‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 18 sur 140 · III · texte numérisé non relu

III

6 M. Bœckh {Philolaûs, p. 115 ) comprend que, lorsque la terre se tourne vers le feu central , l'antichthone s'en détourne. Mais celte explication est inconciliable avec le reste du système de Philolaûs. Eu etTct, M. Bœckh lui-même [Philolaûs, p. 116) reconnaît que l'antichthone se meut suivant un cercle concentrique contenu dans celei do la terre, et que la terre a toujours la même face tournée vers le dehors de son cercle. M. ldeler ( Mus. der Allerth. , t. 2, p. 300 et suiv. ) comprend que la terre et l'antichthone sont placées chacune d'un coté du feu central : celle explication est encore plus évidemment erronée.

ASTRONOMIE PII ILOL AÏQL'E . ^

dans un autre. En effet, Simplicius dit que rantichthone suit la terre dans son mouvement parallèle , suivant Philaloûs; toutes les planètes, y compris le soleil, exécutent donc leurs révolutions dans la même direction, sauf l'obliquité ; et c'est la révolution diurne de la terre autour du feu central , qui s'exécutant d'occident en orient comme les autres , produit l'apparence du mouvement du ciel entier dans le sens contraire»

7° Des témoignages d'Àristote et de Philippe d'Oponte , cités par Stobée*, il résulte que, suivant Philolaùs , la lune pouvait être éclipsée par l'interposition , soit de la terre, soit de l'antichthone. Voici ce qu'il en faut conclure : suivant Philolaùs, de même que le soleil concentre eu lui les rayons du feu d'en haut, de même la lune nous réfléchit les rayons du feu central, et les éclipses de la lune sont produites par l'interposition de l'autichthone ou de la terre entre elle et le feu central , auquel elle doit sa lumière empruntée. Celte même explication des éclipses de lune est attribuée par le faux Plutarque 2 à quelque» Py- ■Uiagoriciens.

8° D'après le témoignage d'Aristote 3, quelques Pythagoriciens pensaient qu'il pouvait y avoir encore, outre l'antichthone , plusieurs autres astres situés plus près que nous du feu central et invisibles pour nous à cause de la masse opaque de la terre dont nous habitons un côté : ces Pythagoriciens expliquaient la fréquence des éclipses de lune , en disant que cette planète pouvait être éclipsée non seulement par la terre , mais par chacun de ces astres que nous ne voyons pas, c'est-à-dire évidemment par l'interposition de chacun d'eux entre elle et le feu central, dont elle nous réfléchit la lumière ; et ces mêmes Pythagoriciens disaient que, d'après cela , le nombre des éclipses de lune devait naturellement surpasser celui des éclipses de

\ EcL phys. , I, p. 00, C un ter.

2 Des op. des philos. , II, 29.

3 Du ciel , II , 13 , p. 203 , col. I , I. 20-2A.

100 ROTES SVK LE TIMEE.

soleil. C*est là une nouvelle preuve que le soleil , suivant Philolaûs et ses disciples plus ou moins fidèles à ses doctrines, n'empruntait point, comme la lune, sa lumière au feu central exclusivement, mais tout aussi bien, sinon plu» encore , au feu supérieur et en général à tout le feu contenu dans l'univers. Car, si le soleil réfléchissait seulement les rayons du feu central , alors non seulement les mêmes astres qui , suivant ces Pythagoriciens dont il est question , venaient éclipser la lune, mais encore la lune elle-même, Mercure et Vénus , auraient pu éclipser le soleil, en lui interceptant les rayons de ce centre lumineux. Mais , quoique le soleil n'eût dans ce système qu'une lumière empruntée, comme il recevait de toutes parts les rayons du feu répandu aux extrémités de l'univers, aucun corps n'aurait pu les empêcher d'arriver à lui; et par conséquent, même dans ce système, le soleil ne pouvait être éclipsé aux yeux des habitants de la terre que par le passage d'un corps opaque entre son disque et les yeux des spectateurs. Or, des trois corps situés entre la lune et le soleil d'après Tordre des astres admis par Philolaûs, la lune seule offrait à l'œil des dimensions assez grandes pour produire ainsi une éclipse de soleil. On conçoit donc que quelques Pythagoriciens aient eu l'idée, malheureuse d'ailleurs, de rendre compte de la fréquence des éclipses de lune, plus grande que celle des éclipses de soleil, en disant que le soleil ne pouvait être éclipsé que par un seul astre , tandis que la lune pouvait l'être, non seulement par la terre , mais par l'antichthone, et peut-être par plusieurs autres astres invisibles pour nous, et situés au dessous de la terre, plus près du feu central *• Tel est le système astronomique de Philolaûs. Remarquons qu'il est attribué aussi à quelques Pythagoriciens par plusieurs auteurs, et qu'il semble l'être par Aristole aux

1 M. Bœckh ( Philolaûs, p. 117 ) a tort, comme on le voit, ae nier, que le soleil, suivant Philolaûs, réfléchit les rayons du feu d'en haut. Pbiloluûs pensait sans doute que ces rayons, *ans le soleil, qui le» concentre, arriveraient à peine jusqu'à nous. Aiusi, quoi qu'en dise M. Bœckh, le wtcil ne devient pas inutile dans celte hypothèse.

1STROK0MIE PYTHACORIQTJE.

pythagoriciens en général. Le témoignage d'Arîstote me paraît prouver que ce système appartenait à la majeure partie de l'école , dès une époque assez ancienne ; car , lorsqu'Aristote dit les Pythagoriciens , il n'entend point parler des derniers Pythagoriciens *. D'un autre côté, Diogène de Laërte 2 dit que le système des Pythagoriciens , d'après* lequel la terre tourne, comme le soleil et la lune, autour du feu central, a pour premier auteur Philolaùs, ou Hicétas de Syracause; et en effet le faux Plutarque 3 nous dit qu'Hicétas admettait une seconde terre, une an tic hthone. Or Philolaùs est assez récent et ses opinions astronomiques étaient bien connues. Donc le doute de Diogène prouve qu'Hicétas est d'une époque antérieure. Ainsi Philolaùs est seulement le premier auteur célèbre qui ait soutenu et développé dans ses écrits les opinions dont nous parlons. Mais je ne crois pas cependant qu'on ait eu raison de les attribuer à Pytbagore lui-même et à tous ses premiers disciples.

§ III. Opinions astronomiques de Pythagore , des Égyptiens et des Orphiques, conformes à celles de Platon,

Après avoir cité et expliqué avec beaucoup de justesse les textes du traité Du ciel sur l'astronomie des Pythagoriciens, Simplicius$ ajoute: «c'est sous cette forme que les opinions des Pythagoriciens ont été transmises à Aristote; mais, suivant ceux qui ont été initiés d'une manière plus authentique, •prjatûrepoif^ à leur doctrine, leur feu central était placé au centre de la terre, et c'était la lune qu'ils

1 V. Meiners, Bist doctn de veto Deo, p. 299, et Hist. des science* dans ta Grèce , liv. 3 , chap. 1 , trad. fr. , t. i , p. 1A8 et suit.

2 Liv. 8, chap. 7 , sect. 2 , $ 85.

3 Des op. des philos, , III . 19.

4 V. M. Boeckh, Philolaùs , p. 5 et sniv.

5 Sur le traité du ciel, II , f. 124 , r, p. 505, coî. 1 , Brandis.

nommaient' àvn'^ôwv.» — Or il me paraît impossible qu*Aristote et les auteurs dont parle Simplicius se soient fondés sur une interprétation différente des mêmes écrits. D'ailleurs, plusieurs des écrivains où nous avons trouvé des témoignages conformes à ceux d'Arislote sur l'astronomie philolaïque nous apprennent eux-mêmes qu'une autre partie de l'école de Pythagore admettait l'immobilité de la terre au centre du monde. C'est là un premier fait qu'il est aisé d'établir. Stobée * , le faux Plutarque 2 et le faux Galien 5 nous apprennent qu'Alcméon de Crotone et les Mathématiciens faisaient mouvoir toutes les planètes dans la direction opposée à celle des étoiles fixes : c'est bien là le mouvement suivant l'écliptique , opposé au mouvement diurne du ciel entier autour de la terre. Les mêmes auteurs d'accord avec Aristote &, ajoutent que quelquesuns des Pythagoriciens considéraient la voie lactée comme la trace d'une route que le soleil suivait autrefois. Asclépius 6 dit que, suivant les anciens Pythagoriciens , la terre était le centre de l'univers et devait être considérée comme analogue à l'unité. Ces opinions d'Alcméon et d'une partie des Pythagoriciens s'accordent avec les points principaux du système de Platon ; plusieurs d'entre elles sont tout-à-fait inconciliables avec celui de Philolaùs. Les auteurs anciens ont quelquefois employé l'expression de Mathématiciens, pour désigner spécialement une partie de l'école de Pythagore 7. C'est donc peut-être encore de ces Pythagoriciens qu'il est question dans quelques-uns des passages suivants. Nous verrons que Proclus faisait remon-

1 Bd. phys. , p. 51 1 Caatcr.

2 De* op. dis philos. , II , 16.

3 De la philos. ,1. 4, p. 431 , t. 1 et Miiv. , BMe.

A V. le traité Des op. des philos. , If 1 , 1 ; le traité De la philos. , chap. De la voie taclée, t. û, p. Ô32 , 1. 16, et Stobée, Ed. phys., p. 62, Canter,

5 Mâtéorol. , II. 8, p. 545 . col. 1 , I. lû-18, Bekker.

6 Comment, sur la Métap/t., dans l'Aristotc de Berlin; t. 4, ln-ô\ p. 561 , col. 1 , Brandis.

7 V. Iambllque, Sur ta science mathématique en général, dans les Ânecd. grœc. de Villçison, t. 2, p. 216. Cf. 11. Bœckh, Phitolaas, p. 17.

ASTRONOMIE PTTH A G 0 fi I Q t E . 103

ter à Pythagore le système de Ptolémée. Le même Proclus * attribue aux Mathématiciens l'opinion de Ptolémée , d'après laquelle le soleil, placé dans le quatrième cercle à partir de la terre, aurait trois planètes au dessous de lui et trois au dessus. Chalcidius 2 attribue cette même opinion à quelques Pythagoriciens. D'un autre côté , le faux Plutarque 3 parle de quelques Mathématiciens qui pensaient, comme Platon , que le soleil occupait le second cercle à partir de la terre. Tous ces Mathématiciens et ces Pythagoriciens , de même que Platon , plaçaient donc la terre au centre des huit sphères du monde. Le faux Plutarque ajoute que (Vautres Mathématiciens, au contraire, plaçaient le soleil au milieu , pio-ov rrâvTwv. Je crois qu'avec le mot irâvTwv il faut sous-entendre t&>v wAavïîTwv , et que la phrase du faux Plutarque désigne l'opinion suivie par Ptolémée, d'après laquelle le soleil est une planète placée au milieu des sept autres, c'est-à-dire dans le quatrième cercle à partir de la terre, centre commun des sept révolutions. C'est ainsi que cette même opinion de Ptolémée est désignée par Proclus & : twv Ittt« pèaov ?ôv nXtov. C'est dans le même sens que CicéronS dit : « mediam fere regionem sol obtinet , » comme l'explique fort bien son commentateur M a c robe 6 : esolis sphaerain quartam de septem, id est in medio lo< a tam.» Pline?, Chalcidius 8, Achillcs Tatius^ et Athénée i<>, pour rendre la même idée, emploient la même expression. Je ne crois donc pas que le faux Plutarque ait voulu mettre ffâvTcav au neutre, pour désigner l'univers. Cependant je reviendrai plus loin H sur cette dernière interprétation.

1 Sur te Timée , p. 257 , 258.

2 Sur le Timée, p. 155, Meurs.

3 Des op. des phitos. , II , 15.

4 Sur te Timfe , p. 257 , 258.

5 Songe de Scip., c. A. { Rép. , VI , 17 J , Nobbe.

6 Sur le Songe de Scip. , 1 , 1&. ,

7 Ilist. nat., II, 21, ver» la fin.

8 Sur le Timée, p. 155, Meurs.

9 Introd. aux Phèn. d'Aratus , c. 16 , p. 89 , Florence , 1567.

10 Liy. 6, sect. 63, p. 255 d, e, Casaub.

1Q4 KOTES StJR LE 1 1 MEK-

Un tel concours de témoignages me paraft établir suffisamment qu'un certain nombre de Pythagoriciens ont eu un système astronomique analogue à celui de Platon. Je sais que suivant M. Bœckh 1 , le système donné par Simplicius comme vraiment propre aux Pythagoriciens serait celui d'Héraclide le Pontique*, c'est-à-dire une transformation deceluidePhilolaûs, imaginée par quelques-uns des derniers Pythagoriciens, et qui consiste à faire tourner la terre sur elle-même au centre du monde. Mais, dans le passage déjà cité, loin de dire que les Pythagoriciens dont il parle admettent la rotation de la terre, Simplicius juge au contraire nécessaire d'expliquer comment ces philosophes , de même que Platon , qui suppose également la terre tout-à-fait immobile, peuvent cependant la compter parmi les instruments du temps 3. Souvenons-nous que plusieurs auteurs attestent qu'Alcméon, disciple immédiat , ou du moins contemporain et ami de Pythagore 4, attribuait aux étoiles fixes une révolution diurne. J'avoue que les deux compilations du faux Plut arque et du faux Galien, et même Stobée, qui les a suivies, méritent une médiocre confiance. Aussi je n'insisterais pas sur ces témoignages, s'ils étaient isolés.

Mais quel est lé système astronomique attribué unanimement à Pythagore par tous les auteurs anciens , à l'exception d'un seul , qui ne mérite aucune confiance 5 ? Diodore de Sicile , et le faux Plutarque 6, disent que Pythagore imagina l'obliquité du zodiaque, et 7 qu'il faisait mouvoir le soleil suivant le zodiaque, de même que Platon.

1 PMlolaûs, p. Ittr

2 V. plus loin , $ 5.

S V. la noie 36 , et la note 58, S 2.

4 V. Ariatote, Atêtapli., I, 5, p. 986, col. t, 1. 29-30; Diogcne de Laérte, Ht. 8, c. 5, sect. 1, $ 83, et lambliquc. Vie de Pythagore, c. 23^

5 Cbalcidius, Sur te Timée, p. 214, Meurs., confond les opinionsastronomiques de Philolaûs avec celles de Pythagore lui-même.

6 Des op. de» philos. , II , 12.

7 V. Diodore de Sicile , Bit*, hist. , 1*98» et le traite De» op. de philo»,, II, 23.

ASTRONOMIE PYTHAGORIQtE.

Alexander Polyhistor*, Vairon*, Fauteur d'une Vie anonyme de Pythagore» et Suidas 4 disent positivement que ce philosophe enseignait que la terre est ronde, habitée de tous côtés, et placée au centre du monde. Pline l'ancien», CensorinusG, Manuel Bryenne7 et l'anonyme déjà cité indiquent même Tordre suivant lequel Pythagore rangeait les cercles des sept planètes et la sphère des étoiles fixes , en partant de la terre , centre commun de toutes les révolutions célestes , et les rapports qu'il prétendait établir entre ces cercles et les sons de l'octave diatonique, Pythagore et ceux de ses disciples qui l'ont suivi sur ce point , pouvaient appliquer à cette opinion leurs doctrines sur les nombres, tout aussi bien que Philolaûs à la sienne : le Timée de Platon en offre la preuve 8. Seulement les auteurs ne sont pas d'accord sur un petit détail du système astronomique de Pythagore , savoir sur la place qu'il assignait au soleil par rapport à Vénus et à Mercure. Suivant l'anonyme, il plaçait ces deux dernières planètes au-dessus du soleil, de même que Platon. Au contraire, suivant Pline et Gensorinus, Pythagore aurait placé le soleil au-dessus de Mercure et de Vénus, de même que Ptolémée. Tous ces témoignages, d'accord entre eux sur l'ensemble du système astronomique de Pythagore , sont encore confirmés par l'erreur même de Nicomaque^ et d'Iamblique io, qui attribuent à Pythagore lui-même la théorie des excentriques et des épicycles, c'est-à-dire le système qne Ptolémée a exposé, ce système qui est, comme nous ■

1 Dans Diogèno de Laérte, liv. 8, cl, sect. 18, $ 25.

2 De ling. lat. , VI , p. 77 , Lyon , 1583.

8 V. l'extrait que Photius en donne dans sa Bibliothèque, p. 310-117, Rouen , 1653.

à au mot Pythagore.

6 BitL nat., 11,19,20.

6 De die natati, c. 13.

7 Harmoniques, sect. 1.

8 V. la note 23.

9 DansSimpltcius, Sur h traité du ciel, f. 124.

10 Pie de Pythagore,*. 0.

le verrons *, un perfectionnement de celui de Pythagore et de Platon , et qui place de même la terre en repos au centre du monde. Proclus 2 s'écarte un peu moins de la vérité, en attribuant cette même théorie des excentriques et des épicycles, non pas à Pythagore lui-même, mais aux illustres Pythagoriciens^. Je reconnais volontiers que la plupart des témoignages que je viens de citer , pris chacun à part, pourraient être suspects; mais leur ensemble me paraît constituer une preuve imposante , surtout lorsque parmi eux il en est un qui à lui seul est une grave autorité sur la question. En effet, il est certain & qu'Alexander Polyhistor , copié par Diogène, a eu sous les yeux des écrits de vrais Pythagoriciens, et que l'exposé qu'il donne des principales doctrines philosophiques de l'école est d'accord avec le témoignage d'Aristote , qui seulement les présente avec moins d'ensemble et sous un jour moins favorable. Aristote u'a-t-il pas traité de même et plus mal encore la philosophie de Platon? Or l'astronomie, l'un des objets de l'enseignement externe de l'école Pythagoricienne 3 , est un des points sur lesquels des divergences v ont pu le plus aisément se produire. Cela posé , les Pythagoriciens dont parlent Alexander et tous les auteurs que j'ai cités, faisaient remonter leur système astronomique jusqu'à Pythagore. Au contraire , rien n'indique que les Pythagoriciens dont parle Aristote aient jamais eu la

1 V. plus loin, $ t\.

2 V. le commencement des Hypotypose* de Proclus, publiées avec traduction française par M. l'abbé Halma, à la suite des Hypothèses de Ptolémée. Proclus ne dit rien du système astronomique de Pbllolaûâ.

3 D'après la traduction de M. l'abbé Halma, ce passage signifierait que les excentriques et les épicycles auraient été inventés, xàetvoîç ïlv* Oayopefotç, pour expliquer les inclinaisons pythagoriciennes. Le contresens est un peu fort.

A V. Jtleiners, Hist. des sciences dans ta Grèce, liv. 3, ebap. J , trad. fr., 1. 1, p. 194 et sut*. Cf. Wyttcubacb, Disp. de immort, aninu, sect. 2, O; use. , t. 2 , p. 510.

5 V. Meiners , Hist. des sciences dans ta Grèce , IL?. 3 , chnp. 3 , trad. fr., t. 2, p. 183 et suiv., 212 et suif. ; et II. Bceckb, PhHoladê, p. 5 et suit.

ASTRONOMIE PYTHÀCORIQtJE. 107

même prétention à l'égard du système astronomique de Philolaùs, et Diogènc de Laërte, qui connaissait bien ce système , ne nomme pas Pythagore au nombre de ceux qu'on en considérait comme les inventeurs *.

Je pense donc, d'après Aristote, que l'astronomie philolaïque fut celle de la majorité des Pythagoriciens, et que son origine remontait presque aux premiers temps de l'école. Mais je pense aussi, d'après les témoignages unanimes de l'antiquité, que Pytliagore, Alcméon , et des Pythagoriciens nombreux, dont Platon a suivi les doctrines, plaçaient la terre immobile au centre du monde, et faisaient tourner autour d'elle le soleil, la lune et les cinq autres planètes suivant sept cercles, et la sphère des étoiles fixes, mue par un huitième cercle, qui emportait en même temps tous les autres dans son mouvement. Ccpendan t Brùcker2 et la plupart des modernes prétendent que le système du pythagoricien Philolaùs, d'après lequel la terre est une planète, fut celui de Pythagore et de tous ses premiers disciples. Mais les auteurs que Brûcker cite pour le prouver, attribuent vaguement ce système aux Pythagoriciens, ou bien disent d'une manière générale que Philolaùs a publié le premier les doctrines de l'école. Or il est plus que douteux que Pythagore et ses disciples aient jamais fait mystère de leurs connaissances mathématiques et astronomiques 5 , et il certain qu'en donnant plus de publicité à diverses doctrines de l'école , Philolaùs , Hippasus , Ecphantus et autres les altérèrent en beaucoup de points, comme Brùcker le reconnaît lui-môme. Il me semble donc que l'étude consciencieuse des textes donne un résultat tout-à-fait favorable à la cause que je soutiens. J'ajoute qu'on y est conduit également par les réflexions les plus simples sur la marche de l'esprit humain. Il fallait déjà

1 Diogcnc de Lacrle, liv. 8, chap. 7, sec!. 1 , $ 85.

2 Hist. crit. philos. , p.irt. II, liv. 2, chap. 10, sect. 1 , S 21, n* 2-û.

3 V. MeiocrA, Hi$t. des sciences dans la Grèce, Ht. 3, chap. 3, trad. Y.j L 2, p. 212 et suiv.

108 HOTES SUR LE TIMÉl.

un grand effort pour se débarrasser des préjugés , et interpréter le témoignage des sens , de manière à concevoir la sphéricité de la terre ; il est naturel qu'on se soit arrêté à ce premier point, avant de mettre la terre en mouvement dans l'espace.

On a prétendu, il est vrai, que les Égyptiens possédaient des connaissances profondes dans toutes les sciences , et que les premiers philosophes de la Grèce, Thalès, Pythagore, les leur ont empruntées en partie. Mais, pour peu qu'on examine la question , on s'aperçoit que les disciples de Thalès et de Pythagore étaient loin d'être aussi ins- v tn lits dans les sciences qu'on le suppose 1 ; que les connaissances qu'on leur attribue ont été obtenues peu à peu, bien des siècles après eux, par des personnages connus, par des Grecs, qui ne les ont point puisées en Egypte; on reconnaît que les Égyptiens et les Chaldéens, doués d'une grande patience et d'une grande habileté pratique 2, et favorisés par la pureté de leur ciel , ont légué aux astronomes grecs des observations exactes et nombreuses s f n mais non des théories mathématiques. Hérodote 4 et Pline 5 r rapportent que Thalès a prédit une éclipse de soleil. Supposons d'abord la vérité du fait : il est certain que longtemps après Thalès , les Grecs les plus habiles en astronomie ne savaient pas encore calculer d'avance les éclipses d'après la connaissance exacte du cours des planètes. Sénèque o nous dit que du temps de Dém»crite, cette connaissance n'existait pas encore. Suivant Philolaûs , contemporain de Socrate, beaucoup d'éclipsés de lune n'étaient point produites par la terre, mais par l'anticthone;

1 V. Meiners, Eist. des sciences dans la Grèce, Ht. 2, et liv. 3, chap. 4.

S V. note 13, § 11 , p. 324 du i* vol. CH ibid. , $ 4, n- 1 , p. 283.

S V. Aristotc; Du ciel. H, 12 , p. 292, col. 1 , 1. 0-9 ; SIétéorot. ,1,6. p. 343, col. 2, I. 8-11, rt I. 28-30, Bekker. Cf. SimpUciu», Sur te traité du ciel, H, T. 117 , p. 497, col. 2 , 1. 20-22 , Grandis.

b Hlst. nat., II, 9. Cf. Diogcnc de Laértc, 1, chap. f, sect. 2, S 5-

0 Quasi, nui. f VII , 3.

ASTRONOMIE DE l/ÉCOLE d'iOKIB.

elles pouvaient l'être même par d'autres corps célestes invisibles pour nous, suivant quelques Pythagoriciens i. Il y a loin de Thaïes, et même de Démocrite ou de Philolaùs, à HipparqueS. Mais il est possible, à la rigueur, que dès la fin du VII" siècle avant notre ère, les Chaldéens eussent remarqué le retour périodique des éclipses après deux cent vingt-trois lunaisons 3, et que Thalès eût appris dans ses voyages ce fait d'observation , qui fournissait un moyen très-imparfait de calculer les éclipses. S'il est vrai qu'il se soit servi de cette méthode pour annoncer une éclipse de soleil , il courait le risque qu'elle ne fût pas visible en Grèce. Remarquons qu'aucun auteur ne dit que lui-même, ou ses successeurs Anaximandrc et Anaximène, aient tenté l'épreuve une seconde fois. En revanche, on raconte qu' Anaximène savait prédire les tremblements de terre 4, et Ânaxagore la chute des aérolithes 5. Probablement Thalès pensait que les éclipses avaient une cause naturelle et régulière, et pour guérir ses contemporains de leur frayeur superstitieuse , lorsque l'éclipsé eut eu lieu, il prétendit l'avoir prédite, ou bien on lui fit cette réputation et il laissa dire; ou bien enfin ce conte fut imaginé après sa mort. C'est sans doute d'une manière analogue qu'il faut s'expliquer les récits sur les prédictions d'Anaximène et d'Anaxagore, impossibles toutes deux, et dont la dernière est cependant pour le moins aussi bien attcsléc que celle de Thalès. Les écrivains grecs les plus graves ont répété des contes populaires, où ces premiers philosophes étaient considérés comme des espèces de sorciers. Plus tard on en a fait des savants de premier ordre,

1 V. plus haut , S 2, n* 7 et 8.

2 Sur les calculs astronomiques d'Hipparquc, v. Pliue, II, 9.

3 V. Pliue, II, 10.

û V. Pline, H, 81. »

5 V. Pline, II; 59; Plutarquc, Vie de Lysandre, c. 12, et Diogène de Laërte, II?. 2, chap. 3. sect. 5, $i0. Cf. sect. 8, $ 12; Aristote, mtêorol., I, 7, p. 3*4, col. 2, 1. 32, Bekker; et le traitd Dn op. de» philos., II, 13.

110 hôtes sra le timée.

tout en leur attribuant des erreurs plus bizarres encore que celles qu'ils avaient réellement professées. D'après Aristote * , plus croyable que des auteurs d'une époque trèspostérieure, qui se contredisent et qui ont puisé leurs renseignements dans des ouvrages apocryphes 2, ïhalès et Anaximène, loin d'avoir des idées justes en cosmographie, n'admettaient pas même la sphéricité de la terre. Aristote ne-dit pas qu'Anaximandre, contemporain de Pythagore, l'ait admise; Diogène de Laërte 3 l'affirme, le faux Plutarque* le nie; de sorte que Pythagore est probablement le premier qui ait enseigné cette doctrine en Grèce. Or , n'est-il pas naturel qu'on ait supposé le globe terrestre immobile , suspendu au milieu de l'espace , et les corps célestes tournant autour de lui , avant de s'aviser de lui attribuer un mouvement contraire aux apparences?

Deux faits avancés avec beaucoup d'assurance par plusieurs critiques modernes infirmeraient, il est vrai, les raisonnements précédents; mais ces deux faits sont coutrouvés. On a dit, 1° que Pythagore avait rapporté d'Égypte la théorie de la révolution annuelle de la terre; 2° que la même doctrine se retrouvait dans les antiques institutions de Numa, aussi bien que dans le Phèdre de Platon. Je vais discuter successivement ces deux propositions, et par les textes mêmes qu'on a allégués pour les soutenir , je vais prouver que d'après les institutions de Numa, de même que d'après les poésies orphiques et le Plicdre^ la terre est complètement immobile.

1 Du ciel, II, 13 , p. 293, col. 2, 1. 33-p. 293 , col. 2, 1. 10 : MUêoroL , II, 7, p. 365 ; 3Iétaph. t I. 3. p. 933-985, Bekker. CT. Scnèque, QuœsU naf. , VI, 6, et Plularquc, Stvomatcs, dans Eusfcbc, PrCp. év.,l, 8. V. aussi note 13 , $5, n* 3 , rl § 9.

2 V. le traité Des op. des philos., III, 10, et Diogène tic Laérle, Uv. f, chap. 1 ; Uv. 2, chap. 1 et 2. Cf. Mciners, Hist. des sciences dans la Grèce, 11t. 2, trad. fr. , t. 1 , p. 100 et uuiv.

3 liiv. 2 , chap. 1 , sect. 2 , $ 1.

à Des op. des philos., III, 10. Suivant Plutarque , dans Eusehe {Prép. év. , I . 8 j, et Stobée (p. 53 , 55 et 59 , Canter ), Anaiimaudre avait le* idées les plus étranges sur le ciel et sar les astres.

COSMOGRAPHIE 1>ES ÉGYPTIEKS

1° A en croire Brûcker*, Dutens2 et IVlontuclaS, saint Clément d'Alexandrie affirmerait que Pythagore aurait trouvé en Egypte le système du mouvement de la terre , représenté d'une manière emblématique. Mais dans le passage cité, il n'est question ni dePythagore, ni d'un système qui ferait de la terre une planète. On y lit seulement & que les Égyptiens représentaient Us autres astres, c'est-à-dire sans doute les autres planètes s , sous la figure d'un serpent, pour indiquer leur marche oblique et irrégulière, et le soleil sous l'emblème d'un scarabée , f parce que , dit saint Clément, ayant formé une boule avec de la fiente de bœuf, il fait tourner cette boule sur elle-même , dans la direction contraire à celle qu'il suit lui-même dans sa marche. On dit encore, continue-t-il , que cet animal passe six mois sous la terre, et vit sur la terre le reste de l'année ; qu'il répand sa semence dans la boule qu'il porte ; que c'est ainsi qu'il engendre , et qu'il n'y a point de scarabées fémelles. » L'animal en question est le scarabeus sacer, ou pitalariusQ, qui va portant et roulant entre ses pattes antérieures une grosse boule de fiente de bœuf 7. Les anciens pensaient que les scarabées de cette espèce naissaient sans mère ; qu'ils n'avaient point de fémelles ; que la boule qu'Us portaient leur en tenait lieu, et qu'au bout de vingt-quatre jours, il en naissait de petits scarabées 8. Cela posé, il est aisé de comprendre les interprétations du symbole égyptieu, rapportées par saint Clément.

1 Hist. crit. philos. , part. II , liv. 2 , chap. 10 , sect. 1 , S 21 , n« 4.

2 Origine des découvertes attribuées aux modernes, 2' cd.. part. II, c. 9. S Hist. des sciences matftématiquc's , part. 1 , liv. 2 , % G.

4 Stomates, liv. 5 , p. 405 c, lieins. Cf. Diogône de Laërle , Proœm., VII, 10.

5 Cf. note 35.

8 V. i innée, Syst. nat. , p. 545, et Pandora insectorum, dans les Amcenit. acad. , p. 85 ; Fabricius , Syst. entomot.,p. 28, et Voët, De scarabeis , tab. 27 , fig. 39.

7 Pline, Hist. nat., XI, 34. Cf. Aristophane, Paix, v. 1-7.

8 V. Plutarque, Sur Isis et Osiris , c. 10 et 74 ; JE\iei\ , Des animaux, X, 15 ; Borapollo, c. 10; Porphyre, De abstinentia, IV, 9, p. 139; Apo« stolius, Cent. 10, Prov. 74, p. 127 , etc.

V De même que le soleil , principe fécondant de la nature, est mâle par excellence, de même tout scarabeus pitulariiis est du sexe masculin : c'est pourquoi les Égyptiens gravaient un scarabée sur les anneaux des guerriers, comme signe de la virilité, ainsi qu'^Elien i et Plutarque 2 nous l'apprennent. 2° De même que le scarabée féconde une masse de forme sphérique , de même, dit Plut arque 3, le soleil féconde la sphère de Punivers. 3° De même que le scarabée s'avance portant entre ses pattes cette boule qu'il féconde, et lui imprime un mouvement de rotation dans une direction contraire â celle qu'il suit lui-même en marchant; de même , dit encore Plutarque, le soleil parcourt annuellement un cercle d'occident en orient , et en même temps il semble être le moteur qui produit la rotation diurne de la sphère céleste d'orient en occident. W Enfin le soleil reste six mois dans les signes inférieurs du zodiaque, et six mois dans les signes supérieurs, de même que le scarabée reste six mois sous terre , et vit six mois sur la terre. Ces quatre comparaisons, par lesquelles, suivant les témoignages réunis de saint Clément et de Plutarque, on rendait compte de l'emploi du scarabée chez les Ejn rptiens comme symbole du soleil, s'accordent donc entre elles et avec les témoignages positifs de Diodore de Sicile*, de Dion CassiusS, d'Àchillcs TatiusG et de Macrobe7, pour prouver que les Égyptiens admettaient le mouvement annuel du soleil suivant l'écliptique, et l'immobilité de la terre au centre du monde. En effet, dans le même livre s, saint Clément rapporte que les anciens Égyptiens représentaient quelquefois le soleil monté sur Un navire, ou sur un crocodile, pour exprimer la navigation de

1 Des animaux, X, 15.

2 Sur Jsis et Osiris , c. 10.

S Sar Isis et Osiris , c. 74.

àBibl. hist., 1,08.

5 Hist. rom. , XXXVII , 18, 10.

0 Introduction aux phénomène» d'Aratus , c. 17, p. 80, Florence , 1567.

7 Sur le Songe de Scip. ,1,10.

8 Stromates, lit. 5, p. 413 b, Heiai.

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