‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 21 sur 140 · MYTHE DES DEUX VBSTÀ · texte numérisé non relu

MYTHE DES DEUX VBSTÀ

central de la terre. Platon lui-même , pour nous donner la clé de ce mystère , a soin de nous dire 1 qu'o n peut distinguer deux Hestia, et il indique qu'il y a là une allégorie. Il me semble que cette allégorie est facile à expliquer, d'après ce qu'on vient de lire. Les deux Hestia , les deux foyers concentriques du monde , sont la terre et le feu. C'est que ce feu , d'après les Orphiques et d'après quelques Pythagoriciens restés fidèles au système astronomique du maître , était au centre de la terre : ils supposaient la terre elle-même immobile au centre du monde, et ils considéraient ce feu comme le principe de sa fécondité. En effet Simplicius * dit que, suivant les vrais Pythagoriciens, le feu est la puissance active qui , située au centre de la terre , l'anime et l'échauffé tout entière. Nous avons dit que cette doctrine, antérieure au système de Philolaùs, fut celle de Pythagore et d'une partie de son école ; nous en avons montré la liaison étroite avec le mythe d'Hestia : il nous reste à expliquer comment Pythagore avait altéré le mythe primitif, en l'adaptant à ses opinions astronomiques.

Les anciens prêtres Pélasges, physiciens, prophètes et poètes à la fois, se représentaient la terre comme une surface circulaire entourée par le fleuve Océan : cette conception grossière paraît avoir encore été celle des premiers philosophes d'Ionie *. Pour les anciens prêtres, la surface

circulaire de la terre était la maison des dieux , et le temple de Delphes en était le centre 5. Immobile sous la voûte du ciel, où tous les astres étaient en mouvement, la terre,

î Loi», VI, p. 771.

2 Sur le traité Du ciel , II, f. 124, p. 505, col. 1 , 1. 32-55, Brandis.

i Nous savons que l'éther était la substance de l'âme suivant les Pythagoriciens: v. note 22, $ 15. Un scholiaste sur le traité Du ciel, (cod. coisl. 106 ), en confirmant ce témoignage de Simplicius, ajoute que les Pythagoriciens uommalent Hestia ce feu central de la terre. V. l'Axistote de Berlin, t. 4, iu-4», p. 504 , col. 2 , Brandis. ■

4 V. note 15, S 5 et 0. *

5 V. Pindare, Pyth., VI. S: Ovide, Métam., X, 157-168 ; Strabon ; IX. S, p. 78, Taucbn. , ln-18; Pausanias, X, Phoc, c. 16, $ 2, et Varrou , De linff. lot., M, p. 77 , Lyon , 1583.

demeure de Jupiter, était à leurs yeux le type de l'immobilité. D'un autre coté, comme le dit Servius I, l'observation des volcans leur indiquait un feu de Vesta caché sous le foyer de Jupiter. De là le feu sacré de la Y es ta romaine , placé au centre , non pas d'une sphère , mais d'un cercle ; de là aussi l'idée de considérer le feu sacré du foyer domestique et le feu sacré de la cité comme les emblèmes de la stabilité de la famille et de l'Etat. Dans le culte d'Hest ia , le mythe cosmographique n'est donc point une invention des temps postérieurs : il faut au contraire y chercher l'origine du mythe domestique et politique. Au VI* siècle avant notre ère , Pythagore porte le flambeau de la science dans l'étude de la nature. Au lieu de combattre l'antique idée religieuse, il la modifie pour la faire entrer dans son système : il place l'immobile Hestia au centre du globe terrestre , immobile lui-même au centre du monde *. Ceux de ses disciples qui tirent la terre du centre , pour pouvoir placer entre elle et le centre un corps céleste de plus, ceux-là même laissent du moins en repos le feu sacré d'Hestia. Les Orphiques, contemporains et alliés des Pythagoriciens , célèbrent dans leurs vers celui des deux systèmes cosmographiques de l'école qui s'accorde le mieux avec le mythe des deux Vesta. Platon marche sur leurs traces : dans le Pliédon surtout 3 , en empruntant à l'antique conception religieuse tout ce qui lui semble raisonnable, il contribue puissamment à populariser la notion de la sphéricité de la terre , appuyée après lui par les raisonnements d'Aristote

L'idée d'un feu placé au centre de la terre se conserva de même dans la suite des temps. Empédocle d'Agrigente, qui avait des liaisons avec les Pythagoriciens , et qui d'ailleurs avait l'Etna devant les yeux, pensait que l'écorce so-

1 Sur Virgile , Mniide , I, 292. Cf. II, 296.

2 V. Varron , De llng. lot, , VI , p, 77 , Lyon , 1583.

3 V. note 13, S 9.

ft Du ciel. , Il , 14 , p. 297 , col. 2-p. 298 , col. 1 , Bekkcr.

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