CLASSIFICATION CENTRALE DES MALADIES DU CORPS
L'opinion exprimée par Platon dans ce passage sur les maladies parait, comme M. Cousin Ta remarqué, avoir beaucoup de rapports avec celle d'Alcméon et d'Hippodame3. Mais cet Hippodame pourrait bien être postérieur à Platon i.
D'après les expressions de Platon, les compositions primitives sont celles de la terre, de l'eau, de l'air et du feu, formés de l'élément isoscèle et de l'élément scalène ». Ensuite les diverses parties du corps sont formées de divers mélanges de ces quatre corps élémentaires : ce sont là les compositions secondaires 6. Les vices des compositions primitives sont, suivant Platon, 1* la surabondance de chacune des quatre espèces de corps; 2* leur déplacement; 3° les défauts de leur nature même ; car chacune de ces espèces peut offrir plusieurs variétés 1 , comme Platon le répète ici 8. Certaines maladies tiennent, suivant lui, à ces
1 V. note 160.
2 Pour le complément de cette classification , v. note 185.
3 V. Galien, Des op. d'Hippocr. et de Plat Ht. 8, t 1, p. 321 ; De la dlff. des maladies, t. 3, p. 199, Bâle ; et le traité Des op. des philos. , V, 30.
4 V. Schœll , UisU de la litt. gr., Ut. 3, cbap. 23, t 2, p. 424-427, 2* éd.
5 V. notes 66-70.
6 V. Galien , Des op. d'Hippocr. et de Plat. , liv. 8 , t. l , p. 322 , Bâle.
7 Tel me parait être le sens d'un membre de phrase (p. 82 a) qui d'après M. Lin dan, M. S taliban m et M. Cousin signifierait qu'outre L feu ilya plusieurs autres éléments : proposition Traie , mais inutile en cet endroit.
8 V. note 76.
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trois genres de vices des compositions primitives, ou, suivant les expressions du faux Timée de Locres*, aux vices des puissances simples, savoir du sec, de l'humide, du froid et du chaud; car, suivant l'interprétation de Proclus et de Chalcidius, le principe du sec, c'est la terre; le principe de l'humide, c'est l'eau; celui du froid, c'est l'air»; et celui du chaud, c'est le feu.
Mais quelles sont les maladies que Platon considère comme tenant aux vices de ces puissances simples , et quelles sont les maladies qu'il considère au contraire comme tenant aux vices des compositions secondaires ? Galien 3 suppose que sur cette question, l'opinion de Platon est la même que celle d'Hippocrate. Or Hippocrate distingue quatre tempéraments dans chacun desquels domine Tune des humeurs qu'il nomme primitives , savoir le sang, la pituite, la.bile jaune et la bile noire. Mais Galien affirme que les quatre compositions primitives de Platon, le feu, l'eau, l'air et la terre, sont précisément, sous d'autres noms, les quatre humeurs distinguées par Hippocrate*. Cette interprétation me paraît d'une fausseté évidente. En effet, après avoir parlé vaguement des maladies qui tiennent aux compositions primitives, sauf à y revenir plus tard pour attribuer à l'excès de chacune d'elle» une espèce particulière de fièvre 5, Platon ajoute que les maladies moins nombreuses, mais beaucoup plus graves, qu'il va examiner en détail , sont celles qui tiennent aux défauts des compositions secondaires ; et il se met aussitôt à expliquer la formation régulière , puis les altérations du sang, de la chair , des nerfs , des os et de la moelle. Ce sont donc évidemment là les- compositions secondaires. Galien lui-même est obligé d'avouer que Platon range le
9 V. note 103.
S Des op. d'Wppocr. et de Plat., liv. 8 , t. 1 , p. 322 et 323, Baie. A V. le traité De ta nat. de l'homme., p. 224 , 225 , dont l'auteur est Polybe, neveu d'Hippocrate.
5 V. note 102.
ÀNÀÎO.MIE,
sang parmi elles. Or, c'est de l'altération du sang et delà chair que se forment , suivant Platon, les diverses espèces de bile et de pituite, ainsi que nous le verrons plus loin K Ii ne place donc au rang des compositions primitives aucune des quatre humeurs distinguées par Hippocrate. Cependant peut-être Platon n'aurait pas nié que la prédominance de Tune de ces quatre humeurs fût un des résultats de l'excès de Tune des quatre compositions primitives, c'est-à-dire du feu, de l'air, de l'eau et de la terre. Mais il ne l'a pas dit, et par conséquent on ne peut le savoir. Quand il l'aurait dit, cela ne donnerait pas raison à Galien.
Mon interprétation est confirmée par Apulée, comme je le montrerai plus loin en la complétants.