Légende des siècles
s'accentuer encore cette pauvreté de la pensée. — A chaque page on tombe sur des niaiseries solennelles dans ce goût-ci : « A quoi servirait le soleil si ce n'est à réveiller la sombre endormie, la conscience*? » ou bien : « Il y a dans ce monde deux êtres qui tressaillent profondément : la mère qui retrouve son enfant et le tigre qui retrouve sa proie-; » sur des définitions vides comme celle-ci : « L'amour, c'est la salutation des anges aux astres^ ; » sur des absurdités pures : « S'il n'y avait pas quelqu'un qui aime, le soleil s'éteindrait ^ » Et certaines de ces pensées, quand on les rapproche, montrent combien peu le poète se préoccupait du sens de ce qu'il disait ou avait dit. Dans les Misérables^ on trouve ceci : « Qu'est-ce que la conscience? C'est la boussole de l'inconnu; » et, plus loin, ceci : « L'égout est la conscience de la ville. »
Un homme qui tient les yeux ouverts sur des vérités de cette force est naturellement dépourvu de tout esprit d'analyse; de fait, on n'en trouve aucune trace dans les pièces lyriques de Victor Hugo, ni dans les œuvres où il a voulu mettre en scène d'autres êtres que lui. Sa conception la plus