‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 60 sur 140 · DU COEUR. ET DES VAISSEAUX SANGUINS · texte numérisé non relu

DU COEUR. ET DES VAISSEAUX SANGUINS

Je lis, avec M. Bekker, x«f&«v «^« twv ?keûv. Cinq bons manuscrits portent en effet le mot «pfxa, au lieu duquel les anciennes éditions donnent Toupî propose vâpta, leçon qu'aucun manuscrit n'aiîtorise. Trois manuscrits donnent àp^nv a/xce twv ç.)ïv7jv , leçon adoptée par M. Stallbaum et suivie par M. Cousin, qui pourtant déclare ne point décider entre elle et celle de M. Bekker. Du reste la pensée de l'auteur est exactement la même dans les deux cas.

Il me semble bien clair , d'après cet endroit du Tintée , que Platon considère le cœur comme la source du sang et le centre où les veines concourent, et les veines comme les messagères qui, du cœur, transmettent les ordres de l'âme mâle à toutes les extrémités du corps. Auprès d'une vérité, il y a donc là une erreur, qui consiste à attribuer aux veines les fonctions des nerfs organes du mouvement. D'un autre côté nous voyons dans plusieurs endroits du Timée que les sensations arrivent toutes par les veines au

1 Sor la liberté et la Tertu d'après Platon , v. les note* 193 , 196 , et Y Argument, $11, 12, 13.

2 Sur Long ox, p. 391 , Weiskc.

foie, siège de l'âme femelle. Maton attribue donc aussi aux veines les fonctions des nerfs organes de la sensibilité *. Remarquons en outre qu'ainsi en réalité il assigne aux veines deux centres communiquant ensemble, savoir le cœur et le foie, sièges des deux parties de l'âme mortelle 2, et qu'il n'établit aucune distinction entre les veines et les artères, comme nous en verrons la preuve plus tard 3.

Il est vrai qu'on a élevé des doutes sur ces divers points de la doctrine de Platon. Louis Leroy 4 pensant que le foie reçoit le chyle , qu'il en fait du sang , et qu'ensuite il envoie au cœur une partie de ce sang par l'artère hépatiques, prétend que Platon pense de même et qu'il regarde le foie comme l'origine des veines et du sang, en même temps que de la faculté concupiscible , puisqu'il place cette âme qui appelé le boire et le manger , non au cœur, mais dans la région épigastrique , où se trouve le foie. Les expressions de Platon sont trop contraires à cette interprétation pour qu'il soit besoin de la réfuter. Galicn , sans s'écarter autant du vrai sens des textes de Platon sur ce point, les explique cependant un peu trop d'après ses propres opinions. Galien sait distinguer les artères des veines, il connaît les nerfs proprement dits, et il considère le cœur comme le point de départ des artères, le foie comme celui des veines, et le cerveau comme celui des nerfs 6. Or il remarque que , suivant le Timée , le cœur est la source du sang qui circule vivement, o-yofyw;, dans tous les membres : il conclut ^ de ce mot afoàpàç que Platon a voulu parler ici seulement du sang artériel, que, par conséquent, d'accord

1 V. notes 111 , 114 , 123 et 143.

2 V. notes 139 et 147.

3 V. notes 163 et 167.

A Dans ses notes sur le Timée.

5 Galien attribue anssi un grand rôle au foie dans )a formation du sang. Des op. d'Hippocr. et de Plat., li*. 6, 1. 1, p. 306, 1. 20 et sulv.; ibid., 307, 1. 50 et suît., Bàle.

6 Des op. d'Hippocr. et de Plat. , liv. 6, t. 1 , p. 299, et De la dis* section des nerfs , ibid. , p. 204-206 , Bàle.

7 Des op. d'Hippocr. et de Plat., 11*. 6, p. 307, Bàle.

ANATOM1E.

avec quelques ouvrages liippocra tiques il considère le cœur comme le nœud des artères seulement, et qu'il regarde le foie comme le principe des veines proprement dites. Cette explication est ingénieuse, mais trop forcée pour qu'on puisse l'admettre. La confusion des veines et des artères était excusable au temps de Platon; et il faut lui savoir gré d'avoir eu , sur les rapports du cœur avec les vaisseaux sanguins, une opinion plus juste que celles de la plupart des philosophes et des médecins antérieurs, et même que celle de Galien.

D'après le témoignage d'Aristote2, Diogène d'Apollonie niait que les vaisseaux sanguins eussent un centre; Syennesis, médecin cypriote, plaçait le centre de ces vaisseaux au nombriU; Polybe et beaucoup de philosophes physiciens, dans la tête, où quelques médecins postérieurs mettaient en même temps l'origine des nerfs 4. D'autres disaient que le foie est la source du sang s. AristoteG au contraire déclare que la grande veine , c'est-à-dire la veine cave inférieure et supérieure, traverse le cœur, mais que l'aorte naît du cœur même , que les branches de l'aorte se distinguent de celles de la grande veine par la solidité de leur tissu, et qu'en dernier résultat tous les vaisseaux sanguins ont leur origine dans le cœur, parce que les artères ont des communications avec les veines. Il semble donner cette dernière opinion comme une découverte qui lui est propre. D'après ce que nous venons de voir, Platon aurait pu, jusqu'à un certain point, réclamer la priorité:

1 V. ibid., p. 301 , 1. 3, et liv. 8, p. 319-320, Baie. Cf. le traité de Polybe , De la nat. de l'homme, dans Hippocrate, p. 275, Focs.

2 IIiat. des anim., III, 2, 3 (2).

3 Pline semble ôtre du môme avis, Ilist. nat. , XI, 89.

4 V. Galien , Des op. d'Hippocr. et de Plat. , liv. 6 , 1. 1 , p. 302 , Bâle.

5 Cette erreur a été combattue par Aristote, Des part, des anim., III, A, et par Galien , Des op. d'IIippocr. et de Plat. , liv. », M, p. 301 et suiv. , Bâle. Pline, Hist. nat., XI, 7Û, pense que le foie reçoit le sang du cœur et l'envoie dans les veines. Galien pense que le sang artériel vient du cœur et que le sang veineux vient du foie.

6 Ulst. des anim. , III, 3 ; Part, des anim. , H , 9 ; ibid. , III, à ; De la resp. , c. 8 14).

quelques disciples d'Hippocrate antérieurs à Aristote auraient eu peut-être aussi quelques droits à faire valoir i.

note cm. *

Dans cette phrase, je suis le texte de M. Bekker, adopté aussi par M. Stallbaum et par M. Cousin. Mais si, au lieu de lire oïfavtç d'après un seul manuscrit, on lit oïxrxriç d'après l'autorité de quatorze manuscrits et de Galien 2, et que malgré l'autorité de tous les manuscrits, on lise ôWv/scç , au lieu de 5iù îrupôç, alors ce texte, qui est celui de M. Lindau, devra se traduire de la manière suivante : « Et à cause des tressaillements du cœur dans l'attente des dangers , et au milieu de l'irritation des passions énergiques, comme les dieux savaient d'avance qu'une telle demeure de passions émues devait devenir ardente, pour la secourir, ils formèrent avec art et y implantèrent le poumon, etc.» Remarquons que l'expression otxjjatç twv 0vfxoufiévwv serait bizarre. Le texte de M. Bekker me paraît préférable.

NOTE CXLII

Page 1