‹ Études sur le vers françaisChapitre 43 sur 214 · Benlew, Précis d’une théorie des rythmes, p · texte numérisé non relu

Benlew, Précis d’une théorie des rythmes, p

3. Braunschvig, Le sentiment du beau et le sentiment poétique (1904), p. 33-34.

Lote. — L’alexandrin.

L ALEXANDRIN FRANÇAIS

Il est assez natuiel que ces tentatives aient découragé un grand nombre de métriciens. Sans avoir la prétention d’être complet, on peut citer quelques déflations qui révèlent assez bien, pour quelques-uns d’entre eux, la cause des conclusions qu’ils présentent. C’est d’abord Banville 1 2 3 4 5 qui, obsédé par le souvenir des langues antiques, fonde notre versification sur une égalité numérique : « Le vers français ne se rythme pas comme celui de toutes les autres langues, par un certain entrelacement de syllabes brèves et longues. Il est seulement l’assemblage d’un nombie îeguher de syllabes, coupe, dans certaines pièces de vers, par un repos qui se nomme césure, et toujours terminé par un son qui ne peut exister à la fin d’un vers sans se trouver reproduit à la fin d’un autre ou de plusieurs autres vers, et dont le retour se nomme la rime. » Le point de vue de M. A. Dorchain * est analogue : « Mais dans notre langue, écrit-il, les syllabes ont-elles une quantité ? Les unes se prononcentelles toujours deux fois plus rapidement ou deux fois plus lentement que les autres ? Non certes ; rien de plus incertain, de plus variable che~ nous, que la quantité des syllabes, ce n’est point de là que naît le rythme, même dans notre prose; et, à plus forte raison, ne pourrait-on pas appuyer, là-dessus, un système de versification. » Sans doute les deux poètes auraient jugé de façon différente s’ils avaient lu la juste remarque de Pierson 3 sur la versification antique : « Les anciens, dans leur classification des syllabes en longues et brèves, ont été influencés non par la durée réelle des syllabes, mais par le timbre de leurs voyelles. Ils ont fait une classification de voyelles, croyant faire une classification de quantités syllabiques. » On ne saurait mieux dire. ^

La meme confusion du timbre et de la quantité paraît avoir déterminé la grande majorité des critiques à rechercher dans l’intensité le principe exclusif du rythme. A. Tobler 4 le laisse voir clairement : « Il faut maintenir, dit-il, que pour le vers français le nombre seul et l’accentuation des syllabes est à considérer, par contre jamais la quantité : entasse avec â et entasse avec à, chasse (À) et chasse (à) ont absolument la même valeur pour la mesure du vers. » I obier s’est donc laissé guider dans son jugement par les définitions inexactes qui, du timbre, font dépendre la valeur temporelle; dès lors, on ne peut s’étonner que l’accent de force ait été dans sa pensée le seul générateur du rythme et qu’il n’ait accordé à la durée telle qu’il l’entendait, c’est-à-dire au timbre, qu’une certaine couleur expressive. « La longueur de la voyelle et tout comme elle la longueur du temps nécessaire à la prononciation de la syllabe entière, sont totalement indifférentes, au moins pour la mesure du vers, quoiqu’il ne s&oit pas à méconnaître que pour 1 effet produit par le mouvement de l’ensemble, il n’y ait une différence considérable selon que les syllabes lourdes, riches en consonnes et fermées, ou les syllabes légères, ouvertes et riches en e sourds, sont en majorité. »

Mêmes déclarations d’ailleurs, sauf une légère variante, sous la plume de M. Guilhaume 5. « Dans les langues classiques de l’antiquité, la mesure résultait de la division des syllabes en longues ou en brèves, marquées, respectivement par les signes - et VG La quantité ayant disparu des langues modernes, la même division s’opère entre syllabes fortes et syllabes faibles... L’accent rythmique, simple renforcement du- son, n’affecte pas plus I intonation que la durée, il n’a rien de commun avec le diapason ni avec le métronome, il est purement dynamique. » L’opinion que Mous \ nions d exposer par les citations qui précèdent n’est d’ailleurs point une exception chez les critiques; elle a été partagée par Clair Tisseur6 et pai bien d auties avec lui : elle a été assez clairement formulée par MM. Tobler et Guilhaume pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister plus longuement. v

Mais d’autres théoriciens reconnaissent par contre que la durée est liée à l’accent rythmique.

Au début du xix siècle, 1 abbe Scoppa et avant lui le P. Saccbi admettaient la coexistence des accents d’intensité et de durée, l’un entraînant l’autre, et l’abbé Scoppa y adjoignait même l’accent de hauteur musicale, surtout perceptible dans la prononciation des peuples qui chantent en

1. Banville, Petit traite de versification française (introduction, p. io) (1872).

Page 1