‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 20 sur 140 · COSMOGRAPHIE DES ORPHIQUES · texte numérisé non relu

COSMOGRAPHIE DES ORPHIQUES

cette manière, on n'arriverait, pas au nombre douze, mais au nombre dix, obtenu en effet par Philolaùs h Brùcker ne manque pas de dire que l'auteur anonyme de la Vie d§ Pythagore a mis par erreur douze sphères au lieu de dix. Mais est-ce donc aussi par erreur que Platon , dans le Ph dre , compte également douze sphères , et que dans le cinquième livre des Lois 2, avec l'intention évidente d'imiter la structure du monde , il propose de placer sa ville modèle au centre du territoire, de placer au centre de la ville le lieu sacré d'Hestia , et de diviser le territoire entier en traçant douze cercles concentriques ? Celte disposition ne s'accorde nullement avec le système astronomique de Philolaùs , dont on ne rencontre non plus aucune trace dans aucun des ouvrages de Pluton. S'il en est un où il pytkagorisc , assurément c'est bien le Timée : il y place la terre au centre du monde.

On ne peut guère nier l'étroite parenté de la doctrine de Pythagore avec celles des Orphiques, qui, répandues dès avant lui dans la Grèce proprement dite et dans la Grande Grèce, ne furent pas étrangères aux institutions de Nu ru a. Or la Vesta des Romains, l'Hestia des Grecs, dont le nom même exprime la stabilités, tantôt c'était la femme d'Uranus et la Mère des dieux c'est-à-dire la terre épouse du ciel», la terre foyer du monde, toO xôV/xov vnv Êçiuv, dont Cléanthe 6 reprochait- à Aristarque de troubler le repos en la faisant tourner autour du soleil-?; tantôt c'était la déesse du feu , la petite-fille de la Mère des

1 V. plus haut, $ 3.

2 P. 745. Cf. Plutarque , Du principe du froid, c. 21.

S V. la seconde des deux étymologics données par les scholies sur Euripide, Hécube, y. 22; mais surtout t. M. Guigniaut, trad. de l'ouvrage de M. Creuzer Sur les religions de l'antiquité, liv. 6, chap. 7, t. 2, pari. 2, seel. 1 , p. 694 et suit.

A V. Diodore de Sicile, Bi'M. hisb, fragm. du liv. 6. Cf. Eusèbe, Prép.

iv. , II, 2.

5 V. Hésiode, Théo g. , y. 45, 106, 147, 154.

6 Sans doute dans son ouvrage contre Arlslarquc de Samos, cité par Diogène de Lacrtc , liv. 7, chap. 5 , seet. 6, $ 174.

7 V. Plutarque , Du visage dans la lune, c. 6.

dieux, la fille de Rhéa et de Saturne , la sœur de Jupiter *. Mais Ovide * dit et répète que Vesta, déesse du feu, et Vesta , déesse de la terre , sont au fond une même divinité, dont le culte a été institué à Rome par Numa. En parlant ainsi , Ovide se dit inspiré : c'est qu'il suit les traditions orphiques. En effet , si dans l'hymne orphique A Hestia 3 le poète déclare que cette déesse, fille de Saturne, occupe le centre du monde, demeure du feu éternel , d'un autre côté, dans cet hymne même , il ajoute qu'Hestia est le séjour des dieux bienheureux et le support puissant des mortels , 6vt}tûv çripiyyu v.puTuiôv ; et dans l'hymne A la Mère des dieux h il dit positivement que cette mère des dieux se nomme Hestia , qu'elle est assise sur le trône situé au milieu du monde, que par conséquent , ouvtxev, la terre est le lieu qu'elle occupe, et que c'est elle qui fournit aux mortels leur nourriture. Il me paraît clair maintenant que dans le mythe de Phèdre, Hestia est le feu placé au centre de la terre , et que la terre elle-même , nommée aussi foyer des dieux , Èçiu 0iwv , par le faux Timée de Locres 8 , foyer et mère des animaux, (ûov Èçi* rai fumif , par l'auteur du traité Du monde 6, Éç-ta xôauou , foyer du monde, par Cléanthe , est cette maison de Jupiter où l'autre Hestia reste en repos. De même dans le mythe du cinquième livre des . Lois , où le territoire de l'Etat est l'emblème du monde , évidemment la cité , placée au centre , est l'emblème de la terre , demeure des hommes , et la citadelle , consacrée à Hestia et placée au centre de la cité , est l'emblème du feu

1 V. Hésiode, Thiog,,v. ft5A; Plndare, Ném. t XI, i ; Apollodore, SiàU ,1,1, Cicéron , lois , II , 12.

2 Faste», VI, 265-280, 459-460.

3 Hymne orphique LXXXIV.

h Hymne orphique XXV11.

0 C. 2, dans ArWotc, p. 391 , col. 2 , 1. 13-14, Bekker. M. Ideler, dans le Mus. der Alterth., t. 2, p. 435 , prétend que ce traité , sans être d'Arlstolc, exprime cependant assez fidèlement ses doctrines. Au contraire on y trouve une foule d'idées tout à fait étrangères à la philosophie d'Arlstote, le dogme de la Providence , l'harmonie des sphères célestes, etc.

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