‹ Études sur le vers françaisChapitre 113 sur 214 · OO-4OO-4OO · texte numérisé non relu

OO-4OO-4OO

peut se restreindre aux chiffres suivants :

ou, en réunissant les divers éléments syllabiques :

l’alexandrin français

à ha jè

Ces mesures permettent de reconnaître que la voix, partant de 320 v. s. sur la première syllabe, a atteint 400 v- s. sur la seconde, 480 SU1 troisième, et que cette acuité maxima n’est suivie d’aucun fléchissement de la hauteur. Si Ion procède de même pour tous les mots enregistiés, on constate plus facilement que dans chacun d’eux il y a progression musicale de la première syllabe à la dernière, sans qu ici le mouvement ondulatoire rencontré dans quelques groupes artificiels se soit nulle part fait sentir, preuve que 1 alternance rythmique n est pas indispensable.

Cependant l’observation la plus importante est celle-ci : les mots, au point de vue de la syllabe, sont 1 équivalent exact des formations factices analogues; ramas est semblable à ata (‘O), âplifyé à atata Ç* * O), comme âplifykasyô le serait à atatatata (••••O). Ainsi la syllabe la plus aiguë est toujours la dernière du mot, du moins dans une prononciation non emphatique et quand il n’y a pas fin de phrase. Si l'on considère que cette dernière syllabe est dans notre langue celle que les grammairiens désignent sous le nom de tonique, on aboutit à cette conclusion qu en français, toute syllabe tonique porte T accent de hauteur musicale , c’est-à-dire que la voix s’élève sur elle plus que sur les précédentes, selon la loi de relativité que nous avons exposée. La démonstration en avait déjà été faite par M. l’abbé Rousselot I 2, tandis que M. Bourdon au contiaire, au temps où il procédait sans instruments, s’était montré plus timide : « Nous avouons pourtant, écrivait-il J, que l’existence d’un tel accent de hauteur sur la dernière syllabe des mots français, laquelle, comme on sait, est généralement le siège de l’accent syllabique d’intensité, peut être contestée. Cet accent, que nous croyons exister, est si peu élevé, qu’il faut la plus grande attention et 1 habitude d observer le phénomène pour le remarquer. »

La question a longtemps préoccupé les philologues et les musiciens. Les grammairiens latins reconnaissent souvent que 1 accent, pour nous servir du terme général qu’ils employaient, s’accompagne d une acuité plus forte, et Denys d’Halicarnasse fixe en grec 1 élévation de la voix à une quinte. Ces témoignages de l’antiquité étaient une raison suffisante pour que l’on tentât au xvme siècle de découvrir dans notre langue des phénomènes analogues. Mais, en outre des causes qu’on énumérera plus loin, on se laissa égarer par les dénominations courantes : accent aigu, accent grave, accent circonflexe, signes graphiques qui désignent seulement des différences de timbre, et 1 on échoua.

L’abbé Scoppa 3 a résumé les idées de ses prédécesseurs immédiats; tous ont nié que le français pût égaler en beaute le grec ou le latin, parce qu’ils ne pouvaient reconnaître à notre langue un accent fixe qui dans chaque mot fit élever la voix sur une syllabe déterminée. L abbé d Olivet dans son Traité de prosodie recherche s’il y a des élévations et des abaissements réguliers de hauteur à des places invariables et répond par la négative. « J’ai consulté, dit-il, au défaut des livres, quantité de personnes qui parlent bien : elles sont convenues que notre langue ne connaissait point l’accent prosodique, c’est-à-dire des syllabes qui demandent d’être abaissées ou élevées. » J. -J. Rousseau, dans son Essai sur 1 01 igine des langues, appelle grammatical l’accent d’acuité et conclut de même : « Nous autres Français croyons avoir ces accents dans notie langue et nous n’en avons pas...; les langues modernes de l’Europe sont toutes plus ou moins dans le même cas; je n’en excepte pas même 1 italienne. » Labbé Batteux, écrivant ses Principes de la littérature, veut prouver que les mots ont des accents avec élévation et abaissement de la voix, il admet que l’accent aigu, signe graphique, détermine une hauteur plus forte, et il accorde que l’acuité ne peut trouver place que sur une seule syllabe de chaque mot, quelque long qu’il soit, mais il ne sait quelle est cette syllabe. C’est selon lui la pénultième, dans ardeur , fleuri, sommet, maison, et 1 antépénultième dans pressentiment, admirablement, religion.

1. Abbé Rousselot, Précis de prononciation française , p. 96-99.

2. Bourdon, Expression des émotions et des tendances dans le langage, p. 5;.

3. Abbé Scoppa, Des beautés poétiques de toutes les langues, considérées sous le rapport de l'accent et du rythme (1816).

MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET ACUITÉ DES SYLLABES

Ces erreurs des grammairiens sont explicables. L’accent musical est en effet soumis à de certaines instabilités dont on peut cependant rendre compte. Il y en a d’abord une qui ne fait point difficulté. Dans les mots terminés par une syllabe féminine (consonne + « muet), c’est la pénultième, non la finale, qui est tonique, et c’est par conséquent sur la pénultième que s’opère l’élévation de la voix. Le phénomène est absolument semblable ù celui que nous avons constaté pour la durée. En effet, pour les mots qui figurent dans notre précédent tableau, toutes les fois que 1. muet a été prononcé, nous nous trouvons en présence d’un schéma •O* ou O*.

ratnâsœ

akajœ

balâsœ

c py

âplœ

In)

CO

to

ON

kôtœ

somœ

Partout Ve muet marque une dépression musicale; en règle générale et presque absolue ', il ne peut supporter 1 accent d acuité.

Cependant le traitement de la syllabe féminine n’aurait point à lui seul égaré les grammairiens s’ils ne s’étaient aussi trouvés en présence de faits plus délicats. C’est qu’en effet la règle que nous avons donnée est seulement valable s’il y a suspension 2, et non terminaison du sens. I out

. vers enregistrés

1. Abbé Rousselot ( Précis de pron.franç., p. 99). L’auteur cite cependant un exemple où la syllabe féminine est la plus aiguë du mot. J ai rencontre dans les quelques cas semblables, mais très rares.

2. Il faut noter que la suspension est d’autant plus nette que dans la voyelle finale l’acuité maxima est plus éloignée de la consonne. Llle est moins sensible dans a disposition aiguë-grave :

twa

ye

l’alexandrin français

mot prononcé dans des conditions de déclamation différentes, c’est-à-dire considéré comme fin de phrase, se comporte autrement. L’accent d’acuité ne coïncide plus alors avec l’accent de durée, mais remonte d’une ou deux syllabes : on conçoit donc que l’abbé Batteux, regardant les

mots qu’il transcrit comme indépendants d’un ensemble, n’ait pas abouti à une classification satisfaisante : la hauteur musicale variait selon sa prononciation du moment; chez d’autres elle eût été différente. M. Bourdon 1 a précisé admirablement le phénomène dont il s’agit et nous reproduirons sa formule qui nous paraît excellente: « La cadence mélodique des phrases susceptibles d’en avoir une n’est pas chez tous ni toujours chez le même individu la même. De même que certains suppriment en signant la dernière lettre, d’autres les deux dernières lettres de leur nom, de même en parlant, certains, quand la phrase se termine par une chute de la voix, commencent à laisser tomber la voix sur la dernière syllabe, d’autres sur l’avant-dernière, d’autres plus tôt encore. »

Voici donc un petit nombre de groupes artificiels et de mots articulés comme s’ils constituaient une fin de sens. La distribution des hauteurs musicales, on pourra le constater, est celle que nous venons de définir. Nous ne donnons que des chiffres réduits (cf. tableau ci-contre). On peut lire que pour le groupe ababalm la voix s’élève de 380 v. s. sur la première syllabe, à 440 sur la seconde ; elle atteint son acuité maxima sur la troisième (460) pour s’abaisser sur la finale. Pour le mot balâsé le processus est quelque peu différent ; l’acuité maxima se rencontre à l’initiale et l’abaissement se fait par degrés jusqu’à la dernière syllabe.

Il ressort en outre de ce tableau que, si la fin de sens se manifeste par une chute de la hauteur musicale, la voix en s’éteignant ne tombe pas régulièrement sur la même note. D’autre part.

S. ni

S. iv

aba

ababa

abababa

afa

afafa

afafafa

balâsé

àplijikasyô

batây

batayô

kôïwayé

someyé

elle l’est davantage dans la disposition grave-aiguë :

SC

Page 1