C0SM0GE1PHIE PLATONIQUE
correspondent les deux cercles de l'âme décrits par Platon, tournent, suivant son système et celui de Ptolémée, en sens contraires l'un à l'autre : et cela suffit pour justifier les expressions de Platon , s'il n'a entendu parler que d'un rapport entre deux directions.
Aristote i dit que la droite du monde est le lieu d'où part le mouvement diurne , c'est-à-dire l'orient , et que la gauche est l'occident , vers lequel ce mouvement se dirige. Or la droite d'un homme est à la gauche de celui qui le regarde en face , quand tous deux sont debout sur leurs pieds. Cependant l'orient est à notre droite , quand nous regardons vers le pôle septentrional. Donc, par rapport à nous , le monde est comme un homme qui aurait la face tournée vers nous,. mais les pieds en l'air, c'est-à-dire que le pôle inférieur est le pôle septentrional que nous voyons au dessus de l'horizon , et que le pôle supérieur est le pôle méridional que nous ne voyons pas. C'est, en effet, précisément ce que dit Aristote. Au contraire, si l'on veut prendre à la lettre les expressions de Platon , il faut dire qu'il nomme l'occident côté droit, et l'orient côté gauche; car, suivant lui, le cercle de la nature du même* , par lequel se fait le mouvement diurne , va d'orient en occident ; et il dit que ce cercle va im ôi£toé , vers la droite , et que le cercle de la nature de Vautre , le cercle des mouvements particuliers des planètes autour de la terre , va far àptanpi , vers la gauche. Il est bien vrai que Proclus 5 , voulant mettre d'accord Aristote et Platon , prétend que » dans notre passage, les mots t-l 8e*l& et in àpitmpi^ loin d'être synonymes des mots tiç tô $c£tôv et tlç tô *pvmpfo , signifient tout le contraire. Mais, quoi qu'en puisse dire Proclus, la préposition èiti avec l'accusatif ne peut désigner
Du ciel, II, 2, p. 285, col. 2, fiekker. Cf. Simplicius, Sur le traité du ciel, II, f. 95, p. 492-493, Brandis, t. 4 d'Arislote, Berlin, 1836. 2 V. note 22 , §4.
5 Sur le Timée, p. 220. Pollui, Onomast. , an mot interprète l'expression de Platon de même que Proclus, mais en ajoutant que celte manière de parler est propre a Pialon seul : est-ce croyable f
A4 K0TÏSS StJH LE T t UhÉ.
le point de départ. Au contraire Alcinoûs * explique fort bien que, suivant Platon, le cercle extérieur va ini oigca* vers (a droite, c'est-à-dire de l'orient vers l'occident, à*' àvBToH? iiri Sûfftv, et le cercle extérieur vers la gauche, in àpicrtpoi, savoir de l'occident vers l'orient, ànb ou<rc&>ç ht' «vatToXïîv : Proclus aurait dû savoir et respecter sa langue. Cependant, je dois dire que l'auteur du traité Des opinions des philosophes*, celui du traité De ta philosophie 3 et Stobée * prétendent que Pythagore, Platon et Àristote s'accordent à regarder l'orient comme la droite du monde , et l'occident comme la gauche. Mais ce n'est point dans le Tintée qu'ils ont pu prendre cette doctrine; c'est dans les Lois a et dans VEpinomis 6.
En effet, dans les Lois Platon, ayant divisé le territoire circulaire de la cité en douze portions , veut que douze gardiens, yooO/xn, veillent chacun sur chacune d'elles pendant un mois, de manière à les parcourir toutes en un an. Il y a là une intention évidente d'imiter le mouvement annuel du soleil suivant les douze signes du zodiaque. Platon ajoute que ces gardiens doivent décrire leur cercle en allant vers la droite, im SeÇiâ, c'est-à-dire vers Vorient, iroôç fw. De même , l'auteur de VEpinomis 7 dit que les mouvements planétaires du soleil et de la lune se font sVt Seç tû , de gauche à droite : c'est tout le contraire de ce que novs lisons dans le Timée. M. Cousin croit cependant que dans ce dernier dialogue c'est également l'orient qui est nommé la droite du ciel ; mais c'est que M. Cousin suppose, par distraction sans doute, que le mouvement diurne du ciel autour delà terre a lieu d'occident en orient 8. Il est plus naturel de reconnaître que dans le Timée Platon ap-
9 introd, à la doctr. plat., c. lû. Cf. Pline , Hist, nat. , II, Ô.
3 II, 10. £ S T. 4 , p. 430 , L 30 et sui*. , dans Galien , Baie , 1538.
4 Bel. phye. , I , p. 34 , Canter.
5 VI , p. 760 c , d.
7 V. La Notice bibliographique , k la ûo de ce Tolume.
8 V. une noie de M. Cousin sur ce paasage de sa traduction du Timée.