‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 26 sur 140 · ANTÉCÉDENTS DU SYSTEME DE COPERNIC · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU SYSTEME DE COPERNIC

tout différent de celui auquel on a voulu donner leur nom d'après sa seule autorité ; il est plus que douteux qu'il ait voulu en même temps , par une contradiction flagrante , leur attribuer ce dernier système; et dans la phrase qu'on a voulu' interpréter ainsi, il est évident qu'il n'a pas su luimême ce qu'il voulait dire. Voilà pourtant Tunique fondement du préjugé que je combats. Il vaut mieux en croire sur le système astronomique des Egyptiens les témoignages parfaitement clairs et vraisemblables de Diogène de Laërte , d'Aclulles Tatius et de Dion Cassius , suivant lesquels le système des Égyptiens serait précisément celui de Pythagore leur disciple I, D'ailleurs, si l'on veut absolument s'en rapporter à Macrobe , des deux témoignages contradictoires de cet auteur, pourquoi ne pas choisir celui qui offre un sens raisonnable , c'est-à-dire celui qui met de même les Égyptiens d'accord avec Pythagore et Platon ? Nous devons donc nous résigner à ignorer l'origine de l'hypothèse ingénieuse que Yitruve et Martianus Capclla ont signalée, et où se trouve une petite portion du système de Copernic et de celui de Ticho-Brahé.

Après avoir cherché dans l'antiquité les antécédents du nouveau système du monde, il est naturel de nous demander où Copernic en puisa la première idée. Lui-même nous l'apprend 2. Ce fut dans la lecture du passage des Académiques de Cicéron sur Nicétas, de ceux de Plutarque sur Philôlaûs , Héraclide et Ecphantus, et de celui de Vitruve sur le système dit égyptien. Il parait avoir, ignoré Aristarque et Seleucus, les seuls anciens connus pour avoir eu vraiment le même système que lui. Il paraît avoir ignoré également les lignes remarquables que le cardinal Nicolaûs Cusa avait écrites un siècle avant lui sur le même sujet 3.

1 V. plus haut , $ 3.

2 Mcotai Copernici Torinensis de rcvolutionlbus orbittm cœlestium tibri VI, Nurnberg, 1543, ln-P.— Dédicace au pape Paul III, p. 3 b et p. 8 b.

3 De docta ignorantia ; dans les œuvres du cardinal, Baie, 1565, p. 39. Celle editio prineeps des œuvres de Cusa est postérieure à la mort de

NOTEXXXVm.

§ I. Interprétations diverses des mots 6toi 9tûv.

Ces mots, 6«oi Qt&* , ont bien embarrassé les commentateurs.

Voici l'interprétation de Proclus * et de son maître Syrianus. Va corps du monde entier, celui de chaque astre, de chaque ange et de chaque démon , est un dieu qui ne fait que participer à la divinité d'un autre dieu contenu comme lui dans le monde, lyxôo-fMoç, savoir de l'âme de chacun d'eux ; et à l'âme de chacun de ces dieux correspond un dieu supérieur au monde , vmp%ôa^toç , à la divinité duquel cette âme ne fait elle-même que participer. Ainsi, au-dessus de l'àme du monde, qui est le pins parfait des dieux èyxô<r/xiot , il y a l'âme universelle du monde intelligible, ^yj) ?wv 5>«v, qui est la troisième l iy postas e de la Trinité divine d'après Proclus. La seconde h y posta se , c'est le voûç wrcf xoc/xtoc , l'intellect supérieur au monde, dont l'intelligence de l'âme du monde, voùç iyjcôdf/io; , vorjffiç, est la simple participation : cette seconde hypostase est , suivant Proclus , à la fois intelligente et intelligible, votpà xcù vwni, elle est à la fois l'auteur et le modèle du monde, Sr}u,iovpy6ç , kùtoÇwov. Au-dessus d'elle est l'unité, le bien» ro £v, tô àyadôv, première hypostase de la Trinité divine 2. Cela posé, dans le Timét le onuto-jp'/oç s'adresse aux âmes fyxôrpot du monde , des astres, des anges et des démons, qu'il vient de former. 11 les nomme ecoî feûv dans un double sens, comme des

Copernic ; main on ignore si le traité De docta ignorantia atait été imprimé auparavant à part. V. M. Idelcr, dans le Mus, (ter Alterth. ,12, p. 452 , en note.

2 Oalre les pages déjà citées du commentaire de Proclus , aussi p. 78-84, 94 , 98 , 102 , etc.

THEOLOGIE PLATOÎTIQUI. — COSMOGBAf HlB. 135

dieux supérieurs à d'autres dieux, savoir à leurs corps, et comme des dieux inférieurs à d'autres dieux, savoir à tous les voiç vTrspxÔTpcot. Je n'ai pas besoin sans doute de faire remarquer que toutes ces extravagances n'appartiennent -point à Platon , mais à Proclus. Les autres interprétations de l'école néoplatonicienne , que Proclus i cite pour les réfuter, ne sont pas meilleures. D'après l'une, le mot faâ» devrait être séparé de Ôeot, être uni au relatif wv et être considéré comme dépendant du substantif àvy.iovpy6ç ; le mot ?/sy«v serait mis par apposition, et il faudrait traduire : «dieux, desquels dieux, mes ouvrages, je suis l'auteur et le père. » D'après une autre interprétation, les mots 0eo£ 0«<ûv signifieraient « dieux visibles, images des dieux intelligibles S. » D'après une troisième , ces mots indiqueraient que le Dieu suprême s'adresse seulement aux principaux d'entre les dieux. L'ensemble du passage s'oppose à cette exclusion. Proclus dit que si Platon avait écrit Osoi GeoO, sa phrase serait parfaitement claire. M. Cousin traduit « dieux fils de Dieu. • Mais dans le texte il y a le pluriel, Orviv, sans aucune variante, et cette leçon est confirmée par la remarque même de Proclus , et par la traduction de Cicéron : * Vos qui deorum satu orti estis. • M. J. V. Leclerc, au lieu de traduire ces mots de Cicéron, les remplace par ces mots français : « dieux des dieux * 9 qu'il considère comme donnant le vrai sens des deux mots grecs, c Les hommes , dit-il, dans une note, sont des dieux inférieurs, qui ont pour dieux les dieux supérieurs. » Telle était en effet l'opinion de Platon. Mais il est clair que le Dieu suprême , adressant la parole aux dieux supérieurs , ne pouvait les appeler dieux des dieux inférieurs , c'est-àdire des hommes, puisque les hommes n'existaient pas et que le Dieu suprême n'avait pas encore exprimé le dessein de les former : les dieux n'auraient donc pu comprendre ainsi ce langage.

1 Sur b Timée, p. 301.

Je pense qu'il faut traduire : « Dieux fils de dieux. » Platon emploie ici le mot Gewv au pluriel par condescendance pour la religion vulgaire. En effet, le dieu suprême est supposé s'adresser 1° à lame du monde et aux âmes des astres , dont Platon admet franchement l'existence; 2° aux dieux de la mythologie que Platon feint ironiquement de reconnaître, sur la foi de leurs prétendus descendants!. Or ces derniers dieux étaient (ils les uns des autre*, suivant la foi populaire. S'adressa nt donc à ces deux classes de dieux , d'après la supposition de Platon , le dieu suprême et éternel a dû les nommer dieux fils de dieux, parce qu'il était le père des uns , dans le sens sublime que Platon donne à ce mot en l'appliquant à la divinité, et que chacun des autres avait pour père un dieu mythologique. Il est d'ailleurs évident que ces mots , Qzol 0«wv , sont mis avec intention au commencement du discours, pour préparer ce qui suit : € Puisque vous êtes nés, vous n'êtes point immortels • par nature, n

§ II. Des âmes intelligentes des astres et de celle du globe

terrestre.

C'est ici le lieu de résumer l'opinion de Platon sur les dieux non éternels. Suivant lui, tout animal intelligent, placé infiniment au dessous du Dieu éternel , participe cependant à la divinité. Le Dieu suprême seul est une intelligence sans corps : tous les autres dieux sont des animaux visibles ou invisibles. Parmi eux, les uns sont mortels, les autres sont immortels. Le plus grand des animaux mortels , c'est le monde, dont l'âme, en tournant sur elle-même, fait mouvoir dans leurs orbites tous les corps célestes qu'il contient. Aristote * et Platon s'accordent à nier que les révolutions des astres résultent d'une cause physique exter-

1 V. Y Argument , $ 8.

2V. Du ciel, i, 2,5, p. 268, col. 2 - p. 269 , col. 2; II, 7, p. 280, col. i , Bekker. Cf. Cicéron , De nat. deor. , II, ÎC

THÉOLOGIE Î*L ATOMQt £ . — • COSMOGRAPHIE. 1S7

ne, telle que l'attraction ou l'impulsion. Aristote déclare qu'il est de la nature du cinquième élément, dont les astres sont composés, de se mouvoir circulairement, comme il est de la nature des corps pesants de tendre en ligne droite vers le centre du monde, et des corps légers de s'en éloigner en ligne droite Platon pense que le corps de chaque astre obéit, d'une part à l'âme de cet astre, d'autre part à l'âme du monde. Or, suivant lui, le mouvement de roîation des cercles sur eux-mêmes est le caractère propre de l'intelligence S , et par conséquent de la divinité : l'àme du monde n'en connaît pas d'autre, non plus que le corps entier du monde. Le mouvement de translation suivant un cercle est moins parfait : il est subi par les corps célestes situés hors du centre du monde, et c'est le résultat de l'impulsion qu'ils reçoivent de l'âme universelle. Les étoiles fixes n'ont qu'un mouvement de translation circulaire; chaque planète en a deux. Mais tous ces dieux, étant intelligents, ont en outre chacun un mouvement propre de rotation sur eux-mêmes *.

Ici une difficulté se présente : nous avons reconnu que suivant Platon la terre est complètement immobile. C'est pourtant une divinité; elle a une âme intelligente : comment donc ne tourne-t-clle pas sur elle-même ? D'abord on pourrait être tenté de répondre que peut-être les cercles de l'âme de la terre tournent , suivant Platon , dans son intérieur , sans qu'il en paraisse rien au dehors , de même que les cercles de l'âme humaine tournent dans le cerveau 3. Mais cette difficulté doit recevoir une solution plus satisfaisante. Si la terre n'avait point d'âme particulière, devrait dire un Platonicien, elle céderait sans effort au mouvement diurne que l'âme du monde imprime à tout le fiel , et alors la succession des jours et des nuits n'aurait pas lieu. Mais elle a une âme , dont les cercles ,

1CL noies 22 ( $ 7 ) , 28, A7 et 202.

2 V. oote 36.

I V. note» «f, 188 et 202.

en tournant sur eux-mêmes, appliquent à son corps une force de rotation contraire et égale à celle qu'elle reçoit de l'âme du monde, dont elle occupe le centre t. L'immobilité complète du globe terrestre résulte donc de deux forces de rotation , dont les résultats physiques s'annulent mutuellement, et dontune appartientà son âme intelligente.

§ III. Hiérarchie des Dieux et division générale du monde

suivant Platon.

Maintenant nous devons nous demander sï Platon reconnaît réellement d'autres dieux immortels et non éternels que l'âme du monde, celles des étoiles fixes, celles des planètes et celle de la terre ? Ce qu'il dit dans le Timée sur les dieux de la fable est trop évidemment ironique pour qu'on puisse en tirer une réponse affirmative. Consultons donc les autres dialogues. Sur le démon de Socrate*, Platon raconte sans discuter. Mais un passage du Phèdre s sur les dieux et les démons renferme évidemment une doctrine sérieuse sous une allégorie poétique. On a cru * y reconnaître les douze grands dieux de la mythologie. Platon n'a peut-être pas été fâché de faire naître cette opinion dans l'esprit des profanes. Mais ce beau mythe , entendu dans son sens véritable, montre le rapport de la psychologie avec la théorie des idées et avec l'astronomie. D'après le Timée , Dieu confie aux astres les grandes âmes d'oh doivent être tirées les âmes humaines , et leur fait ainsi parcourir le ciel. D'après le Phèdre, les âmes, séparées de leurs corps , tâchent de suivre les mouvements des cercles célestes, et de s'élever de la contemplation du monde réel jusqu'à celle du monde idéal, qu'elles ne font qu'entrevoir. Or le monde réel, que Platon décrit <lans ce

1 V. note 37. SI.

2 V. Thêagèt , p. 128-1M. V. aussi sur ce sujet le traité de Plutarqne et celui d'Apulée.

4 V. Proclua, Sur le Timée, p. 302.

passage, se compose de douze régions dans lesquelles est rangée l'ami ce des dieux et des démons. Le dieu qui la commande en faisant le tour du ciel dans un char, et qu'il a plu à Platon de nommer Jupiter , c'est le cercle des étoiles fixes, ou plutôt l'âme du monde, qui le fait mouvoir, et que Cicéron , dans le Songe de Scipion i , nomme le dieu suprême. Pour rester fidèle à la doctrine de Platon , il eût dû dire le premier des dieux subalternes *. Platon ajoute que parmi les douze divisions de l'armée céleste , onze suivent la marche du chef, et qu'Hestia seule est immobile dans la demeure de Jupiter. Évidemment Hestia, la Yesta des Romains, c'est le feu placé au sein de la terre, de ce corps nommé aussi Êçi* 0ewv, d'après le mythe des deux H es « tia, expliqué dans une note précédentes. Par conséquent, la terre, suivant Platon , ne participe en aucune manière au mouvement général du ciel * ; c'est aussi ce que dit Cicéron dans le Songe de Scipion. Neuf des divisions <Lc l'armée de ' Jupiter nous sont connues : ce sont 1° les étoiles fixes ; 2" les sept planètes ; 3* la terre. Ces neuf divisions , les seules dont parle Cicéron , qui ne compte dans le monde que neuf globes concentriques s, comprennent les dieux astronomiques. Maintenant quelles sont les trois autres divisions, où se trouvent probablement compris les démons, que Platon a nommés à côté des dieux ? Consultons VEpinomiSi ouvrage qui n'est probablement pas de Platon, mais qui offre un commentaire précieux sur quelques points de sa doctrine 6. Dans YEpinomis 7 , comme dans le dixième livre des Lois 8 , l'existence des dieux intelligents est

1 C.4 {Rép., VI, 17).

2 V. M i crobe . Sur le Songe de Scip. ,1,17. Tenneman , Syst. philos. Plat., III, 181, n'aurait pat dû, confondre l'opinion de Cicéron avec celle de Platon lui-même.

3 V. note 37, $ & t n*2.

û V. note 37, $ 1.

5 Songe de Scip. , c. A ( Bip. , VI, 17 ).

6 V. la Notice bibliographique, à la fin de ce Yolume.

4^0 KOTES STJK LE TIMEÉ.

prouvée parles mouvements circulaires que ces dieux produisent dans le ciel. On y lit * , comme dans le Timée , qu'un Dieu suprême peut seul avoir formé ces dieux intelligents et immortels. On y trouve une classification de ces âmes divines unies à des corps de feu. Il est à remarquer que l'âme du monde entier est oubliée dans cette énumération, ou plutôt semble y être confondue avec le Dieu suprême 3. A cette erreur près, que Cicéron a répétée, la classification s'accorde assez bien avec l'ensemble des doctrines de Platon , et surtout explique fort bien le passage du Phèdre cité plus haut. D'après YEpinomis 3, entre la région du feu , qui est celle des corps célestes, et le globe de la terre, il y a trois régions intermédiaires, savoir, celle de l'éther, celle de l'air, et celle de l'eau, et chacune de ces régions a ses dieux , ou plutôt ses démons , ses génies, Suipovsç. Telle est en effet l'opinion de Platon, d'après Xénocrate * f Plutarque 5 , Maxime de Tyr 6 ? Proclus ' et Chalcidius8. Mais il nous reste à déterminer la nature et la place de l'éther dans la cosmographie platonique.

Presque tous les philosophes anciens ont parlé de l'éther, mais d'une manière très-différente. Suivant Aristote9, c'est un cinquième élément, bien distinct de l'air et du feu , et qui est la substance incorruptible et immuable des corps célestes. Suivant YEpinomis *o, l'éther est de même un cinquième élément , dont la forme spéciale est le dodécaèdre. Telle était la doctrine des Pythagoriciens , à en •

1 Epinomis , p. 983.

2 Ibid. , p. 984 b, c.

û V. un fragment de la Vie de Platon par Xénocrale, dans Simplicius, Sur la pays. , t. 205 , p. 027 , col. 1 , Brandis.

5 Sur Isis et Osiris, c. 26; Du silence des oracles, c. 10 et 13. Cf. le traité Des op. des philos. , II , 7.

6 Discours I, p. 9; discours XXUI, p. 130, Heinsius, Leyde , 1007.

7 Sur le Timêe , p. 259.

8 Sur le Timée , p. 222 et 209 , Meurs.

9 Du ciel ,1,3, p. 209 , col. 2 -p. 270, col. 2 ; MitêoroL , 1 , 3 , p. 339, col. 2— p. 3 al , col. 1 , Bekker.

croire Hermias*. Mais ce n'est pas celle de Platon, qui ne reconnaît, comme Empédocle 2, que quatre éléments. En effet, suivant le Tintée , il y a cinq polyèdres réguliers, dont quatre, savoir le cube, l'icosaèdre, l'octaèdre et la pyramide , correspondent à la terre, à l'eau, à l'air et au feu 3; il n'y a point d'autres espèces primitives de corps que ces quatre là; et le cinquième polyèdre régulier, le dodécaèdre reçut une autre application dans l'organisation du monde 4. Cependant d'après le Phèdre , dialogue dont l'authenticité ne peut être révoquée en doute , entre la région du feu et celle de la terre il doit y en avoir trois autres. Jl faut donc que l'étber, qui doit remplir une de ces trois régions intermédiaires et dont Platon parle en effet dans le Timée et ailleurs , soit considéré par lui comme une simple variété d'un des quatre éléments. Suivant Anaxagore 5, les Stoïciens 6 et les Épicuriens 7, Féther était un feu très-pur qui remplissait toute la région supérieure du ciel, et dont le corps des astres était formé. Macrobe 8 pensait de même. Alcinoûs 9 attribue expressément cette doctrine à Platon. Chalcidius io suppose que Platon considère l'étber comme une sorte de feu plus grossier. Proclus h ne sait s'il doit l'euvisager ainsi, ou comme une

1 Justini aliorumque veterum doctorum opéra, t. 2, p. 179, Paris, 1630. Cf. le traité Des op. des philos. , II , 6.

2 V. ArisloU , Métaph., I, 3, p. 984, col. 1, 1. 8-9; I, 7, p. 988, col. 1, 1. 27-28; II , 3, p. 998, col. 1, 1. 30; Du ciel , III, S, p. S02, col. 1, 1. 28-31 ; De la gënêr. et de la corr. , 1 , 1 , p. 514, col. 1 - p. 315, col. 1 ; et Plularque , daos Eusèbc, Prép. év. , I, 8.

3 V. notes 66-72.

4 V. note 69. *

5 V. Aristotc, Météorol., I, 3, p. 339, col. 2, 1. 21-25; Du ciel t l, 3, p. 276, col. 2, 1. 24-25; III, 3, p. 302, col. 2, I. 4-5, Bckkcr.

6 V. Cicc-ron , De nat. deor. , II , 11 , 12 , 15, 16 , 21 *»t 25 ; Plutarquo, De» contradictions des Stoïciens, c. 41 , et Diogcue (le Laërte, liv. 7, ebap. 1 , sect. 69, § 137. Cf. la note 39.

7 V. Lucrèce, De rer. nat. , V, 499-501.

8 Sur le Songe de Scip. , 1 , 22; II , 10.

9 Introd. à la doctr. plat., c. 15.

10 Sur le Timée, p. 222 et 269, Meurs.

11 Sur le Timée, p. 259.

HOTES SIJR LB TIMfiB

sorte cFair plus subtil. Cette dernière opinion était, suivant quelques-uns *, celle de Pythagore. C'était certainement «elle de Platon, qui l'exprime de la manière la plus formelle dans le Phédon * et surtout dans le Timèt 3.

Mais queîte place Platon assigne-t-il à l'éther ? Noua venons de voir que, suivant Anaxagore, Âristote, les Stoïciens et les Epicuriens, l'éther occupait toutes les sphères supérieures du ciel. C'était aussi l'opinion d'Empédocie*. De même, suivant le traité Du monde S, ouvrage qui offre un mélange des opinions d'Aristole et de Platon , l'éther remplit tout le ciel au-dessus de la lune , et est la matière du corps des astres , tandis que le feu est placé au-dessous de la lune, entre l'éther et l'air. Apulée, traducteur du traité Du monde , attribue dans un autre ouvrage 6 la même doctrine à Platon. Alcinoùs et Macrobe sont du même avis. Mais ils se trompent; car, d'après le Phcdon"? et le Cratylc*, l'éther doit se trouver immédiatement au-dessus de l'air, et par conséquent au-dessous du feu. En effet, Platon dit bien dans le Pliédon^ que les astres sont au sein de l'éther. Mais il dit dans la République 10 qu'à la partie supérieure de la région des étoiles fixes se trouve la voie lactée, ce cercle de feu, qui fait le tour du ciel il, et il déclare

1 V. Diogènc de Laérte, liv. 8, ehap. t , sect. 19, $ 26-28, et Hiéroelcs , Sur les vert dorés, p. 229, Cambridge, 1709, in-8 e .

2 P. 109 b , et p. 111 a , b.

<\ V. saint Clément d'Alexandrie, Strom. y V, p. 415, Leydft, 1016; le traité Des op. des philos., II, 1S; le traité De la philosophie, dans Galien , t. 4 , Baie ; et Slohéb , Ecl. phys. t 1 , p. 53, 54, Cantcr.

5 C. 2 , p. 392 , col. 1 , 1. 5-9, fickkcr.

6 Philos. , ItT. 2, De domg. Plat., p. 45, 46, Vulc.

7 P. 109 b, et p. 111 a, b.

11 V. diverses opiuions des anciens snr la toie lactée , rapportée* par Aristote, MètioroL, 1, 8, p. 345-346, Bekker; Achilles Tathis, Infrod, aux Phén. d'Aratu* , c. 24 , p. 95 , Florence , 1567 ; Stobéc , EcL phys. , I , p. 62 , Canter, et le traité Des op. de» philos. , III, 1.

dans le Tintée i que le corps des astres en général est composé principalement de feu. C'est donc dans les huit sphères des révolutions astronomiques qu'il établit le siège principal de l'élément igné : il admet que l'éther, c'est-à-dire la partie la plus subtile de l'air , s'étend jusque dans la région du feu, et que, réciproquement, le feu descend au-dessous de la lune et même au sein de la terre 3; mais il croit que c'est dans les parties les plus élevées du ciel que le feu se trouve eu plus grande quantité. Ainsi , l'ordre qu'il a voulu assigner au feu , à l'éther, à l'air, à l'eau et à la terre est bien celui qui est marqué par Proclus, par Chalcidius et par l'auteur de YEpinomis.

Dès lors il est aisé de comprendre le mythe cosmographique du Phèdre. Aux huit révolutions astronomiques ob règne l'élément igné, ajoutez les régions de l'éther, de l'air et de l'eau ; supposez ces trois régions peuplées de démons qui suivent eucore un peu la marche régulière des astres : voilà les onze divisions mobiles de l'armée de Jupiter. La terre immobile forme la douzième division.

Il nous reste encore une question à résoudre sur la substance des corps célestes d'après Platon. Il nous dit' que ces corps se composent principalement de feu. Plotin dit que ce feu participe plus ou moins aux qualités des autres éléments, sans être cependant mélangé avec eux. Il me paraît que la pensée de Platon a été mieux saisie par l'auteur de VEpinomisS) par le faux Plutarquefi, par Achilles Tatius* et par Proclus 8, qui comprennent qu'outre le feu , le corps des astres contient un mélange plus ou moins fort des autres éléments. C'était aussi l'opinion des Pythagoriciens

1 Timée , p. ÛO a.

2 V. la noie , 37 , $ 5, n* 2.

3 Timéc , p. 40 a.

Û Enniade II, Ht. 1 , c. 6, p. 100, Bàle , 1580.

6 Des op. des philos. , H, 13.

7 Introd. aux Ph&n. d'Aratut , chap. 11 , p. 87 , Flor. , 1507 , à la suite d'Hipparquc.

ilxlx HOTES SUR LE TIMÉB.

et de beaucoup d'autres philosophes, notamment du platonicien Héraclide le Politique». Rappelons-nous aussi que la lune, suivant Platon, n'a qu'une lumière empruntée 2. Probablement il pensait que le feu s'y trouvait dans des proportions trop faibles, mais plus fortes cependant que dans la masse solide de notre globe. Cette conjecture est confirmée par le témoignage de Plutarque3.

Le monde entier, les astres errants ou fixes , et la terre , tels sont les dieux subalternes, immortels et visibles de la théologie de Platon Au-dessus d'eux est leur père, le dieu éternel. Au-dessous d'eux, d'après YEpinomis*, il y a des démons , ou génies, dont le corps est composé principalement d'éther : ce sont les grands dieux de la mythologie, tels que Jupiter et Junon. Le corps des moyens dieux est d'air; celui des demi-dieux est d'eau ou de vapeur aqueuse. Tous ces démons immortels sont habituellement invisibles, et peuvent seulement apparaître quelquefois, comme il est dit dans le Tintée. Ils s'occupent des affaires humaines, et servent d'intermédiaires entre les hommes et les dieux supérieurs. Ils peuvent quitter la région qui leur est propre, soit pour venir sur la terre, soit pour suivre, dans la région du feu, les révolutions des dieux immortels et visibles 6. Enfin, sur la terre même, il y a diverses espèces d'animaux dont les corps visibles et mortels sont composés principalement de terre, et dont les âmes immortelles usent successivement plusieurs corps , comme il est dit dans le PhèdonT. Ils se meuvent d'une manière capricieuse, parce

1 Outre les auteurs déjà cités, v. le faux Galien, De la philos., t. A, p. Û30 , l. Û5 et suiv., 1. Û0,ct suiv., Bâlc.

2 V. note 32, $ 1.

5 Du silence des oracles, c 13; Du visage dans la lune, c. 20. Cf. le traité Des op. des philos., II, 25.

4 Pylhagoiv, Atcmcon et Auaximandre considéraient aussi les astres comme des dieux. V. Cicéion, De nat. deor., I, 10, 11.

ô Sur la nature et Ips fonctions de ces génies, ainsi que des dieux astronomiques, et sur la providence du dieu suprême et éternel , v. le dixième livre des Lois, VBplnomU, et Plutarque, Du destin, c. 2, 0 et 10.

qu'ils participent faiblement à l'intelligence, et par conséquent à la divinité. Ces animaux visibles et mortels, ce sont les hommes, les autres animaux terrestres, les volatiles et les poissons*. L'âme immortelle qui réside dans la tête de chaque animal intelligent est une divinité, un génie que Dieu a donné à chacun de nous, suivant l'expression de Platon dans le Timée*. Enfin, il y a des animaux immobiles , et tenant à la terre par des racines 3 • C c sont les végétaux, qui, d'après le Timce^ n'ont qu'une àmesensitive, mortelle et dépourvue d'intelligence. Les végétaux et les animaux proprement dits forment les deux branches du règne animé. Les corps solides dont la masse de la terre se compose , n'ayant point chacun une âme spéciale, distincte de celle du globe terrestre entier, constituent le règne inanimé, dans lequel Platon distingue, d'une part, les corps fusibles, c'est-à-dire principalement les métaux; d'autre part, les corps infusibles 5. C'est sans doute cette distinction du règne animé et du règne inanimé qui a conduit Cicéron 6 à considérer la terre elle-même comme un corps inerte et saus âme; mais en cela il s'écarte évidemment du platonisme , peut-être sans s'en apercevoir. Quant à la structure même du globe, nous avons déjà eu l'occasion de mentionner l'opinion de Platon sur ce point, et d'expliquer quelles étaient ses principales idées sur la géographie, en les comparant avec celles des autres auteurs an-

tlne dernière question se présente. L'opinion exprimée par Platon sur les démons intermédiaires entre les hommes et les dieux astronomiques était-elle sincère? Du moins ses disciples l'ont cru, et il me parait probable qu'ils ont eu

1 Epinomis , p. 981-985. Cf. la note 160 sur la métempsycose.

3 Epinomis, p. 981.

U V, note 160.

5 V. l'J Sophiste , p. 265.

0 Songe de Scip., c. û [Rép., VI, 17 )•

7 V. note 13 , S 5-9.

raison ; car si la manière ironique dont il parle , dans le * Timée, des dieux delà mythologie, montre suffisamment qu'il était loin de donner son adhésion aux fables d'après lesquelles ces dieux auraient été les ancêtres de certaines familles d'hommes i, d'un autre côté, le passage du Phèdre cité plus haut semble prouver qu'il admettait l'existence, non seulement d'une âme du globe terrestre, mais de certaines puissances intelligentes répandues dans les espaces sublunaires. Cependant on pourrait être tenté de supposer que ce n'était là qu'un asile prudemment réservé; par lui à des superstitions qu'il n'osait proscrire tout-à-fait. Cicéron2, plus hardi, déclare qu'au-dessous de la lune, il n'y a rien d'immortel, si ce n'est les âmes des hommes. La même proposition se trouve dans le traité d'Ocellus de lait mie 3, et même sans aucune restriction en faveur de Timmortalité de l'âme. Telle était la doctrine aristotélique. Mais c'est là une des plus fortes raisons à alléguer contre l'authenticité de cet ouvrage ; car c'était au-dessous de la lune, au centre du monde, que les Pythagoriciens plaçaient le principe divin.

§ IV. Résumé.

En somme, pour ce qui concerne la théologie, Platon conserve le plus qu'il peut de la croyance populaire des Grecs : il s'en empare, en la ramenant à son sens le plus raisonnable, à son sens primitif peut-être ; il l'absorbe dan» sa doctrine philosophique. Ecoutons Pindare*, poète populaire et homme de génie : a II y a deux races, l'une, «celle des hommes; l'autre, celle des dieux. Mais toutes »deux doivent à une mire commune le souflle de la vie; et •une puissance absolue sépare le néant et le ciel, cette voûte

1 V. Eusèbe, Prép. év. , XIII, 1.

2 Songe de Scip. c. 4 ( Rép. , VI , 17 ).

3 De La nature de l'univers , c. 2 , $ 2.

HNêm., VI, MS.

• d'airain, demeure inébranlable, qui dure à jamais. Pourtant quelques ressemblances, une grande intelligence, »ou mi grand caractère, nous rapprochent des immortels, » quoique nous n'ayons point de retours périodiques, et qu'a- »près la nuit, la destinée ne nous ramène point au com- » mencement de la course. » Parménide avait admis, comme Pindare, l'opposition de Yêtre et du néant; mais aux yeux du philosophe idéaliste , l'être était un et immobile : le monde, demeure des dieux et des hommes, n'était qu'une apparence. Platon , au contraire , reconnaît les dieux immortels, dont le ciel est la demeure, et qui reviennent, après la nuit, au commencement de leur carrière diurne. Mais il ne pense pas, comme Pindare, que la terre, notre nourrice i, que Vesta soit la mère des dieux et des hommes. Il leur donne un père commun, le dieu étemel, la cause suprême, l'intelligence infinie, qui a organisé la matière*. Il dit avec Pindare que l'homme , ce rêve d*une ombre*, cet être éphémère qui ne parcourt sa carrière qu'une fois, ressemble pourtant aux dieux par son intelligence. Mais il sait mieux que Pindare que cette intelligence réside dans une âme distincte du corps* : il comprend, comme Pascal, que dans le roseau pensant il y a une âme immortelle.

Pour ce qui concerne la cosmographie, il reste établi que Platon compte douze sphères célestes, dont huit sont occupées par les astres de feu; une par l'éther, sorte d'air plus subtil qui s'élève jusque dans les régions supérieures; une par l'air intermédiaire ; une autre par l'air humide et les eaux ; une douzième enfin par la partie solide de notre globe , qui contient du feu dans son sein , et dont la surface est peuplée par deux classes de corps animés, savoir, les animaux proprement dits et les végétaux.

lV./e Timée, p. 40 b.

2 V. la note M , $ 1-6.

3 Pindare, Pyth. . V|II , 136.

a V. note 22 , S 6 et 15.

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