DE L'OUÏE
Le mot «xo»iv, d'après la définition que Platon en donne, signifie ici l'impression corporelle qu'éprouve l'homme dont l'oreille est frappée d'un son , et qui devient la sensation de l'ouïe, quand elle est transmise jusqu'à l'âme
1 De l'usage des parties du corps , liv. 8, t. 1 , p. 456, 1. $8 et sulv.. Baie. Cf. Theopbraste, De la sens., $ 85,et Sprengel , llist. de la médecine , sect. 4, cbap. 1 , trad. de Jourdan, 1. 1 , p. 346-347.
2 Cf. Athénée, Ut. 15, scct. 36, p. 687, Casaub. Sur le membre de phrase qui concerne le» odeurs agréables, ¥• la note 110.
mortelle , dont le siège est vers le foie. Il est dit que cette transmission se fait par le sang, c'est-à-dire par les petites veines dont il a été question i.
NOTE CXXIV
n« l'ouïe. (Suite.)
Ainsi, Platon pense que la valeur musicale du son est proportionnelle à sa vitesse. Au contraire , des expériences décisives démontrent que la vitesse de transmission du son à travers l'air est indépendante de sa valeur musicale, qui s'apprécie uniquement par la rapidité avec laquelle les vibrations sonores se succèdent 3.
Nous avons déjà dit ailleurs 3 quelles étaient les opinions de Platon et des autres philosophes anciens sur la nature même du son*, et en particulier du son musical. Il nous reste à parler ici de leurs opinions relatives à l'action physiologique du son sur l'organe de l'ouïe \ Platon pense que cet ébranlement de l'air qu'on nomme son , frappe l'organe de l'ouïe . c'est-à-dire , suivant lui, l'air contenu dans l'intérieur de l'oreille 6, et que de petites veines pleines de sang, traversant le cerveau, siège de la pensée , portent la sensation au foie, siège de l'âme sensitive?. Aristote, qui avait fort bien reconnu le nerf optique, qui l'avait suivi jusqu'au cerveau, et qui lui avait attribué une communication imaginaire avec des veines par lesquelles
1 V. notes 111 et 114.
2 Sur celte erreur de Platon , v. la Dote 23, $ 2, et la note 170.
3 V. note 23 , 5 2.
4 Les Stoïciens avalent fort bien décrit la manière dont se forment les ondulations sonores. V. le traite* Des op. des philos., IV, 19.
5 Cf. Gassendi , Phys. , sect. 3 , Hembr. 2, liv. 7 , chap. 4.
6 V. Timée, p. 64 c. Cf. note 43.
7 Cf. Théophraate , De la sens, et des objets sens. , $ 0 et 85, p. 649 et 6*3, Schueider. AlclnoÙs, /n/r. A la doctr. plat., c. JQ; Aulu- Celle, Nuits att. t V, 15.
la sensation arrivait jusqu'au cœur*, Aristote, dis-je, parait avoir pris le nerf auditif pour une veine, et avoir considéré comme nerf auditif la trompe d'Eustache; car il dit qu'une veine se rend du cerveau à l'oreille, mais que le conduit de la sensation de l'ouïe ne traverse pas même le cerveau, et va directement vers le cœur, en passant par l'arrière- bouche 8 : du reste il sait que l'air vibre dans l'intérieur même de l'oreille, et il le suit jusqu'à la première partie de l'oreille interne, c'est-à-dire jusqu'à ce canal osseux qu'on nomme limaçon^. Avant lui, Empédocle avait dit que la sensation de l'ouïe est produite par le battement de l'air contre les parois de ce canal, dont il avait fort bien décrit la forme*. Alcméon et Démocrite 5, remarquant que les lieux vides sont sonores, attribuaient la sensation de l'ouïe au retentissement produit par l'entrée soudaine de l'air dans le vide de l'oreille 6. Diogène d'Apollouie7, au contraire, sachant, comme Aristote, que ce prétendu vide est plein d'air, disait que la sensation résultait d'un mouvement communiqué par l'air extérieur à l'air con tenu dans l'oreille et dans le cerveau. Remarquons qu'Aris tote, Empédocle, Alcméon et Diogène paraissent avoir ignoré l'existence de la membrane du tympan, qui sépare l'oreille externe de l'oreille moyenne. Alcméon 8 et Archélaùs9 prétendaient même que les chèvres respiraient par l'oreille. Ils avaient sans doute aperçu la trompe d'Eustache.
1 V. note 152, Si.
2 Hist. des anim. , I, 11 (9). p. 492, col. 1, 1. 19-20 ; Des part, des anim., Il, 10, p. 656, col. 2, 1. 18-19, Bekker.
S Hist. des anim. . I , J 1 (9) , p. 492, col. 1 , 1. 16-19 , Bekker.
4 V. le faux Gallcn. De la philos. , c. 26, et le faux Plutarque, Des op. des philos. , IV , 16. Cf. Théophrasle, De la sens, et des objets sens. $ 9» et 21 , p. 650 et 655.
5 V. Théophrasle, ibid. , $ 25 et 55, p. 657 et 669 ; le faux Plutarque, ibid. , et le faux Galien . ibid.
6 V. la réfutation de cette erreur dans Aristote , Des part, des anim., II, 10, p. 656, col. 2, 1. 15-16, Bekker.
7 V. Thcophraste, De la sens., etc., $40-41, p. 663; le faux Plutarque et le fauv Galien , déjà cités.
8 V. Aristote, Hist. des a mm., I, 11 (9), p. 492, col. 1, 1. 13-15, Bekkar.
9 V. Pline, Hist. nat. t VIII, 50. Cf. Sprengel, Hist. de la médecine, tect. 3 , chap. 1 , t rad. fr. par Jour dan , t. 1 , p. 240 et 385.
NOTE CXXV
de l'ouïe. (Suite.)
Quoique beaucoup d'expressions de ce passage pussent s'appliquer à la succession des vibrations dont le son se compose, il est certain que Platon n'en avait pas l'idée, comme il en donne plus loin la preuve par son explication des accords musicaux i.
NOTE CXXVI