LES HAUTEURS COMPARÉES
« Le vers, écrit un contemporain \ est tout. Dans l’imitation de la Nature, aucun instrument d’art n’est plus vif, plus agile, plus aigu, plus varié, plus multiforme, plus plastique, plus obéissant, plus sensible, plus fidèle. Plus compact que le marbre, plus malléable que la cire, plus subtil qu’un fluide, plus vibrant qu’une corde, plus tranchant qu’une épée, plus lumineux qu’une gemme, plus embaumé qu’une fleur, plus caressant qu’un murmure, plus terrible qu'un fracas, le vers est tout et peut tout. Il peut rendre les moindres sentiments et les sensations les plus infimes; il peut définir l’indéfinissable et dire l’ineffable; il peut embrasser l’illimité et pénétrer l’abîme; il peut avoir des dimensions d 'éternité ; il peut représenter le surhumain, le surnaturel, le merveilleux; il peut enivrer comme un vin, ravir comme une extase; il peut dans le même moment posséder notre intelligence, notre esprit, notre corps, il peut enfin rejoindre l’absolu ».
Dans cette page brillante et enthousiaste, quoique un peu chargée, M. d’Annunzio, l’illustre romancier italien, a seulement oublié d’attirer l’attention sur les qualités mélodiques de la poésie. Ce sont peut-être celles qu’elle possède au plus haut degré, car elle est avant tout une phrase musicale tantôt passionnée, tantôt contenue ; elle connaît des intervalles immenses et d’autres qui sont réduits ; la voix tantôt s’élève par des modulations éclatantes ou s’étouffe sur des sons assoupis. Nous voudrions montrer dans ce chapitre comment chante levers, comment il passe des intonations aiguës à celles qui sont monotones ou graves, de quels éléments enfin est faite sa musique. Ceci revient à étudier comparativement les hauteurs, d’abord la hauteur maxima, puis la hauteur minima, enfin l’écart existant dans un même alexandrin entre la note la plus élevée et
la note la plus basse.
Nous fonderons toutes nos observations sur nos tableaux généraux. On y trouvera pour chaque morceau et pour chaque sujet, vers par vers, d’abord le nombre de vibrations le plus considérable, puis le nombre de vibrations le plus faible, en chiffres calculés selon les mesures prises directement sur nos tracés. Quant aux intervalles des tons, ils ont été indiqués d’après le travail de Kônig dont il a déjà été parlé.
i D’Annunzio, il Piacere, p. 179 : « Il verso è tutto. Nella imitazione délia Natura nessuno istrumento d’arte è più vivo, agile, acuto, vano, moltiforme, plastico, obediente, sensibile fedele. Più compauo del marmo, più malleabile délia cera, più sottile d’un fluido, più vibrante d’una corda, più luminoso d’una gemma, più fragrante d’un flore, pm radiante d’una spada, più flessibile d’un virgulto, più carezzevole d’un murmure, più terribile d’un tuono, il verso è tutto e puô tutto. Puô rendere 1 minimi mou del sentimento e i minimi moti délia sensazione ; puô definire Pindefinibile e dire rincffabile ; puô abbracciare l’illimitato e penetrare l’abisso ; puô avéré dimension! d etermta; puô rappresentare il sopraumano, il sopranaturale, l’oltramirabile ; puô inebriare conte un vino, rapire corne un estasi ; puô ne’ tempo medesimo possedere il nostro intelletto, il nostro spmto, il nostro corpo ; puô in fine raggiungere l’Assoluto. »
HAUTEUR MAXIMA : MOTS PATHÉTIQUES ET IMPORTANTS