Poèmes barbares
Lote. — L’alexandrin.
l’alexandrin français
Bon appétit, Messieurs ! — O ministres intègres, Conseillers vertueux ! voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Le développement n’est pas encore commencé; la voix de Ruy Blas est lente; il écrase les ministres par sa présence. Le véritable mouvement s’établit seulement avec le vers 4 — je parle ici en général — quoique le tableau des durées totales ne le laisse pas apparaître tout de suite à cause des exclamations donc... donc... répétées aux v. 4 et 6. Il va ensuite en s’accélérant et dure jusqu’à la fin du fragment inscrit’ à peine coupé par quelques repos, aux endroits où l’invective se fait plus forte et l’indignation plus émue, à ceux encore où Ruy Blas interpelle directement ceux qui l’écoutent.
Le morceau des Pauvres Gens n’est pas non plus sans présenter des différences caractéristiques. Il y a élargissement de la déclamation du v. 1 1 au v. 15 pour faire apercevoir la mère en prières, tandis que l’océan mugit sous la tempête. Au contraire il y a augmentation des vitesses quand ' il s’agit du labeur domestique accompli par la femme du pêcheur (v. 21-24). Enfin il faut noter la façon dont, à la fin du passage, les variations de durée servent à marquer les nuances du sentiment. Cette conclusion, à partir du v. 36 :
Comme il faut calculer la marée et le vent!
est tout entière dans la note émouvante et pathétique. Mais cependant il faut rendre les nuances différentes du texte, l’horreur des éléments déchaînés d’une part, de l’autre l’émotion intime du marin et la fermeté de son courage. Les divers sujets, sauf J qui préfère la progression constante, procèdent de façon analogue. Dans le premier des deux groupes que nous venons de définir, un seul vers (v. 38) supporte un retard de la voix, puis il se produit une accélération du mouvement afin de peindre la fureur de l’ouragan. La déclamation enfin s’élargit pleinement et définitivement dans le second groupe (v. 41-43), tant il est vrai que le diseur a la notion obscure que toute bonne récitation ou lecture est affaire d’échelle, ou, comme on l’a dit, de perspective.
Certains poèmes se prêteraient à des démonstrations plus complètes et plus décisives. Il y a, en poésie comme en musique, des adagios et des allégros, des andantes et des prestos. Voici une marche funèbre, majestueuse et lente :
Sire, vous reviendrez dans votre capitale,
Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur,
Traîné par huit chevaux sous l’arche triomphale,
En habit d’empereur !
Par cette même porte où Dieu vous accompagne,
Sire, vous reviendrez sur un sublime char,
Glorieux, couronné, saint comme Charlemagne
Et grand comme César! (Hugo, Légende : Le retour de l’empereur.)
Les effets s’opposent nettement, presto et adagio, dans cet autre morceau que nous allons citer. Il y a là une juxtaposition de deux mouvements contraires mûrie par un grand artiste : ainsi, dans une composition instrumentale, des phrases larges et magnifiques succèdent à d’autres plus lapides. Hugo 1 ejoint Beethoven, et la poesie, dans 1 Aigle du C ascjue , procède comme la musique dans la Symphonie pastorale. On comparera la vivacité de la poursuite, le défilé sans fin des âpres paysages qui fuient sous le galop vertigineux d’Angus et de Tiphaine :
Oh ! comment mettre ici dans des vers éperdus Les bonds prodigieux de cette chasse affreuse,
LE MOUVEMENT DANS LA DICTION
avec la sérénité d’une nature radieuse .
Le coteau qui surgit, le vallon qui se creuse,
Les précipices, l'antre obscur, l’escarpement,
Les deux sombres chevaux, le vainqueur écumant, L’enfant pale, et l’horreur des forêts formidables ?. . • Ils vont . . . ,
Le bois, calme et désert sous le bleu firmament,
Remuait mollement ses branchages superbes;
Les nids chantaient; les eaux murmuraient dans les herbes; On voyait tout briller, tout aimer, tout fleurir.
Grâce ! criait l’enfant, je ne veux pas mourir.
(Hugo, Légende : L’Aigle du Casque.)
Les quatre octosyllabes suivants de La Fontaine sont construits sur deux mouvements analogues
Un mort s’en allait tristement S’emparer de son dernier gite.
Un curé s’en allait gaiment Enterrer ce mort au plus vite.
d’un contraste saisissant :
(La Fontaine, Fables.)
particulières d’êtres animés, comme dans le dernier exemple. . . nç saisissantes. Mais nous devons cependant instituer
Sans doute les morceaux que nous avons enregistrés ne présentent pas es °PP ^ quds sont ceux qui ont été dits le plus
une dernière enquête complémentaire, rechercher quels sont ceux dont a cec ai « , exprimer, comment enfin les diverses passions se
lentement, de quelle façon le mouvement de la voix s’accorde avec es ci eren s sc ^ passages inscrits, du moins quelques
distribuent sur l’échelle de la vitesse. Quoique tous les états aflecti s ne soicn |u. P ^ chacun des fragments étudiés, puisque
précisions sont possibles. Nous ne nous servirons pas, poui traiter a question, eu e moyenne du vers, et l’on doit se souvenir, devant
îe nombre des alexandrins n’est pas égal pour tous. On peut par contre raisonner d^^^^oint de vue relatifet par comparaison.
les résultats obtenus, que les valeurs sont intéressantes, non pas consi crées a so un » chiffre obtenu par leur nombre,
Nous avons donc, pour chaque morceau, fait la somme de toutes les unîtes et "TjZœmLu C,s deux fragments, dans notre en négligeant le début de Bérénice et la fin de Ruy Blas, cai 1 un es emistic es manque sujets sont représentés, sauf
calcul nL été comptés respectivement qne pour 3« e, 40 vers. Nous avons dresse le ub en * “ 1
B et F, car nous n'avons sollicité qu'une fois leur concours : le tracé reçue, 11, ne donne heu par conséquent a
Sujet A —
Andromaque
Hernani
Sujet C -
Le Cid
China, 1
3" iS
Bérénice
Cinna, II
Sujet E — Buy Blets
Hernani
Les Pauvres Gens Sujet G — - Buy Blas
Les Pauvres Gens Andromaque
L ALEXANDRIN FRANÇAIS
Sujet I
Sujet J
Bérénice Le Cid H é nia ni Ci n un, II Andromaque Cinna, I Ruy Blas Andromaque Cinna, II Cinna, I Le Cid Bérénice
Sujet R
Sujet
Hernani
Les Pauvres Gens
Ruy Blas
Cinna, Il
Les Pauvres Gens
Le Cid
Bérénice
Cinna, I
Hernani
Le Cid
Bérénice
morceaux de Cinna
et pour celui des
„n , . r r examinera auteurs, une classification cependant est possible. L’on distingue
:::::: îtïïïæîs» r : ■ ■■ ** « « ~
été nmnnnrA h m . ,r r , , - ’ 3ciiiuie-L-n, poui iaj, le passage d Andromaque, ont
■■énLleZ, rlu ÙT i Th ‘'"SUIte , gnK"tS ^ 04 Ct Je BérélU(e' ““ lK de“x di“ ™ «“«« moyenne « plutôt lente, avec
7... U ,P G) i“U benehce du second' un certain appesantissement de la parole. Enfin le duo d’Hernani et de Dona Sol manifeste la
durée moyenne la plus considérable. Un commentaire s’impose.
meme^fde ™“h ^ ^t 'f V0"1** *****<”’ ^'.nd elle se manifeste par une série d'énumérations véhé-
se suc èd , ? “mme les d u” flot impétueux. C'est le sentiment qui anime Ruy Blas et aussi Hermione. Leurs invectives
Toute fol PaSS,°ï',eeS et V1°lenteS’ t0“|0urs les mêmes sous une forme différente. C'est un torrent qui force les digues où il était contenu.
IZ u J ' “ d VerS '>nS Pama K"d à Pr°UVer qUe “ se modère quand la colère se teinte d'indignation et de douleur ■
ou quand 1 ironie prédomine 2.
Cette , route, forme extérieure de la fureur d’Hermione, explique la lenteur relative de sa parole par rapport à l’explosion de Ruy Blas La ratl une msn, tante tmphque en effet une part de réflexion dans le choix de l'argument qui peut blesse! l'intiocuteur. La voix est dans “ Hi£
tve 1 iT'u-uam- 1" f' L .“™ pl.“S * foK« le “»* MK* « vengeur; elle conserve une modération voulue pour mordre
‘ PIus tle cruauté. Ainsi se vérifié 1 opinion citée plus haut de M. Verrier.
fis te r demandent un debtt un peu raient,. Ce sont à la fois les sentiments de Chimène et de Titus, mais
O. manifestent cher ce dernier presque sans aucun mélange, tandis que la tristesse de Chimène se tempère par une volonté très ferme et par I affirmai, on vtgouret.se du devoir. Elle parle en général un peu plus vite î. P
uutml ïctr “T*!?,™ ** eXtrêïfTm. “ '’effet PrUdl'ire 3 M l|mfOTméme„, senti par tous les sujets. Spontanément l'un d'eux, 1 an ,e h,, a, ptesenté le morceau qu',1 devatt déclamer, ses, écrié : « Ici, l'arche, à la corde ». Ces, par la tranquillité de la diction que s'esi
m ' ! Air0" personnages, tour à tour frénésie, apaisement du cœur, joie de lame épanouie et frémissante, adoration tendre e, pour
; , c p mecott s exprime un amour longtemps contrarié, mais maintenant triomphant. Pour l'expression de sentiments analogues l'on usera
S m0U,erae,K semblable> « Matbô » «me, -mx pieds de Salammbô, ne saurait exhaler son désir en paroles