LA RÉMINISCENCE
Ces personnages exempts de malice, que Platon métamorphose si plaisamment en oiseaux , ce sont les philosophes de l'école Ionienne, contre lesquels il a exercé plus d'une fois sa verve satirique l, •
Comme on le voit, Platon traite assèz légèrement la doctrine de la métempsycose, qui semble ne lui servir ici que d'occasion pour quelques rapprochements ingénieux. Au contraire il parle toujours de l'immortalité de l'âme avec foi et respect. Evidemment il la donne comme vraie, ou du moins comme très-vrahemb table*. La croyance de Platon sur ce point se montre , d'une manière qui ne saurait être suspecte, dans le Phédon, dans la République*, dans les Loisi, dans le Phèdre*, dans le Gorgias* et dans plusieurs autres dialogues. De l'ensemble des passages de ses œuvres où il en parle , il me paraît résulter que , suivant lui, la justice divine s'exerce après la mort sur l'âme immortelle. Il admet des peines éternelles pour certains crimes énormes 7, qui annoncent une méchanceté incorrigible; mais il ne croit pas qu'une félicité irrévocable puisse être la récompense même des plus grandes vertus : il parait supposer que les récompenses et les peines les plus habituelles consistent à rester quelque temps dans les régions célestes ou dans les enfers, puis à rentrer dans une
1 V. naô*53. Cf. le Sophiste, p. 242 et suit,
2 V. Y Argument, $ 6.
1 Bip., X, p. «15 d, e-p. 616 a; Phédon, p. 118 e; Gorglat, p/5» tf~
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vie meilleure ou plus mauvaise. Quant à la nature de ces migrations, et surtout au passage des âmes dans divers corps d'animaux, ce sont là des hypothèses dans lesquelles Platon me semble avoir donné cours à son imagination, sans les prendre lui-même pour autre chose que pour de poétiques conjectures i.
Dans le traité attribué à Timée de Locres, on trouve au contraire la négation formelle , non seulement de la métempsycose, mais de l'immortalité de l'âme, des peines et des récompenses après la mort. Le bonheur, est-il dit à la fin de ce traité 2, résulte en cette vie de la vertu , et c'est là, pour les hommes sages, le vrai motif de la pratiquer,: quant aux insensés, il est nécessaire de les effrayer, non seulement par des lois pénales, mais encore par des fables. L'auteur approuve à ce titre les récits qu'Homère, d'après les croyances nationales, a composés sur les dieux infernaux, et les traditions étrangères relatives aux migrations des âmes. 11 déclare que ces discours menteurs sont comme les remèdes, malfaisants pour les hommes sains, mais utiles pour les malades.
Il est certain que les Pythagoriciens professaient la doctrine de l'immortalité, et que long-temps avant Platon, Àlcméon de Crotone avait dit que ce qui se meut soimême, c'est-à-dire l'âme, ne saurait périr 3. Il est également indubitable que Pythagore et ses premiers disciples ont propagé dans la Grèce les traditions orientales sur la métempsycose &. Mais tout annonce qu'ils y ajoutaient foi pour leur propre compte. £11 outre il est certain que , comme les habitants de l'Egypte et de l'Inde et comme
1 V. l'Argument , $ 12 et 13.
3 V. Arislote, De l'âme, I, 1 , p. Û05, col. 1,1. 29-col. 2, 1. 1, Bekker; Diogcue de Lacrte, liv. 8, chap. 5, sect 2, £ 83. Sur la valeur de cet argument et sur la preuve véritable de l'immortalité de l'àme , v. la note 22 , $ 6 , et la note 64 , S 5.
6 V. Mciners, HisU des sciences dans la Grice, liv. 3, chap. 4, trad. fr. , t, 2, p. 208-209.
PSYCHOLOGIE
PJaton lui-même, ils croyaient en môme temps à l'existence d'un lieu de supplices et d'un lieu de récompenses pourles âmes séparées du corps. Ils pensaient que, si elles avaient été très- vertueuses, elles allaient prendre place parmi les héros ou démons répandus dans l'éther i ; que si au contraire elles avaient commis des fautes énormes, elles étaient tourmentées par les furies 2; mais que celles dont la conduite n'avait été ni très-bonne ni très-mauvaise, c'est-à-dire la plupart d'entre elles, passaient par une série d'épreuves. Seulement Aristoteî et Diogène de Laèrtc* nous attestent que, suivant les premiers Pythagoriciens, c'était le hasard qui déterminait une âme, c'est-à-dire une certaine portion de l'éther S, à entrer dans un corps nouvellement formé. Empédocle est probablement le premier philosophe grec qui ait considère chacune de ces migrations des âmes comme réglée par un arrêt de la justice divine 6 et leur première entrée dans les corps comme la peine d'une faute commise dans un état plus heureux:, vers lequel elles pourraient retourner par la vertu?. Celte opinion fut suivie par les Pythagoriciens contemporainsde Socrate et de Platon 8, par Platon lui-même, qui en fil le point de départ de sa théorie de la riminiscence^, et par toute l'ancienne Académie. Quelques Académiciens, Stoïciens en même temps, par exemple Panaetius to, en vinrent à nier que l'âme fut immortelle.
Le faux Timée de Locrcs doit être quelque sceptique des âges postérieurs, qui voulut faire passer Platon pour
1 Diogène de Lacrtc , liv. 8, chap. 1 , sect. 19 , $ 32.
2 Ibid. , S 31.
3 De l'âme, I, 3, p. 407 , 1. 20-28 , Bekker.
4 Liv. 8 , chap. 1 , sect. 13 , S M»
5 V. note 22, $15.
6 V. les fr agments d'Empédocle , dans II. Esticnne , Poes. philos. , p. 24 et suiv. , ou dans l'édition de Sturz.
7 V. les fragments d'Empédocle, dans H. E«t., Poes. philos., p. 28.
8 V. Philolaûs, cité p;»r Platon, PhMon, p. 61 d-62 b (Cf. 70 c, d), et Euxilhéc, cité par Athénée, liv. 4 , sect. 46", p. 107 c, Casaub.
9 V. Pkédon, p. 73-77, Mênon, p. 81-86 , etc.
10 V. Ciccrou, Tusc , 1 , 32.
VOTES 6Ua LE T1ME1.
un plagiaire, et en même temps rayer de la doctrine de Platon et des Pythagoriciens le dogme de l'immortalité de l'âme.
NOTE CCVEI.
J'ai déjà parlé du rapport indiqué ici par Platon entre les formes du crâne des animaux et leurs facultés intellectuelles l.
M. Cousin a compris tout autrement cette phrase importante, qu'il traduit ainsi : « Par suite de ces habitudes, leurs membres antérieurs et leur tête sont penchés vers la terre par leur similitude avec elle ; ils ont le dos allongé et de différentes formes, selon les dérangements que la paresse a causés dans chacun d'eux. » Il y a deux remarques à faire sur cette traduction : 1° Platon ne parle pas de dérangements quelconques, mais de la compression des cercles de t*âme , ireptfopai , contenus dans la tête * ; 2* le mot xopvffi ne peut signifier le dos : il exprime toujours une extrémité ; comme terme d'anatomie , il désigne habituellement le sommet de la tête , ou la tête entière. C'est dans cette acception que nous l'avons déjà rencontré plus hauts et que nous le. retrouvons ici.
Quant au rapport que les lignes suivantes du Timiê 9 supposent entre la nature du fluide respiré par les diverses espèces d'animaux et leur degré d'intelligence , c'est là une opinion empruntée par Platon à Diogène d'Apollonie *.
1 V. note 147.
2 V. notes SO, 130, et 1A7.
5 P. 67 a et p. 76 a. Cf. Arlstote, Uist. des anim., I, 7, p. 491 , col. J, 1. 5-6, Bekkcr; et Ru fus d'Kpbcse, Des parties du corps humain, p. 18; Des noms des parties dans l'homme, liv. l,p. 36, Turn., Parts, 15M, tn-8*.
a V. Theophraste, De la sens, et des objets sens., % M et Û8 , p. 664- 666, Schneider.
NOTICE
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CONTENANT L7NDICATI0N DES OUVRAGES LES PLUS, UTILES A CONSULTER POUR L'INTERPRÉTATION