GRAVES ET AIGUES — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FEMININES
formé, les graves, considérées à partir de la première, s’élèvent le plus souvent par un mouvement continu ; hors les accidents dus à l’emphase, et si on les considère par rapport à l’accent, elles ne présentent jamais une hauteur décroissante.
Ainsi donc les formations mélodiques, nous l’avons déjà fait remarquer, sont identiques aux formations temporelles. La cause en est que, comme celles-ci, elles sont conditionnées par la construction grammaticale du vers, de telle sorte que les temps marqués tombent sur les arêtes du sens. C’est là une règle impérieuse et, on peut le dire, malgré un petit nombre de dérogations, absolue. Le texte détermine automatiquement la position des accents musicaux, du moins dans une déclamation simple, et ces accents, groupant certains éléments de la phrase, les dissocient de certains autres, selon l’ordre de la pensée et l’importance des parties constitutives. Le hasard dans l’enchaînement des syllabes, l’arbitraire dans le choix des places où doivent tomber les crêtes d’acuité auraient pour résultat de rendre le vers inintelligible et insupportable à l’oreille.
Il suit de là que les observations faites à propos de la durée trouvent leur application dès qu’il s’agit de la hauteur musicale. D’abord au point de vue des alexandrins composés de monosyllabes : ils ne se distinguent nullement des autres, et la disposition typographique du texte imprimé ne saurait empêcher le sens d'exercer ses droits. Que l’espace compris entre deux rimes soit comblé par douze mots ou seulement par quatre, peu importe : ou du moins les douze mots écrits ne resteront pas douze dans la parole, mais ils se grouperont toujours selon leurs affinités intimes de façon à composer des pieds métriques. Il n’y a aucune différence entre ce vers :
Le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon cœur,
et cet autre :
Le vrai peut quelquefois n’ètre pas vraisemblable,
sauf que le premier est de terminaison masculine, et le second de rime
syèl
ne pa
pl
u pür kœ
vrè
kel
fwa ne
féminine. Les graphiques donnent en effet ces chiffres :
fô
mô