GÉNÉRALITÉS SUR L’INTENSITÉ
En dehors de la durée et de la hauteur musicale, la parole possède un troisième caractère : l’intensité. Ce n’est pas seulement la longueur des sons et leur acuité qui donnent au langage sa couleur et son harmonie. C’est aussi l’énergie dépensée, et elle varie selon les mots et les membres de phrase. Elle joue son rôle en prose comme en poésie, met en relief certains termes, en laisse d’autres dans l’ombre. Comme nous l’avons fait pour les valeurs temporelles et mélodiques, nous nous proposons, dans une série de chapitres parallèles, d’en étudier les manifestations dans la déclamation de l’alexandrin.
Selon 1 observation déjà formulée, 1 élément principal du vers est la syllabe. Il nous faudra par conséquent rechercher quelles sont les plus foi tes et quelles sont les plus faibles, s il existe en français un accent dynamique tombant régulièrement à certaines places déterminées, si les 1 enforcements de \oix sont seulement liés à 1 expression de certains sentiments ou conditionnés par certaines constructions grammaticales. Nous essaierons de répondre à toutes ces questions.
Cependant 1 enquete à laquelle nous avons 1 intention de nous livrer risquerait de nous entraîner à des explications inexactes et à des conclusions lausses si dès le début nous empruntions nos exemples aux poètes. Dans leurs compositions, leur inspiration oratoire ou sentimentale a bien des chances doter au langage sa simplicité naturelle, de lui conférer une complexité inattendue, selon le degré d’émotion ou d’éloquence inhérent au texte déclamé.
La syllabe elle-même, dans la majeure partie des cas, résulte de 1 union de plusieurs phonèmes. La consonne, que nous avons éliminée de nos analyses, exerce une influence sur la voyelle dont elle est accompagnée. Nous pouvons jusqu’à un certain point mesurer cette influence, sinon directement, du moins indirectement. Nous devons aussi examiner dans quels rapports se trouvent les voyelles à l’intérieur de syllabes successives, puis étudier la combinaison des mots et des phrases. Comme pour la durée et la hauteur musicale, nous remonterons des faits les plus simples à ceux qui le sont moins, afin de définir avec certitude et précision.
Le français le plus vulgaire, les phrases les plus banales nous serviront donc de point de départ. Nous utiliserons, selon le procédé employé pour la durée et 1 acuité, des formations artificielles afin de mieux dégager les lois générales, et nous nous servirons le plus possible des tracés déjà étudiés dans les chapitres préliminaires où nous avons traité des valeurs temporelles et mélodiques. Quand ce travail aura été accompli, alors seulement nous passerons à l’analyse du vers dont nous pourrons mieux saisir la constitution intime.
Les phénomènes d intensité, dans la langue française, ont avant le xixe siècle assez peu inquiété les philologues, dont les préoccupations à ce sujet se manifestent rarement, quoique le fait ne soit pas sans exemple. L’idée de dynamisme ou de force paraît ne devenir courante qu’avec 1 abbé Scoppa, dans 1 ouvrage que nous avons maintes fois signalé. Depuis elle s’est répandue de façon universelle, sous l’influence des travaux de