‹ Études sur le vers françaisChapitre 143 sur 214 · XXI, K · texte numérisé non relu

XXI, K

mwa mêm a ta ru i n(œ)

( Cid , 22 C.)

prè trœ

LJC fa be ni de bwa sa kré de \ar brœ

Le premier et le troisième de ces alexandrins sont de Corneille, le second et le quatrième de Hugo. Les deux premiers portent à la sixième syllabe un temps marqué secondaire, élévation de la voix intervenant à l’intérieur du groupe rythmique et semblable à celles que l’on peut rencontrer en tout endroit du vers. Chaque fois cet accent accessoire coïncide avec un léger allongement qui interrompt à la même place la progression des durées et qui, dans le premier exemple, nous est garant, par sa faiblesse même, que le frappé principal se trouve sur le mot âme. Le sujet

a donc voulu couper :

La mort — emportera mon âme — vers la tienne.

Au contraire les deux derniers vers sont dépourvus de tout accident de hauteur à la sixième syllabe, comme ils le sont également de tout accident de durée. La similitude est encore complète.

Sans doute les faits que nous venons d’exposer se manifestent plus rarement dans l’alexandrin classique que dans l’alexandrin romantique, puisque les poètes du xvne et du xvme siècle se sont efforcés de taire coïncider le milieu du vers avec un fort arrêt de sens. Sans doute 011 peut penser que le sujet qui déclame, dans l’espèce C, a peut-être usé de quelque violence envers le texte de Corneille. Il n’en est pas moins vrai que, dans des cas semblables, une telle diction est aujourd’hui possible, et que, si les syllabes placées en deçà et au delà de la sixième offrent un arrêt plus convenable, l’effort de la voix s’y transporte sans hésitation. Concluons donc et répondons hardiment à la question posée : il ny a, au point de vue des accidents musicaux, aucune différence essentielle entre le vers classique et le vers romantique, puisque 1 un et 1 autre peuvent revêtir dans la déclamation les mêmes formes. Dans l’un et l’autre en effet ce sont les mêmes groupes rythmiques, les mêmes combinaisons d’aigues et de graves; l’accent, loin d’être lié à certaines syllabes, est complètement libre, sans limitation de place, et se laisse uniquement détei miner pai L sens.

Lote. — L' alexandrin .

Page 1