‹ Études sur le vers françaisChapitre 76 sur 214 · Pierson, op. cil., p · texte numérisé non relu

Pierson, op. cil., p

(Ber., 30 C.)

COMMENT S’ALTÈRENT LES GROUPES RYTHMIQUES

aucune de huit 1 : elles se dissolvent en fragments plus courts, soit par suite de l’effort oratoire, soit grâce à des coupes artificielles par lesquelles la déclamation accorde une importance factice à des mots qui n’en devraient point avoir. Quelquefois on constate pour un même membre métrique un double ou un triple sectionnement, selon la lenteur de la prononciation, par suite du mélange des accents emphatiques et secondaires. Nous nous contenterons de citer une série d’exemples où l’accent, de conformation normale, ne marque qu’une pseudo-division de sens et n’existe que dans un but de décomposition :

Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne,...

Kiva

sà

ni ser

inà

ni du

■ vvo'ar

VU

tyè nœ

ft*

KJ

KJ KJ

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

(. Andr ., 9 A.)

N’est que de ces

beautés dont l’éclat éblouit...

Nè

se ho lé

dô

le

kl a te

blu

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

(Chu, 11,7C.)

Ah ! Rodrigue, i

il est vrai

, quoique ton ennemie,...

Ro

dri

gœ i le

vrè

kwa

kœ là

mi œ

KJ

KJ 1 KJ KJ

KJ KJ

KJ

(Cid, 1 J.)

Et contre ma douleur j’aurais senti des charmes...

kô

Irœ

ma du

jo

re sà

rar m(œ)

KJ

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

KJ

KJ

(Cid, 17 J.)

Dès que ma triste main eut fermé sa

paupière...

De

ma

tris lœ

nie

h fer

nié sa

pyè

KJ

KJ

KJ KJ

KJ

KJ KJ

KJ

KJ

(Bèr., 15 G.)

Et par un beau trépas couronne un

beau dessein.

par

bô tre pâ

ku

ron

œ bô

de

KJ

KJ

KJ KJ

w kj

KJ

(■ Cid , i, I, 10.) 2

1. Certains vers paraissent présenter huit syllabes inséparables pour le sens ; aucun de ces groupes 11e se maintient pur. Cf. par exemple dans nos tableaux généraux ( Cin ., I, 6 dr., 4; Hem., 14; PG., 19). Il y a des différences selon les sujets.

2. Il faut noter un cas assez curieux où le sujet a modifié le texte pour trouver l’accent dont il avait besoin. Au v. 2 du Ci J, au lieu de :

Je ne te puis blâmer — d’avoir fui — l’infamie,

J a prononcé :

Je ne puis — te blâmer — d’avoir fui — l’infamie

I0^ l’alexandrin français

Lubarsch dans son volume 1 a dressé une longue liste des mots qui ne peuvent recevoir un temps marqué. Il refuse l’accentuation aux articles, aux adjectifs possessifs, démonstratifs, interrogatifs, aux pronoms personnels conjoints, aux prépositions, aux conjonctions, sauf quand elles indiquent une arête de la phrase, enfin aux verbes auxiliaires qui ne sont pas employés absolument. Or, les alexandrins cités 2 3 fournissent un exemple de presque tous les cas qu’il éliminait.

Il reste, à propos du rythme temporel, à discuter un certain nombre de questions accessoires. L’une des plus débattues est celle du rythme de la prose et des caractères par lesquels celle-ci se distingue de la poésie. On n’a pas manqué d’apporter à ce sujet des réponses commodes et qui paraissent séduisantes : aucune cependant ne s’appuie sur une enquête sérieuse, aucune ne se voit confirmée par nos expériences.

« Le rythme du vers est le mouvement des mots, écrit M. Guilhaume 5, l’alternance des syllabes accentuées et des syllabes non accentuées. Cette alternance étant inhérente à la langue et se produisant dans tous les mots ou groupes de mots, la prose a aussi son rythme; seulement il est dépourvu de mesure, tandis que celui de la poésie est régulier, périodique. » M. Braunschvig croit au contraire que le rythme de la prose est « psychologique », et celui de la poésie « mathématique », et il ajoute : « à la différence des vers dans lesquels le nombre des syllabes est d’une égalité parfaite, dans la prose la mieux cadencée, les différents membres de phrase ont un nombre inégal de syllabes... si le rythme de la prose comporte l’irrégularité, le rythme poétique en revanche exige une régularité absolue : il faut que le vers qui va commencerait une longueur égale à celle du vers qui vient de finir. »

Donc pour M. Guilhaume, il y a égalité temporelle des mesures métriques dans la poésie, inégalité dans la prose. La théorie doit être rejetée pour les raisons que nous développerons abondamment dans le chapitre consacré aux durées comparées : il n’y a pas d’égalité temporelle, pas plus en poésie qu’en prose. On peut d’une façon analogue opposer à M. Braunschvig que l’identité numérique des syllabes dans une suite de plusieurs alexandrins se présente peu fréquemment, au moins dans la déclamation. C’est ailleurs qu’il faut chercher les différences entre la cadence de la prose et celle du vers.

En réalité, ces différences sont non pas de nature, mais seulement de degré. Le rythme dans son principe est partout le même : il est constitué par la succession de membres plus ou moins étendus, composés chacun d'une suite de syllabes brèves et terminés chacun par une longue. M. Jourdain s’étonnerait sans doute de s’entendre dire qu’il produit lui-même ces merveilles, même pour demander son bonnet de nuit, toutefois il n’aurait point sujet d’en tirer le moindre orgueil, car il est impossible de parler autrement. Dans la prose la plus prosaïque, dans celle de la conversation journalière, dont le ton égal et rapide ne demande aucun effort particulier d’expression et dont le fragment de prospectus que nous avons enregistré rend parfaitement l’allure, les accidents de durée se rencontrent comme en poésie, mais à des intervalles beaucoup plus éloignés.

On peut pour s’en convaincre consulter le texte qui figure dans nos tableaux généraux. On y constatera la présence de longues lignes invertébrées dont les divers éléments sont de valeur à peu près semblable et dont les faibles sommets, comme nous l’avons vu dans le précédent chapitre, ne sont dus très souvent qu’à la constitution même des syllabes qu’ils affectent, au nombre des sons composants. C’est seulement au bout des membres de phrase que l’on rencontrera de véritables longues, lieux de repos où la voix s’arrête pour éviter que les propositions ne chevauchent

1. Lubarsch, o/>. c/7., p. 36. Il indique d’ailleurs, mais d’une façon assez vague (p. 28-30), qu’il peut y avoir des accents secondaires.

2. La question a été examinée en détail par M. Roudet, Revue de philologie française, 1907, p. 297 et sq. Il mentionne de très rares exceptions absolues.

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