IV. notes 22 ($ 7), et
2 V. notes 47, 188 et 202.
S V. Euaèbe , Prép. év. , XV , 8.
4 Ennêade II, liv. 2, c. 2.
5 Sur le Timêe , p. 277.
6 Sur Aristote , Du ciel , îl , f. 511 ( 112 ) V ; £ 114 V.
7 De l'âme, I, 3, p. 406, col. 2-p. 407, col. 2, Bckker.
8 Ttm. , c. 10.
9 Journal des savants , join t 1810.
«ùtwv, que M. Letronne me paraît avoir tort de faire retomber sur ce qui précède. Mais surtout ces autres mots, dans la même route , ne donnent pas le vrai sens des mots grecs èv t«Ctû (tottw ) , qui signifient dans un même lieu. Platon les emploie habituellement pour désigner le mouvement qu'il appelle le plus parfait de tous, savoir le mouvement de rotation sans changement déplace. Voyez plus haut i comment il exprime ce mouvement , attribué par lui au
corps entier de l'univers : x«t« raùrà èv tw «vtû xeti tv
iavTÛ mptotyayùv «vtô hroinn xûxXw xtvetcrÔot çptfô^vov. Voyez plus loin 2 ce qu'il dit de la rotation des étoiles fixes : ÔV«
ànluvii èv t«ùtw çpefôp&ci ùtl fiivst. Voyez dans le
dixième livre des Lois* la définition du mouvement de rotation sur soi-même : èv èvt xi-jûaBou. Plutarque* dit dans le môme sens, xtv«t<x0cu où prra€anxwç, se mouvoir sans changer de place, en parlant de la terre qui tourne au centre du monde , suivant Héraclide et Ecphantus.
Voici maintenant le membre de phrase qui exprime le second mouvement commun à tous les corps célestes : niv îi ttç rb -rrpôffÔiv, ûîrô tîç tocùtoO xat époîou neptfopâe xooctou-
Pour le sens de ce second membre de phrase , je suis heureux d'avoir l'autorité de 11. Letronne à opposer à celle de M. Leclerc, qui a cru y voir l'idée d'attraction.
Eu voici la traduction littérale : « ensuite le mouvement en avant, parce que chacun d'eux est dominé par la révolution du même et de l'invariable ». »
Ce second mouvement est donc un mouvement de translation suiVant un cercle , et ce cercle du même et de l'invariable est , comme nous l'avons vu 6 , le cercle extérieur de l'âme du monde, correspondant à l'équateur céleste.
1 Tim. , p. 34 a. Cf. Aristote, Du ciel, II, 8, p. 290, col. 2, 1. 2 el9.
2 Ibid., p. 40 b.
4 Des op. des philo». , III , 13.
5 Ct Timée, p. 30 a.
0 V. note 24.
C'est le cercle moteur de la sphère des étoiles fixes , qui , comme il a été expliqué plus haut * , entraine dans son mouvement les cercles des planètes. Ainsi Proclus a raison de dire que suivant Platon les étoiles fixes tournent sur elles-mêmes , en même temps qu'elles tournent chaque jour autour de la terre avec le ciel entier. Maintenant qu'on sait que le soleil est une étoile fixe, et qu'on a observé le mouvement de ses taches, on doit regarder comme très-vraisemblable que toutes les étoiles fixes ont réellement un mouvement de rotation. Pour les planètes , le fait est indubitable. Je crois que Proclus a raison de penser que Platon a entendu leur attribuer un mouvement do rotation , tout aussi bien qu'aux étoiles fixes *. En effet , dans cette phrase , Platon ne dit rien qui doive les exclure : la proposition paraît s'appliquer généralement à tous les corps célestes. D'ailleurs tous ont , suivant Platon , une âme intelligente ; tous doivent donc avoir le mouvement qui caractérise la pensée. Nous verrons, il est vrai, qu e suivant lui la terre est complètement en reposé ; mais l'expliquerai plus loin 4 pour quelles causes spéciales Platon a pu cependant la considérer comme intelligente.
La phrase suivante signifie que par rapport aux cinq autres mouvements, les corps célestes sont immobiles et stables à leur place. En effet, ils ont le mouvement de rotation et le mouvement de translation en avant suivant un cercle; mais ils n'ont point ce genre de mobilité qui con sisterait à aller 1° à droite , 2° à gauche, 3° en haut, 4* en bas, 5° en arrière». Du moins les étoiles fixes, que Platon a spécialement en vue , sont complètement exemptes de cette mobilité irrégulière, qui est suivant lui un manque d'imperfection, et pour la marche même des planètes, il présume que l'irrégularité est plutôt apparente que réel! ,
1 V. note 33. .
2 Sur le Tinu , p. 262 , 218.
3 V. note 37 , $ 1.
h V. noie 38, $2.
5 V. note 21.
comme il le déclare dans les Loisi. Aussi, pour montrer que dans ce qu'il vient de dire il n'y a rien qui ne s'applique aux étoiles fixes, il ajoute : « Telle est donc la cause de la naissance de tous ces astres qui ne sont point errant» , «itlctyri, de tous ces animaux divins qui restent toujours immuablement à leurs places, où ils tournent sur euxmêmes dans un même lieu, h t«vtw. » Puis, pour marquer l'opposition entre les étoiles fixes, dont la naissance vient d'être expliquée, et les planètes, dont la naissance a été expliquée plus haut à propos de l'origine du temps, il ajoute : « Mais quant à ces astres qui vont et reviennent et suivent cette course errante, dont nous avons parlé, leur naissance a été expliquée précédemment. » Tel est le sens évident des mots xcct èxitva yiyovt, opposés aux mots s£ $ç rijç ahiotç, par lesquels commençait la phrase précédente. M. Letronne, persuadé, comme nous l'avons vu plus haut, que tout le commencement du passage a rapport aux planètes, s'est vu obligé de traduire la première des deux phrases que nous venons de citer, de telle sorte que Platon semblât y parler pour la première fois de la formation des étoiles fixes. Pour cela, il a fallu fausser le sens des mots il H Tiïff ahietç , qui indiquent évidemment la conclusion de tout ce qui précède. M. Letronne'a cru les traduire par ceux-ci : dans te même motif. M. Cousin a commis la même erreur; M. Leclerc, guidé par Cicéron, ne s'y est pas trompé. Arrivé à la seconde phrase, M. Letronne s'est vu encore forcé de traduire les mots x«r' èxsîva , comme s'ils pouvaient désigner l'objet le plus rapproché.
Le sens de ce passage étant ainsi établi, il me reste à répondre à une objection. Comment Platon peut-il dire que les étoiles fixes restent dans un même lieu, puisque suivant lui, outre leur mouvement de rotation, elles ont un mouvement de translation circulaire? Voici la réponse : les étoiles fixes ont bien ce qu'on peut appeler, en un certain sens, mouvement de translation ; mais c'est un mouvement
1 VII, p. 821422. Cf. la note S7 , S b>
absolu , et non un mouvement relatif, comme disent les physiciens modernes; car, suivant Platon, c'est le ciel entier qui tourne chaque jour sur lui-même ; mais les étoiles fixes ne vont point d'un lieu du ciel à un autre, comme les planètes. Ainsi elles partagent le mouvement général du ciel; mais par rapport au ciel même, elles sont immuables chacune à leur place.
En résumé , d'après Platon , les étoiles fixes ont deux mouvements, savoir, le mouvement diurne du ciel autour de la terre, et un mouvement propre de rotation sur elles-mêmes. Outre ces deux mouvements, les planètes en ont un troisième, par lequel elles changent de position dans le ciel. Le mouvement du corps de chaque astre lui est imprimé par son âme; le mouvement de translation autour de la terre , simple pour les étoiles fixes , double pour les planètes, leur est imprimé par les cercles de l'âme du monde. Nous avons vu* que le double mouvement de translation des planètes se résout en un mouvement en spirale.
Platon , en attribuant à tous les corps célestes un mouvement de rotation sur eux-mêmes, ne faisait que suivre l'opinion des Pythagoriciens, d'après le témoignage d'Ac billes Ta tins -. A ris to te 3, au contraire, nie positivement que les corps célestes tournent sur eux-mêmes. Il s'appuie sur une observation juste , mais non concluante , savoir que la lune a toujours la même face tournée vers nous. II n'accorde le mouvement de rotation sur soi-même qu'à la sphère entière du ciel , et il suppose que les corps célestes n'ont point d'autre mouvement que celui des cercles auxquels ils sont attachés.
1 V. note 33.
2 Introd, aux phin. d'Aratus , c. 18 fin , p. 00 , Fk>r. , 1507. IDu ciel, II, S p. 200, coL 1 , 1. 25-cel. 2, L 11.
note xxxvu.
§ 1. De f immobilité de la terre suivant le Timée et les autres dialogues de Platon. — Origine de ton système astronomique.
Platon dit ici que Dieu a formé la terre, notre nourrice, pour être la gardienne et la productrice du iour et de la nuit. Mais comment , suivant lui , la terre produit-elle la nuit et le jour? La réponse à cette question se trouve dans ces mots : cittoptvqv vtpi tôv ôtà îravrôç wôXov Terauivov. Le sens de ces mots, comparés avec l'ensemble du système astronomique de Platon , ne devrait pas être , ce me semble, l'objet d'un doute, s'ils n'avaient pas été faussement interprétés dans l'antiquité même par un disciple de Platon, par Aristote. Dans le traité Du cieli, Aristote expose deux systèmes astronomiques pour les réfuter. Le premier est celui de Philolaûs , dont nous parlerons plus lard 2. Le second est celui de quelques autres , qui font, dit Aristote, tourner la terre au centre même de l'univers, autour de l'axe du monde, comme il est dit dans U Timée de Platon. Pour signifier tourner, il se sert dans cette phrase du mot tXteaOou. Plus loin 3, revenant sur le même système, il se sert des mots TXkuBtu xat xmîcGou, tourner et se mouvoir. Aristote oppose une même réfutation au système astronomique de Philolaûs et à cette hypothèse, beaucoup moins attaquable , de la rotation de la terre. Il est bien vrai que cette opinion , qu'il combat par des arguments très-faibles, a compté quelques partisans dans l'antiquité*. Mais Platon a-t-il été de ce nombre? M. Cousin, dans ses notes sur le Timée, a parfaitement
1 II, 13, surtout p. 203, col. 2,1. 31 , B< kker. 3 V. plus loin , $ 2.
3 Du ciel , Il , 1.'4 , p. 294 , col. 1 , 1. 26 , Bekkcr. h V. plus loin , S 3.
prouvé le contraire. Cependant Aristote n'est pas, comme M. Cousin Ta prétendu, le seul auteur ancien qui ait mis en avant cette fausse interprétation. Quelques philosophes , dont Cicéron parle sans les nommer et sans les approuver*, pensaient aussi que Platon, dans le Timée, avait exprimé l'opinion de la rotation de la terre, mais avec quelque obscurité. Plutarque* discute et rejette cette interprétation. Chalcidiuss hésite. Diogène* répète l'erreur d* Aristote. Quelques auteurs modernes ont fait comme lui, et se sont même étonnés de voir qu'une telle autorité n'eût pas levé tous les doutes. En effet, si Aristote citait l'opinion de la rotation de la terre comme un titre de gloire pour Platon, je dirais : il est probable que la vérité l'y a forcé. Mais Aristote, qui admettait l'immobilité complète de la terre», attribue à Platon l'opinion contraire , pour se donner le plaisir de la réfuter avec dédain. On doit se rappeler que ce même Aristote a emprunté à son maître la démonstration de la nécessité d'un premier moteur et lui a reproché de n'avoir pas parlé du principe du mouvement, èt qu'il a même osé soutenir que Platon avait négligé l'idée de cause finales. Il lui a reproché aussi ^ d'avoir traité seulement la question de la formation des éléments , et d'avoir ensuite complètement omis celle de la formation de la chair , des os et des autres choses semblables. Or, ces deux questions se trouvent traitées dans un même dialogue de Platon , précisément dans le Timée, comme nous verrons plus loin. Ces exemples, auxquels on pourrait en ajouter d'autres, prouvent assez que lorsqu'Aristote condamne Platon sur un point , il n'est pas inutile
1 Académiques , I, liv. 2 , cbap. 29.
2 Questions platoniques t VIII, 1-3.
3 P. 214 , 215 , Meurs.
4 Liv. 3, cbap. 1, sec t. 41, S 75.
5 V. plus loin , $ 0. 0 V. l'Argument , S 5.
7 De la génération et delà corruption, 1 , 2 , p. 315 , col. 1 , 1. 29-33, Bekker,
d'examiner la question après lui. C'est ce que nous allons faire pour celle qui nous occupe.
Aristote a isolé le membre de phrase cité plus haut. Replaçons-le au milieu du système astronomique exposé dans le Timée. Rappelons-nous que , suivant Platon , le jour et la nuit sont produits par la révolution du mouvement circu~ taire unique et le plus sage , c'est-à-dire par la révolution diurne du monde entier sur son axe , d'où résulte la révolution diurne de tous les corps célestes autour de la terre. Mais si la terre partageait ce mouvement , qui, à cause de sa position au centre, se résoudrait pour elle en un mouvement de rotation sur elle-même , toutes les positions relatives resteraient exactement les mêmes que si ce mouvement général du ciel n'avait pas lieu , et par conséquent la succession des jours et des nuits sur la terre ne pourrait se produire. Platon n'aurait donc pu , sans tomber dans une contradiction énorme , dire que la terre tourne au centre du monde. Dans le système de Platon , pour que la terre produise la succession des jours et des nuits , il faut qu'elle résiste au mouvement diurne de l'univers ; il faut qu'à une impulsion qui la ferait tourner sur elle-même en un jour, elle oppose constamment une force égale en sens contraire, et qu'elle reste immobile. M. Ideler* n'est donc pas fondé à déclarer que le participe présent illlou.ivo-j y indiquant une action continue, doit exprimer la rotation de la terre, ni Ruhnken 2 à soutenir que si la terre était supposée immobile, elle serait inactive, et par conséquent ne pourrait être appelée la productrice du jour et de la nuit : elle les produit, suivant Platon, par son énergique existence , c'est-à-dire par son immobilité même. Telle est la pensée que l'on doit s'attendre à trouver dans le membre de phrase si étrangement interprété par Aristote; telle est celle qu'y ont vue Alcinoûs 3, Phi-
1 V. sa dissertation, déjà citée, Mus. der AlterlA., L 2, p. Û22.
2 Dans ses noies sur le Lexique platonique de Timée le sophiste , p. 23. 9 Introduction aux doctrine* de Platon , c. 15.
ÀSTaONOMlE PLATONIQUE. ' 89
Marque i, Proclus 2, Simpliciusî, Galien *■ et antres. Tel est aussi le sens le plus naturel de la phrase grecque , comme l'ont très-bien montré MM. Bceckh», Letronne o, Stallbaum et Cousin 7. Peu importe qu'on lise uX>opiv«v r dàXofwmv | tÀXopivïjv, «Xojxivïjv, on sïXovuivnv avec les manuscrits de Platon , ou bien tXAopivuv, avec Plutarque et Proclus. En effet , le sens de tous ces mots est le même , quoi qu'en aient dit quelques commentateurs, et ces mots n'expriment que rarement et par extension l'action de tourner sur soimême ; mais dans leur sens habituel et primitif, ces verbes, à la voix moyenne, signifient se serrer, s'enrouler autour de quelque chose. Apollonius de Rhodes a dit au passif foapofç iWô^uvov^ et tXXôp^voç à>vxT07rtfoî<xt9 , serré de chaînes. De même Homère nomme des liens, iXktôtç 10. De même Eschyle, dans un fragment des Bassares indiqué par Proclus, expliqué par Hésychiusti, emploie le mot i&àôptvov, au passif, pour signifier retenu, sipyoumo-j^. Les mots dont Platon se sert ordinairement pour exprimer le mouvement de rotation sur soi-même, ce sont xûxlu çpéftaQcu, «yaxvxXftfftiac izpbç «avTÔv , et surtout h tccvtû çpéftaQcu, tv rvt xlvîïcOul t", mais jamais sïXteoQoii, ni tiXteadat, ni ïXktc$eu 9 ni IXhuQat. Âristote lui-même , pour signifier le mouvement de rotation, emploie habituellement t& les mots xultvî«ïa0ai
1 Questions platoniques , VIII, 3.
2 Sur le Timée , p. 281 , 282.
3 Commentaire sur le traité du ciel, II , f. 125 , 129 , p. 505 , col. 2 , et 507, col. 2, Brandis, dans PAristole de Berlin, t. 4.
A Sur Hippocrate , Epldem. , III, t. 5, p. 423 . Baie , 1538.
5 De Plat. syst. cœlest. glob. , p. VI-XI. Cf. PhUolaOs , p. 121.
6 Journal des savants , juin 1819.
7 Dans leurs noies sur le Timée. V. aussi Riccioli, Almag. nov., pari. 2, p. 291. Riccioli, pour son propre compte, croit a l'immobilité do la terre.
8 V. Argonautiques , 1 , 129.
9 lbid., Il, 1249.
10 Iliade, XIII, 572.
11 Au mot : ; ./,) vj.;vov.
12 V. Phil. Bulttnann, Lexilog., t. 2, p. 141 et suit.
13 V. note 36.
14 V. Du ciel, II, 8; Problèmes mécaniques, c. 8, 24 , etc.
ou èltTctaOctt , jamais sftXiuÔai, ni aucune des autres formes • citées plus haut.
Ce membre de phrase du Timée signifie donc que la terre se serre fortement autour de Taxe qui traverse l'univers , et est ainsi la productrice du jour et de la nuit par sa résistance au mouvement, en même temps qu'elle en est la gardienne par son immobilité. C'est évidemment en ce sens que le faux Timée de Locres * l'appelle la limite , ôpoç , des jours et des nuits. Plutarque 2, interprétant Platon, la compare à l'aiguille du cadran solaire : c'est son repos, dit-il , qui donne aux astres un lever et un coucher. Le participe présent stXXojxivïjv exprime parfaitement l'effort continuel d'où cette immobilité résulte s.
Pour prouver encore mieux que Platon ne fait point tourner la terre sur elle-même, M. Letronne remarque avec raison que dans les Lois & Platon , parlant du mouvement de rotation, cite pour exemple la révolution d'un cercle sur lui-même, et ne cite point la terre ; qu'il parle dans le Phédon 5 de la position de la terre au centre du monde , et ne dit point qu'elle y tourne sur elle-même : il ne le dit dans aucun de ses ouvrages. J'ajouterai que dans un passage du Phèdre , auquel on n'a pas fait assez attention , ou qu'on a mal interprété , Platon nie la rotation de la terre. Il y parle des douze divisions de l'armée de Jupiter, dont onze font simultanément une révolution circulaire dans le ciel. J'essaierai plus loin 6 de montrer quelles sont ces douze divisions, et l'on verra que celle qui seule ne prend aucune part au mouvement commun, c'est la terre.
2 Questions platoniques , VIII , 3 ; Du visage dans la lune, c. 25.
3 Je ne pense doue pas que, pour traduire ce participe présent. Ji faille adopter les* partipes pa^és circumglobata , ou circumvoluta , proposés par M. Letrouue.
8 V. plui lojn , $ 2, et surtout note 38 $ 3.
Au reste , qu'est-il besoin de recourir aux autres dialogues ? Un système astronomique est exposé dans le Timée. Voudra-t-on, par une interprétation forcée d'un membre de phrase , y trouver un mélange monstrueux de deux systèmes incompatibles ? B ail ly * a bien senti que le Timée ne devait contenir que l'un ou l'autre de ces systèmes; il a remarqué qu'il serait très-curieux de connaître sur ce point l'opinion de l'un des deux plus grands philosophes de l'antiquité; mais, n'ayant pas jugé à propos d'étudier l'astronomie de Platon dans les œuvres de Platon luimême, et ayant mieux aimé prendre sans examen dans Plutarque 2 une fausse interprétation , que Plutarque luimême condamne, il a supposé dans le Timée précisément celui de ces deux systèmes qui n'y est pas.
Ainsi , d'après le Timèé , la terre est complètement en repos. Cependant Platon lui-même, dans sa vieillesse, se serait repenti d'avoir placé la terre au centre du monde, à en croire le témoignage de Théophraste, rapporté par Plutarque 3. Mais il est permis d'en douter, puisque le Timée a été composé pendant la vieillesse de Platon , et que le système astronomique qui s'y trouve indiqué repose précisément sur l'immobilité de la terre au centre du monde.
Après avoir énoncé les principaux points de ce système, Platon énumère ceux qu'il n'a pas le temps de traiter. Dans cette énumération, se trouve le mot KctpuSo'kut, que j'ai traduit par le mot rapprochements. Proclus* dit que Platon désigne ainsi la position relative de deux corps célestes qui se trouvent à la même longitude sans être à la même latitude , ou bien qui se lèvent ou se couchent ensemble s.
Maintenant que nous connaissons l'ensemble des opinions de Platon sur l'astronomie , il est naturel de nous
1 Histoire de l'astronomie ancienne, etc. , Uv. 8, $ 1. 3 Questions platoniques , VIII , 1.
S IbUL, VIII, I, et Vie de Numa , c. 11. V. aussi Eusèbc, Prép. êv. % XV, 8; Plotin, Enn., II, 2, 1.
A Sur le Timée. p. 284.
5 Sur les divers sens donnés à ces mots, laver et coucher d'un astre, Chalcidius, Sur le Timée, p. 134, Meurs.
demander où il les a puisées, en quoi elles se rapprochent et en quoi elles di fièrent des autres opinions antiques sur le même sujet. Suivant mon sentiment, que j'appuierai bientôt par des preuves, le système astronomique de Platon , dégagé des idées philosophiques auxquelles il a su le rattacher, vient en ligne directe de Pythagore et d'une partie de ses premiers disciples. Voilà pourquoi Platon, voulant donner une exposition étendue de ce système, la met dans la bouche du pythagoricien Timée, et dans un dialogue où, comme le remarque KitteH, il suit les doctrines de cette école plus que dans tout autre. Enfin Platon a été fidèle à ce même système dans tous les ouvrages où il fait allusion à l'astronomie. Au contraire, M. Bœckh 2 et M. Cousin' ont cru trouver un système tout dûTérent , savoir celui de Philo la us , dans un endroit du Phèdre, que Schleiermacher *■ me paraît avoir mieux compris, et que j'aurai Poe* casion d'expliquer s. Presque tous les modernes qui se sont occupés de l'astronomie ancienne pensent que le système de Philolaûs fut celui de Pythagore et de sou école en général ; et la plupart d'entre eux affirment que c'est en même temps celui de Copernic. Sur tous ces points, j'espère rétablir la vérité à la place des erreurs traditionnelles.
§ II. Système astronomique de Philolaûs.
Prouvons d'abord que le système astronomique de Philolaûs , qui n'a d'ailleurs été suivi par Platon dans aucun de ses dialogues 6, diffère essentiellement de celui de Copernic.
1 Hist. de la philos. , liv. 8, ebap. A.
2 PhilolaOs , p. 104 ; De plat. syst. cœlest. glob., p. XxVII-XXXIII.
3 Sur le* antécédents du Phèdre , daua les Fragments sur ta philosophie ïncienne.
à Traduction allemande de liston, 3*64*, t 1, p. 372. 5 V. plus loin ,$î,n'2.
0 V. plus loin, S
ASTRONOMIE PHILOLAÏQUE.
3e ne dissimulerai point l'autorité imposante de mes adversaires. Gassendi Cassinis, "WeidlerS, Estève^et Bailly**, avancent comme un fait incontestable l'identité du système de Philolaûs et de celui de Copernic. Bouillaud 6 prétend enseigner Y astronomie philotaîgue, en exposant le nouveau système du monde. Dutens 7 , avec son érudition dépourvue de critique , ne pouvait manquer de tomber dans cette erreur, qui du reste a été répétée par Montuclaft, parBossuts, par Laplace«>, et par notre illustre contemporain HerschelH : elle l'est aussi par Delambre*2 ? pourtant avec quelque hésitation. Enfin, M Cousin 13 affirme que VÊcole pythagoricienne faisait tourner dix grands corps autour du centre du monde , et que ce centre , représentant l'unité , était le soleil immobile. On lit dans la traduction française du Manuel de C histoire de la philosophie de Tennemann : « Les Pythagoriciens, ainsi que leurs devanciers, considéraient le monde comme un tout harmonieusement ordonné, xôcrpoc, consistant, d'après le système décadaire, en dix grands corps qui se meuvent autour du centre suivant des lois harmoniques ; de là la musique des sphères. Le centre, ou le feu central (le soleil), autrement
1 Fie de Copernic, t. 5, p. 501 des OEntres, Lyon, 1658 , 6 toI. in-f*.
2 De l'origine et du progrès de l'astronomie ,— dans les Mém. de l'Acad. des Sciences depuis 1666 Jusqu'en 1699, t. 8, p. 10.
S Historia astronomie , c. 5, $ 15 et 18.
4 Histoire générale de l'astronomie, part. I, liv. 1, chap. 11, t. 1, p. 123 ; Ht. 2, chap. 1 , t. 1 , p. 249-250.
5 Hist. de l'astron. ancienne jusqu'à la fondation de l'école d'Alexandrie, Ht. 8, $ 9; Eclaircissements astronomiques, Ht. 5, S 21 ; liv. 7, S 1 et 5.
6 Philolaûs , si vc de vero systematc mundi, Anist. , 1639, in-4*; — Astronomla philolaica, Paris, 1645, ln-f\
7 Origine des découvertes attribuées aux modernes , 2« éd. , pari. II , ebap. 9.
8 Uist. des sciences mathématiques, part. I, Ht. 2, $ 6; Ht. S, S 8.
9 nist. des mathématiques, période 1 , chap. 5, S 19 et 29.
10 Exposition du système du monde , Ht. 5, chap. 1.
11 Discours sur l'étude de la philosophie naturelle, part. II, chap. 5, $ 98; part. III, chap. 3. $ 294.
12 Hit. de l'astron. anc. , t. 1 , p. 16. Cf. l'article Philolaûs, dans la Biographie universelle.
13 Cours de 1829, 7' leçon.
le poste d'observation de Jupiter, Aiôç olxoç , <pv>ctx»i , et sa monade, est l'objet le plus parfait de toute la nature, etc.» Tennemann renvoie à la dissertation de M. Bœckh sur les systèmes astronomiques de Platon et de Philoiaus 4. Le traducteur renvoie de plus au Philoiaus de M. Bœckh. 11 semble donc, au premier abord, que tous les savants soient d'accord en faveur de l'opinion que j'ose attaquer. Mais, si j'ai contre moi Brûcker*, j'ai aussi pour moi le même Brùcker , qui se contredits. Ensuite, je puis invoquer l'autorité de BeckmannS de Corsini», de Barthélémy 6, de Meiners?, d'Ideler 8 et de beaucoup d'autres savants «. Enfin , que l'on ait recours au texte allemand dn Manuel de Tenneman, et on reconnaîtra que cette parenthèse, (le soleil)., est du traducteur. Que l'on consulte aussi la grande Histoire de la PhHosophie,àe Tennemann, le Philoiaus *o, et l'autre dissertation déjà citée, de M. Bœckh, on y verra que le feu central, d'après Philoiaus, n'était pas du tout l'astre que nous nommons le soleil.
Passons aux témoignages anciens , qui seuls peuvent résoudre la question en dernier ressort.
!• Stobéc» dit que, suivant Philoiaus, au centre de l'univers est le feu, to itvp; autour du feu tourne la région nommé ciel, ovp**6ç, qui se compose de la région sublunaire, faootMwov, où se trouve une seconde terre nommée
"i De platonico systemate calestium gioourum tt ue vera inaoïe asironomiœ philotalcœ.
2 Hist. crtt. philo*., part II, Ht. 2,c. 10, sec 1. 1, 5
5 Ibid. , sect. 2 , S 7.
ft Geschichte der Erfindungen, part. III, p. 308 et suiv.
5 Excursus sur le traité du faux Plutarque, Des op. des philos., EU, 11.
6 Voyage d'Anacharsis , chap. 31.
7 Hist. des sciences dans la Grèce , Ht. S, chap. A, trad. fr. , t. 2 , 210
^Webe^d^Verhailtnisz des Copernicus zum Alterthum , daus le Mtttœunx der Alterthumswissenschaft , t. 2 , p. M3-Û18. ****** 0 Cités daus la Biblioth. gr. de Fahrlcius, Ht. 1 , chap. 20, S 9, M. d'Harles , t. 1, p. 177, note U
11 Ecl.phyt.,l,V.S^ Canter.
ASTRONOMTE PB 110 LAÏQUE.
antichthone, o»riy$w,; au-dessus du ciel tourne le monde, xôffftoç , où sont te soleil et les autres planètes; au-dessus encore tourne l'Olympe, dXupuroç, et le feu, qui occupe le centre de l'univers, l'enveloppe aussi extérieurement de toutes parts.
2° Voici, d'après Achille* Tatiusi, le traité des opinions des philosophes* et le traité de la philosophie*, l'opinion de Philolaùs sur le soleil que nous voyons : cet astre est un corps de la nature du verre; il reçoit la réverbération du feu contenu dans le monde, et, comme un miroir, transmet vers nous cette lumière empruntée ; le soleil par excellence est le feu central, invisible pour nous; et on peut encore distin- , guer un troisième soleil, savoir l'image formée dans notre œil par le soleil que nous voyons, laquelle est ainsi V imagé
Remarquons en passant que le soleil visible pour nous reçoit, suivant Philolaùs, la réverbération de tout le feu contenu dans le monde, et non pas spécialement celle du feu central. Il me paraît très-probable que dans la phrase du faux Plutarque, cette expression, le monde, est employée dans son sens le plus générai , et non dans son sens restreint, indiqué plus haut d'après Stobée, mais dont les trois auteurs cités ici ne parlent pas. Achille» Tatius dit expressément que, suivant Philolaùs, le soleil réfléchit la lumière du feu d'en haut. Nous verrons bientôt les conséquences de cette opinion de Philolaùs sur la source de la lumière réfléchie par le soleil*.
3° Dans le traité des opinions des philosophes* on lit que suivant le pythagoricien Philolaùs, la terre décrit autour du feu central un cercle oblique, dans te même sens que le soleil et la lune, c'est-à-dire d'occident en orient.
1 Introd. aux phèn. d'Aratus , c. 19 , p. 90, Florence , 1567 , à la suite d'Hipparque.
5 Dans Galien , t. û . p. Ml , 1. 10 , Baie , 1538. A V. pins loin , môme S , n* 8.