, qui nihil aliud erat, ut puto, quam ille Mandueus de quo dixi. Nam Pythonem pro terriculamento et Gorgonem pro Manduco wqui Tépyovtç cum magnis dentibus pingebantur* -- Voir Lucilitts. Corpet, xxx, firag.. i.

(2) Festus, voc Mandueus,

(3) Plaut., Rudens, ir, vr, 51 :

Quid? si aliquo ad ludos me pro Manduco locem ? Quapropter? — Quià, Pot, clare crepito dentibus.

(4) Varro. de Ling. LaL, p. 80 : Dictum Mandier à mandendo^ undè Mandacari, a quo in Atellanis obsonium Tocant Manducum^ — CL Festus TOC Mandueus,

(5) Juv., sat III, p. 17 A.

Tandemque redit ad pulpita notum Exodium, cum person» pallentis hiatum In gremio matris formidat rusticus infans.

(6) Festus, TOC. Mania,,. Manias autem quas nuirices minitantur pueris panrulis esse larvas, etc. — Cf. Ficoroni, pi. xxvi , fig. 1, 2, 3. — Voir plus haut p. 6., note A.

^k ÉTUDES Sun U COVÉDIS LATINE. -

pilait d€s médicaments dans un mortier pour gué* rir sans doute quelque malade (1)

Tels soat à peu près tous les personnages de ca«ractère, tous les masques particuliers qui ont pu être recueillis des débris du théâtre des Atellanes. -On voit qu'ils étaient assez divers pour varier Içs scènes et l'intérêt , et déjà assez nombreux pour épargner le retour fréquent des mêmes épisodes. On a pensé avec assez de raison que la plupart des autres personnages perpétués jusqu'à nous par les comédies dites deU'arte des Italiens > que le Gian^ ^ gurgolbj par exemple, Pantalon^ Brighelle et autres; remontaient par leur origine jusqu'aux Atellanes et aux mimes. Mais, malgré d'ingénieuses tentatives ^ il reste impossible de rattacher précisément chaque rejeton à sa véritable souche. Seulement, en yoyant de nos jours les acteurs de la farce italienne improviser une partie de leurs rôles, il est permis de croire que ,« pareillement dans l'Atellane , même quand elle fut écrite, une place était laissée encore à l'essor et aux plaisanteries hasardées de Timpro* visation.

Sujets dirers.

Les situations et les titres que nous venons de parcourir nous ont appris la plus grande partie

(3) NoTittS, Mania médical ap. Nonium, toc PisUUuê t

Lacrym» cadent, Cadet pbtillus.

,£SS AtlLLiNBS. S5

des sujetd des Atellanes. Il est à remarquer que , pariûî eux, il en est qui semblent s'attaquer à des choses morales, La Philosophia , par exemple , dont nous avons parlé déjà, où le savant Dossennus se pique de ne pas communiquer sa sagesse gratuitement, était sans doute une satire burlesque des travers bourgeois de la philosophie. D'autres titres encore , mais très-rares , annoncent que TAtellane, comme la flamme qui ne discerne pas ce qu'elle brûle, touchait quelquefois à des points généraux , à des principes, à des institutions, et pénétrait jusqu'au foyer sacré de la famille. Le Lar familiaris (1), le PatruuSj les Nuptiœ et sans doute les Synephebi, paraissent avoir été de malins tableaux d'intérieur, qui ridiculisaient autre chose que la vie du village et les mœurs des artisans, de même que lesMale^ voli étaient une critique d'une des faiblesses les plus communes du genre humain. Le Fatum , si vénéré par l'opinion , était bafoué dans les Atellanés (2) ; lePrœfectus morum et le yitœ et mortisjti" dicium embrassaient les plus graves sujets. Cette dernière pièce, qu'on est étonné de voir au nombre des Atellanes, est encore remarquable parce qu'elle porte le même titre qu'une satire où Ennius, nous

(i) Pompon. Lar familiaris, ap. Prîscian, yi, p. 686, éd. Patsch :

Oro te, Basse, per lactés tuas.

Dérision d*un serment solennel qa^on retrouve aussi dans Plante Rud., act. III, se 2 , y. 21 :

At ego te per crura et talos tetgnoMiae obtestor tnnm. (2) Cicer., deDiviti., ii, 10.

dit Quiûtilien (1) , mettait aux prises la vie et la mort. Ici TAtellane n'était probablement qu'une imitation dramatique de la satire d'autrefois, et se retrouvait ainsi dans sa véritable condition primitive. Trois autres Atellanes d'ailleurs , la Satira^ YExodium , le Funus (2) , attestent que l'Atellane n'avait pas oublié sou origine , et que , par une pente toute naturelle, les jeux satiriques ou exodia^ passant du second rang qu*ils occupaient jadis au premier, devenaient souvent l'Atellane même.

les itellases sous César et sons les Empereurs.

L'Atellane, qui avait des théâtres au dehors aussi bien qu'à Rome (3)^ prenait aussi parfois un caractère personnel et signalait des noms propres (4). Cette liberté, qui n'était que la conséquence de toutes celles dont elle usait, parait avoir été pour elle un motif de défaveur sous César* Ennemi comme il rétait de toute insinuation indirecte et de toute critique personnelle, César dictateur, dont le goût était une autorité et la volonté une loi , Cé-

(i) Inst orat, ix, 2.

(2) Peut-être cette pièce n'est-elle point de Novius. Merula (Ann. Ennii, p. Ai 8) Taltribue à Naevius.

(3) Cicer. ad Famil., ?ii, d. — Juven., SaU m, 175.

(4) Pompon., Bucco auctoratus, ap. Charis, éd. Putscli» i, p. 87» voe* Ebiia masc. :

• ••.•••••••• Neqne ego àkmmiuSf

Neque Cassiuif neque 8um MimatiMê Ebria.

LE8 ATELLÂNB8. S7

sar qui, sur la scène, préférait les maximes générales de Syrus aux courageux reproches de Labe* rius, fut sans doute la cause du décri où, en 708, était tombée la farce de TAtellane. Cicéron, qui est dans ses Lettres l'interprète expressif des opinions du moment, nous apprend que les Mimes furent ajoutés aux pièces sérieuses à la place de rAtellane (1), et les termes qu'il ajoute marquent assez le mépris qu'on faisait alors des hardiesses de celleci. Ce n'est pas que César eût jsupprimé complètement les jeux Osques, car Suétone mentionne qu'il appela des comédiens de tous les pays, et donna des représentations dans toutes les langues (2). Mais c'était là, dans un but politique sans doute, une condescendance d'un moment : il voulait, après les guerres cmles,convier à Rome même, au spectacle de des fêtes, toutes les nations qui composaient l'empire; tandis que le passage de Cicéron ne prouve pas moins que l'Atellane était ordinairement en défaveur. Auguste qui, pour se rendre populaire, voulait relever tout ce que César avait abaissé, et qui encourageait sans distinction tous les théâtres de son habile bienfaisance (3), favorisa sans doute le retour des Atellanes à leur

(1) Cicer. ad. Fam. , ix, 16 (707 de R.) : Quum tu , secundum GEnomaum Acciî, non, ut oUm solebat, Alellanum, sed, ut nunc fit, mimum introduxisti. Il ajoute en terminant : Salis eniin salis est, Sannionum parum. — et id. ad Fam., m, 4S. — Id. Pro Caelio, cap. 27.

(2) J. Cssar, cap. 39.

(8) Suet Aug., 43 et 89. — Ct Strab., v. p. 283, cllu Casaub*

vogue première, car elles atteignirent alors à une puissance qu'elles n'avaient pas connue jusque-là. Les Atellanes, soit qu'elles voulussent se venger de leur longue oppression, soit qu'elles tendissent à accroître leur importance, portèrent, sous les successeurs d'Auguste, l'audace à ses dernières limites, et leur caractère changea comme les mœurs publiques. Leur satire devint politique, cruelle, implacable et ne craignit pas de remonter jusqu'à l'em- ^ëreur. Elle désignait, avec une crudité d'expressions qu'on couvrait d'applaudissements, les crimes et les voluptés infâmes de Tibère (1). Elle irritait Caligulapar les équivoques transparentes de son ironie. Un acteur d'Atellanes était brûlé en plein amphithéâtre, par ordre de l'empereur, pour un vers méchant (2). Ce châtiment inoui qui est déjà bien loin de la tolérance républicaine, des dédains de César et des ménagements d'Auguste, ne peut s'expliquer en partie que par l'âcreté croissante de la raillerie des Atellanes. Il ne trouva de compensation que dans un moment de clémence de Néron. Celuici se contenta de chasser de Rome l'histrion Datus qui, dans une Atellane, avait rappelé par des gestes satiriques deux crimes de l'empereur, et fait une

(i) Suet Tibère, â5 : « Unde nota in atellanico exodio proximis ludis assensu maximo excqtta percrebuit : Hircum veiulum capreis naturam U» gurire. > — Cf, Tacit. Ann. i?, 14.

(2) Suet. Calig., 27.

terrible dlludion au ^nat (i). Les Atellanes appri« rent à Galba son impopularité , dès son arrirée à Rome, par un chant si applaudi et si conou que la foule transportée l'acheva d'une voix unanime (2)* Enfin Domitien fut aussi cruel dans sa vengeance que Caligula , car il fit mourir le fils d'Helvidius pour avoir eu l'audace de faire allusion, dans un exode, au divorce impérial (S).

Deux de ces témoignages dénotent dans la représentation des Atellanes quelques usages que ^Mik n'avions pas vus précédemment. Datus l'histrion chante dans l'Atellane des vers grecs , et c'est un refrain déjà connu qu'entonne un acteur d'Atellanes pour exprimer le dégoût produit par l'arrivée de Galba. Ces changements, auxquels les fragments de l'Atellane sous la république n'offrent rien de pareil, peuvent s'expliquer assez facilement. L'imitation des Grecs qui arait jeté tant d'éclat sur le règne d'Auguste , avait plus que jamais familiarisé avec leur langue tous les genres de littérature, et fl n'est pas surprenant que les Atellanes aient en cela obéi quelquefois, comme ici, au goût général qui les soutenait de plus en plps. Cet autre refrain connu:

(i) Suet. Nera 39 : Datus Atdlanaram histrio in cantico qaodam : vyiouvs n&Ttp , îiylouvi fi^np , ifa demoiistra?erat ut bibentem natantemqtte faœrety exhum tcâîcet Clau4il et Agrippioa tignifleai», etc»

(2) SuetOD., Galba» 13 : Quare adventus ejus (pratus non fuit, îdque protlmo spectflculo apparaît. Siquidem AteHanis notissimmn canticuài exorsis, ventf, to, êimuê a villa ^ cuncti spectatoresiit reliquam partem re« tulerant»

(3) là» Domittt 10. ^

40 ÉTCDES 81}R LA GOMl&DIE LATINE.

Venit^ io^ simus a villa^ qui fut le chant de réception de Galba, est une preuve de plus de la vogue dont ces pièces jouissaient alors. Leurs allusions, aussi hardies que l'empereur était odieux, étaient l'expression véritable du sentiment populaire. Malgré les efforts de Tibère , malgré leur exil momentané (1), elles avaient résisté à la destruction et retrouvé par la persécution une verve plus libre encore. Doit-on s'étonner que restées, comme 1§ théâtre en général, le refuge et l'organe de la haine du peuple, elles aient emprunté, pour l'exprimer, les refrains mêmes que le peuple répétait? Cet emploi passager de vers grecs ou de chansons familières laissa néanmoins intact le cachet primitif et original de ce genre de littérature. Alors et plus tard les Atellanes demeuraient les dépositaires de la vieille langue nationale et indigène. Elles avaient conservé cette fleur native du sol latin qui , ailleurs, fi'était fanée sous des ornements d'emprunt et dont Lucrèce et Catulle , à peu près seuls , dans la poésie , avaient sauvé la fraîcheur et gardé le vrai par^ fum. Dans la décadence des lettres latines et même du succès théâtral des Atellanes , c'est là l'attrait nouveau, l'ascendant que celles-ci gagneront, non plus sur la foule, mais sur quelques hommes d'étude qui, fatigués du faux goût de l'époque, de l'épuisement de la langue , voudront se retremper à

(1) TadU Ànik» iVf lA.

tS8 ATELLANBS. &1

sa source. Dans Pétrone déjà,Trimalcion témoigne de ce retour vers le vieux langage latin lorsque , devant ses convives , il se vante d'avoir acheté des histrions qui ne représenteront que des Atellanes et un chœur qui chantera en latin (1). Ainsi , aux premiers siècles du christianisme , les baladins d'Atellanes peuvent être réduits à figurer à la table d'un empereur (2) ; Ântonin peut , en plein théâtre, apprendre son déshonneur de la bouche d'un bouffon (â) ; TertuUien, dépeindre avec une sainte her^ reur les impudicités de la scène des Atellanes (&) , etArnobe, à son tour, nous montrer ces acteurs chauves et imbéciles, ces bruyants applaudissements, ces propos , ces gestes obscènes ; il peut demander avec un accent douloureux si ces comédies, ces mimes , ces Atellanes , si tous ces vils plaisirs sauraient être jamais les voluptés des dieux (5) ; rien dans cet emportement éloquent du chrétien , dans cette décadence de l'art des Atellanes , ne doit nousétonner. Outre la juste indignation du culte nouveau , outre plusieurs causes indépendantes des Atellanes, la nature même de ces pièces contenait le germe de leur abaissement. Leur pétulance indécente (6), leur liberté si peu . inquiétée à l'ori-

(1) Petron., Satyr., p. 198. — Cf. Id. S6i, édiU Varior., 1669.

(2) iEI. SfMurtian. Hadrian, 26,

(3) Jul. Capitol. Antonin. Philos., 29.

{U) TertulU de Spectacul., 17.

(5) Arnob. advers. Gent., yii, p. 2S9.

(6) Terent Maurus, édit Putsch, p. 24*

i Atella, Yd quels actus dédit petukos. >

ââ l^TUDES SUK £A COMémX LATINE.

gîne, leur audace cruellement , mais rarement châtiée dans la suite 9 devaient les entraîner hors de toutes les bornes. Il n'est pas donné à la licence de s'arrêter : elle passe nécessairement de l'usage à l'excès et se perd par l'abus. Mais le privilège qui distingue alors les Atellanes, c'est deresteî* encore une curiosité littéraire pour quelques rares esprits , studieux des origines latines; c'est, par exemple, d'être arec tous les grands écrivains de la Rome ahtîque, l'étude que sans cesse Fronton recoinmande à Marc-Aurèle , celle que Marc-Aurèle entoure de toutes ses préférences. Tantôt le noble élève écrit à son précepteur qu'il passe les nuits à l'étude et le jour au théâtre, et qu'il a fait les extraits de soixante volumes au nombre desquels sont les Atellanes (1); tantôt c'est le maître qui .vante à son disciple les pensées riantes et fines qu'il pourra y puiser (2). Ailleurs enfin, on surprend encore le goût marqué de Tempereur pour cette sorte de poètes comiques (5) , et l'on conclut que ce mérite dé langage, que ces succès de cabinet, sont la vé^ ritabie et dernière originalité des Atellanes.

(t) Fronfo aci lf« CMsâtéf n, pr 81, éâ. MaL Mediolts., iSIS» «CflD

istic noctibus studeo. . • feci tamen mihi excerpta ex librls sexaginta

inibi suât et H^mam AtcHaniolae» m

(2} Id. I, p. 53 : sYd graves ex oratoribu» teatentiai mm fe atà ê* »• vel ex'Atellaiiis lepidas et facetas. •

(3) Id. IV, 12, EdiU 1816.

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