‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 6 sur 140 · SYMPHONIE CL LESTE · texte numérisé non relu

SYMPHONIE CL LESTE

pour axe la tîge du fuseau, c'est-à-dire les huit cercles célestes traversés par Taxe du monde , dit que sur le rebord supérieur de chacun de ces cercles est assise une Sirène , qui fait entendre un son continu et toujours le même, et tpe ces huit sons simultanés forment une seule harmonie i. L'auteur du traité Du monde, faussement attribué à Aristote a , affirme aussi que les corps célestes forment dans leurs révolutions une symphonie semblable à celle des hommes et des femmes chantant ensemble dans les chœurs , et il compare la sphère des étoiles fixes au coryphée. Mais , de quels sons Platon composait-il cette symphonie ? S'il faisait les sons proportionnels aux distances des astres à la terre, la question serait résolue. Mais il ne le dit pas, et les interprètes se sont livrés à mille conjectures. Une des opinions rapportées par Plutarque 5, c*est que Platon plaçait les planètes sur les sept cordes invariables du système des quinze cordes : Ptolémée est de cet avis *. Manuel Bryenne 5 remarque que la symphonie céleste était admise du temps que Ton ne connaissait encore que Theptachorde, dont les sept sons étaient , suivant lui , considérés alors comme étant ceux des planètes. Censorinus 6 pense que Platon a voulu indiquer les huit sons de l'octave diatonique. C'est aussi l'opinion à laquelle Plutarque paraît s'arrêter 7. Mais, ces huit sons forment-ils donc une consonnance? Non , du moins pour des oreilles humaines. Sur la composition de cette symphonie, il y a autant, et même

1 Ici le mot grec &p(u>w'a est évidemment employé comme synonyme du mot<ru(i?t»vtGu Ordinairement il a an autre sens : y. plu» haut , S 6.

2 Du monde , c. 3 , p. 399, col. 1 , i. 12-20. Au contraire Aristote se moqnc de la symphonie des corps célestes. V. Du ciel , II , 9 , p. 290- 391, Bekker. V. aussi le commentaire de Slmplicius sur ce passage du traité Du ciel, t. 113-lift-, dans 1» Aristote de Berlin, t. Û, p. Û96, Brandis, 1836.

3 De la naiss. de l'âme , c. 32.

h Harm. , III , 16.

5 Harmoniques, sect. L~V. aussi Dion Casslus, Hist. rom.. XXXVII. 18 , 19.

6 De die natali, c. 13.

7 Delà naiss. de l'âme , c. 3 1 , 32,

plus d'opinions que de commentateurs I. Presque tous s'accordent cependant à admettre que les cercles les plu» grands étaient supposés rendre les sons les plus aigus. II est fort possible que telle ait été, en effet, la supposition admise parles Pythagoriciens et par Platon. Mais, la raison que Cicéron 2 e t Macrobe 3 en donnent est évidemment fausse ; les plus grandes circonférences , disent-ils , doivent avoir une vitesse supérieure, et par conséquent rendre un son plus aigu. Or, si l'on veut faire les sons proportionnels aux vitesses des circonférences, voici ce qui en résulte, d'après les distances et les durées de révolutions attribuées aux corps célestes par Platon 4. Pour avoir les vitesses des circonférences, ou, si l'on veut des astres qui les décrivent, il faut diviser les grandeurs de ces circonférences parles durées des révolutions. Par conséquent, en prenant l'année pour unité de durée, et la révolution de la lune pour unité d'espace, la vitesse de la lune sera 12; celle du soleil sera 2; celle de Vénus 3; celle de Mercure U; celle de Mars un peu plus de ^ = 4; celle de Jupiter un peu plus de celle de Saturne un peu plus deiZ Quant à la vitesse des étoiles fixes d'après Platon , on ne peut la déterminer exactement, puisqu'il ne donne pas le rayon de leur sphère; mais il est évident qu'elle serait incomparablement plus grande que celle de toutes les planètes. Par conséquent , si l'élévation des sons était propor-

* ^ ' & Scipion , c. 5 (Rep. , VI , 18) ; Macrobe , Sur le

Songe de Scipion, II, fl; PJutarque, De la formation de l'âme , c. 30-32; K\comzque t 3ran. d'harm.,col\. Meibom, II, p. 33 et suiv. ; Gaudenl

"^t' P m 9 \, A T" de <> uiuti,Ien ■ P. 329; T*on de Smyrne,

p. 280, BouHIaud ; Simplicius , Sur Aristolc , Du ciel, II, f. 113 ll/j p. m, Braudis ; Plolémde , Harm. , III, 16 ; Mauuel Bryeune, Ilàrm. \ «cet. I ; Boece, De la mus., II, 27; Ccnsorlnu* , De die natali, c. 13, a?ec les noies de Lindenbrog; Joann. Kepteri Harmonia mundi , 1619 ; M. uœckh , daus les Daub. et Creuz. stud., t. 3, p. 87 et sui?., et il. Ast, dans ses notes sur les Theotog. arithm. , p. 190.

2 Songe de Scipion , c. 5 (Rep. VI, 18) , Nobbe.

3 Sur le Songe de Scipion ,11,4.

Û V. notes 26 , 27 , 32.

CERCLES DE i/AME. COSMOGR. DE PLAT. 39

tionnelle aux vitesses des astres , elle ne serait nullement en rapport avec les grandeurs des cercles , et les huit sons réunis seraient loin de former un accord. L'hypothèse la plus vraisemblable, à mon avis, c'est que Platon supposait l'élévation des sons des corps célestes proportionnelle aux rayons des circonférences exprimés par les nombres 1,2, 3, 4, 8, 9, 27. Mais en voilà bien assez sur cette étrange aberration de l'esprit humain , qui s'est perpétuée jusqu'au XVII- siècle de notre ère *. '

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