LES APPAREILS
Fig. 2.
Ampoules exploratrices.
chariot ne se déplaçait pas automatiquement et devait être mû à la main. Le cylindre d’autre part était relativement exigu et permettait seulement d’inscrire un vers, sans plus. Après quoi il fallait pousser la tige, faire avancer les plumes au-dessus de la surface noircie et là, procéder à un nouvel enregistrement, sous peine de voir les lignes chevaucher 1 une sur 1 autie et d obtenir des tracés inutilisables.
Aussi bien devais-je remonter des phénomènes les plus simples aux plus complexes. Il me fallait donc débuter pai des alexandrins isolés. Je pensais qu’ainsi ils m’apparaîtraient surtout comme une combinaison d accents ou, si Ion \eut, comme un simple organisme mécanique, sans être détormes ou modifiés dans leur contextuie par des éléments accessoites tels que l’emphase ou l’émotion ; sur ce point les faits ne m’ont pas toujours donné raison. De plus je pouvais choisit et enregistrer les types les plus divers, tandis que certains échantillons couraient grande chance de ne point se rencontrer dans les tirades entières empruntées à des œuvres consacrées par 1 admiration des siècles. Je devais en effet limiter le nombre des textes à étudier, en raison même du temps matériel qu’exigeait mon enquête. J’ai donc travaillé cinq mois environ avec l’appareil que je viens de décrire, et les tracés que j ai obtenus à cette époque figuient, soit dans mes tableaux généraux, soit dans le corps de cet ouvrage sous l’un des numéros d ordre qui vont de I à XXI bis y compris. Je prenais généralement, pour chacun des alexandrins qui composent cette série, plusieurs inscriptions successives.
Au printemps de 1904, je pus disposer d’un enregistreur plus perfectionné. Cette fois le cylindre était de dimensions beaucoup plus considérables et le chariot se déplaçait automatiquement et régulièrement dès qu’il y avait mise en marche. On n’était donc plus obligé d’interrompre l’expérience après un tour de cylindre. Un bon réglage des styles et le choix d’une vitesse convenable permettaient de déclamer environ 60 vers consécutifs sans arrêt de l’appareil.
C’est ainsi que je pus inscrire tous les morceaux empruntés à l’œuvre de Corneille, de Racine et de Hugo. J’eus également recours au même enregistreur pour les vers isolés qui figurent dans les tableaux généraux sous les numéros d’ordre qui vont de XXII à XXV et pour les enquêtes complémentaires rendues nécessaires au cours de mon travail.
Toutefois, depuis 1904 l’appareil a reçu des modifications \ Il était d’abord mû par un poids très lourd, qui descendait lentement dans un puits profond de 17 mètres et qui, soutenu par un ruban d’aluminium, entraînait l’axe La multiplication du mouvement était obtenue par des plateaux et des galets produisant des vitesses variées et graduées, au contraire du premier enregistreur, qui en comportait seulement trois. Ce dernier progrès était considérable, quoique j’aie toujours, sauf pour des expériences de détail, travaillé avec un réglage constant. C’est le moteur qu’il fallut changer, car le ruban d’aluminium se brisait trop fréquemment, immobilisant ainsi l’appareil pour quelques semaines à chaque rupture. Après bien des hésitations M. l’abbé Rousselot remplaça le poids par une turbine et l’événement dépassa les prévisions les plus optimistes : la pression de l’eau de source, loin d’être soumise aux variations que l’on craignait, demeurait sensiblement la même, et les oscillations d’un diapason, enregistrées sur le cylindre en marche, démontraient la régularité du mouvement.
Tel fut l’enregistreur définitif (fig. 5). Au moment même où la turbine se substituait au poids primitif, j’étais amené à faire choix de tambours
Rousselot, Principes Fig. 4. — Une olive nasale.
Fig. 3. — Une embouchure : A, l’entonnoir métallique qui recueille les vibrations de la voix, avec (d) un trou par lequel on peut faire passer la tige d’une ampoule placée dans la bouche ; B, gros tube élastique unissant l’embouchure à une pièce en verre C dont l’extrémité effilée reçoit le tuyau de caoutchouc qui conduit l’air expiré au tambour.