DU SANG
Suivant le Timée, le chyle, divisé en particules et emporté par le courant de la respirations, passe ainsi immédiatement du ventre dans les veines, où il se dépose sous forme de sang. En effet, quelques lignes plus haut, Platon vient d'annoncer qu'il va exposer la préparation du liquide destiné à couler dans ces canaux dont il avait parlé, c'est-àdire dans les veines. Car je ne pense pas qu'il soit question de la préparation de nouveaux conduits pour les humeurs, comme M. Cousin l'a cru en traduisant cette phrase.
En réalité , les vaisseaux lactés , disposés le long des intestins, reçoivent le chyle à mesure qu'il se produit, et le transportent dans le poumon, où il se change en sang par le contact de l'air.
Aristote* pense que les veines du mésentère conduisent le chyle au cœur, qui le transforme en sang par le contact avec le jmeuma apporté du poumon 3, et qui le distribue dans les vaisseaux sanguins.
1 V. note Li t
2 V. notes HA, 140, etc.
3 V. notes 169 et 175.
Des pari, des anitn. , IV , A.
5 V. note 167, $ 1. > •
Galien * , à l'exemple d'Hérophile, distingue les vaisseaux lactés des veines du mésentère ; mais il suppose que ces vaisseaux portent le chyle au foie, qui en fait du sang, puis envoie ce sang au cœur. C'était aussi l'opinion des Stoïciens 9. Apulée 3 et Louis Leroy, qui l'adoptent, prétendent l'attribuer à Platon .
N0TECLKV1I.
§ I. Du pneuma, des canaux de la respiration , et
de V œsophage.
Le nom d'artères, ùpvopicu, dans Platon comme dans beaucoup d'autres auteurs anciens, ne s'applique nullement à ceux des canaux du sang que nous nommons maintenant ainsi, c'est-à-dire aux ramifications de l'aorte. Platon nomme artères, au pluriel, ce système que d'autres auteurs appellent fâpvyÇ, et qui se compose du larynx, "XipvyÇ, de la trachée-artère, ipec^efa àpvnpioc, Ppôyypç, des bronches , t« Ppôyxtot, et des cellules bronchiques dans le poumon même* : Ici, par exemple, il a voulu dire que le conduit de la nourriture, l'œsophage, oUôyayQç, appelé aussi quelquefois orôjxa^oç, descend vers l'estomac, yacrnp, parallèlement à ces conduits de l'air qui viennent d'être nommés. Aristote 3 appelle l'ensemble de ces mêmes conduits de l'air, depuis l'arrière bouche jusqu'au poumon, pharynx, et plus souvent artère, àpmpioc , au singulier ; il appelle les deux bronches artères
1 De l'usage des parties du corps, Ut. 4, p. 617 , Bàle. Cf. Gassendi, Phys., sect. 8, mcmbr. 2, Ht. 5, chap. 2.
2 V. Glcéron , De nat. deor. , II , 55.
3 Philos. t II, De dogrtu Plat., p. 51 , Voie.
à V. Galteo , Des op. d'Hippocr. et de Plat., Ht. 6, t. i , p. 307», 1. 47 et suIt. , Bâlc.
5 Bist. des anim., 1, 12 (10), p. 493, col. I, 1. 5-10 ; II , 15 (11), p. 505, col. 2, 1. 33; I, 17 (14) , p. 496, col. 1, 1. 27-32; Des part, des anim., III, 3. p.604, col. 1, I. 35— col. 2, 1. 6; De ta resp. t c. 7 (3), p. 473, col. 1, 1. 19 23 ; c. 11 (4), p. 470, col. 1 , I. 29-33 , Bekker.
au pluriel , et il ne donne ce nom à aucune autre partie du corps. Le tronc principal de ces conduits conserve encore le nom de trachéc-artbre , c'est-à-dire d'artère rude, que beaucoup d'auteurs grecs et romains lui ont appliqué *, pour le distinguer des vaisseaux sanguins nommés artères ; et ce nom d'artères n'a été donné à ces vaisseaux, qui le portent maintenant, qu'à cause de l'erreur des nombreux médecins anciens qui en faisaient des conduits de l'air.
Polybe, neveu d'Hippocratc et auteur du traité De la nature de l'homme , qui n'établit point de distinction entre les vaisseaux sanguins, et qui applique le nom d'artères de même que Platon 2, suppose en outre que de petits conduits de l'air régnent dans tout le corps et viennent aboutir aux pores de la peau; car il dit 3 qu'indépendamment de la respiration qui se fait par la bouche et les narines, l'air entre par les pores dans les artères , où il circule , et ressort par la même voie. Pour faire arriver ainsi l'air dans tout le corps , d'autres physiologistes avaient recours aux vaisseaux distributeurs du sang. Platon attribue celle double fonction à tous les vaisseaux sanguins, entre lesquels il paraît n'établir aucune distinction, sous ce rapport comme sous tout autre*. Cette erreur, professée avant lui par EmpédocleSet parDiogènc d'ApollonieG, a été reproduite par Apulée , mais avec une modification
1 *H Tpa^eia ifrr.pta , Galieo, passim; Plutarque, Symposiaques, VII, 1 ; Lucien, De la manière d'écrire l'histoire, c. 7. Aspera arteria,Cicltod, De nat. deor., II, 5û; Macrobe, Salurn., VII, 15. Arteria, Pline, Ilist. nat. , XI , 06. Sur tous ces ternies, v. Il u fus d'Ephèse, Des parties du corps humain , p. 20-21, et Des noms des parties dans l'homme , liv. 1, p. 37-38: liv. 2, p. Û2-Û3 et 45 , Turn.
2 V. Sprengel, Ilist de la médecine, secU 3 , chap. 3 , trad. de Jourdau , t. 1 , p. 30Û-306.
3 De la nature de l'homme, p. 226, Foês. Sur ce traité et sur son auteur, cf. note 169.
a V. les notes 163, 179, 186.
5 V. Aristote , De la resp. , c. 7 (3) , p. Û73-A7Û , Bekker.
6 V. Tbéophrasle, De la sens., etc., $ 3943, p. 0G2-GGÛ, Schneider; et le traité Des op. des philos. , IV, 5 ; V , 24.
importante, dont nous avons parlé ailleurs 1. Aristote* considère l'artère et la veine pulmonaires, tiç rôv wXevpova Ttôpot àrrô T^ s - xer^ôïocç, comme destinées à apporter le pneuma au cœur, qui l'envoie avec le sang dans toutes les ramifications de l'aorte et de la veine cave. Galien s pense que le sang artériel est ir^ev ^arûSeç , c'est-à-dire fortement mêlé de cet air vital et chaud qu'il nomme TrvsOpcc, • .mais que ce pneuma , qui arrive du poumon au ventricule gauche du cœur par la veine artérieuse , ne pénètre presque pas dans le sang veineux.
Far une erreur bien plus étrange, Praxagore de Cos, qui le premier, vers la fin du IV e siècle avant notre ère, avait fait des observations sur le pouls et complété la distinction des artères et des veines *, Erasistrate 5, Asclépiade de Pruse 6, la nombreuse école des Pneumaticiens 7, i'auteur, quel qu'il soit, d'un traité attribué à Aristote», .Cicéron 9, Sénèque io, Pline M, Julius Pollux 12, Nemesius 13,
1 i V. note 103.
2 Uist. des anim. , 1, 17 (14) , p. 496, col. 1, 1. 27-34.
S Des op. d'Hippocr. et de Plat., li?. 6 , p. 307 ; De la dissection des artères et des veines,, p. 224 ; De l'usage des parties, liv. 5 , p. 424 ; liv. 0, p. 433; Ht. 7 , p. 447, Baie. Cf. Rufus d'Ephèse, Des parties du corps humain, p. 31, et Des noms des parties dans l'homme, liv. 2, p. 49, Tu m.
4 V. Galien, Si les artères contiennent du sang, t 1, p. 222, 1. 10. Cf. Des différences ddns le pouls, liv. 4, t. 3 , p. 42; De la diagnostique du pouls , liv. 4 , t. 3 , p. 81 , 1. 16 et suiv. , Baie. Cf. Sprengel , Uist. de la médecine , sect. 4, ebap. 2 , trad. de Jourdan , t. 1 , p. 423-425.
5 V. Galieu, De l'utilité de la resp., t. 3, p. 153, 1. 36; Si les artères, etc., t. 1, p. 221 -226; Des différences dans le pouls, liv. 4, t 3, p. 42, 1. 23 , B≤ et le traité Des op. des philos., V, 29.
6 V. Galien, Des différences dans le pouls, liv. 3 , t. 3, p. 33, h 2 et suiv., Baie.
î V. Galien, Des différences dans le pouls, liv. 3, t. 3, p. 33, 1. 7, Baie. Cf. les quatre ouvrages d'Arétée Sur les causes des maladies aiguës et chroniques, Turn., Paris, 1554, in-8% et les Problèmes, de Cassiu* riatrosophiste , Conr. Gcssn. , Tigur. , 1562, in-8\ # ' 8 IIep£ nveufiaroc, c. 3-0.
9 De nat. deor. , Il , 55.
10 Nat. quasi., III , 15 ; VI, 14.
11 II: st. nat., XI, 88, 89.
12 Onom., II. 4, sect. 21c.
13 De la nature de l'homme.
ÀRAT0M1E.
et une foule d'autres auteurs, soutenaient que dans l'état de santé, l'air seul, le pneuma, circule dans les veines qui ont un pouls et qu'ils nommaient, comme nous, artères, de même que dans les vrais conduits de l'air, nommés artères par Platon : ils pensaient que dans les maladies seulement, un peu de sang passe des veines dans les artères et y produit la fièvre , et que si l'on perce une artère, le sang, s'y introduisant de toutes parts avec rapidité, pour remplacer l'air qui s'échappe , vient enfin sortir par l'ouverture. Galien a réfuté cette erreur dans un ouvrage spécial*. Long-temps avant lui, Aristote, tout en distinguant les branches de l'aorte de celles de la veine cave*, avait enseigné que tous ces vaisseaux sont également des conduits du sang 3, bien qu'il y mêlât aussi du pneuma, comme nous l'avons dit plus haut.
§ II. Distinction de Came et du pneuma.
Nous avons déjà vu A qu'à en croire Diogène de Laërte, Platon considérerait l'âme et le pneuma comme une seule et môme chose. C'est là une fausse interprétation donnée à la doctrine de Platon par les Stoïciens, et notamment par Chrysippe». Nous avons montré 6 comment ces philosophes avaient emprunté au Platonisme la distinction de l'âme intelligente et de l'âme sensible et passionnée, destinée à obéir à la première. Mais, de ce que Platon croyait l'âme étendue et divisible, ils conclurent faussement qu'a la supposait corporelle, et en confondant l'âme
1 Si les artères contiennent , etc., 1. 1 , p. 221-226 , Baie
2 V notes 140 et 163.
3 mst. des anim. , 111 , 3-û ( 2-û ) ; Des part, des anim. , III , 5 ; De ta resp. y c. 8 (4).
h V. note 22,$12, p. 375 , en note, dans le 1" vol.
5 V. un fragment de son traité De l'âme, dans Galien, Des op. d'Hippocr. et de Plat. , lit. 2, p. 264, Baie. Cf. Plutarque, Du principe du froid , c. 2.
6 V. note 39.
avec le pneuma, divisé en deux parties principales, ils crurent encore suivre l'opinion de Platon. Au contraire Proclus*, ChalcidiusS et l'auteur du traité De la philosophie 3, ont fort bien compris que suivant Platon , l'âme , bien qu'étendue, est cependant parfaitement incorporelle*.
NOTE CLXVm.
Voilà bien le négation ormelle du vide 8 *
NOTE CLXK.
DK LA RESPIRATION .
Ce long passage du Timée , sur la respiration et par suite sur la transformation du chyle en sang, est d'une extrême difficulté, surtout à cause de la comparaison obscure et mal présentée que Platon y emploie, mais aussi parce qu'il se contente de donner d'abord une explication tronquée, qui ne devient intelligible qu'après qu'on l'a comparée avec les deux compléments qu'il y ajoute plus tarde. Voici le résumé complet de cette théorie, telle qu'elle me semble résulter de tout ce passage, que M. Stallbaum me parait n'avoir compris qu'imparfaitement et dans la traduction et l'interprétation duquel je m'écarte de l'opinion de M. Cousin en beaucoup de points, qu'il serait trop long de détailler : je me borne à renvoyer le lecteur au texte de Platon et aux explications suivantes 1.
1 Sur le Timée % p. 78.
5 Sur le Timée , p. 105 et 108 , Meurs.
S Dans Galien , t à , p. MO, 1. 49-50 , Baie.
Q V. note 22, $«,12.
5 V. note 78.
OV. note 175, S 1.
7 Elles sont conformes an commentaire de Galien ( Fragment latin sur le Timée, t. 5, p. 279-28a..Chartier) et au résumé fidèle de M. Loncq,
Les Grecs appelaient Kvproç, nasse, un panier en jonc ou en osier, dont la forme était ordinairement celle d'un cône tronqué, et dans lequel était un autre panier qui avait exactement la môme ouverture, mais qui se rétrécissait beaucoup plus rapidement et se terminait par un trou en entonnoir. Le poisson entrait librement par ce trou et se trouvait alors dans l'espace compris entre les parois du panier intérieur et celles du panier extérieur : il ne pouvait ressortir par le même chemin , parce que le trou était entouré de pointes convergentes dirigées vers le fond de la nasse, et il restait ainsi prisonnier. Ce que Platon appelle l'intérieur de la nasse, c'est cet espace compris entre les deux paniers'. En effet, quand le poisson n'est encore que dans le panier intérieur, il n'est pas encore entré dans le piège.
Maintenant, Platon suppose qu'une nasse d'une autre forme que celle des pécheurs, une nasse qui au lieu d'un panier intérieur en a deux de formes irrégulières, et qui, au lieu d'être faite de jonc , consiste en un tissu d'air et de feu, enveloppe la partie creuse du corps humain , c'est-àdire le tronc : cette image un peu étrange lui a paru commode pour expliquer l'entrée et la sortie du souffle et du feu , c'est-à-dire de l'air et du calorique , et par suite la respiration. L'un des deux paniers intérieurs a pour ouverture la bouche et se divise en deux parties , dont l'une descend par les artères, c'est-à-dire par la trachée-artère et les bronches, dans la cavité de ta poitrine et du poumon, que Platon croit vide de sang 2 , tandis que l'autre partie descend dans le ventre par un conduit parallèle à la trachée-artère 3, c'est-à-dire par l'œsophage. L'autre panier
[Dis», hist. med, de pkysiologia veterum, Rotcrdam, 1833, C. 2, de plvysiol. Plat. , $ 2, p. 49-51 J. a. Gassendi , Phys. , sect. 3, membr. 2,
liT. 5 , eh a p. h.
1 V. Galion , Fragment latin sur le Timée, L 5 , p. 281 , Chartier.
2 V. note 1Û2.
HOTES SUR Lï TIMÉE.
■intérieur a pour ouvertures les deux narines, et il communique avec le premier par l'arrière-bouche l« Platon ne suppose point que ces paniers intérieurs se terminent par un trou en entonnoir; car il nous dit que le passage de l'air et de la chaleur s'effectue à travers leur tissu même. C'est d'air que sont formées les parois de cette espèce de nasse, c'est-à-dire les tissus des paniers intérieurs qui tapissent la cavité du corps humain , et du panier extérieur appliqué sur la peau du dos, des flancs, du ventre et de la poitrine. En d'autres termes , la couche d'air en contact immédiat avec la surface interne et externe du corps humain constitue les parois de la nasse 2 ; les cavités des deux paniers intérieurs sont la continuation de Pair extérieur qui vient les remplir; et Vintcrieur de la nasse, l'espace compris de toutes parts entre les parois et où rien ne peut entrer si ce n'est à travers leur tissu, c'est l'espace occupé par la substance même du corps, dans laquelle le sang circule, espace plein, étendu autour de toute la partie creuse de notre corps, suivant les expressions mêmes de Platon. Dans tout cet espace, c'est-à-dire dans la masse compacte du corps , il y a des joncs qui aboutissent d'une part aux parois des paniers intérieurs, c'est-àdire à la cavité du ventre et de la poitrine, de l'autre aux parois du panier extérieur, c'est-à-dire à la peau du corps humain. Platon a soin de nous prévenir que ces joncs, au lieu d'être d'air comme le tissu de la nasse, sont des rayons de feu entrelacés , c'est-à-dire la chaleur animale contenue dans les chairs oà sont le sang et les veines 3. Or le feu compris ainsi dans l'intérieur -de la nasse, c'est-à-dire dans la masse charnue du corps humain, tend à se porter hors du corps vers la région du feu 4 , et pour cela il y a deux
1 V. Galien, fragm. lat. sur le Tinu, t. 5, p. 281, Cbartier.
2 V. Galien, ibid % p. 279 , 281.
3 Galien, ibid, p. 280, fait observer que ces Joncs n'existent point dans les nasses véritables, mais que Platon les a imaginés pour représenter les vaisseaux sanguins, par lesquels la chaleur animale se répand dans tout le corps.
A V. note 104.
ANÀTOMIE.
chemins, l'un à travers le corps jusqu'à la peau et au tissu du panier extérieur, qui livre passage au feu; l'autre à travers le tissu des paniers intérieurs , dans lesquels le feu pénètre, pour sortir ensuite par la bouche et les narines» Considérons-le d'abord entrant dans les paniers intérieurs, c'est-à-dire dans la cavité du ventre et de la poitrine. Il s'y mêle avec l'air qu'ils contiennent, et sort par la bouche et le nez avec cet air échauffé. Alors, en vertu de l'impossibilité du vide et de l'impulsion circulaire, mpjeaifflj le tissu même du panier extérieur, c'est-à-dire l'air froid, entre à travers le corps, qui a peu de densité , comme Platon a soin de le dire , ou en d'autres termes à travers le tissu peu serré des chairs, comme il le répète un peu plus loin : cet air froid pénètre ainsi dans toute la cavité du corps humain, pour remplir la place de l'air chaud, exhalé par la bouche et les narines. Mais bientôt , par son contact avec les chairs et surtout avec le sang, l'air froid s'échauffe en se mêlant avec le feu , qui entre en même temps que lui, tandis que l'air qui sort par la bouche et les narines se refroidit. Alors l'air chaud, prenant son cours en sens inverse à travers les chairs , sort par les pores de la peau, et force ainsi l'air froid à entrer par la bouche et les narines dans la cavité de la poitrine et dans celle du ventre, et à pénétrer même par le poumon jusque dans les veines , où nous avons déjà vu que l'air circule en même temps que le sang suivant Platon a, afin de rafraîchir le corps , comme il sera dit plus loin 3. Puis l'air qui sort par les pores se refroidit à son tour , tandis que l'air qui entre par le nez et la bouche s'échaufTe, et bientôt le mouvement a lieu en sens inverse, et ainsi do suite. Lorsque l'air entré dans le ventre à travers l'épaisseur du corps s'est échauffé, il dissout par l'action du feu les substances alimentaires qui s'y trouvent, et lorsqu'il reprend son
1 V. noies 78 et 173 ( $ 1 ).
2 V. note 167.
3 V. note 186.
cours en sens contraire , il les dépose dans les veines , dans ces canaux destinés à arroser et à nourrir le corps humain.
Cette théorie de la respiration, indiquée brièvement dans le traité attribué à Timée de Locres *, exposée longuement , et pourtant d'une manière peu claire , dans le Timée, a été critiquée par Aristote2, qui reproche à Platon d'avoir supposé mal à propos l'entrée et la sortie alternative de l'air à travers l'épaisseur du corps , et d'avoir attribué à la respiration un rôle imaginaire pour la nutrition , tandis que, suivant Âristote, son unique usage, indispensable pour la vie, est de rafraîchir le corps à chaque instant 3. Il y a de la vérité dans ces critiques d' Aristote , bien qu'A n'ait pas su lui-môme que le principal usage de la respiration consiste à purifîer le sang veineux par le contact de l'air, qui lui enlève son excès de carbone 4. Galien a partagé sur ce point l'ignorance commune à tous les anciens : ce qui ne l'a pas empêché de réfuter mieux encore qu'Aristote l'erreur la plus grave de la théorie de Platon sur la respiration , en la comparant avec la théorie d'Hippocrate, qu'il préfère et qu'il adopte 5. En effet Hippocrate , ou du moins son neveu Polybeû, distinguait d'une part la respiration, àva7rvo7) , composée de Y aspiration, tiamati, et de Y expiration, èxrrvoïj, qui se fait par la bouche ét le nez, et dont le poumon est l'organe; d'autre part la perspiration, 5i«TvoTî, qui se compose suivant lui de l'entrée de l'air par les pores de la peau dans les artères, et de leur sortie par la même voie. Platon au contrair nfond la respira-
2 De la rcsp., c 5-6 (2), p, Û72, col. 2, 1. 5-p. Û73, col. 1, 1. 14. Cf. Des part, des anim. , III , 6.
3 Cr. notes 103 et 167.
ÛV. notes 142, 16$ et 166.
5 Des op. d'JIipRQcr. fit de Plat. Ht. 7 * 1 1, p. 327, 328 , Baie ; Fragment latin sur le Tmute , t. 5, p. 282-285, Charlier.
6 De ta nature de l'homme, p. 226, Foës. Sur Polybe , auteur de ce traité, v. M. Litlré, Œuvres d'Hippocrate, 1. 1, Introd., chap. 12, p. 3tf>- 350. La perspiration se trouve aussi indiquée dans un ouTragc d'Mppocrate lui-même; Epidém. , Ht. 6, sect. 6.
iion et la perspiration en une seule fonction complexe, quoique, dit Galien , ces deux fonctions distinctes ne soient pas même produites par la même cause. Cette introduction de l'air dans les chairs à travers la peau , dont Polybe lui-même paraît s'être singulièrement exagéré l'importance en se trompant sur la manière dont elle s'opère * , est si bien indépendante de la respiration , que si par un procédé quelconque l'on rend cette perspiration impossible, la respiration a lieu de même. Platon a pu être conduit à cette confusion par l'exemple d'Empédocle, dont la théorie de la respiration se rapproche de la sienne sur plusieurs points , mais est encore bien plus erronée s.
NOTE CLXX