‹ Études sur le vers françaisChapitre 4 sur 214 · LES APPAREILS · texte numérisé non relu

LES APPAREILS

Les expériences sur lesquelles se fonde cet ouvrage remontent à des dates très différentes. Les premières sont du mois de décembre 1903; les dernières, — portant sur des points de détail — du début de 1911; la plupart ont été faites dans les années 1904 et 1905 toutes ont été combinées et réalisées dans le Laboratoire de phonétique expérimentale du Collège de France, avec les moyens qui m y étaient offerts, avec des appareils qui se sont complétés et perfectionnés au cours de mon travail.

Je n’ai d’abord eu à ma disposition que l’enregistreur dont M. l’abbé Rousselot donne la description dans ses Principes de phonétique expérimentale2 : le petit cylindre mû par un mouvement d’horlogerie muni d’un régulateur de Foucault, tel qu’il était construit à l’époque par M. 'Verdin, et dont la vitesse était constante et régulière après les trois premiers tours de mise en marche (fig. 1). A ce cylindre était adapté un chariot garni d’une tige, et sur cette tige était assujetti un « support de côté à réglage » destiné à recevoir les appareils inscripteurs.

On revêt le cylindre, pièce commune aux deux appareils dont je me suis servi, d’une feuille de papier glacé. L un des bords de cette feuille, préalablement gommé, vient se coller sur l’autre extrémité de la surface lisse, de telle sorte que l’adhérence du papier sur le métal soit aussi parfaite que possible. Puis on noircit à l’aide d’un rat de cave dont la flamme est maintenue à distance convenable, en faisant tourner 1 appareil à la main et en veillant à ce que la fumée dépose sur lui une couche de carbone très mince, mais d’épaisseur uniforme. Quand l’expérience est finie, on coupe avec un canif selon la ligne de collage et l’on fixe le tracé obtenu dans un vernis filtré après préparation, et composé de laque blanche et de térébenthine de Venise dissoutes dans de l’alcool.

Les appareils inscripteurs, communs aux deux enregistreurs que j’ai employés, sont des tambours à levier, cuvettes d’ébonite ou de métal munies d’un tube pour la transmission de l’air et recouvertes à leur partie supérieure d’une membrane de caoutchouc. La qualité des membranes de caoutchouc, comme le note M. l’abbé Rousselot, n’est pas immuable. Elle varie avec l’état de l’atmosphère, mais ce détail n’a pas d importance au point de vue qui nous occupe, les proportions restant égales. En tout cas les tracés qui ont servi à ces études sont aussi peu que possible influencés

1. Je rectifie donc les déclarations de M. Landry (Le rythme du français déclamé, p. 17 et 27). Je n’ai pas entrepris mon étude après "lui, mais avant lui, puisque, il le reconnaît lui-même, ses premiers travaux remontent aux années 1905, 1906 et 1907.

2. I, p. 68 sq. — Je ne fais ici que résumer très brièvement les détails fournis par M. l’abbé Rousselot.

Lote. — L'alexandrin. 1

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

par les variations dont il s’agit : un grand nombre d’entre eux ont été obtenus dans une période de temps sec constant, au printemps de 1 année 1904, avec du caoutchouc neuf. Ceux qui proviennent d’une date plus récente ont été recueillis par une température semblable, avec des membranes également fraîches. Les difficultés des comparaisons à faire ont une autre cause.

Pour en revenir aux tambours à levier, il faut indiquer que la membrane est en contact avec un stylet de paille très léger et très fin, terminé par une pointe très aiguë en corne ou en métal ; c est cette pointe qui vient s appliquer sur le papier noirci, comme il a été dit plus haut, et qui inscrit la parole. Les mouvements de la voix sont en effet transmis à la membrane par la colonne d’air qui s’échappe à travers les organes phonateurs par la bouche et par le nez. « Ces deux

courants d’air, dit M. l’abbé Rousselot *, peuvent être recueillis ensemble ou séparément, comme masse dynamique et vibrante, ou seulement avec l’un ou l’autre de ces deux caractères, grâce à un tube dont l’extrémité métallique vient déboucher à l’intérieur de la cuvette du tambour. Le caoutchouc et par suite le style inscripteur sont donc sensibles à tous les phénomènes de la phonation, changements dans le volume et la

vitesse de la colonne d’air, amplitude enfin des vibrations. »

L’autre extrémité du tube

tant

que nous venons de mentionner est mise en rapport, à l’aide d’un tuyau de caoutchouc, avec les organes du sujet parlant, soit au moyen

Fig. 1. — Le premier appareil enregistreur dont je me suis servi. A côté, un tambour inscripteur perfectionné : A, cuvette de faible d’un appareil explorateur, diamètre recouverte d’une membrane de caoutchouc vibrante ; B, tube métallique par lequel l’air vient impressionner le caoutchouc ; C, G am„oule ou capSUle direcet H, vis de réglage ; D, la colonnette qui maintient le style en rapport avec la membrane ; E, le style avec sa plume ; F, le support mou e posée sur jes mus

clés, soit par une embouchure destinée à recueillir l’air expiré. Dans le présent travail, nous n’avons utilisé l’ampoule exploratrice (fig. 2) que pour les expériences qui ont trait à l’hiatus, afin d’enregistrer les mouvements de la langue. Partout ailleurs, c’est le courant phonateur que nous avons inscrit, et nous l’avons saisi doublement, à l’aide de deux tambours. L’un d’eux, par une manière de cornet ou d’entonnoir (fig. 3), se trouvait en relation avec la bouche, l’autre avec le nez, grâce à une olive en verre que le sujet s’introduisait dans la narine (fig. 4) ; le premier inscrivait donc le souffle buccal, le second le souffle nasal et aussi les mouvements du larynx transmis au voile du palais. Les deux inscriptions se contrôlent en effet l’une par l’autre et, par leur comparaison, empêchent toute erreur d’interprétation. Il suffit de régler convenablement les pointes, c est-a-dire de les amener toutes à toucher le cylindre selon une même ligne droite suivant la génératrice : on sera alors assuré dans la lecture que les sons concordent, qu’ils commencent à la même hauteur sur la ligne de la bouche et sur la ligne du nez.

Le premier enregistreur dont je me suis servi n’était pas sans présenter un grave inconvénient, du moins pour le travail que j entreprenais, e

. Ibid., p. 110.

Page 1