VIII, K
On voit que dans ces deux alexandrins les combinaisons rythmiques sont identiques, que dans le premier, pas plus que dans le second, les mots ne conservent leur individualité : ils se combinent au contraire avec la même facilité de façon à laisser apparaître des sommets concordant avec les divisions du sens.
On se souvient d’autre part de la théorie formulée par M. Grammont touchant la syllabe féminine qui suit immédiatement l’accent temporel. Nous nous sommes efforcé de montrer que cette syllabe se rattache au membre métrique antécédent, et non à la mesure suivante, comme le veulent avec ce critique Lubarsch, Becq de Fouquières et Clair Tisseur. En d’autres termes, nous avons défendu les coupes suivantes :
Il se croise — les bras — en un calme — profond,
au lieu de celles-ci généralement adoptées :
Lote. — L’alexandrin.
Il se croi — se les bras — en un cal — me profond
(A. de Vigny.)
l’alexandrin 1-RANÇAIS
Or l’anal vse des hauteurs musicales confirme les résultats fournis par l’examen des durées : la syllabe muette, à l'intérieur comme à la fin du vers est liée intimement à la tonique précédente en vertu de la loi selon laquelle le sens est le principe générateur du rythme. Sans doute, ici encore, quelques exemples paraissent donner raison aux théoriciens précités, et quelquefois la progression mélodique a l’air de s’établir d’aiguë à aiguë :
Remettez-vous, monsieur, d’une alarme si chaude.
De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector.
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(XXIV, K 20.) t'or
(. Andr ., 12 A.)
Croit-on cependant que ces deux mots métriques -me si chaude et -ve d’Hector aient rien qui satisfasse l'oreille et l’esprit? Si l’on admet que, dans le premier vers, la treizième syllabe n est point separable de la douzième, pouiquoi la dixième le serait-elle de la neuvième ?
De plus, outre que le silence, quand il apparaît, ne peut jamais trouver place qu’ après la muette dont il s’agit, et jamais avant elle, la progression mélodique, dans un grand nombre de cas, appuie singulièrement les scansions proposées par nous. Soient donc ces deux vers :
Je ne rendais qu’à moi compte de mes désirs.
Et cinq petits enfants, nids d’âmes, y sommeillent.
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de
ka
mwa kô tœ dœ me
de lïr
(Ber., 13 C.)
sèk pce ti
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ni
dà
so
me )’(«’)
On notera que, dans le premier, la huitième syllabe, et, dans le second, la neuvième, se rattachent manifestement, non pas au dernier, mais à l’avant-dernier membre rythmique : c’est d’après ces exemples, on peut le supposer, que 1 oieille se guide dans les cas difficiles afin de laisser au sens ce qui lui revient légitimement.
Il n’est pas vrai non plus, quelque place quelle occupe, que la syllabe féminine, si elle est prononcée, constitue dans le rythme un élément négligeable. A l’intérieur du groupe métrique, elle a la même importance que les autres graves, et, comme elles, forme un des chaînons de la progression mélodique, sans qu’il y ait affaissement subit de la voix, puis élévation subséquente. A la finale de chaque pied, soit à la rime, soit
LE SENS ET LE RYTHME : LA PLACE DES ACCENTS
avant elle, elle n’apparaît point comme étant de nature spéciale, et tout ce qu’on en peut dire, c’est qu elle n est pas accentuée, sans plus. Deux alexandrins nous permettront de nous expliquer plus clairement :
Est-il juste après tout qu’un conquérant s’abaisse...
Tout s’en va. — Nous avons, depuis Philippe quatre...
til jus ta
pre
tu
liât
ko
ke
râ
sa
bè
Tu
sà va nu
la
vô
pïvi
Fi
pœ ka
( Atidr ., 5 A.)
trœ
Dans chacun d’eux la fin du vers est suspendue, et par conséquent la terminaison féminine reste plus aiguë qu’elle ne le serait s’il y avait conclusion. En confrontant la sixième syllabe du premier avec tel exemple (cf. tableaux généraux) où la rime serait en même temps diute de phrase, on se rendra compte que toute syllabe par laquelle s’achève un sens ou que l’on peut traiter comme telle, féminine ou non, est susceptible de s’abaisser jusqu’aux extrêmes limites inférieures de la voix sans que ce soit là un privilège spécial à 1 e muet. I oui nous borner cependant aux deux alexandrins cités, constatons que la finale treizième est égale ou supérieure en hauteur, dans le piemier, à six des autres syllabes, dans le second à neuf, dont l’une même est accentuée. Dans celui-ci enfin 1 antépénultième contribue à la progression r\ thmique dont elle fait partie aussi bien que toutes les autres graves du même groupe. Jamais en eftet la syllabe dite muette, située soit à 1 intérieur des hémistiches soit à la rime, ne reçoit un traitement qui révèle chez elle une infériorité de nature : elle compte autant que les auties atones du vers toutes les fois qu’elle est prononcée.
Ceci une fois établi, nous pouvons maintenant revenir au rôle que joue le sens dans la détermination du rythme musical et répéter que les accents d’acuité, exception faite pour les fins de phrase, les modifications dues à l'effort oratoire et quelques cas particuliers dont il seia parlé plus loin, coïncident régulièrement avec une division nette de la pensée.
Il s’ensuit que le mouvement ondulatoire dont nous avions découvert l’existence dans les formations artificielles du type apapapa se maintient peu ou point dans le vers. Mélodiquement comme temporellement, il se peut qu’il soit primitif et naturel au langage, mais il ne se manifeste avec fréquence que sous une seule condition : c’est que le même groupe se répète indéfiniment sans nécessité d expression particulière. Alois la voix cherche des points d’appui, et, comme le sens ne les lui offre point, elle les crée selon un schéma très simple, par 1 alternance de 1 accent.
Au contraire, du moment que les sons articulés ont une signification particulière, les sommets d’acuité ne tombent plus sur les s\llabes selon le même principe ; ils choisissent les places qu’ils occupent afin de faire coexister l’effort de la parole avec les temps principaux du texte. Le rythme musical de l’alexandrin est donc avant tout, si l’on peut dire, un rythme d’intelligence : il ne saurait être, dans ses dispositions principales, un dessin tout fait et préexistant au texte, qui se soumettrait les divers membres de la phrase au lieu de se modeler sur eux.
Donc, si l’accent musical est uniquement conditionné par le sens, — ce qui est vrai même dans les conclusions, puisque là encore c est 1 idée qui règle la modulation de la voix, — il peut se rencontrer à n’importe quelle place de l’alexandrin, toutes les fois que la pensée exprimée pai les mots lui offre un point d’appui suffisant. On rencontre donc les cas ci-après : i° La première syllabe porte un accent.
l’alexandrin français
Il peut en être ainsi du fait de l’enjambement, lorsque le rejet est d’une seule syllabe :
j’ai déjà
Su comment votre main divine protégea. . .
je de ja
Su ko
mâ vo
trœ nie
di
nœ pro
te
ja
(Enj., I, 1-2.)
Le plus souvent le début du vers est indépendant de la rime antécédente, et le temps marqué, au lieu d appartenir à un groupe îythmique étendu, comme dans le précédent exemple, tombe sur un monosyllabe isolé ou sur l’initiale d un trochée musical :
Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain. Porte, porte chez lui cette mâle assurrance...
Mœr si
fô mu
rir à si
to yè ro
ml
Pàr
pàr
liui
se t(œ)
mâl
a su râ s(œ)
(Cm., 7 J.)
2° La seconde syllabe porte un accent.
C’est une des coupes les plus fréquentes, ainsi que les deux suivantes. Nous donnerons ces exemples :
Apprends que mon devoir ne dépend pas du sien. Seigneur, dans cet aveu dépouillé d’artifice...
A prâ
kœ mô
vu) a r nœ
de
pà
du sye