‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 23 sur 140 · ANTÉCÉDENTS DTJ SYSTEME DE COPERNIC · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DTJ SYSTEME DE COPERNIC

toujours la même face tournée en dehors de son cercle, de manière à produire les mêmes apparences que si elle tournait sur elle-même en un jour au centre de l'univers. Ainsi, le système de Philolaûs est un acheminement vers la théorie de la rotation diurne de la terre , mais n'offre aucune trace de sa révolution annuelle autour du soleil, qui, loin d'y être considéré comme le centre de notre système planétaire , y joue au contraire le rôle d'une planète privée de toute lumière propre. Nous ne connaissons nominativement que deux des nombreux partisans de oe système, savoir Hicétas et Philolaûs.- On a même élevé des doutes sur les véritables opinions astronomiques d'Hier tas ; mais c'est, je crois, sans motifs suffisants. Cicéron, s'appuyant du témoignage de Théophraste*, nous dit que suivant Hicétas ou Nie et as 2, il n'y a dans le monde que la terre qui se meuve, tandis que le ciel, le soleil, la lune, les planètes, sont immobiles. On pourrait être tenté de voi» là le système de Copernic; mais remarquons que même dans ce dernier système, il faut conserver un mouvement à la lune et aux planètes, puisque celles-ci tournent autour du soleil et que la lune tourne autour de la terre. Cicéron n'a donc pu vouloir exprimer autre chose que la substitution d'un certain mouvement diurne de la terre à la révolution diurne du ciel entier autour d'elle. En effet, il ajoute que ce système d'Hicétas est le même que quelques-uns attribuaient à Platon, d'après une phrase du Tintée, et qu'il consistait à expliquer le mouvement apparent du ciel par la rotation de la terre sur son axe. Mais il y a sans doute là une erreur de la part de Théophraste, ou plutôt de Cicéron, qui aura mal compris son auteurs. Nous avons vu*

i V. Cicéron, Acad., l, liv. 2 , ebap. 39. Théophraste avait écrit une histoire de l'astronomie en six litres.

• a Cette seconde leçon est donnée par quelques manuscrits. M. Ideler la rejette , a-vec raison , je crois. V. Mus. der AUertk, , p. 417-418.

3 On peut juger qu'il en était fort capable , d'après la manière dont Il a traduit les passages du Timée relatifs à l'astronomie.

A V. plus haut, la fin du $ 2.

126 NOTES StR LE TIMt E.

que le mouvement diurne attribué à la terre par H\cétas , comme par Philolaûs après lui , était une révolution circulaire autour du feu central

2° Du reste, le système attribué par Cicéron à Hicétas , et qu'Aristotc prétendait voir dans le Timée , ce système renouvelé par plusieurs astronomes modernes, entre autres par Longomontanus, disciple de Ticho-Brahé, a réellement appartenu à quelques disciples de Pythagore et de Platon, qui rejetant l'hypothèse de Tantichthone et replaçant la terre au centre de l'univers, voulurent cependant, comme Philolaûs, expliquer par un mouvement du globe terrestre la succession des jours et des nuits. Ils lui attribuèrent donc un mouvement de rotation sans déplacement, où ftfTa6«T£xwç : ils le firent tourner sur lui-même en un jour, d'occident en orient, et firent tourner autour de lui dans le même sens le soleil en un an, et les autres planètes en lies temps inégaux. Tel fut le système du pythagoricien Ecphantus * et du platonicien Héraclide le PontiqueS. Sénèque3 parle aussi de la rotation de la terre au centre du monde, mais sans se prononcer en faveur de

1 V. le traité Des op. des philo*. , III, 13. Cf. le faux Origène, PhUosophumena Arithmctices , c. 15 , p. 102 cl suW., el S lobée, Ect, phys., c 13, p. 27, ct?c.25, p. 08, Ganter.

2 V. Sirnpliclus , Sur le traité du ciel, II, f. 109, 126 et 132, p. Û95, «ol. 1, 1. 20-38, p.506, col. 1, 1. 1-3, p. 508, col. 1 , 1. 11-13, Brandis; une scholic (cod. colsl. 166) ibld., p. 505, col. 2, 1. 45-ûô; le traité De* op. des philos., III, 13, et Proclus, Sur le Timée , p. 281. A la suite du nom d'Héraclide le Pcntique, Proclus ajoute : où Iftoruvo; <bv àxotxmj;. Proclus , qui nie avec raison que le système astronomique de Philolaûs ait jamais été celui de Platon , a pu vouloir faire remarquer que jamais Héraclide n'a eu Platon môme pour maître. En effet Diogène de Laërtc (Ht. 5, chap. 6, eect. 2, $ 80) dit qu'Héracllde suivit les leçons do platonicien Spcusippc et des Pythagoriciens. D'un autre côté, Cicéron ( De ta divination , I, 23 ) et Suidas ( au mot Héraclide ) disent qu'il fut auditeur de Platon même. Il me paraît probable que c'est Diogène et Proclus qu'il faut croire.

S Qumt. nat.j VII, 2. Sénèque avait composé dans sa jeunesse un traité De motu terrarum; mais ce titre signifie Des tremblements de terre, et non Du mouvement de la terre , comme Diderot l'a cru et comme ou l'a répété. Pour s'en convaincre , il suffit de lire le passage où Sénèquo parle de cet ouvrage. V. Quœst. nat., VI, 4.

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