‹ Études sur le vers françaisChapitre 163 sur 214 · On comparera par exemple : P .G., 1 et P .G., 38 B · texte numérisé non relu

On comparera par exemple : P .G., 1 et P .G., 38 B

l’intervalle moyen des tons dans les morceaux enregistres

L’intervalle des tons est : v. 34= 3, v. 35=3 !/b- Le premier alexandrin doit son infériorité mélodique à l’absence d’une suspension importante.

Nous venons d’établir l’identité des conditions nécessaires, dans les variétés a bc d, pour que la règle posée reçoive son application. Réunissons donc en un seul groupe ces quatre catégories, et demandons-nous quelle est la coupe suspensive sultïsante pour que 1 effet soit produit. La îéponse à cette question est simple et résulte de constatations toutes pratiques. Il suffit d’examiner les accents d acuité de chaque alexandiin et de mesurei l’écart qui existe, en vibrations simples, entre le plus aigu et le plus grave. Il apparaît qu’une différence de 80 v. s. constitue le point critique pour les voix semblables à celles de nos sujets.

On peut donc dire, en complétant et en corrigeant la règle formulée plus haut, que tout vers contenant à la fois une coupe de sens et uneconclusion, présente un intervalle mélodique plus considérable que ceux purement suspendus dont il est encadré, si la différence entre le plus aigu et le plus grave de ses temps marqués musicaux dépasse 80 v. s. Cet intervalle mélodique est au contraire moins grand si la différence est inférieure à 80 v. s. Enfin, il est tantôt plus considérable, tantôt moins considérable quand la différence est égale à ce nombre.

Si l’on admet ce critérium, tout s’éclaire. Les variétés abc possèdent presque toujours la suspension de sens suffisante que nous venons de déterminer, et sur 13 exceptions, 11 s’expliquent par le fait que l’écart entre les accents d’acuité n atteint pas 80 v. s.

Pour la catégorie d, nous avons noté 133 cas où le vers fin de phrase échappe à la règle posée d’abord : c’est que le plus généralement dans de tels alexandrins la différence entre les temps marqués égale ou n’atteint pas 80 v. s., ce qui se vérifie pour 128 exemples sur 133.

Par contre, toujours pour la même catégorie, 53 vers se conforment à ladite règle : 39 d entre eux présentent en effet entie les deux accents pris pour base du calcul un écart qui égale ou dépasse, et même parfois de beaucoup, 80 v. s.

Il reste donc un résidu total 1 de 2 exemples pour les variétés a b c, de 5 exemples pour le type d lorsqu on attendrait un déplacement de la \ oix plus considérable, de 14 pour le même type d lorsque l’intervalle mélodique devrait être réduit. La cause de ces exceptions detnièies, dont la somme se restreint au nombre insignifiant de 21 sur plusieurs centaines de cas, réside dans la nature même ou dans le traitement du veis qui précède ou qui suit telle ou telle exception.

Pour les alexandrins aberrants des catégories abc et pour 5 exemples de la catégorie d, elle est dans la piésence, au \eis antécédent ou subséquent, d’une coupe suspensive de sens très forte ou d’un élément pathétique d’une rare puissance par rapport à la hauteui minima de ce \eis. Alors il est possible que la différence des accents d’acuité, même quand elle dépasse 80 v. s., ne produise plus son effet. loin les 14 derniers exemples de la variété d, la cause est inverse : la coupe suspensive du vers antécédent ou subséquent est extraordinairement faible, ou bien la hauteur minima en est très haute, et il arrive ainsi que dans l’alexandrin de conclusion un écart insignifiant entre les temps marqués suffise a produite un intervalle mélodique supérieur.

Mais tous les rapports que nous venons de commenter peuvent s’établir selon des modes divers. L écart des tons, pour 1 ensemble d un même morceau, peut être extrêmement réduit, évoluer par exemple de 1 à 3 '/2 (C/ti a), ou au contraire se mouvoir dans des limites plus amples, de 1 Yî à 7 [/.2, comme c’est le cas pour G dans la scène d'Hernani enregistrée. Il y a par conséquent des poèmes à modulations étendues et des

1. Voici le détail de ce résidu : Catégories abc : Andr., 5 A (diff. 140 v. s.) — ib., 15 A (100) — Catégorie d : ib., 20 F (160) et J (220), 32 I (120) Bei 19 J (120) — Cid 12 C (160). Pour tous ces exemples, l’écart est moins grand qu’on ne l’attendrait. Pour les cas suivants, au contraire, 1 écart des tons est plus considérable que ne le veut la règle : Cin., I, 6 i (40) — Cid, 16 C (60) et J (60) — ib., 8 G (60) — Ber., 3 1 C (40) — ib., 17 C (60) — Hem., 24 E (40) et G (60) — P . G., 3 3 G (60) — ib., 1 5 G (40) — ib., 7 B (40), G (20), J (60) et R (égalité d’accents).

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

poèmes à modulations restreintes. Ne peut-on déterminer pour quelles causes la voix chante davantage dans certains fragments et chercher si la musique du langage subit l’influence des sentiments exprimés par la poésie ? C’est ce que nous allons tenter.

On pourrait essayer d’en juger d’après le tant pour cent des vers dans lesquels la voix atteint ou dépasse l’octave. Mais ce procédé ne serait pas d’une sensibilité suffisante et les résultats ne seraient pas concluants, car on négligerait ainsi les écarts de 5 tons et de 5 tons et demi, relativement considérables, sans atteindre les différences essentielles. Le mieux est donc de calculer pour chacun des morceaux inscrits les intervalles mélodiques moyens. L’opération est simple : il suffit d’additionner tous les chiffres fournis par nos tableaux d’ensemble et de diviser le résultat obtenu

par le nombre des vers. On peut ainsi dresser le tableau suivant :

Sujet

Hernani

Andromaque

Andromaque

Sujet

Cinna, II

Sujet

China , II

Les Pauvres Gens

Bérénice

Bérénice

Le Cid

Hernani

China, I

Cinna, I

Sujet

Hernani

Le Cid

Les Pauvres Gens

Andromaque

Ruy Blas

Ruy Blas

Sujet

Hernani

Sujet

Bérénice

Le Cid

Les Pauvres Gens

Andromaque

Le Cid

Bérénice

Cinna, II

Les Pauvres Gens

Hernani

Ruy Blas

Cinna, I

Sujet

China, II

Ruy Blas

Cinna, I

L’ordre des successions

11’est pas le même

que pour

la hauteur maxima moyenne,

et il ne saurait en

être autrement,

puisque, nous

l’avons

suspension de sens ou le mot de passion ne suffisent pas toujours à déterminer l’intervalle mélodique. Cependant les résultats obtenus ne sont pas très différents.

Comparativement aux autres morceaux, la scène d ’ Hernani, pour tous les sujets (sauf pour R) est un de ceux qui exigent les déplacements de la voix les plus réduits. Même remarque pour le discours de Titus, dans Bérénice, et pour le second fragment de China. En général, le début des Pauvres Gens (sauf pour G) réclame des modulations sans grande ampleur, mais qui s’accordent le plus souvent — trois fois sur quatre — avec la hauteur maxima moyenne. Les sujets sont divisés dans le passage du Cid, mais ils sont à peu près unanimes dans les morceaux d’ Andromaque (sauf G), de Ruy Blas, et dans le premier fragment de China. Là l’étendue tonale est très importante, et l’organe se meut dans des limites élargies.

La raison en est simple, et pour la dégager, il suffit de considérer les oppositions extrêmes. On constate qu’il y a, d’une part, trois passages où les écarts musicaux se resserrent ; Hernani, Bérénice, China, II, que, d’autre part, dans les tirades d’ Andromaque, de Ruy Blas et de China, I, la mélodie de la parole est beaucoup plus développée. La conclusion s’impose d’elle-même. Toutes les fois, peut-on dire, qu’il s’agit de rendre un sentiment contenu ( Hernani ), une détresse morale ( Bérénice ), ou de traduire la majesté paisible d’une âme sereine et forte (China, II), l’intervalle des tons se restreint. Mais qu’au contraire la passion s’exhale, véhémente et injurieuse, qu’elle s’épande en invectives ou en exhortations impétueuses.

l’intervalle moyen des tons dans les morceaux enregistrés

alors la voix, procédant par bonds et par élans, saura monter jusqu’aux notes les plus aiguës pour retomber ensuite sur les notes les plus graves, et de ce mouvement naîtra une modulation ample et chaude 1 où le texte prendra toute sa valeur.

Nous avons donc analysé la musique de l’alexandrin et montré de quelles conditions elle résulte. Nous avons fait la part de ce qu elle doit a la composition des phrases et à la place que l’alexandrin occupe dans la période. Nous avons aussi prouvé qu’elle dépend de l’inspiration du poète, des sentiments qui l’animent ou de ceux qu'il attribue aux personnages inventés par lui. Il peut, par ses combinaisons rythmiques, par la dépendance où certains accents sont placés par rapport aux autres, varier à l’infini la mélodie du vers. Mais des deux causes signalées, s il en est une qui domine, s’il en est une qui donne à la poésie sa couleur et sa beauté, c’est la seconde. C’est parce que la passion tour à tour débordé ou se contient, s’exalte ou s’apaise, que des harmonies différentes viennent frapper notre oreille. Ces harmonies subtiles ou fortes, effacées ou vibrantes, le poète les indique, les sollicite et pour ainsi dire les crée. Qu’il trouve pour exprimer convenablement sa pensée un artiste délicat, ou meme un interprète de bonne intention, alors notre oreille est satisfaite : le vers chante.

1. Indépendamment des valeurs moyennes établies par le précédent tableau, on peut faire observer que les intervalles musicaux les plus étendus se trouvent dans les fragments à'Andromaque et de Ruy Blas : 11 tons 1/2 : R. B., 3 J ; Andromaque, 2 J - n tons : R. B., 1 et 34 J; Andr.. 11 A - 10 tons 1/2 : R. B., 8 J et 40 j ; P. G., 10 G - 10 tons : Andr., 7 A, R. B., 1 G, etc.

Page 1