‹ Études sur le vers françaisChapitre 157 sur 214 · HAUTEUR MINIMA : RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX · texte numérisé non relu

HAUTEUR MINIMA : RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX

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2° Deux vers à sens complet se succèdent. Il en est comme dans le cas précédent : l’un ou l’autre, indifféremment, peut présenter la hauteur minima la plus réduite. Soient ces deux alexandrins :

Le temps de respirer et de voir seulement.

Tout s’est éteint, flambeaux et musique de fête. (Hem., 23.)

E et G laissent tomber la voix à la rime; au regard du contexte, l’indépendance de chacun de ces vers est donc absolue. Or les chitîres sont :

v. 2 E = 200, G = 260; v. 3 E = 240, G -= 240. Pour E, le v. 3 l’emporte ; pour G, c’est le v. 2.

30 Un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. En ce cas la conclusion est affectée de la hauteur minima la plus basse.

C’est assez naturel, puisque, nous l’avons vu, la fin de phrase exerce une réduction générale sur tous les groupes rythmiques dont elle est

immédiatement précédée. La règle est confirmée par le plus grand nombre des exemples, comme celui-ci :

Crois qu’il m’en a coûté, pour vaincre tant d’amour,

Des combats dont mon cœur saignera plus d’un jour. (Bér., 8-9.)

On trouve en effet : v. 8 C = 220, G = 260, J = 280, R = 260; v. 9 C = 200, G = 240, J = 200, R = 220. L’unanimité est très nette.

Sans être confirmée, la règle n’est du moins pas infirmée lorsque la hauteur minima demeure identique dans les deux vers consécutifs. Soient ces deux alexandrins :

Soyez flétris devant votre pays qui tombe,

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe. (R. B., 8-9.)

On trouve v. 8 J =220, R 200; v. 9 J = 220, R 200, tandis que la note la plus grave s’abaisse pour E de 240 à 200, pour G de 280 à 260 v.s.

Les exceptions réelles sont seulement au nombre de dix dont voici le catalogue : Cid, 12 C — Bér., 16 R — Aiidr., 8 A; 19 A; 21 A ;

30 A — R. B., 13 J; 19 E — P. G., 27 R; 38 G. C’est assurément peu de chose.

40 Un vers suspendu fait suite à un vers à sens complet. C’est celui-ci qui possède la note la plus grave, puisque lui seul contient une chute

de sens :

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.

Le logis est plein d’ombre, et l’on sent quelque chose. . .

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

Les chiffres sont v. i B — 140, E = 200, G = 200, J = 160, R = 200; v. 2 B = 180, E = 260, G = 240, J = 220, R - 240. Il faut cependant signaler quelques exceptions : Cin . , I 11-12 J, Bér. 17-18 G J R , Hem. 10-11 G, R. B., 31-52 G, soit six en tout. Il semble qu’elles soient provoquées, dans l’alexandrin à sens complet, par la présence d’un élément pathétique qui modifie les rapports ordinaires.

50 Un vers suspendu succède à une fin de phrase. C’est la fin de phrase qui contient la note la plus grave, puisqu’elle se termine par une chute de la voix :

...Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse . . . ( Andr ., 4-5.)

On trouve en effet : v. 4 A = r6o, F = 160, G = 200, I = 200, J = 220; v. 5 A = 180, F — 240, G= 300, 1= 260, J = 240.

Parfois la hauteur minima se maintient d’un vers à l’autre, sans que ce fait infirme d’une façon décisive la règle posée. Les seules exceptions réelles sont celles-ci : Cid, 10 R et 25 J; Andr., 20 A et 3 1 A; Bér., 18 R; Hem., 13 A; R. B., 8 J, 10 G, 25 E J, soit un total de dix, ce qui n’est pas considérable.

Tout ce que nous venons de dire prouve sans conteste ce que nous avancions plus haut, et montre que la hauteur minima, si on la compare avec l'acuité maxima, joue un rôle peu important dans la mélodie du vers. En effet, ce 11’est point par elle que se marquent les divisions du texte. Si elle permet parfois de distinguer la coupe de sens de la conclusion, elle n’a point toujours ni partout ce pouvoir, et elle peut être identique dans une suite de plusieurs alexandrins. On le notera dans ce passage de Rny Blas :

Le peuple misérable et qu’on pressure encor

A sué quatre cent trente millions d’or. (R. B., 38-39.)

Pour E la voix ne descend pas plus bas que 280 v. s. dans ces deux vers, sans que l’un d’eux, à cet égard, l’emporte sur l’autre. L’accent le plus aigu est au contraire de 620 v. s. dans le premier, et de 440 v. s. dans le second. C’est donc surtout par la hauteur maxima que l’on fait sentir si la phrase se suspend ou s’affaisse. A peine dans certains cas peut-on reconnaître une certaine hiérarchie dans les notes les plus graves. Aux exemples déjà cités, nous pouvons en ajouter encore un, celui-ci assez intéressant. Le voici :

Dis, ne le crois-tu pas, sur nous, tout en dormant,

La nature à demi veille amoureusement. {Hem., 5-6.)

Le sujet J a laissé tomber la voix sur chaque rime, sur la première par suite d’un effort oratoire, sur la seconde parce que le sens est réellement terminé : pratiquement les deux vers ont l’air d’être indépendants l’un de l’autre et sont traités chacun comme un tout complet. Cependant J a eu soin de faire coïncider la hauteur minima la plus basse avec la fin de phrase grammaticale, et l’oreille ainsi que l’esprit sont satisfaits. On trouve en effet v. 5 = 200, mais seulement sur une consonne intérieure, et v. 6 180, cette fois sur la voyelle finale. Nous transcrirons les mesures obtenues :

Di nœ læ

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l’intervalle des tons : RAPPORTS des vers entre eux

De plus, moins sensible aux coupes suspensives, la hauteur minima se laisse aussi influencer assez peu par les éléments pathétiques contenus dans le vers. Notons enfin que, à l’encontre de l’opinion avancée par quelques-uns, la voix ne descend pas, au tcime des périodes, su! une note toujours identique. M. Bourdon l’avait déjà indiqué en des termes excellents qu’il est convenable de répéter « A la fin des phrases énonciatives et en général des phrases réellement terminées, écrit-il, il y a chute de la hauteur comme de 1 intensité de la voix... O11 a pi étendu que, quant à la hauteur, la voix tombait, en finissant, toujours sur la même note. Il y a là, à notre avis, une légère cireur, la voix tend simplement vers l’annihilation plus ou moins complète, selon que 1 idée est plus ou moins achevée... Si 1 on prend une phrase isolée, le tait alois est que l’on tend vers l’annihilation complète et de 1 intensité et de la hauteur. J ai fait sur ce point un assez grand nombre d expériences qui toutes m’ont conduit à cette conclusion : la voix tombe en finissant une phrase isolée de plus en plus vers la note la plus basse qu’elle puisse donner... La chute des hauteurs, quoique soumise à certaines lois, présente des variétés individuelles... De même qu il en est qui abrègent plus leurs signatures que d’autres, de même certains laissent plus vite tomber leur voix que d autres. »

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