Saran, Der rythnius des françôsiscben Verses, ch
6. Fr. Wulff, Om Vârsbildning (Lund, 1896) : ce passage est cité par M. Rudmose-Brovvn.
7. Rudmose-Brown, Etude comparée de la versification française et de la versification anglaise (1905), p, 16,
L ALEXANDRIN FRANÇAIS
que la seule théorie soutenable des concomitants physiques de ce relief est celle qui affirme que les syllabes accentuées sont plus intenses et plus longues que les auties et que 1 intensité et la longueur (on peut ecarter l’intensité) d’une syllabe sont en raison directe de son relief. »
11 y a donc peu de théoriciens qui envisagent la possibilité d’un rythme temporel. A toutes les définitions qui précèdent, nous ajouterons la nôtre qui se fonde sur une enquête expérimentale : Le rythme temporel, dirons-nous, est essentiellement constitué par une succession de membres métriques dont chacun se compose, sauf le pied monosyllabique, d’une ou plusieurs syllabes brèves auxquelles succède une syllabe tonique longue ; celle-ci à son tour peut se faire suivre ' d’une, syllabe brève composée d’une ou deux consonnes et d’un cm net. La valeur temporelle des divers cléments est indépendante de leur timbre.
Soit en effet ce vers :
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement (Hugo, Légende, Booz endormi).
Si je l’inscris en en séparant soigneusement dans la prononciation toutes les syllabes et en mettant un temps entre chacune d’elles, j’obtiens les mesures suivantes :
Le
grœ
là
de
tru
pô
pal
pi
tè
va
ma
Chaque gioupe articule existe pour lui-même, et la durée ne varie guère que selon le nombre des sons composants (tru, grœ et pal ont en effet une valeur temporelle plus considérable que les formations qui les encadrent). La rapidité paraît avoir été plus grande au début qu’à la fin du vers, et nulle part le timbre n’a déterminé l’allongement.
Si, au contraire, je déclame le même vers avec le ton soutenu qui convient à la poésie et sans isoler les divers groupes, j’obtiens des mesures toutes différentes :
Le
grœ
de
tru
pô
pal
pi
va
ma
L ordre apparaît où il n’y avait qu anarchie, et nous distinguons parfaitement des sommets ou crêtes que l’on a marqués du signe -, tandis que les dépressions sont notées A Ces sommets coïncident dans les mots palpité, vagœmâ, avec les syllabes que les grammairiens nomment toniques. D autre part, chacun des mots le (les) et de (des), dont les grammairiens disent qu’ils sont atones, s’organise avec celui dont il est suivi pour former un mot métrique identique à ceux qui composent le second hémistiche et qui, dans la graphie, forment un tout. On reconnaît donc qu’un tcl 't-ls est de quatre mots métriques ou de quatre groupes rythmiques dont la dernière syllabe, pour chacun d’eux, est longue.
Mais est— il possible qu un mot, parmi ceux que les grammairiens nomment accentués, puisse se combiner comme dans le cas précédent et constituer, avec un mot ou un groupe de mots, un membre métrique ? Soit donc un vers comme celui-ci :
Laissez-
moi m’endormir du sommeil de la terre (Vigny, Moïse).
La finale de laisse^ dans le mot isolé, est régulièrement tenue pour tonique. Or, cet impératif s’unit parfaitement avec le pronom moi qui porte seul le temps marqué temporel du groupe tout entier :
se
mwa
ma
dor
mir
du
so
mêy
dæ
la
te
QUELQUES THÉORIES
Le mot métrique Ju seul fait qu'il se forme, devient une unité parfaite, sauf les exceptions que nous aurons à constater plus loin, et enlève leur
11 * - entre ‘'t* riquer
l'acceM rythoitque?« le premier, dit-il, frappe et ^uToi
, s -onct-itntifs et il n’aboutit pas à une doctrine dont la construction au moins puisse seduire.
1 D^après^uelques-u nés de ses scansions, on peut comprendre que pour lui, par delà la syllabe forte qui termine le groupe, il reste un je ne «us quoi d obscur qui échappe à toute détermination précise. Nous transcrivons ici ses notations de deux vers de Racine, ou ,1 a marque par /lac
rythmique et par / l’accent tonique :
Qu’un trô-ne est plus péni-ble à quitter — que la vie...
Et voilà donc
l’hymen
où i’étais — destinée..
Ces exemples le montrent : il ne s'est pas rendu compte que l'accent rythmique et l'accent tonique sont identiques que ^accem • tout simplement l’accent tonique qui termine le mot ou membre métrique constitué par la prononçât, on, que 1 un et 1 autre
tère et par conséquent ne peuvent entrer en antagonisme. .
La formule de Clair Tisseur est plus satisfaisante • : « Tous les accents rythmiques sont toniques, mats tous les accents tomques ne sont p .
rythmiques » On peut l’adopter s’il est entendu qu’il n’y pas d’accent tonique quand il n’y a pas d accent rythmique
L^eux vers dl nous avons mesuré la durée prouvent que la poésie se comporte exactement comme la prose dedamee d un «on solennel, selon les caractères que nous avons reconnus à celle-ci dans notre précédent chapitre. Les tracés montrent les memes rapports de voye le a consonne dans chaque combinaison syllabique. Par les expériences faites à propos du discours ord, nuire, nous savons comment se manifeste emp i et quels en sont les signes. En possession de la base certaine que nous fournit notre première enquête, nous pouvons donc faire deux par s les phénomènes que nous aurons à examiner, séparer les accidents purement oratoires de ceux qu’on doit regarder comme simples et nom, ux ne s'occupera donc ici que de ces derniers seulement; les autres trouveront place ailleurs. On fait observer cependant que 1 expression varie selon les divisions du vers, que des formations emphatiques peuvent en avoisiner d'autres qui ne le sont pas : les remarques que 1 on présentera a propos des exemples choisis ne seront donc valables que pour les groupes qui, dans le vers, seront spécialement signales.
Et d’abord quelles sont les combinaisons de syllabes sur lesquelles se fonde le rythme temporel de l’alexandrin français ? Y en a-t-il une variété infinie, ou se ramènent-elles toutes à quelques types dont le poète peut seulement varier l’ordre de succession sans qu’il lui soit possible de rien