‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 19 sur 140 · COSMOGRAPHIE DES ORPHIQUES · texte numérisé non relu

COSMOGRAPHIE DES ORPHIQUES

cet astre à travers l'air. Seulement il règne , sur la place assignée par eux à Vénus et à Mercure , la môme incertitude que sur le même point de la doctrine de Pythagore. Les astronomes égyptiens plaçaient ces deux planètes au dessus du soleil, suivant Macrobe, au-dessous, suivant Achilles Tatius et Dion Cassius. Macrobe prétend que cette dernière opinion était celle des Chaldéens. Beaucoup de modernes ont voulu attribuer aux Égyptiens un système astronomique qui se rapprocherait de celui de Ticho- Brabé : nous verrons que c'est sans preuves suffisantes i. Mais ce qu'il y a de bien certain , c'est que les Égyptiens n'ont devancé ni Copernic, ni même Philolaûs, et que Pythagore ne leur a pas emprunté uue notion qu'ils n'avaient pas et qu'il n'a jamais eue lui-même. Noua avons déjà dit ce qu'il faut penser des profondes connaissances scientifiques attribuées aux anciens Égyptiens par les écrivains Grecs et Romains des siècles postérieurs. Platon , qui les avait visités, et qui était capable de les juger, leur attribue seulement une certaine habileté pratique, dirigée surtout vers le gain 2.

2° Passons aux institutions de Numa, où Plutarque, à en croire Brûcker, aurait signalé une expression symbolique du système de Philolaûs. Plutarque' nous dit bien que ceux qui ont voulu, en dépit de la chronologie *, faire de Numa un disciple de Pythagore , ont cherché des rapports ima ginaires entre les institutions de ce roi et le système de son prétendu maître : il rapporte», par exemple, qu'on a voulu comparer le feu sacré de Vesta, placé au centre d'une enceinte circulaire , avec le feu centrai des astronomes pythagoriciëns , placé au milieu d'un cercle dont la terre parcourt la circonférence. Mais, sans doute pour nous

1 V. plus loin , $ 6.

2 V. note 13 , $ il , p. 324 du 1" TOlume.

3 Vie de Numa , passlm.

A V. Tite-Live ,1,1*. Cf. Meiners, Histoire des sciences dans ta Grèce, Ut. 3, ebap. 2.

5 Vie de Numa, chap. U,

mettre en garde contre cette interprétation absurde, Plut arque a soin d'en citer une autre , repoussée , dit-il , par les partisans de la précédente. D'après cette autre interprétation, plus naturelle et plus vraisemblable, par l'enceinte circulaire au milieu de laquelle était le feu sacré , Numa aurait voulu représenter la forme de la terre considérée comme étant Vesta même , tô tr^ijucc ttiç 70» wç Eç-îaç ouotïç. M. Ideler* prétend que cette notion de Vesta, considérée comme la terre, est assez récente et est romaine d'origine. Je vais montrer au contraire , par des témoignages irrécusables, que c'est là un mythe cosmographiqne qnt remonte aux plus anciens temps de la Grèce.

L'auteur anonyme d'une Vie de Pythagore 2 nous dit que ce philosophe comptait douze sphères célestes. De même dans ce dialogue où l'on a prétendu voir aussi le système de Philolaûs, dans le Phèdre*, Platon compte douze divisions de l'armée de Jupiter , c'est-à-dire du monde , demeure des dieux. Je montrerai ailleurs * que trois de ces divisions sont les régions de l'eau , de l'air et de l'éther; que huit autres sont les sphères des sept planètes et des étoiles fixes. Il reste à savoir ce que c'est que la maison de Jupiter, où Hestia reste seule en repos, suivant l'expression de Platon , et ce que c'est qu'Hestia ellemême. RI. Cousin, dans sa dissertation Sur tes antécédents du Phèdre 5, démontre que dans ce dialogue Platon s'est approprié les traditions orphiques et pythagoriques. Mais je ne puis voir, comme lui, dans Testa ou Hestia, le feu central de Philolaûs. En effet, si Vesta était ce feu central, une autre division de l'armée de Jupiter devrait être l'antichthone , une autre la terre, et ainsi.de suite; or, de

1 Ueberdas Verhœltnisz des Copernic us zum Alterthum, dans le Musœum der Aiterthumswissenschaft , t 2, p. 397, en note.

2 V. les extraits don nés par Photius , Blblloth. , p. ÎS16, Rouen, 1Ô5S, in-r\

A V. noie 38, S 3 - Cf - Chalcidius, Sur le Tintée , p. 260 , Meurs. 5 Dans les Fragmente sur la philosophie ancienne.

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