‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 17 sur 140 · II, 1S · texte numérisé non relu

II, 1S

96 50TES 8TJR LE TiMKF.

U° PI ut arque * , Simplicius 2 et Stobée * donnent ainsi qu'il suit Tordre que quelques Pythagoriciens assignaient aux planètes, depuis le feu central jusqu'au soleil : I e l'anticthone, 2° la terre, 3* la lune, W Mercure, 5° Vénus, 6° le soleil. Sans doute ils plaçaient ensuite, 7° Mars, 8° Jupiter, 9* Saturne, 10° les étoiles fixes. Voilà bien dix sphères célestes, qui toutes, suivant Philolaûs, tournaient autour du feu central. Au contraire, si le feu central était le soleil que nous voyons, pour trouver le nombre sacré des sphères, il faudrait deux an ticht houes, et Philolaûs n'en admettait qu'une.

5° Aristotc nous dit que les philosophes d'Italie nommés Pythagoriciens plaçaient le feu au centre du monde, poste d'observation de Jupiter Mais loin de dire que ce feu fût le soleil , il déclare au contraire que ces philosophes faisaient tourner la terre autour du feu central, de manière à produire la succession des jours et des nuits* , et toutes les mêmes apparences que si la terre était au centre du inonde 6. H est cependant évident que ce déplacement de la terre produisait une différence réelle , celle du périgée et de l'apogée ; mais on n'était pas assez habile alors pour la constater et l'apprécier. Peu importe pour les apparences célestes, disaient ces Pythagoriciens f 9 que nous soyons à une distance du centre du monde égale seule-

1 De la naiss. de l'âme, c. 31.

2 Sur te traité du ciel , II , f. 124.

5 EcL phys. , I, p. 51 , 54, 50, Cantcr.

h Du ciel, II , 13, p. 293, col. 1 . 1. 20-21, col. 2, L 1-5, Bekker. Simplicius [Sur le traité du ciel , f. 124, V , p. 505 , coL. 1 , Brandis) , noua apprend que les Pythagoriciens nommaient ce feu, tantôt poste d'observation de /upiter , comme Arislole le dit ici, tantôt tour de Jupiter, comme il le rapportait dans son ouvrage sur le pythagorisme, tantôt trône de Jupiter , comme l'attestent d'autres auteurs. Ils le nommaient aussi maison d'Hcstia. V. une scholie ( cod. cotsl. 166 ) , p. 505 , col. 1 , I. 26-27 , Brandis. Pour ce qui concerne l'ouvrage d'Arfstoto sur le pyttiagorisme» outre Simplicius ( ibid. , et f. 94, p. 492, col. 1, 1. 7, Brandis), v. Bardili, Epochen der voriuglicJisten phitosophischen lie griffe, p. 168.

5 Du ciel, II, 13, p. 293, col. 1, L 22-23. Cf. II, 14, p. 296, coL 1, 1. 25.

6 Ibid,, II, 13, p. 293, col. 2, 1. 27-28.

1 Md., I 25-30.

ASTRONOMIE PHILOLàÎQUB. V7

lemeiit au rayon du globe terrestre, ou bien à une distance plus grande. Comme on le voit, le calcul mathématique des distances célestes n'entrait pour rien dans leur système. Mais il est clair que suivant eux le soleil était en dehors du cercle décrit journellement par la terre, et que celle-ci était supposée avoir toujours la face que nous habitons tournée vers le dehors de son cercle, tandis que l'autre , inhabitée sans doute, regardait toujours le feu central*. On conçoit en effet que dans cette révolution diurne de la terre autour de son orbite, équivalente à la rotation diurne autovir de Taxe admise par Héraclide le Pontique, comme on le verra plus loin 2, la face que novis habitons prendrait périodiquement, par rapport au soleil et aux autres corps célestes situés en dehors du cercle ainsi décrit par la terre, une suite de positions, qui produiraient pour nous Vapparence de la révolution diurne du soleil, des planètes , des étoiles fixes, du ciel entier, autour de notre globe, et par conséquent la succession régulière des jours et des nuits 3. D'un autre côté, Philolaùs, admettant comme nous l'avons vu 4, que le cercle décrit par la terre autour du feu central était oblique par rapport à celui du soleil, devait évidemment rendre compte de la variété des saisons et des positions changeantes des planètes par cette révolution annuelle du soleil, oblique par rapport à la révolution diurne de la terre, et par les révolutions particulières des autres planètes, diversement inclinées et exécutées en des temps plus ou moins longs, autour du même feu central. Enfin il est bien clair que dans ce système la sphère des étoiles fixes ne devait point avoir une révolution diurne.

î 11. Idclcr ( 3fus. der Alterth., t. 2, p. 400 et sulv. ) dit quo dans lo système de Philolaua, il est impossible d'expliquer pourquoi nous ne voyous pas le feu eentral. Avant d'accuser ainsi d'absurdité ce système ingénieux, M. Idelir aurait bicu dû prendre garde de ne l'avoir pas compris, et relire attentivement le texte d'Aristotc que je viens de citer.

3 V. Simplicius, Sur U traité du ciel, II, l 124, V. Cf. M. Bœckn, Philolaàs, p. 116.

4 V. plus haut, S\

«OTES S*. LE T1MÉB

Cependant il est certain que Philolaûs attribuait un mouvement à chacune des dix sphères, et notamment à celle des fixes*. Cette dernière révolution, suivant l'observation de M. Bœckb 2 , ne peut avoir servi qu'à expliquer l& précession des équinoxes*. Remarquons que dans ce système, les révolutions se trouvaient être de plus en plus lentes à partir du feu central : cette régularité devait plaire aux Pythagoriciens.

6° Revenons à l'antichthone. Aristote * dit que cette seconde terre, qui, suivant Philolaûs, décrit autour du feu central un cercle compris dans celui de la nôtre , nous est ainsi cachée par l'épaisseur de notre globe. On lit de mê me dans le traité Des opinions des philosophes*, que l'antichthone est invisible pour nous, parce que, dans la révolution de la terre , la portion que nous habitons reste toujours tournée du côté opposé à l'antichthone , «v otxoû^y ynv è$ svavTi'a; xsipevijv xat Tzepiyspopivnv 6. Cette phrase ne me parait nullement signifier que les révolutions de la terre et de l'antichthone se fassent l'une dans un sens, l'autre

1 V. Stobée, Ed. phys. , p. 51, Canter.

2 Philolaûs , p. 118.

3 La procession des équinoxes, qui, pour elre reconnue , tic demandait que des observalious longues et persévérantes , sans théories mathématiques, n'avait sans doute pas échappé aux Egyptiens. Nous voyons qu'elle était connue de Philolaûs, loug-lcmps avant qu'Hipparquc en fit l'objet d'un trailé spécial , sa us pouvoir encore la mesurer. Dutens [Orig. des découv.,V éd. , part. III, chap. 9 ) a cru en trouver l'indication dans le faux Timée de t. ocres; mais c'est en faisant un contresens, pour appliquer a la sphère des fixes ce que l'auteur, p. 06, dit des cercles des planètes, qui vont d'occident on orient.

A Du ciel, II, 13, p. 293, col. 1, 1. 23-24; col. 2, 1. 20 24.

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