‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 24 sur 140 · ANTÉCÉDENTS M SYSTEME DE COPERNIC · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS M SYSTEME DE COPERNIC

cetle hypothèse , et sans en nommer les inventeurs ni les partisans

3° Enfin, dans l'antiquité'même, cette hypothèse ingénieuse en produisit une autre , que la science moderne a confirmée. Aristarque de SamosS, célèbre par des observations et des découvertes utiles en astronomie, non content d'adopter la rotation diurne de la terre 3, mit, comme nous l'apprennent Archimède *, Plutarque * et Stobée 6, le soleil au rang des étoiles fixes , et fit tourner la terre autour du soleil suivant le zodiaque. Voilà donc enfin la course annuelle du globe terrestre. Plutarque ^ dit positivement que le stoïcien Cléanthe • accusait Aristarque d'impiété , pour avoir fait mouvoir la terre et supposé le ciel immobile; pour avoir dit que la terre tourne sur ellemême , en même temps qu'elle parcourt un cercle oblique autour du soleil. Pour le coup, c'est bien là le système de Copernic et de Galilée. Il fut soutenu dans l'antiquité par le mathématicien Seleucus de Babylone , dont on connaît aussi l'opinion sur les marées , étroitement liée à son

1 D'après un fragment de l'Histoire de l'astronomie d'Eudème , cité par Fabricius {Bibliûth. gr., Ht. 3 . c. 8, vol. 2 , p. 277, t. 3, p. m , Harles ), Anaximandre, long-temps avant Ecphantas et Héraclidc , aurait professé le même système ; mais c'est là une des nombreuses erreurs d'Eudème , suffisamment réfutée par les témoignages d'Aristotc ( Du ciel , Il , 13 ) et de Simplicius ( Sur k traité du ciel , II , f. 124 , p. 505, col. 1 , 1. 16, Brandis ), d'accord en cela avec tous ceux que nous avons cités plus haut, S 3 , sur les opinions astronomiques d'Anaximandre.

2 II vivait vers 260 avant J. C. D'après Pappus , Lemmes , VII , ce fat la renommée d'Aristarqucqni attira Apollonius de Pcrge à Alexandrie.

3 V. Simplicius , Sur le traité du ciel, f. 109 , p. 495, col. 1 , I. 29-38 , Brandis; une scholie (cod reg. 1853), ibid. , 1. 40-43, et Sextus Empirions, Contre les mathêm., liv. 10, sect 174. p. 410, Genève, 1621, in-f\

4 Au commencement du *Fo|jlu.tok.

$ Du visage dans la lune, c. 6, et Questions Platoniques, VIII, 1. Cf. le traité Des op. des philos. , II , 24.

6 Ed. pays. , p. 50 et 56, Canter.

7 Du visage dans la lune, c. 6.

8 Cf. plus haut, $ 3 , n« 2, p. 115.

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système astronomique». Pour Aristarque,ce système avait été une hypothèse, à laquelle il n'attachait peut-être pas beaucoup d'importance , malgré la justesse des vues qui l'y avaient conduit': du moins il n'en parle pas dans l'ouvrage qui nous reste de lui 3. Plutarque * nous apprend que Seleucus au contraire essayait de donner des preuves à l'appui de cette opinion , qui aujourd'hui, grâce aux découvertes des Kepler, des Newton, des Laplace, est une vérité démontrée. Rien n'indique que dans l'antiquité elle ait trouvé beaucoup de partisans. Simplicius* dit qu'Àrchédème, postérieur à Aristole, plaçait la terre hors du centre du monde. Archédème est-il le même que le stoïcien Archidème? Comme astronome, était-ce un sectateur de Philolaùs, ou plutôt d'Aristarque , où bien supposait-il la terre immobile à quelque distance du centre des révolutions célestes? Voilà ce que Simplicius ne nous apprend pas. Alexandre d'Aphrodisie, cité par SympliciusG, disait que probablement dès avant Aristote, des astronomes autres que les Pythagoriciens avaient ôté la terre du centre de l'univers; mais les expressions d' Aristote 7, sur lesquelles il s'appuie, ne me semblent pas concluantes. J'ai déjà cité un passage obscur du faux Plutarque», d'après lequel, parmi les Mathématiciens, les uns plaçaient les astres errants dans le même ordre que Platon , et d'autres au contraire plaçaient le soleil au milieu , pt'aov 7tocvt«v. J'ai dits que si, avec 7râvTwv on sous- entend 7r/avijT&»v, la phrase désigne l'opinion de Ptolémée sur l'ordre des sept planètes , .

1 V. Plutarque, Questions platoniques, VIII. 1 , et le traité De* op. «tes philos., III , 17. Cf. Strabon , Géogr. , 1, 1 , p. 8 , Taucb. in-18.

2 V. Stobéc, Bd. phys., p. 50 , Ganter. Cf. M. Idclcr , daus le Mus. der AUcrth.,t.2 % 9. 431-43A.

8 Des grandeurs et des distances du soleil et de la lune. 4 Questions platoniques , VIII , 1.

55«r le traité du ciel, II , f . 124 , p. 505, col. 1 , 1. 45 - col. 2 , 1. 3 , Brandis.

6 Ibid.

7 Du ciel, il, it, p. 293, col. 1, 1. 27-28, Bckkcr.

8 Des op. des philos., II , 15.

9 V. plu» haut, $3.

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celle qui met le soleil dans le quatrième cercle, et j'ai confirmé cette interprétation par des exemples nombreux et irrécusables. Si Ton supposait au contraire que ttcévtgjv fût au neutre, alors la phrase du faux Plutarque, prise en elle-même , pourrait signifier que quelques mathématiciens plaçaient, comme Aristarque, le soleil au centre du monde. Mais celte interprétation me paraît tout-à-fait invraisemblable; car, en supposant qu'outre Aristarque et Seleucus, quelques autres anciens aient mis en avant l'hypothèse du double mouvement de la terre , le silence de tous les auteurs sur leur compte ne permet guère de supposer que le faux Plutarque ait pu désigner leur manière de voir comme Tune des deux grandes opinions des mathématiciens sur Tordre des planètes, en passant sous silence 'celle que Ptolémée a adoptée. Je crois donc que la phrase en question signale les deux opinions les plus répandues sur Tordre des planètes, attribuées toutes deux à Pythagore par des auteurs différents * , et dont Tune a été suivie par Platon. Ainsi cette phrase ne se rapporte en aucune façon, soit au système de Philolaùs, soit à celui que Copernic a renouvelé, et qui avait été professé dès l'antitiquité par Aristarque de Samos et Seleucus de Babylone.

§ VI. Du système faussement nommé Égyptien.

Arrivons à la seconde classe des précurseurs de Copernic, c'est-à-dire à ceux qui ont fait tourner quelques planètes autour du soleil comme centre , tout en maintenant la terre en repos au centre du monde. Cette seconde classe se compose des partisans d'un système exposé brièvement et adopté par Vitruve * et par M art ia nus Capella 3, mais dont on ne connaît pas les inventeurs. Il ressemble à celui de Pythagore et de Platon, en ce que, de

1 V. plus haut , S 3*

2 Architect. , IX , 4.

3 De nuptiiê phUoiophlœ et Mereuril , Ht. 8.

même , le mouvement diurne et général du ciel et les révolutions particulières du soleil, de la lune et des planète» que nous nommons supérieures, ont pour centre la terre immobile ; mais il en diffère en ce que les deux planètes que nous nommons inférieures, c'est-à-dire Mercure et Vénus, y sont considérées comme des satellites du soleil. Ce système se rapproche de celui de Ptolémée, en ce que les cercles des satellites sont de vrais épicycles par rapport à celui de la planète; mais en diffère en ce que, suivant Ptolémée, les autres planètes ont aussi des épicycles sur lesquels elles tournent, comme Mercure et Vénus, en ce que les cercles décrits par les centres des épicycles sont excentriques, suivant Ptolémée, et surtout en ce que, suivant lui , ces deux planètes , au lieu d'être des satellites , ont leurs cercles particuliers, et ne décrivent poiut chacune un épicycle d'un cercle décrit par le soleil. Enfin le système dont nous parlons ressemble surtout à celui de Ticho-Brahé, qui considère de même Mercure et Vénus , mais eu outre les autres planètes , comme des satellites du soleil dans sa révolution annuelle autour de la terre.

Maintenant examinons les motifs sur lesquels s'appuie l'opinion des historiens modernes de l'astronomie, qui presque tous 4 ont nommé égyptien ce système indiqué par Vitruve etparMartianusCapella. Goguet, Bailly et M. Ideler prétendent que Macrobe a montré ce même système dans un passage obscur du Songe deScipion, et a dit positivement que les Égyptiens en étaient les inventeurs. Or le passage de CicéronS signifie clairement, comme l'explique Macrobe 3

1 V. entre autres, Gassendi, Fie de Copernic, t. 5, p. 501, Lyon, 1658, ln-f; Goguet, Orig. des toi», de* arts et des sciences, part S , liv. S, chap.2, art. 2, t. 3, p. 103; Wetdler, Hist. astron.. c. 4, STî Estève, Bist. générale de l'astronomie , part. 1 , liv. 1 , chap. 8 cl 11 , t 1, p. 88 et 124; liv. 2, chap. 1 , p. 250; Bailly, 77/*/. de /' 'astron. anc. , jusqu'à la fondation de l'école d'Alexandrie,-Ertaircbscments astronomiques, liv. 5, $ 20 el 21 , et M. Idelcr, dans le Mus. der Altertliumsw., t. 2 , p, 442-443. Montucla et Delambre ont évité cette erreur.

3 Songe de Scip. , c. 4, ( Bip. , VI , 1 7 ] , Nobbe.

3 Sur te Songe de Sclp., 1,19.

AKTECEDERTS DU SYSTEME DE COPERIUC

lui-même, que le soleîl est placé dans le quatrième cercle à partir de la terre, c'est-à-dire qu'il exprime sur Tordre des planètes Tune des deux opinions attribuées à Pythagore par divers auteurs , celle que Ptoléméc a suivie. AchillesTatius, Dion Cassius et Diogène de Laêrte , comme nous l'Avons déjà vu * , disent que cette même opinion appartenait aux Égyptiens. Mais Macrobe dit au contraire que c'était celle des Chaldéens et d'Archimède. Si donc il fallait voir dans ce passage de Cicéron que Mercure et Vénus sont des satellites du soleil, il faudrait, d'après Macrobe, attribuer ce système aux Chaldéens et à Àrchimède, et nullement aux Égyptiens. Mais il n'en est rien , et Macrobe ne dit rien de semblable. On Ut bien dans Cicéron : « Huno (solem) ut comités consequuntur, aller Ve- » neris, alter Mercurii cursus. » Mais cette phrase , comparée avec l'ensemble du morceau, signifie évidemment quô Mercure et Vénus font leur révolution autour de la terre dans le même temps que le soleil, de manière à l'accompagner toujours à peu de distance. Macrobe ajoute que Platon a suivi les Égyptiens, en plaçant Mercure et Vénus au dessus du soleil. Or nous connaissons l'opinion de Platon sur la position de Vénus et de Mercure par rapport à la terre et aux planètes, et nous savons que cette opinion , qui, suivant Macrobe, était aussi celle des Égyptiens , ne consistait nullement à faire de Mercure et de Vénus des satellites du soleil s. D'ailleurs Macrobe lui-même s'explique en disant que. Platon et les Égyptiens placent le cercle du soleil entre ceux de la lune et de Mercure , et que les astronomes qui placent Vénus et Mercure au dessous du soleil se trompent grossièrement. II s'explique plus clairement encore en ajoutant que, suivant Platon et les Égyptiens, le cercle du soleil, étant inférieur à celui de Mercure, est enveloppé par lui, et que le cercle de Mercure est lui-même enveloppé par celui de Vénus , qui lui est

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