Guyau, L'Art au point de vue sociologique , p
HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHETIQUES ET LES SUSPENSIONS
Mais, Seigneur, en
Me
se
née
un jour, ce serait trop de joie. . .
jiïr
re
trâ
jwa
(Andr.,
G néglige les mots à valeur ironique pour accorder un relief particulier au terme important où se marque ce qu aurait d exorbitant le triomphe de Pyrrhus. J au contraire, par un mélange de raillerie et de colère, fait monter sa voix sur la syllabe initiale du eers.
D’autre part, un terme exclamatif et un élan passionné peuvent se trouver en contact. Si le texte admet une expression atténuée et qu il s agisse de rendre une émotion contenue, l’atténuation portera toujours sur l’exclamation, comme on en peut juger en comparant les accents d acuité :
Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?
Di nœ vu
dre tu
pa vw'ar
ne
huai
0 fô 320 280-340
(Hem., 22 A.)
Partout ailleurs la déclamation la plus ordinaire laisse la prédominance à l’élément le plus véhément du vers, c est-à-dire à lapostiophe
Enfin un même alexandrin peut contenir à la fois un mouvement pathétique et une suspension de sens. Alors 1 ardeur de la passion 1 emporte généralement sur la coupe de la phrase et renverse parfois totalement les rapports qu on attendait. Nous citerons ce passage .
Je sais ce que l’honneur après un tel outrage,
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage : (Çid, 5-6.)
C attaque le premier vers avec chaleur, et par conséquent sur des notes aiguës ; il s ensuit que la voix descend ensuite pour regagner son médium mais alors la syllabe de la rime ne l’emporte plus sur aucune de celles qui la précèdent :
Jœ si sœ kœ lo nder a pre Zpe tel u
Ailleurs l’élément pathétique ne produit point des effets aussi complets, mais la suspension de sens demeure affectée d une hauteur musicale moindre \
Cependant, dans tous les alexandrins que nous avons cités au début de ce chapitre, on pourrait, semble-t-il, rencontrer un certain nombic d’exceptions à cette règle. En réalité, ces exceptions se réduisent le plus souvent et s’expliquent de façon très simple.
Ira j(œ)
1. Voici des exemples d’exclamations et d’élans pathétiques juxtaposés. Avec atténuation de l’exclamation : Cul, 13 et 17 Bei., 8 et 19 atténuation : Hem., 5 G R — Andr., 7.
2. On peut indiquer : Cin., 5 — Bèr., 2-6-17-18-22-26-27 — Andr., 1-2-7 — R.B., 1 — P. G., 18.
Hem., 15 — R. B., 18. Sans
l’alexandrin français
Ou bien en effet l’on est en présence d’une déclamation comme la suivante :
D’un héros qui n’est point esclave de sa foi.
Dà e rô ki ne pwè tes Ma z(œ) dœ sa fzua
(. Andr ., 16 J.)
Le dernier accent du \ers est plus aigu que le premier. Lun et 1 autre toutefois ont un caractère pathétique, faible peut-être, mais réel, puisque c’est l’emphase ironique qui soutient la syllabe de la rime où l’on devrait constater, dans une diction normale, une chute de la voix. L’un ou l’autre de ces temps marqués peut donc être dominant.
Ou bien la suspension de sens l’emporte seulement parce que tel sujet n’a accordé aucune importance aux mots que d’autres mettent en relief. O11 comparera dans cet exemple les interprétations de G et de R :
Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père...
Si
kel
ko
trœ
ma
ma
ve
ra
mô
pè
wj
(Cid, 14.)
G n’a pas vu l’argument marqué par le mot autre ; R au contraire l’a parfaitement noté : on en constate les conséquences '.
Mais le conflit peut exister d’un vers à l’autre.
Premier cas : deux vers suspendus se suivent. Si l’un seulement renferme un élément pathétique, il aura en même temps l’acuité maxima la plus forte :
Enfin tout ce qu’adore en ma haute fortune D’un courtisan flatteur la présence importune. . .
tu
s(œ) ka
dôr
ma
6 i(oè)
for
tu n(cè)
1 . On trouverait un exemple d exception réelle ; soit au v. 4 de R. R. (J), soit au v. 23 de Ber. (J). Nous transcrirons ce dernier alexandrin :
Ke
Quelle honte pour moi, quel présage pour elle... t(œ) pur mwa kel pre
\à j(fi 0 Pu
ré l(a ’)
En comparant le premier et le second temps
marqué, on voit que J a voulu mettre en relief l’exclamation ; cependant la coupe finale l’emporte.
HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHETIQUES ET LES SUSPENSIONS 247
Dœ kür ti là fia tœr la pre fis c par tu nœ
(f in., II, 5-6 J.)
Le mot important par lequel s’annonce le dernier terme de l’énumération se trouve au début du premier alexandrin. I J R le font ressortir, comme il est naturel. Les trois graphiques présentent les mêmes rapports.
Si au contraire les deux vers suspendus consécutifs contiennent un élément pathétique, l’un ou l’autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. Tout dépendra de leur valeur significative comparée, de la gradation que les sujets pourront établir de l’un à l’autre. Les déclamations pourront être unanimes ou divergentes :
Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre.
Si je t’ai fait parler, si j’ai voulu t’entendre,...
Mô kœr
mo
ma nœ
vye
pà
rà
drœ
OO
Si jœ
te
fè
par
lé
si
tà
tà
drœ
GO
rv~\
OC
(Bér., 2-3.)
Dans cet exemple, C et G reconnaissent qu’il y a au premier vers un mot pathétique, au second un élan de passion, mais ils sont divisés sur leur importance respective 1 . Ailleurs les dictions sont concordantes. La prédominance de la coupe de sens sur le mot de passion est rare 2. On serait tenté de la reconnaître dans ce passage :
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable et qu’on pressure encor... (R. B., 37-38 E.)
mais cette dernière suspension elle-même n’est pas pure de toute véhémence oratoire. L’élévation de la voix a pour but de faire attendre et de rendre plus brutale la. fin de la période :
A sué quatre cent trente millions d’or.
1. On se reportera également aux passages suivants pour les déclamations qui répondent à la définition donnée : Cùt, 22-23 — Ber., 2-3 — ib., 10-11 — ib., 22-23 — Andr., 1-2 — ib., 5-6, etc. Dans l’exemple transcrit (Bér., 2-3), la suspension est évidente au premier vers, malgré la ponctuation.
2. Il faut bien entendu que le mot de passion soit aperçu et traité comme tel. D’une façon générale, il faut indiquer que si de deux vers suspendus consécutifs le premier seulement contient un élément pathétique, le relief accordé au groupe rythmique important détruit le rapport de dépendance étroite établi par le sens (Andr., 11-12 et P .G., 5-6).
l’alexandrin français
Deuxième cas : deux vers à sens complet se succèdent. Les constatations sont les mêmes. Ou bien l’un seulement laisse apparaître un élément pathétique : c’est alors lui qui possédera en même temps l’acuité maxima la plus forte. Ou bien au contraire tous les deux répondent à cette définition : alors l’un ou l’autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. L’évidence est telle, d’après la précédente discussion, que les exemples ne sont pas nécessaires.
Troisième cas : un vers suspendu est suivi d’un vers qui termine une période. Si le premier seul renferme un mot de passion, il n’y a pas de difficulté et l’on retombe dans la règle générale : la fin de phrase est affectée de la hauteur maxima la plus grave. Si tous les deux contiennent un groupe rythmique que la voix met en relief, il en est encore de même, puisque l’alexandrin où s’achève le sens est par ce fait même en état d’infériorité par rapport au précédent.
La seule éventualité qui mérite de nous retenir est celle où la fin de phrase seule possède un élément pathétique. Généralement la conclusion opère une réduction sur tous les groupes rythmiques placés avant la rime, et la suspension est dominante, malgré le mot important souligné par nous dans la liste ci-après :
Tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien; || Mais aussi, le faisant, | tu m’as appris le mien.
Et cet affreux devoir, dont l’ordre 111’assassine, || Me force à travailler moi-même | à ta ruine.
Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi ; j|
Je me dois, par ta mort, | montrer digne de toi.
(Cid, 7-8.)
( ib ., 21-22.) (;L, 27-28.)
De mon aimable erreur je fus désabusé : ||
Je sentis | le fardeau qui m’était imposé; (#§-., 16-17.) 1
Nous reproduirons pour le premier exemple la déclamation de J. Elle permettra de se
rendre compte du phénomène décrit :
Tu
na fè
vwàr
no m(œ)
dœ by'e
CO
ON
Me
7vo si
tu
ma
la
pri
lœ mye
CO
Les exceptions sont très rares. Nous en avons rencontré une seule :
Et dès le premier mot | ma langue embarrassée | Dans ma bouche vingt fois || a demeuré glacée.
Chez R la conclusion n’a pas réussi à éteindre l’acuité du mot important :
dê
prœ
mye
mô ma
Jàg
ba
ra
sé (a’)
1. Les exemples seraient très nombreux. Pour que la règle s’applique, il faut cependant : 1° que les sujets maintiennent la succession indiquée par nous (suspension — chute de phrase), 2° que le graphique indique leur intention nette de donner un certain relief au mot important. Pour en juger on se reportera aux tableaux généraux où nous avons consigné
nos lectures.
ma
HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHETIQUES ET LES SUSPENSIONS
Dà
bu
vè
fiva
re
gla
sé (<r)
(Ber., 30-31.)
Quatrième cas : un vers suspendu succède à un vers à sens complet. Il n y a point de difficulté. Si l un deux seulement contient un élément pathétique, il possède en même temps l’acuité maxima la plus considérable '. Si tous les deux appellent, sur l’un quelconque de leurs groupes rythmiques, un relief particulier de la voix, l’un ou l’autre peut laisser apparaître l’accent dominant. Presque partout, la suspension de sens est primée par le « mot de passion ». On comparera, pour la dernière succession indiquée, la déclamation de G aux vers 22-23 de Bérénice 1 2 avec celle de J aux v. 14-15 du Cid :
Rome observe aujourd’hui ma conduite nouvelle.
Quelle honte pour moi, quel présage pour elle,...
ce
Rom
op
sir
vo
jur
düi’i
Ke
pur
mwa
kel
pre
ma
ko
dwi
t(ce) nu Pè lœ
UJ
CN
la
pu
ré
(Bér., 22-23.)
Hélas ! ton intérêt ici me désespère :
Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père,. . .
las
ne te
è ti
si
de
ses
Pi
rr'N
cr.
kel
ko
trœ
ma
ma
ve
ra
mô pè rœ
'Sf
(Cid, 14-15-)
Cinquième cas : un alexandrin suspendu succède à une fin de phrase. La question n’a d’intérêt que si la conclusion seule renferme un élément pathétique. Alors la règle est qu’elle présente une hauteur maxima moindre que l’alexandrin dont elle est suivie. Il n y a qu une seule exception .
aux nageoires d’argent,
Ce n’est qu’un point; c’est grand deux fois comme la chambre. Or la nuit, dans l’ondée et la brume, en décembre,...